‹ Examen critique des doctrines de la religion chrétienne (volume 2)Chapitre 64 sur 139 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

§ !•'. — l'arche chez les philistins et les BETHSAMITES

L'histoire de la royauté chez le peuple de Dieu nonseulement n'est pas moins sanglante mais elle l'est peut-être encore plus que chez aucun autre peuple, malgré le caractère sacré que lui attribuent ses auteurs et précisément à cause de ce caractère même. C'est une série continue de guerres et de massacres. La plupart des rois, soit de Juda soit d'Israël, meurent assassinés. Dans le résumé que je vais présenter de cette

(i) Dans les bibles juives et prolestantes, on appelle les deux premiers livres des Rois 1" et 2« de Samuel, les 3' el 4* livres des Rois 1"' et 2* des Rois, et les Paralipomènes Chroniques. J'ai conservé les dénominations ordinaires.

histoire, je ne m'arrêterai pas, on le pense bien, à tous ceux de ses détails d*où il n*y aurait que du dégoût ou de Tennui et nulle instruction à recueillir.

Livre 1^, ch. 5, les Philistins se sont emparés de Tarche sainte. Triomphe funeste. La présence de cette arche au milieu d'eux leur apporte d'étranges fléaux. Après avoir consulté Içurs devins, ils la renvoient aux Israélites avec des présents plus étranges encore, des anus et des rats ciselés en or, et que les lévites ne font aucune difficulté d accepter, ch. 6. L'arche s'arrête chez les Bethsamites, qui la reçoivent avec beaucoup de joie et de respect, v. 13 et 15. Or Jéhovah frappe de mort un grand nombre de ces Bethsamites, pour avoir regardé cette arche qui s'était arrêtée au milieu d'eux, V. 19 (1). Quant on supposerait, ce que le texte ne dit pas, qu'ils l'eussent fait avec ces formes indiscrètes par lesquelles la foule exprime d'ordinaire l'empressement de sa curiosité, cela ne constituerait pas im crime capable de justifier une odieuse exécution. II y a telle interprétation qui réduit à 70 le nombre des morts, que le texte original semble porter à 50,070 (2).

(1) Des traducteurs les font regarder Aans l'arche même, ce qui peut s'admettre absolument, quoiqu'il soit peu vraisemblable qu'elle restât ouverte. Les traducteurs grec et latin les font simplement regarder l'arche.

(2) Ce nombre B*élève, dans le grec et le latin, à 50,070, dont 70 d'une part et 50,000 (le l'autre. Joseph donne le nombre de 70 seulement. (* A/dx^to^oy/a, livre 6, chapitre 1*'.) Mais j'ai déjà fait remarquer la tendance de cet historien juif à dissimuler ou à atténuer l'odieux des annales de sa nation. Le Maistre de Sacy , adoptant le chiffre de 50,070 victimes, imagine, en bon gentilhomme, d'en faire deux catégories dont l'hébreu ne dit rieu : « U « fit mourir 70 personnes dei principaux de la villCy et cinquante « mille hommes du petit peuple. » (La Sainte Bt'Me, tome 1^, Paris, 1717.) Dom Calmet, adoptant les mêmes chiffres , parle aussi de petit peuple; mais il l'oppose simplement à des persomiei du peuple, ce qui n'a guère de sens : « Il fit mourir 70 personnes

La question de nombre n'est pas ce qui importe le plus ici. S'il n'était pas juste de faire périr 50,070 Bethsamites pour avoir regardé l'arche, il ne l'était pas da- Tantage d'en faire périr 70 seulement. Si au contraire il pouvait être bon d'en faire périr 70 pour un pareil crime, il eût été encore meilleur d'en faire périr 50,070. Lors donc que l'abbé Guénée (1) triomphe contre Voltaire de ce que, à s'en tenir à certaine interprétation, le nombre des Bethsamites mis à mort peut être réduit à 70, il joue un rôle qui n'est pas sérieux; car, de quelque manière qu'on résolve la question de nombre, celle de principe reste la même. Ajoutez qu'on pouvait dire à l'abbé Guénée que les versions grecque et latine, adoptées par son Église et qu'elle ordonne, sous peine d'anathème, de tenir pour sacrées dans toutes leurs parties, donnent expressément le nombre 50,070.

oc du peuple et 50,000 hommes du petit peuple, a On lit dans son Commentaire sur le verset i9 : « La rigueur exercée contre ce a grand nombre d'hommes ne paraîtra excessive qu'à ceux qui a n'ont pas compris jusqu'à quel point Dieu voulait être craint et « respecté parmi son peuple, et qui ne jugent des vues et des des- <( seins de Dieu que suivant les faibles lumières de la raison. » (Tome y, Paris, 1711.) J'atoue que je suis du nombre de ceux qui n'ont pas compris ce Dieu-là, et que je ne saurais comment m'y prendre pour juger des œuvres de celui que j'adore s'il m'était Interdit de me servir pour cela des lumières de la raison. (1) Lettres de quelques Juifs, tome !«', Paris, 1781.

§ 2. — SACRE DE SAUL ; ^A DESTITUTION. AGAG, ROI d'aMALEC, COUPÉ EN MORCEAUX. SACRE DE DAVID

Ch. 8, V. 1-6, les Juifs, fatigués de l'avarice et des iniquités des fils de Samuel, leur juge, viennent lui de* mander un roi. Samuel, à qui cette demande déplaît, leur trace ce portrait de roi, si souvent cité et qui était bien fait assurément pour guérir à jamais les gens d*une pareille fantaisie : «< Voici quel sera le droit du •* roi qui régnera sur vous : Il prendra vos fils, les •• placera dans son char, et en fera ses cavaliers et les M avant-coureurs de son char. Il les mettra à la tète de • mille hommes et de cinquante hommes, et il les fera «• labourer son champ, couper sa moisson et fabriquer M ses instruments de guerre et ses chars. Il prendra « vos filles pour en faire des parfumeuses, des cuisi- «< nières et des boulangères. Il prendra vos champs, •* vos vignes et vos bons oliviers, et les donnera à ses « serviteurs. Il lèvera la dîme sur vos moissons et vos « vignes pour faire des dons à ses eunuques et à ses « serviteurs. Il prendra vos serviteurs, vos servantes, « l'élite de vos jeunes gens et vos ânes, et les fera « travailler pour lui. Il lèvera la dlme sur vos trou- « peaux, et vous serez ses esclaves. »» V. 11-17. (^n voit que l'antique alliance du trône et de l'autel souffre des intermittences, et que l'esprit sacerdotal, malgré son respect liabituel pour les puissances de ce monde" et sa maxime du droit divin des Rois (1), sait au besoin

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(l"» On trouve celle maxime dans beaucoup de passages de> livres saints, notamment dans le 3« livre des Rois, chapitre 10. V. 9; le 2* livre des Paralijiomènes, chapitre 9, v. 8; le Psaosr "^^ v. 6; le livre de la Sageue, chapitre 6 , v. 4; et la première

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et lorsque son intérêt l'exige, revêtir des apparences patriotiques et même faire appel aux passions populaires. L'histoire nous en offre bien d'autres exemples depuis Samuel ; mais elle nous apprend en même temps qu'aussitôt que les circonstances qui ont obligé l'esprit sacerdotal à prendre momentanément un déguisement libéral ont disparu, on le voit revenir à ses habitudes. Malgré le portrait que Samuel vient de tracer de main de maître, les Juifs veulent absolument un roi. Il ne sait qui leur donner; car il lui faudrait quelqu'un sous le nom de qui il pût continuer de gouverner. Une circonstance heureuse vient le tirer de ses perplexités. Un jeune homme de haute stature, nommé SaUl, qui était à la recherche des ànesses de son père, vient le consulter en sa qualité de voyant, afin de savoir ce que sont enfin devenues ces ànesses, ch. 9, v. 3, 6, 7, 9 et 10. C'était là justement le Roi qu'il fallait à Samuel. Il oint ce grand garçon, qui avait confiance aux devins, et le place au milieu du peuple, qui est émerveillé d'avoir un roi dépassant les autres hommes de tou^ la tête, ch. 10, v. 1, 23 et 24 (1). Mais Samuel, tout en

Épttre de Jean, chapitre 2, v. 43 et 14. Mais nulle part elle n'a été formulée plus nettement que dans VÉpttre aux Romains, chapitre 13, de saint Paul, dont j'exposerai la doctrine dans la 2« section, chapitre 2, § 34.

(4) Le chapitre 13, v. 1«% fait régner Saûl à l'âge d'un an. On Yoît, dans le même chapitre, qu'il avait un fils adulte. Les orthodoxes mêmes conviennent que, sur ce point, la rédaction actuelle du texte sacré est nécessairement incorrecte, et, comme à l'ordinaire, ils croient se tirer d'embarras en rejetant cette incorrection sur les copistes. Le Maistre de Sacy a traduit ainsi ce passage : « Saûl était comme un enfant d'un an lorsqu'il commença « de régner. » (La sainte Bible^ ibidem.) La paraphrase chaldaïque est favorable à cette traduction. ( Bible polyglotte^ tome II , Paris, 1629.) Le traducteur français de la Bible protestante rend ainsi le début du verset : a Saûl avait régné un an, » et il ajoute en lettres italiques, Quand ces choses arrivèrent. (Londres, 1842.) Ce sont là autant de falsifications.

subissant la fantaisie des Juifs, leur en gardait rancune, ch. 12, V. 17-19, et n'attendait que Toccasion de défaire le roi de sa façon, pour peu que celui-ci ne se montrât pas docile à ses directions. Cette occasion ne tarde pas à venir, SaUl va marcher contre les Philistins. Samuel, qui doit venir le joindre pour offrir l'holocauste, n'arrive pas. Alors Sattl offre lui-môme l'holocauste. A peine la cérémonie est-elle achevée que Samuel arrive. Le roi va au-devant de lui pour le saluer, et s'excuse de ce que, ne le voyant pas arriver au jour convenu, il a été forcé d'offrir lui-môme l'holocauste . Mais Samuel éclate en reproches, lui dit qu'il a agi sottement j qu'il a désobéi à Jéhovah et qu'il est réprouvé, ch. 13, V. 8-14. Cependant, avant de lui donner un remplaçant, il veut bien le soumettre aune dernière épreuve. Il l'envoie combattre Agag, roi d'Amalec; mais il lui recommande bien de tout détruire, de tout égorger jusqu'aux femmes et aux enfants a la mamelle (1), et même jusqu'aux troupeaux, ch. 15, v. 3. S»(il vainqueur (2) égorge tous les ennemis, un seul excepté ; il laisse la vie au roi Agag, et permet aux Israélites de réserver, avec les meilleures dépouilles, les plus beaux moutons et les bœufs les plus gras pour les immoler à Jéhovah, v. 8, 9 et 15. Samuel lui déclare alors que, puisqu'il est resté en deçà des ordres de son Dieu, qui veut avant tout de l'obéissance, il est définitivement réprouvé et déchu de la royauté, v. 18, 22 et 23. En vain Saiil reconnaît-il qu'il a péché et conjuret-il Samuel d'intercéder pour lui : celui-ci se montre

(i) Les Amaléciles se montrèrent plus humains que leurs assassins; après la prise de Siceleg, ils laissèrent la vie aux prisonniers, chapitre 30, v. 2 et i9.

(2) Le verset 4 porte son armée à 210,000 hommes, dont 10,000 pour la tribu de Juda. Le grec donne 430,000 hommes , dont 30,000 pour Juda.

inflexible, et ne permet pas même à Satll de l'accompagner, V. 24-26 (1). Il se retire, toujours suivi du roi, qui s'attache à lui en suppliant. Il ordonne qu'on lui amène Agag, et non content d'égorger froidement

(i) Dans une lettre du 28 mars 1569, adressée au roi Charles IX, pour le féliciter de la victoire remportée à Jarnac sur les réformés et l'exciter à exterminer ce qui restait d'hérétiques en France, le pape Pie V lui fait craindre d'être traité comme Saûl s'il vient à faiblir dans l'exercice de ses saintes vengeances. ( Epistolœ , Viy, 3, Epistol^ 10, Anvers, 1640.) Dans une lettre du 13 avril suivant {Epistola 12), il anime également la cruauté de la reine mère, Catherine de Médicis. On sait quels fi^uits portèrent ces exhortations : trois ans après avait lieu le massacre de la Saint- Barthélémy. Le pape Pie V a été rangé au nombre des saints, et de nos jours mêmes un des coryphées du catholicisme a exalté sa mémoire dans un livre où on lit cette apologie éduîcorée de Tinquisition : « Autrefois la société tout entière était religieuse et a constituée religieusement; elle croyait, en arrachant un homme a à Thérésie , l'arracher à un supplice éternel, et c'était tout le « zèle de la charité qu'elle employait à combler l'abyme dans lequel a des populations en masse pouvaient se précipiter aveuglément. Ci Le sang répandu ne l'était qu'avec la plus vigilante sollicitude a pour Vâme du coupable, que FÊglise s'efforçait jusqu'au bout d'é- « clairer et de reconquérir. Aujourd hui la Société vit sur une c( tout autre base. Elle ne se réserve que la tutelle de l'individu (c physique, la protection de la vie matérielle ; sa tolérance serait « donc mieux nommée Vindifférence, » (DeFalloux , Histoire de « saint Pie V, Pape, Introduction, tome !•', Paris, 1844.)

J'ai mentionné tout à l'heure le massacre de la Saint-Barthélémy. Des écrivains ont dit et l'on ose encore aujourd'hui répéter que ce fut une œuvre de pure politique, à laquelle la religion demeura complètement étrangère et que désapprouva la cour de Rome. Il est incontestable que les rivalités et l'ambition des maisons de Lorraine et de Bourbon prirent souvent la religion pour prétexte ; mais le catholicisme ne s'en prêta pas moins à un rôle odieux, entendant bien y travailler pour son propre compte. On vient de voir que Pie Y fît tout son possible pour exciter le roi de France au massacre des protestants. Son successeur, Grégoire XIII, îfi remercia Dieu solennellement. Parmi les nombreux témoignages |ul établissent ce fait, j'Indiquerai d'abord celui d'un auteur conemporain, qui écrivit l'histoire des actes de ce Pontife. (Maffei,

cet ennemi désarmé, il le coupe en morceaux en présence de Jéhovah, v, 32 et 33 (1). Cela fait, il quitté Saiil qu'il ne revit phis, v. 35 (2), et à qui il ne devait plus parler qu'après que lui, Samuel, serait mort, comme on peut le voir au ch. 28, v. 11-20, dans une scène, toute payenne, de nécromancie où il est évoque par une pythonisse. Il lui restait, pour terminer sa carrière politique, à faire un nouveau roi. Il sacre un jeune pâtre, qui s'était exercé, en gardant ses montons, à saisir des lions et des ours par la barbe, ch. 16. V. 11-13, et ch. 17, V. 34 et 35, mais qui ne put obtenir d'ôtre installé du vivant de Saiil, celui-ci ajan' I)ris goût à la royauté, et ayant fait des difficultés pour céder la place. David plut d'abord beaucoup au roi. qui, du consentement du père, l'attacha à sa personne et en fit son joueur de cithare et son écuyer, ch. IH. V. 16-23. Mais voilà qu'au chapitre suivant, David, vainqueur du géant Goliath, nous est représenté comme étant complètement inconnu du roi, qui lui demande à quelle famille il appartient, absolument comme s'il

Degli annali di Gregorio XIH, livre I*% S 20, tome !*«•, Rome 1741 Le même auteur raconte naïvement et sans aucune expression èf blâme avec quelle astuce Charles IX prépara le massacre. J'Indiquerai encore une curieuse lettre, qui est insérée dans la collectki Dupuy , n*" 744-745 , des manuscrits de la Bibliothèque nationale. et par laquelle le roi de France s'associa aux actions de grâces da Pape et du sacré collège.

(1) Lorsque Samuel avait fait appeler Agag, celui-ci était arri^^ plein de contentement, persuadé qu'on venait le délivrer et que ts mort, dont la pensée le poursuivait, s'éloignait de lui. Le grec ^ la Vulgate le représentent tremblant,

(2) Cela semble en contradiction avec cette histoire, rawnl^ au chapitre 19, v. 20-24, et où l'esprit de Dieu s'étant emparé li^ Saiil lui-même , comme il s*était emparé d'abord par trois fois <fe ses envoyés, le fait prophétiser en présence de Samuel, qui conduisait une troupe de prophètes. Mais on peut très-bien souleaif que ces mots du verset 35 du chapitre 15 , Et Samuel ne vit f^ Saûl , veulent dire seulement qu'il n'alla plus le visiter.

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Teût VU pour la première fois et qu'il n'eût jamais entendu parler de lui, v. 55-58. Notez qu'il venait d'avoir avec lui une assez longue conversation, pendant laquelle il avait eu le temps de le reconnaître, dans le cas, si peu vraisemblable, où il l'eût oublié, v. 31-39. On a cherché à faire disparaître ce qu'il y a de choquant dans cet oubli, en supposant que, quoique le récit de l'entrée de David au service personnel de Satil précède immédiatement celui de l'expédition des Philistins, dans laquelle il figure comme entièrement inconnu du roi, il s'était écoulé entre ces deux événements plusieurs années dont l'écrivain sacré n'avait rien à dire, et dans l'intervalle desquelles David avait pu quitter Saul. Pour supposer ainsi que ce dernier ne reconnût plus celui qui avait été attaché à son service particulier et qu'il affectionnait beaucoup, il faudrait au moins que la séparation pût remonter à un assez grand nombre d'années. Or le contexte des deux récits ne permet pas d'admettre cela. Au ch. 16, v. 18, lorsque David est appelé pour la première fois auprès de Saûl, on le représente comme étant déjà un homme fort et un habile guerrier, et dans le second récit, ch. 17, V. 33, 42, 55, 56 et 58, on le qualifie de jeune homme dans la fleur de l'âge et de la beauté. En supposant donc, ce que rien n'autorise à affirmer, que David eût quitté le service de Satil à l'époque où il Tient combattre Goliath, cette séparation ne pouvait pas dater de bien loin, et par conséquent on ne comprend pas l'ignorance que manifeste Saul, au ch. 17, sur le compte de celui qui avait été tout récemment son serviteur intime et privilégié, ou plutôt cette ignorance, contredite par ce qui précède immédiatement, est un de ces témoignages qu'on rencontre à chaque pas de l'incohérence et du décousu des récits bibliques.

g 3. — QUELQUES ACTES DE DAVID

David est, comme on sait^ la gloire d'Israël ; c'est le roi juif par excellence, le roi le plus agréable à Jéhovah. Voyons quelques-uns des traits les plus saillants de son histoire, soit avant son élévation à la royauté, soit pendant son règne.

Ch. 21, V. 1-10, il trompe le grand-prêtre Achimélech en se donnant pour l'envoyé du roi, et il se fait livrer, au moyen de cette tromperie, les pains sacrés de proposition, qui ne devaient être consommés que par les prêtres (1). Ce mensonge, qui n'est encore qu'une peccadille auprès de ce qui va suivre, fournit à la fureur de Satll, ch. 22, v. 0-22, une occasion d'exercer d'épouvantables massacres dans la ville lévitique de Nobé. Notons, en passant, une contradiction de TEsprit-Saint, qui, ayant dicté les livres du Nouveau Testament aussi bien que ceux de T Ancien, était tenu de les mettre d'accord. Les trois premiers évangélistes (Matthieu, ch. 12, V. 3 et 4; Marc, ch. 2, v. 25 et 26; et Luc, ch. 6, V. 3 et 4) ont cité le fait de la fuite de David à Nobé, en ne disant mot toutefois du mensonge qui en est un des principaux incidents, et en proposant comme un exemple à suivre un acte que tout Israélite devait tenir pour sacrilège. Matthieu et Luc ne nommant pas le grand-prêtre qui livra les pains sacrés à David et à ses compagnons ; mais Marc, se trompant de nom ou de personne, nomme, au lieu d'Achimélech, son fils Abiathar, qui ne fut que plus tard revêtu de la dignité de grand- prêtre.

(I) Lévitique y ch. 24, v. 5-9.

Ch. 25, David envoie demander Taumône à un homme brt riche, nommé Nabal. Le titre qu'il fait valoir au- )rès de lui, c'est qu'ayant rencontré ses bergers sur le «ont Carmel, il ne les avait pas dévalisés. Nabal, /oyant des jeunes gens valides tendre la main, leur 'épond qu'il ne les connaît pas, et les renvoie comme Is sont venus, v. 4-12. Ce refus était dur, si l'on veut ; nais enfin il était dans le droit rigoureux d'un propriétaire, même très-riche. David se met alors à la tète de WO hommes, et s'avance à main armée contre Nabal, i. 13. On peut voir, au chapitre 22, verset 2, de quel /amas d'hommes perdus se composait sa troupe. Venir linsi lever des contributions forcées, c'est ce que l'on ippelle, en langage ordinaire, exercer le métier ie brigand. Abigaïl, femme de Nabal, court au-devant de David, lui apporte du vin, des viandes, etc., V. 18, et lui dit beaucoup de mal de son mari (1),

(i) Elle l'appelle insensé, en disant que c'est précisément là ce que signifie son nom. Le mot hébreu Nabal a en effet cette signification. Je ferai remarquer à cette occasion que plusieurs noms propres de T Ancien Testament sont, comme celui-ci, en rapport avec quelques événements importants de la vie des personnages qui les portent. Dans la plupart des cas , cela suffit pour déceler Tœuvre de la légende. Ici, par exemple, il est clair que les parents de Nabal , lorsqu'ils lui donnèrent un nom au moment de sa naissance , n'avaient pas la prescience de cette prétendue folie que sa femme devait lui attribuer un Jour, et qu'ainsi ils ne pouvaient pas, à moins d'un miracle, l'appeler d*un nom en rapport avec ce fait. La nécessité d'un miracle n'est du reste, ici pas plus qu'ailleurs, une difficulté pour ceux qui voient le doigt de Dieu dans toutes les pages de la Bible. Il y a, dans les livres saints, d'autres Doms que celui de Nabal ^ui donneraient lieu à des observations je même nature , et qui ont manifestement été fabriqués selon l'exigence des récits où ils figurent. C'est en procédant d'une façon semblable que les poètes mythologiques ont donné, par exemple, c nom de Ljcaon à ce roi arcadien que Jupiter devait changer en oup, ou d'Arachné à cette habile brodeuse que Minerve devait oétamorphoser en araignée, etc., etc.

V. 25 et 26. Devenue veuve quelques jours après, elle épouse David, qui ne pouvait manquer de lui offrir cette récompense de son honorable conduite, v. 38, 40 et 42.

Ch. 27, v. 8-12, réfugié chez le roi philistin Achis, David passe son temps en véritable chef de bandits. Le verset 9 nous donne une description de ses courses dans le voisinage. L'historien juif Joseph, après avoir dit que David emmenait les troupeaux et les bètes de somme, ajoute qu'il s'abstenait d'emmener des hommes, de penr que ceux-ci ne le trahissent auprès du roi (1). Cette manière de raconter permet au lecteur de supposer que, si David faisait le vilain métier de voleur, il le faisait au moins avec modération et humanité, n'en voulai^t qu'aux bestiaux, mais respectant les personnes. Or la Bible nous apprend comment il faut entendre qu'il s'abstenait d'emmener les hommes : c'est que, non content de se livrer au pillage, il égorgeait absolument tout le monde, hommes et femmes, v. 9. Pour se faire bien venir d'Achis, il lui faisait accroire que c^était sur les terres mêmes des Israélites qu'il exerçait ses brigandages, V. 10 et 12. On va voir du reste qu'il était capable de ce nouveau genre de prouesse. Quoique déji sacré roi d'Israël, il marche avec les Philistins contre ses compatriotes, ch. 28, v. 1 et 2, et ch. 29, v. 2. Maiï les chefs des Philistins, se défiant justement de lui, le chassent de leurs rangs, v. 3-10.

Livre 2, ch. 3, v. 6-21, Abner, irrité contre son roi Isboseth, qui vient de lui adresser de justes reproche*, offre à David de lui livrer le peuple d'Israël. S'il ^^^ évident qu'une offre de trahison est un acte odieux, et qu'ainsi il n'est point permis de l'accepter, David devait renvoyer le traître à son maître ou au moins refuser Ae l'entendre. Au contraire il l'accueille avec empresse-

(^).^'Af)X«^^o7^«» livre 6, ch. 43.

ment et distinction» et s*apprète à faire profit de ses offres criminelles, v. 13 et 20. Cette conduite immorale rend un peu suspecte la sincérité des larmes qu'il avait versées en apprenant la mort de Satil, ch. l^^, y. 11 et 12, et de la colère qu'il témoigne lorsque des assassins lui apportent la tête d'Isboseth, ch. 4, v. 9-12. On retrouve un peu plus loin, ch. 15, v. 32-37, ch. 16, V. 16-19, et ch. 17, v. 5-22, un autre acte d'immoralité de môme genre, dont la première idée appartient à David lui-même, et qui tourne également à son profit. Il engage son ami Chusaï à aller trouver Absalom et à feindre de se ranger de son parti, afin de lui donner des conseils trompeurs et de livrer ses secrets. Deux prêtres et leurs fils l'assisteront dans ce rôle de perfidie, que Chusaï accepte et qu'il remplit en se parant de motifs religieux ; car, lorsqu' Absalom lui témoigne quelque surprise de ce qu'il a abandonné son ami, il répond qu'il veut être à celui qu'a choisi Jèhovah (v. 18 du chapitre 16).

Ch. 8, V. 2, David, qui vient de faire la guerre aux Moabites, est vainqueur. Voyons comment il va les traiter. Il en fait deux parts qu'il mesure au cordeau : la meilleure part, de la longueur de deux cordeaux, est mise à mort ; la seconde, de la longueur d'un cordeau, est conservée et réduite en esclavage (1). En

(1) « Et il les mesura au cordeau, les faisant coucher à terre; « et il en mesura deux cordeaux pour les faire mourir, et un plein « cordeau pour les laisser vivre; et les Moabites furent les esclaves « de David. » Les deux tiers auraient donc été égorgés ; mais les mots, un ^Xdfi cordeau^ semblent vouloir dire qu'on aurait mis la bonne mesure dans ce tiers de survivants. Est-ce une observation faite sérieusement ou une odieuse plaisanterie? Je demanderai encore si les traducteurs grec et latin ont voulu se montrer plus humains ou plus équitables, en faisant les deux parts entièrement égales. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'ils ont été tous deux infidèles au texte, mais de deux manières différentes ; le premier met detuc cordeaux, le second un seul de chaque côlé.

supposant qu'il eAt le droit de tuer des ennemis vaincus et désarmés, quelle affreuse ironie que de s'en rapporter ainsi au caprice du hasard pour désigner les tîctimes ! Au verset 14, après nous avoir appris que DaTÎd asservit tout le pays d'Édom, le narrateur sacré répète ce qu'il avait déjà dit au verset 6, que Jébovah protégeait David dans toutes ses expéditions. Or on vient de voir, par la manière dont les Moabites avaient été traités, à quels actes s'appliquait cette protection divine. Quant aux Ëdomitea ou Iduméens, il y a an renseignement important, qu'il faut aller chercher ans versets 15 et 16 du chapitre 11 du troisième livre dej Rois. Là nous apprenons que, lorsque David avait faii son expédition d'Edom, tous les mâles avaient été exterminés.

Que dire de sa conduite à l'égard d'Urie? Il le fait lAcheroent assassiner, après lui avoir pris sa femme Bethsabée, Ch, 11, On remarquera en passant la légèreté avec laquelle l'auteur sacré nous dit que cetti> femme, à l'instant même où elle vient de commettre son adultère, se purifie, se sanctifie même, v. 4, sans doute par la vertu de l'ablution légale, prescrite au chapitre 15, v. 18, du Lévitique. Je reviens au meurtre d'Urie, !>= circonstances qui l'acompagnent, en au^entent l'odieux. Une est un des plus fidèles serviteurs de David. Il pousse même le dévouement pour son roi j□sq^'.^ l'excès. David, apprenant de Bethsabée qu'elle est enceinte, envoie chercher Urie, qui était à l'armée, et lui fait toutes sortes de caresses hypocrites pour l'engagf r à alli'r |i;u«der la nuit auprès de sa femme, espérant par là couvrir le fruit de son adultère. Mais tontes ses ca- ■essGs sont inutiles. Urie refuse d'user de la permission 'aller se reposer chez lui, et il refuse par des motifs ."attacliunient à la personne du prince, v, 6-11. Le endemaiii Davidarecoursà un autre moyen ; il appelle Jrie ù. i:i table et l'enivre. Cette tentative est aussi

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vaine que la première. Le fidèle serviteur passe la nuit À la porte du palais, v. 12 et 13. Alors David le renvoie à l'armée, et le charge de porter une lettre à Joab. Or qu'y avait-il dans cette lettre? L'ordre de placer celuilà même qui en était porteur, en tête et au plus fort de la bataille, et de Vy abandonner pour qu'il y périt sous les coups des ennemis. Le général, digne valet d'un pareil maître, exécute de point en point cet ordre abominable, et David, débarrassé d'Urie, introduit solennellement Bethsabée dans son palais, v. 14-27. 11 serait difficile d'imaginer rien de plus affreux que cet assassinat. C'est le seul des crimes nombreux de David que l'auteur sacré ait trouvé à blâmer (livre 3, ch. 15, v.3et5). Le prophète Nathan vient le reprendre, ch. 12, au moyen d'une parabole qui est un des plus beaux morceaux de la Bible. Je n'ai pas tant à louer pour que je ne la transcrive ici : « Deux hommes, l'un riche et et l'autre pauvre, vivaient dans la même ville. Le riche « avait des brebis et un très-grand nombre de bœufs. é* Mais le pauvre ne possédait absolument rien, si ce u n'est une petite brebis, qu'il avait achetée et nourrie, •4 et qui avait crû chez lui avec ses fils, mangeant de M son morceau, buvant à sa coupe et reposant sur •4 son sein : c'était pour lui comme une fille. Un étran- «4 ger étant venu chez le riche, celui-ci, ne voulant pas 4é toucher à ses brebis ni à ses bœufs pour servir à éé manger au voyageur qui était venu le trouver, enleva s€ la brebis du pauvre, et la servit à manger à l'homme m qui était venu auprès de lui, v. 1-4. n David, entendant ce récit, éclate de colère et d'indignation contre le riche, qu'il veut faire mourir. Nathan l'arrête par oes mots : « C'est toi qui es cet homme, » v. 7. Puis il lui rappelle qu'il a été comblé de biens, et en lui {> rédisant l'inceste que devra commettre publiquement ii^ ec ses femmes son propre fils Absalom (ch. 16, v. 21 et 22), il lui présente ce fait abominable comme voulu,

commandé, et Ton pourrait presque dire exécuté |iar Jéhovah lui-même (1). Alors le roi dit : « J'ai péché. » Le prophète, dont le beau rôle ne se soutient plus, lui répond : « Jéhovah a transféré ton péché ; tu ne •• mourras pas. » C'était absoudre un peu lestement un aussi grand coupable. Nathan ajoute : « Mais le fils « qui t'est né mourra. » On reconnaît à ce trait la justice du Dieu de la Bible. En effet Tenfant fut frap^. d'une maladie dont il devait mourir, v. 5-15. Pendant cette maladie, David parait en proie à un violent chagrin ; il se couche par terre et refuse de boire et de manger. Ces préliminaires font naturellement supposer à ses serviteurs que son désespoir ne connaîtra pas de bornes au moment où il apprendra la mort de son fils ; aussi, lorsque ce malheur survient au bout de sept jours, personne n'ose-t-il le lui annoncer. Mais^ ô surprise! quand il l'apprend enfin, il se lève de terre, prend un bain, se parfume, change d'habits, se rend dans la maison de Jéhovah, puis revient chez lui et demande à manger. Ses serviteurs n'en reviennent pas de rétonnement que leur cause une transition aussi brusque et si peu ménagée. Mais il leur en donne une explication véritablement facétieuse, et à laquelle ils ne trouvent rien à répliquer : il avait espéré, en pleurant et en jeûnant tant que l'enfant respirait encore, décider Jéhovah à le laisser vivre. Mais maintenant qu'il était mort, à quoi bon de continuer de jeûner et de se lamenter? Cela ne le rappellerait pas à la vit», V. 16-23. Il suit de là que ses pleurs et ses refus de prendre de la nourriture n'étaient pas rexpressioc d'une douleur réelle, mais un jeu auquel il avait espéra tromper son Dieu. Il va ensuite consoler Bethsabé^. qui lui donne un second enfant, nommé Salomon

(1) « Je ferai cela à la vue de tout Israël et à la vue du so- « leil. D V. 12.

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Celui-ci fut dès sa naissance Tobjet de Taffection de Jéhovah, v. 24 et 25 : nous verrons comment il s'en montrera digne.

Ch. 12, V. 26-31, David marche contre les Ammonites, auxquels il fait subir les plus atroces supplices. Le détail qu'en donne tranquillement Fauteur sacré, au verset 31 (Voir aussi le v. 3 du ch. 20 du 1®^ livre des Paraliponiènes), fait dresser les cheveux d'horreur. David fait scier les malheureux vaincus, les broie sous des herses de fer et les découpe avec des haches. Ces scènes épouvantables, il ne les exécute pas une seule fois et dans un premier moment de rage soldatesque ; il les renouvelle dans toutes les villes d'Ammon. Un traducteur moderne de la Bible, M. Cahen, fait ici une réflexion bonne à recueillir : « Les commentateurs, M étonnés de cette cruauté de David, ont cherché à ex- «« pliquer ce passage, les uns en disant que David n'a usé «< que de représailles et que ces instruments de supplice - ** avaient été préparés pour lui et les siens, les autres en «« disant qu'il s'est borné à les faire passer sous ces ins- «* truments pour leur faire honte ; c'étaient des espèces M de fourches caudines. Enfin il y en a qui prétendent «• qu*il les a employés à travailler dans le bois, aux •* tuiles, etc. Mais à quoi bon toutes ces subtiliCés? ^ N'est-il pas question d'un vainqueur asiatique?... ** LTiomiM égaré par le fanatismey n'importe par quel ** yanatisme^ est capable de tout (1). »» Il suit de ce langSLge que M. Cahen rejette toutes les subtilités par lesquelles on a cherché à nier la réalité des vengeances exercées par David sur les Ammonites, qu'il voit dans lo. personne de ce roi un fanatique cruel et capable de tout, et qu'il fait justement peser sur sa mémoire la responsabilité morale de ses actes abominables. Mais

^1) Traduction de la Bible, noie sur le verset 31 du chapitre 12 f ti 2* livre des Hois (2« de Samuel), tome Vif, Paris, 1836.

nous^ nous allons plus loin : nous faisons peser aussi la responsabilité de ces actes sur le livre où ils sont racontés ; car ils ne sont que la mise en pratique des recommandations sanguinaires que Moyse et son successeur Josué avaient faites, de la part de Dieu, aux Israélites sur la manière dont ils devaient traiter les infidèles; ils sont d*ailleurs racontés sans aucune expression de blâme, et'ce qui éprouverait au besoin que ce silence de la Bible est une approbation, c'est que, au livre 3 des JioiSy ch. 15, v. 3 et 5, une seule chose est jugée répréliensible dans toute la vie de David, sa conduite à l'égard d'Urie , tout le reste étant déclaré parfaU.

Ch. 21, V. 1-9, David livre deux fils et cinq petitsfils de SaUl aux. Gabaonites, qui annoncent Tinteniiou de les assassiner pour se venger sur eux d'un crime dont ils sont innocents. Cette exécution a pour but d'apaiser Jéhovah, qui a envoyé une famine de troi< années. On notera que David af^ promis avec serment (livre 1®^ des Hois, ch. 24, v. 22 et 23) de ne point faire périr les descendants de Saûl. Le verset 8 nous apprend que cinq des victimes étaient les enfants que J/icArJ, fille de Saill, avait eus de son mariage avec HadHel h Molathite, Or on voit, au 1®^ livre des Rois^ ch. IS. V. 19, 20 et 27, et ch. 25, v. 44, et au 2® livre des Roh. ch. 3, V. 13-16, et ch, 6, v. 16 et 20-23, qu'Hadriel le Molathite avait épousé JIférob, autre fille de Saiil, et nou pas Michel, qui fut donnée d abord à David', puis à Phalti, fils de Laïs, et qui rendue à David après la mort do Salil, devint stérile pour avoir justement reproché au roi de danser et de se découvrir devant les servantes de ses sujets.

Ch. 22, V. 20-25, dans un cantique d'actions d*^ grâces, David se proclame agréable à Dieu, juste, pur, saint et parfait. On a vu, par'c'e qui précède, combien étaient mérités les éloges qu'il se décerne ici et qui lui

seront confirmés par l'auteur du livre de Y Ecclésiastique (ch. 49, V. 5).

Au chapitre 24, v. 8 et 9, il fait le recensement de tout son peuple, et trouve 800,000 guerriers en Israël, et 500,000 en Juda, en tout 1,300,000. J'aurai à signaler plus loin (§ 13), au sujet de ce recensement, diverses contradictions existant entre le 2® livre des Rois, et le \^^ livre des Paralipomènes. Le dénombrement fait, David s'en repent et en demande pardon à Jéhovah, en disant qu'il a agi très-sottement, v. 10. Nous avons ici un chef-d'œuvre de déraison. D'abord c'était Jéhovah qui avait inspiré à David l'idée du dénombrement de son peuple, v. 1 (1). En second lieu, si les recensements des populations n'ont guère été faits jusqu'ici que dans des intérêts de despotisme guerroyeur ou de fiscalité, ce n'^est pas en soi une action coupable, la vraie science économique et gouvernementale pouvant en tirer de bons enseignements. Les livres saints offrent d'ailleurs d'autres exemples de dénombrements du peuple , qui non-seulement ne sont point blâmés, mais sont présentés comme ordonnés par Jéhovah luimême {Nombres, ch. P^ v. 1-3, et ch. 26, v. 1 et 2, et

(i) Dans l'hébreu et dans la traduction grecque, c*est Jéhovah qui, transporté de colère contre Israël, intime directement à David, V. !•', Tordre de procéder à ce dénombrement, ordre que David transmet à Joab dans les versets suivants. L'auteur de la Vulgate met tout d'abord , par une fausse traduction , cet ordre dans la bouche de David. Mais ce qui est mieux encore, c'est cette prétendue traduction de Le Maistre de Sacy : a La colère du Seigneur « s'alluma contre Israël, et de là vint que, pour, les punir, il permit « que David donnât ordre que l'on comptât tout ce qu'il y avait « d'hommes dans Israël et dans Juda. {La sainte Bible, tome l", Paris , d717.) Le Maistre de Sacy a cru justifier cette fausse traduction en renvoyant, dans une note, le lecteur à une version qu'on lit au i«<' livre des Paralipomènes , et qui est en effet différente de celle du 2" livre des Rois, Je reviendrai sur cette contradiction , dans le J 13.

2® livre d'Â'sdras, ch. 7, v. 5). Mais nous devons être habitués déjà à voir, dans la Bible, ou des actes innocents convertis en très -grands crimes ou de trèsgrands crimes innocentés et même glorifiés. Enfin, en supposant que le recensement ordonné par David n'eût pas été suggéré par Jéhovah et que cet acte fût réellement répréhensible soit en lui-même soit par ses motifs,* c'était une faute dont David seul pouvait être rendu responsable. Il n'en sera pas ainsi. Un prophète vient, de la part de Jéhovah, lui dire d'opter pour un de ces trois maux, sept ans de famine, fuite pendant trois mois devant ses ennemis, peste pendant trois jours. David choisit ce dernier fléau. Un bon prince eût préféré le mal qui n'atteignait que lui à celui qui devait décimer ses sujets. Jéhovah fait périr de la peste 70,000 Isrî^élites, v. 10-15. Cette manière d'entendre et d'administrer la justice est telle que David lui-même, qui n'est pas fort sur cet article, comme on Ta vu, s'écrie : « C'est moi qui ai péché. Qu'ont fait ces bre- « bis? » Il demande alors à être puni en personne. V. 17. C'était s'apercevoir un peu tard qu'il n'aurait pâ< dû sacrifier son peuple à sa place. Jéhovah, qui aurait dû s'en apercevoir le premier, se contente d'exiger qu^ David lui dresse un autel dans l'aire d'Areuna. Cela n^ coûta que 50 sicles d'argent. Le l®*" livre des Paralipvmènes (ch. 21. v. 25) porte, il est vrai, la dépenst^. comme on le verra plus loin, à un chifire beaucoup plus élevé. Mais, cela eût-il dû coûter plus cher encore, on regrette que ce moyen d'apaiser la fureur célesie n'ait pas été indiqué tout d'abord.

Livre 3, ch. -2, v. 5-10, les instincts cruels de Davi î le suivent jusqu'à son lit de mort. Dans les demiè^e^ paroles que lui fait prononcer le narrateur sacré, il recommande à son fils Salomon de faire mourir Joab et Séméi. S'il se contentait de donner l'ordre de punir Joab, je dirais seulement que c'était trop tard. Le^

meurtres d'Abner et d'Amasa (livre 2, ch. 3 et 20) avaient été connus de David, qui, loin de punir Joab, comme il le pouvait, l'avait gardé à son service et avait continué de le traiter avec distinction. C'était d'après ses ordres que Joab avait commis cet assassinat d'Urie, qui suffirait pour vouer à l'exécration la mémoire du maître et du serviteur. David charge secrètement son successeur de faire mourir un homme que, pendant tout son règne, il avait mis à la tète de son armée et de ses conseils. Est-ce ainsi que doit procéder la justice d'un souverain? Mais passe pour Joab, qui était un franc scélérat, et qui méritait d'être puni même par l'ordre tardif de celui à qui ses crimes avaient profité. Que penser maintenant de la recommandation, v.'9, que fait David à Salomon d'ensanglanter les cheveux blancs de Séméi? Au livre 2, ch. 16, v. 5-12, fuyant devant son fils Absalom révolté, David rencontre un parent de Satll, Séméi, qui le maudit, lui jette des pierres et l'appelle homme de sang. Quelque bien choisie que fût l'épithète, c'était assurément prendre mal son temps que d'insulter un roi au moment même où il était aux prises avec l'adversité. David parait supporter cet affront avec une pieuse résignation. Bien plus, quand il rentre triomphant, et que Séméi vient se jeter à ses pieds et lui demander grâce, il lui pardonne et jure qu'il ne le fera pas mourir, ch. 19, v. 17-24 [v. 16-23]. Cette générosité était louable si elle était sincère ; mais comment ne pas concevoir de doutes à cet égard, lorsqu'on voit David, à cette heure suprême où l'on doit plus que jamais oublier les injures, se souvenir de celle qu'il avait reçue de Séméi, et recommander à Salomon de le venger d'un vieillard à qui il avait pardonné? H faut remarquer qu'immédiatement avant de faire cette recommandation, David avait pris soin, v. 8, de rappeler lui-même lé serment par lequel il s'était engagé à ne point faire mourir Séméi. Quoi de plus odieux qu'un T. n. 6.

pareil legs, fait à un fils, dans un tel moment? Ce dernier trait clôt dignement la vie sanguinaire de Dayid.

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