MASSACRE DES PROPHÈTES DE BAAL
Ch. 18, V. 19-40, Élie fait assembler les prophètes de Baal et leur offre de lutter seul contre eux en fait de miracles. Le concours est accepté et tourne, comnit on s'y attend bien, à la honte des prêtres de Baal, qui sont convaincus d'impuissance et de mensonge en présence de tout le peuple. Cette peine pouvait suffire. Mais Élie, animé d'un zèle prophétique, fait saisir e: égorger ses ennemis vaincus, en ayant bien soin de recommander qu'on n'en laisse pas échapper on seul Le verset 19 énumère d'une part 450 prophètes de Baal et d'une autre 400 prophètes des bois sacrés, ct qui élèverait le total du massacre à 850. Saint Augustin, après avoir présenté cette exécution comme inspirée divinement, ajoute cette curieuse réflexion, qut Dieu sait fort bien quel est celui qui a intérêt à ètrt égorgé (1). Le lecteur est depuis longtemps familiarisa avec ce système de conversion : j'en ai déjà cité de nombreux exemples, et j'aurai encore à en citer d'autres. Le Dieu d'Israël affectionna tellement son prophète Élie que, par un privilège qu'il n'avait encore accorde
(1) Epiêtola 44, Elemo, Glorio et Felidbw, ch. 4, tome II, Paris 1688. '
ROIS ET PAHALIPOMèNES 107
quau patriarche Hénocb {Genèse^ ch. 5, v. 24), il Texempta de la loi commune de la mort et l'enleva tout vivant au ciel, comme on le verra tout à l'heure, en attendant qu'il l'envoie, sur la fin des temps, pour convertir les Juifs (Malachie, chap. 4, v. 5 et 6, et Matthieu, ch. 17, v. 11).
§6. — CONDUITE d'aCHAB ENVERS BENADAD, ROI DE SYRIE. UNE DÉLIBÉRATION DE L*ARMÉE CÉLESTE. OCHOZIAS ENVOIE CONSULTER fiEELZEBUD
Achab, roi d'Israël, a le très-grand tort de laisser régner à sa place sa méchante femme Jézabel, et mérite assurément le nom d'impie que lui donne la Bible, ne fût-ce qu'à cause de l'histoire de la vigne de Naboth (1). Mais on peut s'étonner de l'affectation particulière que met l'historien sacré à lui donner le nom d'impie par excellence, ch. 16, v. 30 et 33, et ch. 21,
(i) Jézabel, voulant s'emparer de cette vigne, suscite deux faux témoins, qui, dans les versions grecque et latine, accusent Nabolh d'avoir béni Dieu et le roi, ch. 21 [ÎO], v. 40 , et c'est sur ce grief que Nahoth est condamné et lapidé. Le mot hébreu, rendu par héni^ a bien ce sens ; mais il signifie aussi par antiphrase il a maudit, il a blasphémé f et il est trop évident qu*il a ici cette signification détournée. Que d'ailleurs le même verbe ait deux significations aussi opposées que celles de bénir et de maudire, il n'est pas rare de voir, dansd'aulres langues que Thébreu, de pareilles déviations. Au livre de Job, le traducteur grec, ch. !•', v. 1 1, et ch. 2, v. 6, et le traducteur latin, dans les mêmes versets et de plus au v. 6 du cil. i'^9 commettront encore la même faute, dans des circonstances où il esl également évident qu'il s'agit de malédiction et de blasphème et non de bénédiction.
V. 25. En lisant les six chapitres où il est parlé de lui, on ne trouve pas qu'il ait commis plus de crimes, ni même qu'il en ait commis autant que David et Salomon par exemple, qui sont au contraire si bien traités par le môme historien. D'où vient donc cette différence ? Le voici. Achab défait le roi de Syrie, Bénadad. Celuici, après la bataille, lui envoie demander grâce. Achab fait cette réponse, une des meilleures qui se trouvent dans la Bible : « Vit-il encore ? 11 est mon frère, * Bénadad se livre alors à discrétion, et est reçu avec bouté, ch. 20, V. 31-34. Or c'est là le crime irrémissible d'Achab, celui qui lui a fait donner par privilège le surnom du plus impie des rois. Un prophète vient en effet lui reprocher cette bonne action et lui annoncer qu'à cause de cela il est réprouvé , lui et son peuple, V. 42. On jugera, par l'histoire qui suit, avec quelle naïve crudité s'exprime et à quels moyens recourt la haine dont Achab est l'objet. Au chapitre 22, v. 19-22, Jéhovah est représenté assis sur son trône, au milieu de l'armée céleste et délibérant avec elle sur sa résolution de tromper le roi d'Israël, en l'engageant à faire une expédition où il doit trouver la mort. 11 demande quelqu'un qui veuille se charger de cette fourberie. On croirait entendre un chef de bandits, qui, ayant à faire exécuter un coup de main difficile, veut pour cela un homme de bonne volonté, et provoque du regard, do geste et de la voix celui qu'il sait le plus capable d'une mauvaise action. Ne serait-ce pas là que Milton aurait pris le sujet de ces tableaux saisissants où il nous représente l'ennemi du genre humain délibérant avec les puissances infernales sur les moyens de tromper nos premiers parents? Ou ne sait si ces mots du verset 20, V un parlad'une façon, Vautre d'une autre, signifient que l'étrange proposition du président de l'assemblée rencontra des opposants, ou bien que, le fond de la proposition étant jugé bon, on ne différa que sur les moyens
ROIS ET PARÂLIPOMÈNES 109
d'exécution. Les avis étaient donc partagés ou les cœurs irrésolus^ lorsque soudain se présente un esprit audacieux, qui se charge d'aller jouer le rôle de menteur. Était-ce un bon ou un mauvais ange? Le texte l'appelle seulement l'esprit. Si c'était Satan lui-même, on n'a pas le droit de s'étonner qu'il se fût glissé là ; il n'était assurément pas déplacé dans une réunion où Ton délibérait sur de telles matières, et d'ailleurs, au livre de Job, ch. !«•, y. 6-12, et ch. 2, v. 1-7, il est dit expressément que Satan assistait aussi aux conseils de la cour céleste. Quel que fût cet esprit, Jéhovali accepte son offre et l'envoie remplir sa mission de trompeur, en lui donnant l'assurance, qu'il réussira. Quelle occupation pour Dieu et ses ministres ! Le livre qui consacre de pareilles impiétés ne pourrait-il pas être jugé sur ce trait seul?
Livre 4, ch. l®', v. 2-17, Ochozias, fils et successeur d'Achab, est malade d'une chute faite dans son palais. Il envoie des gens chargés de demander à Beelzebub, Dieu d'Accaron, s'il relèvera de cette maladie (1). Le prophète Élie va à leur rencontre et leur dit : « Est- « ce qu'il n'y a pas de Dieu en Israël pour que vous « alliez consulter Beelzebub, Dieu d'Accaron ?» En effet, c'est pour être consultés sur les caa de maladies que les différents Dieux ont été faits ; et pourquoi aller chercher au îoin ce qu'on a à sa portée ? Ne sait- on pas d'ailleurs que, si chacun de ces Dieux est jaloux de conserver ses adorateurs, Jéhovah l'est par-dessus tous les autres? Élie ajoute que le roi, en punition de
(1) Beelzebub était un Dieu qui éloignait les mouches. C'est du moins ce que signifie son nom en hébreu. Gela n'a guère de rapport avec le traitement des maladies causées par des chutes. Mais Beelzebub pouvait très-bien, à l'exemple de beaucoup de saints et saintes invoqués par les chrétiens, cumuler plusieurs spécialités curatives. Voir l'exemple de sainte Wirine, que j'ai cité dans une note du chapitre 6 de la I^* partie, tome I«% page 208.
110 SECOITDB PARTIE
sa faote, ne descendra pins Tirant de son Ut. Cdiki à qui les messagers rapportent ces paroles, enToie p: trois fois un capitaine et cinquante hommes ]Knir sonmer le prophète de comparaître devant loi. Les den premières fois, Élie fait descendre le feu da cid, qc . consume le capitaine et ses cinquante hommes. Mû. ' la troisième fois, touché de voir le capitaine à genoo | et criant miséricorde, il consent à se rendre auprès k I roi, lui renouvelle directement les reproches qu il a^' adressés à ses premiers messagers, et Ini prédit ^aùe ment qu'il mourra des suites de sa chute, ce qui tC lieu en effet.
Ochozias; n'ayant pas laissé d*enfants, fut rempbri par son frère Joram, au sujet duquel il j a à noterez remarquables contradictions. D'après le verset IT k chapitre 1^^, il monta sur le trône dlsraêl, la seconie année du règne de Joram, roi de Juda. D*après le lerset 1^ du chapitre 3 au contraire, il commença de ré- 1 gner, la dix->huitième année du règne de Josaphat, rc de Juda. Mais il y a mieux que cela. D'après le verset I'^ du chapitre 8^ Joram, fils de Josaphat , commença î régner sur Juda, la cinquième année du règne de Jora& roi dlsraël ; d'où il suit, quand on rapproche le verset 17 du chapitre l*' du verset 16 du chapitre 8, que !' Joram dlsraël monta sur le trône la seconde 9saif du règne du Joram de Juda, lequel étfit monté se le trône la cinquième année du règne du Joram (i> raël. Les annales rédigées par des écrivains se donnant pour de simples mortels n'offrent pas d'exempl«^ de pire chronologie (1).
(i) La version grecque n'a pas ces contradictions, le ion^ d'Waèl y montant sur le trône, au chapitre 1*' comme au daf^ tre 3, la dix-huitième année du règne de Josaphat.
g 7. — NOUVEAU PASSAGE DU JOURDAIN A PIED SEC. ENLÈTEMENT D'iUE. EFFETS D*UNE BfALEDICTION d'ELISEE ; SES ORDRES SAU- VAGES, SES MIRACLES.
Ch. 2, V. 8-14, Élie, accompagné de son disciple Elisée, traverse le Jourdain à pied sec : il lui avait suffi pour cela de frapper la rivière avec son manteau, qui avait, comme l'arche, la vertu de faire rebrousser les eaux en amont (Josîié, ch. 3). Le maître dit alors au disciple : « Que veux-tu que je te fasse avant d*ètre « enlevé? y» Elisée demande à avoir deux fois autant d'esprit qu'Eue. Celui-ci répond que cela est difficile. Les hommes de Dieu sont dispensés de la modestie. Vient ensuite la description de son enlèvement au ciel dans un chariot de feu, attelé de chevaux de feu, description aussi fantastique mais moins amusante qu'un conte de fées. A cette vue, Elisée s'écrie : « Mon père, M mon père, chariot d'Israël et ses chevaux! » Mais bientôt n'apercevant plus rien, il déchire ses vêtements, selon la façon biblique et toute primitive de témoigner qu'on a du chagrin; c'est ce que font aussi les enfants, pour peu qu'ils soient vifs et colères. En quittant notre planète, le prophète y avait heureusement laissé tomber son manteau. Elisée ramassa la précieuse dépouille, en sorte qu'il put repasser le Jourdain à pied sec par le procédé susmentionné. Avait-il obtenu l'objet de son exorbitante demande? Cela n'est pas dit clairement, mais cela est probable. On va en juger.
Après avoir assaini les eaux de Jéricho avec du sel, il se dirige vers Béthel. De petits enfants, rieurs et évaporés comme on l'est quelquefois à cet âge, sans être arrivé pour cela aux dernières limites de la dépravation, le rencontrent et se moquent de lai en l'appelant
chauffe. Cela était mal sans doate et méritait ans petite correction. Que fait Elisée? Il les maudit au non à JéAovaA, et aussitôt deux ours sortent de la forêt et déchirent à eux seuls quarante^deux de ces petits enfants, V. 19-24 (1).
Ch. 3^ y. 19, il ordonne aux Israélites, qui vont marcher contre les Moabites, de couper tous les arbres I fruitiers du pays ennemi, et il leur donne cet ordre an nom du même Dieu qui ailleurs {Deutéroname, ch. 20. V. 19) avait expressément défendu cet acte de sauvage* rie. Il veut aussi que Ton tarisse les sources et que Toi! couvre de pierres les bons champs. Les bons seulement' ' Quelle distinction délicate !
Le même prophète fait beaucoup de miracles dont plusieurs, chapitres 4 et 5, rappellent ceux d'Élie, son maître, et paraissent avoir servi de modèles à quelque^uns de ceux des évangiles. Ceux du chapitre 5 pré sentent quelques traits d'immoralité , qui doivent ètr: mentionnés. Elisée vient de guérir de lalèpreNaamâi s un des grands officiers de la cour de Syrie. Celui-c j dans un accès de dévote reconnaissance, veut emporta: deux charges de mulets de la terre d'Israël ; il déclr qu'il n y a de véritable Dieu que celui des Juifs, et €;désormais il n'en servira pas d'autre. Seulement Ion que, de retour en Syrie, il accompagnera son roi da:^
(1) Le traducteur français de la Bible prolestante (Loodr.j 1842) fait de ces petits enfants deviennes gens. Le mot hébret ^ verset 23 est accompagné d'un adjectif qui signifie peUts et ' peut se dire que d'enfants en bas âge. Il y a donc ici glus qa'^* Inexaclitude de traduction ; c'est une véritable falsificaiioD, a;-' évidemment pour but de pallier Todieux de la conduite du r phète. L^abbé Du Clôt veut quMi s'agisse ici de petites gr^è personnes de la lie du peuple, et il les dit coupables du critt , lèse-majeslé, puisque le gouvernement de la nation juive élmi f erotique, et que Dieu avait expressément ordonné de respecte prophètes. {La samte Bible vengée, lome IV, Lyon et Paris , 1»^^
le temple de Remmon, il se prosternera aussi devant Tidole et fera semblant de l'adorer, et il prie Elisée d'intervenir auprès de son Dieu pour qu'il veuille bien' fermer les yeux sur ces actes d'hypocrisie. On s'attend à ce que le serviteur du Dieu jaloux s'indigne d*une pareille prière et réponde qu'on ne peut pas servir ainsi plusieurs maîtres à la fois. Eh bien I non. Le saint homme congédie gracieusement le courtisan, en lui disant à' aller en paix. Naamanpart. Mais certains beaux présents qu'avaient refusés Elisée, avaient tourné la tête à son serviteur Giézi. Celui-ci court après le Syrien, se dit envoyé par le prophète, et, au moyen d'un mensonge assez grossier, obtient de l'argent et de riches vêtements, qu'il vient cacher à la maison. Mais Elisée, qui sait tout, lui déclare alors qu'en punition de ce qu'il a voulu se procurer de la sorte de quoi acheter des champs d'oliviers, des vignes, des brebis, des bœufs et des esclaves des deux sexes, la lèpre de Naaman s'attachera à son corps, ce qui était juste, et à sa race, ce qui ne l'était pas, puisqu'il est évident, pour quiconque n'a pas puisé ses principes de morale dans la Bible, que les enfants et les petits - enfants d'un homme ne doivent pas porter la peine de ses méfaits. A IMnstant môme, le corps de Giézi devint blanc comme la neige.
Le prophète, qui vient de punir sévèrement le mensonge chez son serviteur, se permet lui-même un men- ^onge bien caractérisé et ayant pour but de tromper les soldats du roi de Syrie, mensonge d'autant plus inutile Z'a.illeurs que les Syriens venaient d'être miraculeusenent frappés de cécité et réduits à l'impuissance de mire, ch. 6, v. 18 et 19.
AAn sans doute de mieux faire ressortir le mérite du iit*acle qui devait, au chapitre 7, mettre en fuite les .ens assiégeant Samarie afTamée, l'auteur sacré apprend, au ch. 6, v. 25-29, que des femmes man-
lU SECONDE PARTIE
geaient leurs enfants, et qu'on vendait une tiU iSu 80 sicles d'argent, et le quart d'Orne mesure deJiefUt de pigeons 5 skies émargent (1). Que pouvait-on faire, en temps de famine, de la fiente de pigeons pour li payer ce prix? C'est une question qui a causé aiix interprètes de cruelles insomnies. L'historien Joseph dit que les assiégés s'en servaient e^f^ lieU de sel (2), comme si, en temps de famine^ la grande afiSedre était de se procurer des condiments pour aiguiser l'appétit. Le sarant hébralsant Bochart se moque de cette explication ; il trouve qu'elle ne manque pas de sel, et ajoute à ce jeu de mots des réflexions de même goût (3). Il fait ensuite une longue dissertation, tendant à prouver qu'il ne s'agit pas ici de véritable fiente de pigeons, mais bien d'une espèce de pois chiche, ainsi appelé par métaphore. Il démontre, ce qui n'était pas d'une urgente nécessité, que la fiente de pigeon est un puissant engrais mais un détestable manger, et qu'il serait impossible de s'en nourrir même eu temps de famine. Gesenius n'est pas de cet avis ; il veut qu'on prenne littéralement le texte sacré (4).
Parmi les miracles d'Elisée, il en est qui surpassent peut-être ceux des évangiles, celui-ci par exemple. Le prophète est mort et enseveli. Un autre mort, qui avait touché seulement son cadavre, se dresse à Tîbstant sur ses pieds, ch. 13, v. 20 et 21. Jésus, quoiqae fils unique de Dieu, n'ira pas jusque-là : une fois dans la tombe, il se contentera d'en sortir, mais n'en feraplas sortir personne.
(1) Dans le grec, la tète d'âne ne se vend que cmqmuUe sicte.
(2) 'Apx^o^oy'*» livre 9, ch. 4.
(3) Hieroioicon, 2« partie, livre !•', ch. 7, Leyde, 1712.
(4) Thésaurus linguœ hœhrœœ^ tome !•', Leipsick, 1829.
§ 8. — SÉm ZXTKRMtlfS LA PAMALB D'ACHAB ET MASSACRB LES PRÊTRES DE BAAL. J0A8 FAIT LAPIDER LE ORAND-PRÉTRB ZACHARIB* 10,000 ENFANTS DE SÉIR PRiCIPITéS DU HAUT D*UN ROCHER,
Chapitre 9, Elisée envoie un jeune prophète donner la couronne de Joram, roi d'Israël, à Jéhu, mais à la condition que celui-ci massacrera toute la famille d*Achab, v. 1-10. Jéhu s'acquitte de cette mission et va même au delà : il tue Joram, son roi, et Ochozias, roi de Juda, v. 24 et 27, fait jeter par une fenêtre Jézabel, veuve d'Achab, et à laquelle , après boire et parce qu'elle est fille de roi, il veut faire des funérailles dont les chiens se sont chargés déjà, v. 33-36, puis se fait apporter les têtes de 70 autres fils d'Âchab, ch. 10, V. 6-8y et égorge tout ce qui restait de sa maison à Jezrahel, y compris les grands de sa cour, ses connaissances mêmes et ses prêtres, v. 11. Il se dirige ensuite vers Samarie, et chemin faisant, égorge les 42 frères d'Ochozias, v. 14. La soif de ce tigre n'étant point assouvie, il prend un témoin de son zèle pour JéAovaA, et vient à Samarie où il tue. tout ce qui reste de la maison d'Achab, v. 16 et 17. Après quoi il fait annoncer aux prêtres de Baal qu'il veut adorer leur Dieu avec eux, les réunit tous dans un temple sous ce prétexte d'hypocrite provocation au mal, et en fait, v. 18-25, une immense boucherie. La cérémonie terminée, il détruit le temple de Baal, et le remplace par des latrines, selon la fine plaisanterie du verset 27. Enfin, et comme si, dans la Bible, l'absurde et l'horrible devaient toujours brocher l'un sur l'autre, ce Jéhu, qu'on vient de voir si ardent à venger sou Dieu et à punir l'idolâtrie, continue, après ces expéditions saintes, d'adorer des
images de veaux, y. 29, et Jéhoyah lui fait des compliments sur sa belle conduite à Tégard de la maison d*Âchab, V. 30.
L'élévation au trdne, de Joas enfant, qui a fourni à Racine le sujet de sa magnifique tragédie à'Athalie, est racontée au chapitre 11. Â la mort d'Ochozias, sa mère Âthalie, voulant régner à sa place, fait périr toute la race royale, est-il dit au verset l®*", quoique les deux précédents chapitres ne permettent guère de voir ce que Jéhu avait pu lai laisser à faire à cet égard. Mais, comme si elle ne savait pas le nombre de ses petits-fils ou qu'elle n*eût pris aucune précaution pour que nul d'entre eux n'échappât à sa fureur, l'un d'eux est soustrait au massacre et élevé secrètement dans le temple ; au bout de six ans, il est proclamé roi par le grandprètre Joïada, et Athalie est mise à mort. Ce Joas, ainsi sauvé et exalté par les soins du sacerdoce, termine son règne d'une façon peu édifiante : au deuxième livre des Paralipomènes , ch. 24, v. 17-22, non-seulement il abandonne le culte de Jéhovah, mais il fait lapider, dans le vestibule même du temple, le fils de son bienfaiteur Joïada, le grand-prètre Zacharie, qui reproche au peuple son idolâtrie. Indignés de ce meurtre, deux de ses serviteurs l'égorgent dans son lit.
On a vu tout à l'heure, dans les vengeances exercées par Jéhu sur la famille d'Achab, une application dn système que j'ai noté plus haut (1), et d'après lequel le Dieu des Juifs et des chrétiens punit les hommes dans leurs descendants et leurs proches. Eh bien ! voilà qu'après ces massacres, qui sont la mise en pratique de la doctrine habituelle de la Bible, le verset 6 du chapitre 14 du 4™« livre des Jlois rappelle ces paroles da verset 16 du chapitre 24 du DeutéronoTne : « Les père-
ri) Ch. 2, S 6.
M ne monrront pas pour les fils, ni les fils pour les pères, « mais chacun mourra à cause de son péché, » paroles si rares dans les livres hébraïques, et qui sont du reste manifestement, comme celles du verset 30 du chapitre 31 de Jérémie et du verset 20 du chapitre 18 d'Ézéchiel, une des mille contradictions qu*on y rencontre. Cette citation du Deutéronome vient, au chapitre 14 du 4™« livre des Xois, à propos de la punition qu'Amasias, roi de Juda, inflige aux meurtriers de son père Joas. Il est dit, avec une intention évidente d*éloge, qu'il se contenta de les faire mourir en épargnant leurs enfants. Quoiqu'il n'y ait, dans cette abstention d'une action criminelle, qu'un fait de la plus simple justice, cela peut, eu égard au temps et au milieu où vivait ce roi, faire croire à la douceur de son caractère et à sa droiture. Or on se tromperait fort en portant un pareil jugement. Il laissa commettre par ses soldats, si même il ne le leur commanda pas, un des actes les plus révoltants de l'histoire juive : on lit, au 2™® livre des Paralipomhies, ch. 26, v. 11 et 12, qu'après qu'il eut défait, dans la vallée de Sel, 10,000 enfants de Séir, les enfants de Juda emmenèrent 10,000 prisonniers au sommet d'un rocher et les jetèrent dans un précipice où ils périrent tous. C'est encore là une de ces exécrables vanteries dont j*ai déjà noté des exemples et dont l'entière exécution serait heureusement impossible. Une mas^e de 10,000 hommes amenés au bord d'un rocher pourraient, même enchaînés, y engager avec leurs bourreaux une lutte par laquelle ils les pousseraient ou les entraîneraient avec eux dans le précipice plutôt que d'attendre paisiblement qu'on les y poussât. Il'faut donc, ici comme ailleurs, rabattre beaucoup des gros nombres ronds de la Bible. Mais, cette réduction faite, il en reste assez pour motiver la plus vive horreur. C'était de ces exemples de saintes atrocités que devaient sHnspirer également dans leur zèle fanatique, un Ser-
bellon à Orange, un baron des Adrets à Montbrison, un Montluc à Rabastens (1).