QUEL USAGE SALOMON FAISAIT DELA SAGESSE, CONSTRUCTION
DU TEMPLE. SCHISME d'iSRAEL
Adonias, frère aîné de Salomon, avait manifesté des prétentions à succéder à David. Mais une intrigue du prophète Nathan et de Bethsabée lui avait fait préférer Salomon, que son père fit sacrer roi de son vivant même. Adonias, redoutant, non sans raison, comme on va le voir, le ressentiment de son frère, l'avait solennellement reconnu pour son seigneur, et celui-ci lavait rassuré en lui disant que, s'il se conduisait en homme de bien, il ne ferait pas tomber un seul de ses cheveux (ch. l**, V. 5-53). Après la mort de David, Adonias fait demander à Salomon pour épouse Abisag, cette jeune et belle Sunamite qui avait rempli auprès du vieux n:«: une aussi étrange fonction (v. 1 -4 ). Bethsabée ellemême s'était chargée de présenter la demande, qu: n'avait rien que de légitime, et Salomon, avant mèœe de savoir ce que sa mère venait demander, lui avait promis de faire tout ce qu'elle désirerait. Mais lorsqu'elle lui eut fait connaître l'objet de sa démarche, Salomon, oubliant toutes ses promesses, jura par Jéhovah qu'il ferait mourir son frère, et donna aussitôt à BanaYas l'ordre d'aller le tuer, ch. 2, v. 13-25. Il existrpeu de livres où l'on rencontre- autant que dans h Bible d'actes abominables d'inimitié fraternelle. Je n'ai pas eu à en citer tous les exemples. Il faut remarquer que, dans plusieurs de ces cas comme dans celui-
ci, Dieu est mis du côté de l'oppresseur. Débarrassé de son frère, Salomon remplit ponctuellement le rôle de vengeance que son père mourant lui avait légué sur Joab et Séméi : il les fait égorger, toujours par la main exercée de son dévoué Banaïas, à qui il donne, en récompense de ses loyaux services, la charge de général en chef, précédemment occupée par Joab, v. 28-46. Conçoit-on que Bossuet, qui certes connaissait aussi bien que personne ce que Ton appelle THistoire sainte, ait osé dire de Salomon que ses mains pures de sang furent jugées dignes de bâtir le temple de Dieu (1)? Immédiatement après avoir raconté ces débuts sanguinaires d'un règne si vanté, l'auteur sacré nous fait observer que Salomon aimait Jéhovah, qui lui offrit en revanche de lui donner ce qu'il désirerait, ch. 3, v. 3 et 5. Il choisit, comme on sait, la sagesse, v. 9-12. C'est pourquoi il prit, sur ses vieux jours, 700 femmes et 300 concubines, qui le firent tomber dans l'idolâtrie, cil. 11, V. 3-6. A l'époque où il aurait composé ce Cantique des cantiques qu'on lui attribue, il n'avait encore, dans son harem, que 60 reines et 80 concubines en titre ; il est vrai qu'il y joignait un troupeau de jeunes filles dont il ne savait pasle nombre (2). Anous en tenir au témoignage même de l'Écriture, personne n'aurait célébré la vertu plus que Salomon et ne l'aurait moins pratiquée, personne n'aurait parlé plus éloquemment des vanités de ce monde et ne les aurait plus avidement recherchées.
Un de ses principaux titres de gloire aux yeux des
Fixifs, est la construction de ce templç célèbre, que
"aida à élever Hiram, roi idolâtre, lui envoyant ses
>ixvriers et ses bois du Liban, chapitre 5. Remarquez
^i) Discours sur Vhisioire universelle^V partie, 5* époque, tome Xri, Paris, 1744.
(^) Cantique des cantiques, ch. 6, v. 8. [V. 7.]
\0h SECONDE PARTIE
qu il ne s'agit pas ici d'une affaire commerciale on simplement politique entre deux rois alliés, mais d'une entreprise qui a un caractère éminemment religieux, et à laquelle les deux rois auraient également pris intérêt : le verset 21 [v. 7] fait parler Hiram absolument comme un Juif, croyant au Diea de David et de Salomon et le bénissant. Ou peut voir la description du temple dans les chapitres 6 et 7. Lors de la dédicace, Salomon immola vingt-deux mille hctufi et cent vingt mille brebis, ch. 8, v. 63, La piété payenne, la plus splendide et la plus opulente, étai: sordide auprès de celle de Salomon; elle croyait avoir atteint le nec plm ultra du zèle en immolant à ses dieux une hécatombe, c'est-à-dire cent bœufs, ce qui était déjà une assez raisonnable boucherie. On se représente quels plus beaux effets de toutes sortes devait produire la colossale tuerie du roi des Juifs, et combien les pâturages de la Palestine étaient alors plus gras qu'aujourd'hui. Mais suspendons un instant notre admiration pour dire quelques mots d'une contradiction notable sur l'époque biblique à laquelle Salomon commença la construction du temple qui porte son nom. Il est dit, au premier verset du chapitre 6, que ce fnt quatre cent quatre-vingts ans (1) après la sortie d'Egypte. Or on trouve un nombre beaucoup plus considérable dans le calcul attribué à saint Paul {Actes des apôtres, ch. 13, v. 16-21), et qui, de la sortie d'Egypte à Satil, s'élève déjà à 530 ans. Ajoutant à ce dernier nombre les quarante ans du règne de David et le? quatre premières années du règne de Salomon, on a uu totel de cinq cent soixante et quatorze ans. Nous arriverions à un nombre encore plus élevé, si nous faisions le relevé des chiffres de détail fournis par les livres d^ la Bible qui précèdent l'histoire des rois. J'aurai à citer
1) 440 seulement dans le grec.
encore d'autres exemples qui autorisent, comme celuici, à conclure qu'il n'y a pas de véritable chronologie dans la Bible (1).
Ch. 12, V. 4-£0, Salomon mort, le peuple se charge de lui faire une oraison funèbre, courte mais énergique, et qui honore infiniment la mémoire du prince des sages. Ils viennent trouver Roboam, lui disant que son père a fait peser sur eux un joug très-dur, et ils le prient respectueusement d'alléger un peu leur servitude. Roboam prend trois jours pour réfléchir. Il consulte d'abord des vieillards, qui lui conseillent la modération et la douceur; puis il consulte des jeunes gens," qui lui conseillent la dureté et l'impudence. C'est pour ce dernier parti qu'il se décide, et lorsque le peuple vient chercher la réponse à sa requête, voici les gracieuses paroles qu'il entend de la bouche même de sou roi, V. 14 : « Mon père a rendu votre joug pesant; mais « moi j'y ajouterai encore. Mon père vous a châtiés ** avec des verges; mais moi je vous châtierai avec des •* fouets armés d'aiguillon. »» Cette insolence va lui coûter cher. Lorsque son intendant des finances se présente pour percevoir l'impôt, il est accueilli avec une g-rêle de pierres, et Roboam lui-môme est obligé de fuir. Dix tribus se séparent de Juda et forment le royaume d'Israël, sous la conduite de Jéroboam, qui s'était révolté déjà du vivant de Salomon, et dont l'usurpation doit paraître régulière et sainte aux yeux des juifs et des chrétiens, puisque c'était Dieu même qui l'avait inspirée par l'entremise de son prophète Âhias ch. 11, V. 26-40, et ch. 14, v. 7 et 8). Il y a, au sujet le ce schisme, une contradiction à noter. Au chapitre 11, verset 32 et 36, Dieu déclare qu'il ne laissera
(I) M. le pasteur Coquerel en fait l'aveu presque à chaque page e l'Essai historique et critique ««r les dates de la Bible, qu'il a place n tôle de sa Biographie sacrée, Valence, 4837.
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à Roboam qu'une tribu, et au chapitre 12, verset 20. il est dit qu'en effet ce roi fut suivi par la seule tribu de Juda. Mais, dès les versets suivants, 21-24, il estreprésenté comme régnant sur deux tribus, celle de Ju«la et celle de Benjamin.