‹ Examen critique des doctrines de la religion chrétienne (volume 2)Chapitre 67 sur 139 · PRÉCOCITÉ D'ACHAZ · texte numérisé non relu

PRÉCOCITÉ D'ACHAZ

Ch. 16, V. 2 et 20, Achaz, roi de Jada, monte sur le ^ trône à Tàge de 20 ans, règne 16 ans et meurt. Ch. 18, y. 1 et 2, son fils Ézéchias, qui lui succède immédiatement, était alors âgé de 25 ans ; il ayait donc 1 1 ans seulement de moins que son père, et, si Ton retranche

(1) Celui-ci s'est chargé lui-même de transmetlre à la postérité le souvenir des cruautés qu'il exerçait contre les protestants et qu'il recommandait à ses soldats : « Monstrez moy tous ramitié « que m'avez portée et gardet qu'il n'en eschappe vn setd qm neioU c tué... L'on voulut taiiv^ Je ministre et le capitaine de là dedans « nommé Ladon, pour les faire^ pendre devant mon logis; mais les

< soldats les osterent à ceux qui les tenoient et les cuiderent tuer « evm mesmes et les mirent en mille pièces. Les soldats en preai c $auier cinquante ou soixante du haut de la grande tour, qui s'»c toient retirez là dedans , dans le fossé , lesquels se noyèrent., a La piuspart des femmes furent tuées, lesquelles aussi faisoient c de grands maux avec les pierres... Me semble que tout homme

< de guerre au commencement d'une conqueste en doit faire ainsi « contre celuy qui oseroit attendre son canon ; il faut qu'il ferme c l'oreille à toute composition et capitulation... Comme il faut de « la rigueur (appelez-la cruauté si vous voulez)^ aussi faut-il de a l'autre costé de la douceur si vous voyez qu'on se rende de bonne fi heure à vostre mercy. » (Commentaires de Biaise de Montlae, livre septiesme I année 1570, dans la collection des Mémoires potaservir à l'histoire de France^ parMM. Michaud etPoujonlat^tome Vil, Paris, 1S3S.) Quelle horrible grimace fait ce mot de dovcevr au milieu de telles phrases I Certains dévots ne sont jamais plus cruels que lorsqu'ils assaisonnent leur cruauté des démonstrations hypocrites de leur mansuétude.

nOIS ET PARALIPOMÈNES 110

les 9 mois pendant lesquels il faut supposer qu*il était resté dans le sein maternel, on voit que son père Achaz n*ayait que 10 ans et 3 mois quand il Tavait engendré. Ces renseignements se retrouvent dans le 2°^« livre des Paralipomènes, ch. 28, v. 1 et 27, et ch. 27, v. l"*. Voilà certes un exemple de précocité masculine comme on n*en trouve nulle autre part. Qu*une jeune fille ait conçu à Tâge de 10 ans, cela pourrait déjà paraître merveilleux, même en Judée où les femmes n'étaient déclarées en âge de puberté et nubiles qu'à 12 ans 1/2. Mais qu'un garçon de 10 ans ait pu procréer des enfants, cela outrepasse les bornes mêmes des privilèges nombreux que les rois tiennent de leur naissance. La sottise humaine a bien pu les déclarer aptes à gouverner des nations dès l'âge de 13 ans, quand elle n'accordait aux autres mortels la faculté d'administrer la plus modique fortune privée qu'après 21 ans révolus ; mais jamais elle ne les a déclarés nubiles à 10 ans. On voit, dans les livres saints, quelques exemples de prolongation miraculeuse de fécondité (1) ; mais on n'y voit pas que Dieu ait jamais interverti les lois ordinaires de la propagation de notre espèce, en y employant des enfants de 10 ans. Ce qui exclut d'ailleurs ici l'idée d'une faveur miraculeuse, accordée à Âchaz, c'est que, dans les deux chapitres des Hais et des Paralipomènes où il est fait mention de lui, il est dépeint comme un impie.

(1) GenèsCy ch. IS, v. 10-14, et ch. 21, v. 1-5; Évangile de Luc, ch. 1«% V. 7, 13, 18, 36, 37 et 57.

§ 10. — LES ASSYRIENS A SAMARIE, TOURMENTÉS PAR DES UOîlS,

Ch. 17, le roi d'Assyrie a emmené les Israélites en captivité et mis à leur place des Assyriens. Ceux-ci ont apporté avec eux à Samarie leurs Dieux de Babylone; mais le Dieu d'Israël, voyant son culte abandonné, leur envoie des lions qui les dévorent, v. 26. * Alors leur roi, qui n'en continue pas moins d'être un bon serviteur de Baal, leur envoie un prêtre juif pour leur enseigner les rites du Dieu du pays, v. 27 et 28. Initiés au culte d'Israël, ils adorèrent Jéhovah, mais en même temps ils continuèrent d'adorer leurs propres Dieux, V. 33. C'était une sorte de transaction, dont il paraîtrait que le Dieu du pays se serait accommodé ; car l'historien sacré ne dit pas qu'ils aient continué d'être visités par des lions. Mais ce qu'il ajoute n'est pas moins digne de remarque. Oubliant qu'il vient de dire qu'ils avaient adopté le culte d'Israël, il nous apprend, dans le verset suivant, qxxils ne craignaient pas Jéhovah et qu'ils n'observaient pas sa loi (1). Mais la mémoire lui revient bientôt, et il termine en répétant qu'ils craignaient Jéhotah et quHls servaient en m^mt temps leurs idoles y v. 41.

(i) M. Cahen voit dans ces contradictions une preuve de TédectUm du chapitre 17 , bien postérieure au reste du livre. (Note du verset 34, tome VIII, Paris, 1836.)

§ 11. — EXTERMINATION DE t85,000 ASSYRIENS. HORLOGE d'ACHAZ. FAIBLESSE D*ézéCHUS. IMPIÉTÉ ET CONVERSION DE SON FILS MANASSÈS.

Sennachérib, roi des Assyriens, fait assiéger dans Jérusalem le roi de Juda, Ézéchias, à qui il adresse une lettre arrogante où il le somme de se rendre. Mais un ange, pénétrant nuitamment dans le camp des assiégeants, tue à lui seul 185,000 soldats, innocents de l'insolence de leur maître, ch. 19, v. 10-14 et 35. L'armée assyrienne fut-elle exterminée tout entière ou en partie seulement? Dans ce dernier cas, pourquoi les uns plutôt que les autres, et pourquoi l'envoyé céleste s'arrèta-t-il au nombre de 185,000? S'il employa des moyens surnaturels, pourquoi enveloppa-t-il son miracle des ténèbres de la nuit? S'il opéra par des moyens naturels, quels furent-ils? Sur toutes ces questions le narrateur sacré garde le silence.

Débarrassé de Sennachérib, Ézéchias tombe gravement malade. Le prophète Isaïe lui annonce qu'il n'a plus que le temps de mettre ordre à ses affaires. Ézéchias se répand en supplications et en pleurs. Touché de ses larmes, Jéhovah lui fait dire qu'il lui donne encore quinze ans à vivre. On ne s'attendait pas à ce retour. Le roi lui-même est ai surpris qu'il demande un signe comme garantie de sa guérison miraculeuse. Le prophète lui donne le choix de voir avancer ou rétrograder l'ombre de dix degrés. Ézéchias répond qu'il est facile de faire avancer l'ombre ; il préfère la voir rétrograder de dix degrés, et, sur l'ordre d'Isaïe, l'ombre de l'horloge d'Âchaz rebrousse chemin, ch. 20, V. 1-11. (Voir aussi le livre de V Ecclésiastique^ ch. 48, ir. 26.) Dieu annonçant à un homme qu'il a bien juste

le temps de mettre ordre à ses a£Eaires, et se compromettant ensuite au point de loi accorder encore quinze ans de vie, parce qull ra«entenda pleurer! Dien troublant rharmouie des corps célestes poor ramnsement d*an roi qui trouve trop facile d'accélérer la marche du temps! Que dire de pareils miracles? Le dernier rappelle celui que Josué avait déjà opéré, et donne lieu aux marnes réflexions (1). Mais il 7 a ici une circonstance particulière et qui ne se rencontre pas dans le miracle de Josué. Isale donne li Ézéchias le choix de voir l'ombre avancer ou rétrograder de dix degrés. Évidemment l'horloge d'Achaz devait être une horloge solaire, puisque c'était au moyen de V ambre, projetée sans doute par un gnomon ou par quelque autre corps, et passant successivement sur des degrés, que la progression du jour y était indiquée; et d'ailleurs, au chapitre 38, v. 8, A'Isaïe, où le même miracle est raconté, il est dit que le soleil rétrograda de dix degrés. Mais quel était le nombre des degrés de cette horloge, çt était-elle construite, comme nos cadrans solaires, d'après le principe de la division en 24 heures de la période de temps appelée révolution diurne? Sur ce point le texte est muet. Quelques docteurs, entrevoyant fort bien les conséquences que l'on pourrait tirer de lenr sentiment à cet égard, ont dit que sur Thorloge d*Achaz pouvait être tracé un nombre de lignes ou de degrés beaucoup plus considérable que celui de nos cadrans solaires. Si le texte n'autorise pas cette supposition, il n'a rien non plus qui la contredise. Mais d'autres docteurs, moins clairvoyants, ont pensé et dit tout simplement que les lignes de l'horloge d' Achaa indiquaient, comme celles de nos cadrans solaires, les périodes de temps que nous appelons heures ^ et qu*ainsi Isaïe avait donné à Ézéchias le choix de voir le jour

(I) Voir iiIqs haut, di. 6. $ 2.

rétrograder ou avancer de dix heures. Cette interprétation jette dans un embarras inextricable; car il s*en- Buit que le soleil aurait pu se trouver en même temps au-dessus et au-dessous de Thorizon de Jérusalem. Cette ville est située par 31 degrés, 46 minutes, de la* titude septentrionale. Or, à cette latitude, le plus long jour de Tannée n'est que de 14 heures et quelques minutes. Admettons que les choses se soient passées ce jour-là même. Admettons encore qu'il était midi, quand [saïe offrit à Ëzéchias de faire avancer ou rétrograder l'ombre du cadran solaire de dix lignes, c'est-à-dire de dix heures. Mais il fallait pour cela que cette ombre pût rétrograder jusqu'à 2 heures du matin ou avancer iusqu'-à 10 heures du soir. Or jamais, à pareilles heures, on n'a vu le soleil à Jérusalem, puisqu'il ne s'y lève, dans les plus longs jours, que vers 5 heures, et l'y couche vers 7 heures. Veut-on qu'il fût moins de tnidi? Mais alors il fallait pouvoir faire rétrograder 'ombre du cadran jusqu'à plus de 2 heures du matin, ^eut-on qu'il fût plus de midi? Mais alors il fallait )oavoir faire avancer l'ombre jusqu'à plus de 10 heures lu soir. En supposant donc qu'il fût moins ou plus de nidi, on ne ferait qu'augmenter la difficulté. On l'augn enterait encore en supposant que les choses se fuslent passées à toute autre époque de l'année qu'au solstice d'été. Ceux donc qui pensent que les dix de- ^és dont Isaïe offre de faire avancer ou rétrograder 'ombre d'un cadran solaire, placé à Jérusalem, cor- *espondent à dix heures de même espèce que les lôtres, ne s'aperçoivent pas que les données mêmes de ;ette merveille se contredisent entre elles. Mais, je le *épète, le narrateur sacré, en gardant le silence sur le lombre des degrés de l'horloge solaire d'Achaz, ne ions oblige point à ajouter au miracle cet ornement lont il se passe du reste fort bien. Au chapitre 38 VJsaie^ il n'est pas dit comme au chapitre 20 du 4* li-

vre des JtaiSf qne le prophète donna à Ézéchits le choix de voir avancer ou rétrograder l'ombre de dix degrés, mais seulement que l'ombre rétrograda de « nombre de degrés. Cette version évite Ténorme difficulté dont je viens de parler. Le Maistre de Sacy était de ceux qui pensent que les lignes de l'horloge d'Âcbz indiquaient les périodes de temps que nous appelons des heures. Il semble donc avoir cherché à ruser axer ses lecteurs, en ajournant au chapitre 38 d'Isaîêhrtflexion suivante, qu'il devait naturellement placerai chapitre 20 du 4® livre des J2ow, où, d'après Tordre è succession établi par son église entre les divers liTres de la Bible, figure pour la première fois le miracle a question : « Ainsi ce jour aura été plus long de iii « heures que les autres jours, si la rétrogradation d; « soleil s'est faite en un instant. Que si elle s'est faite « successivement, ce jour aura eu vingt heures de pbs « que les autres (1). »

Le roi de Babylone envoie des présents à Ëzéchias V. 12-19, en le félicitant sur son rétablissement ^ peut-être aussi sur ce qu'il est assez heureax (Ne sfrait-ce pas plutôt assez malheureux qu'il faudrait dir&' pour connaître d'avance l'époque précise de sa motépoque que la Providence, dans sa bonté, a cachée ^ autres hommes. Le roi fait à ses hôtes les honneurs i son palais et leur montre complaisamment tout ce q^ • possède de beau et de précieux. C'était une faiblesï^ très-commune aux enfants et aux rois : c'était mèm si l'on veut, une maladresse; mais ce n'était pas il crime. Cependant le prophète Isaïe vient loi annoi^ que tous ses trésors lui seront enlevés, et que aes e^ fants mêmes seront eunuques dans le palais du roi 'j Babylone; de quoi Ézéchias le remercie couune d'*^

(i) La sainU Bible , note war le Tenet 8 da chapitre Sa d*b^ lomc H, Paris, !717.

bonne nouvelle, v. 19. Des interprètes ont vu dans cette réponse du roi une formule de résignation et non de contentement. J'admettrais cela rigoureusement sans les paroles qui suivent, et qui expriment un motif de satisfaction personnelle et nullement de résignation : u Pourvu que la paix et la stabilité régnent pendant ma « vie. » Cela semble dire : «* Pourvu que les désastres H qui me sont annoncés ne m'atteignent pas dans ma « personne, s'ils ne regardent que mon peuple et mes « enfants, je n'en demande pas davantage. *> Je ne sais si c'est parler en homme pieux; mais assurément ce n'est parler ni en bon roi ni en bon père.

Son fils et successeur Manassès retombe en pleine idolâtrie. Le chapitre 21, v. 2-18, après avoir énuméré le détail de ses impiétés et de ses crimes, semble le faire mourir dans Timpénitence finale. Mais on voit, au 2® livre àes Paralipomènes, ch. 33, v. 11-16, qu'ayant été pris par les Assyriens et emmené à Babylone, il fit pénitence, et que, de retour à Jérusalem, il y montra une piété exemplaire. On s'étonne d'autant plus que l'auteur du livre des Ifois n'ait pas fait mention de cette éclatante conversion, qu'il avait plus énergiquement blâmé la partie criminelle de la vie de Manassès. Son silence, quelque étrange qu'il soit, ne le constitue cependant pas en contradiction proprement dite avec l'auteur du livre des Paralipomènes; car, au verset 17, il y renvoie le lecteur pour le reste des paroles et des actes de Manassès.

126 SECONDB PARTIE

§ 12. — DECOUVERTE D*nif LIVRE DE LA LOI. I0SIA8 MASSAOB

LEB PRtTRES DE BAAL.

Josias, roi de Juda, est un des princes les plus agréables^à Jéhovah, ch. 22, y. 2, et ch. 23, y. 25. On comprend cette faveur spéciale, quand on le voit massacrer tous les prêtres de Baal, du soleil et de h lune, etc., qui se trouvaient non*seulemcnt dans son royaume, mais encore dans celui de Samarie, ch. 23, T. 5, 19 et 20. Il va même, v. 16, jusqu'à exercer sa fureur sur des ossements qu*il fait exhumer à cet effet; acte abominable, qui depuis a été plus d'une fois invo* que pour justifier des condamnations et des excommanications prononcées contre les morts. Voici quelle fuî Toccasion de ce massacre et de ces odieuses exhumations. Le grand-prêtre Helcias, en faisant exécuter des travaux de restauration du temple, découvre un livré de la loi, et Tenvoie au roi comme un objet de grande curiosité. Celui-K^i, en ayant pris connaissance, déchira ses vêtements et consulte la prophétesse Holda. Bffrajé de la réponse qu'il reçoit, il donne lecture du livre dé< couvert par Helcias au peuple assemblé dans le temple, et qui, partageant sans doute sa surprise et son effi^l promet d'observer la loi de Jéhovah, ch. 22, v. 3-20, et ch. 23, V. 1-4. On ne conçoit assurément rien d^au^ étonnant que cet étonnement même du roi et de ses peuple, et l'on se demande quelle était donc la religion des Juifs avant cette découverte du livre de la loi, e: sur quels monuments elle se fondait. Que penseriomnous d'un historien qui nous dirait qu'en l'année lOOC de rère chrétienne, par exemple, le pape Sylvestre II trouva dans un vieux bahut d'une égUse de Rome bs

exemplaire des évangiles^ et que la lectnre qu*il en prit d'abord et qa*il en fit ensuite donner aux fidèles leur causa à tous la plus vive sensation, absolument comme aurait fait la lecture d'un livre entièrement inconnu aux chrétiens d'alors ? Mais il y a plus : le J)eu^ téronomey ch. 17, v. 18 et 19, prescrivait que chaque roi, en montant sur le trône, se pourvût d'un exemplaire de la loi et en fit sa lecture assidue ; et d'après le ch. 31, V. 10-13 (Voir aussi Esdras^ livre 2, ch. 8), à la fête des Tabernacles, qui durait sept jours, on devait donner au peuple assemblé lecture de la loi. En se plaçant au point de vue de la réalité de l'histoire religieuse des Juifs , comment donc supposer qu'au temps du roi Josias il n'existait parmi eux aucun exemplaire^ du livre sacré, c'est-à-dire du code primitif, du monument principal de leur religion? Et en admettant qu'ils n'eussent plus connaissance de cette religion que par [a simple tradition orale, transmise par les prêtres, comment admettre que cette connaissance s'éloignât tellement de la religion établie par Moyse, que la découverte et la lecture d'un exemplaire de la loi dût leur causer une aussi grande surprise que le fait supposer le récit de l'historien sacré ? Le Maistre de Sacy L cru faire disparaître l'étrangeté de ce récit en pré- ;endant que le livre trouvé par Helcias était Vorigvtial nême écrit de la main de Moyse, et que ce fut là ce qui :;ausa la stupéfaction du roi et du peuple (1). Mais cette ;uppôsition, que rien dans le texte n'autorise, est toute rratuite, et d'ailleurs elle n'expliquerait nullement *étonnement et la terreur que fait naître non pas la lécouverte du livre mais la lecture qui en est faite au -ci et au peuple assemblé : cet étonneînent et ces rayeurs n'auraient point de sens si ceux à qui on les ■ ■ ■ - ■

(i) la sahtie BibU, Dissertations j^éUminates sur VÊcrittare raini^i <^b. 3, art. 2, tome lY, Paris, 1717.

attribue eussent fait leur lecture habituelle du Uttc de la loi et en eussent par conséquent retrouvé le conteni dans Texemplaire découvert par le grand-prètre.

Au chapitre 23, v. 24 et 25, il est dit de Josias quW cun roi ni avant ni après lui n*avait montré autant de piété. Or, au chapitre 18, v. 3-5, pareille chose avait été dite d*Ézéchias. Il y a évidemment, dans Tun oq Tautre chapitre, un de ces deux mots au moins atiti^ ou après, qui ne peut y demeurer sans constituer u&e contradiction ; cela revient en effet à dire que la piété de Josias ne fut égalée par celle d*aucun autre roi. quand auparavant on en avait dit autant de celle d*Ezéchias.

§13. — DiPECTUOSITÉS ET OMISSIONS. OZA FRAPPE DE BfORTPOD AVOIR SOUTENU L* ARCHE. CONTRADICTIONS ENTRE LES DEH DERNIERS LIVRES DES ROIS ET LES DEUX LIVRES DES PARAU' POMÈNES.

Les Paralipomènes présentent de telles défectuosit<r^ de rédaction que les docteurs chrétiens sont oblige d'en convenir. « Ces deux livres, dit le Maistre de •« Sacy, ne sont proprement que des suppléments sas? M ordre, sans suite et sans beaucoup de liaison» et {. « n'est pas étonnant d'y trouver des anachronismes, d^ « transpositions fréquentes dans les faits qu'on y raj- - porte (1). »• Je veux bien que cela ne soit pas étonnant ; mais ce qui l'est assurément, c'est qu*en faisan-

(1) la sainte mie , préface des ParaUpomènes , tome I" Paris, 1717. . ««p ,

cet aveu, Le Maistre de Sacy ne s'aperçoive pas que de tels défauts excluent le caractère d*inspiration divine qu'il attribue ailleurs à ces mêmes livres.

Quoique, d*après leur nom grec, adopté par le concile de Trente, les Paralipomènes contiennent le récit ^es choses omises dans les livres précédents, on n*y trouve habituellement qu'une répétition fastidieuse, souvent même qu'une plate copie de ce qu'on a déjà vu ailleurs. En faisant la confrontation chapitre par chapitre, on verra jusqu'où va cette platitude de reproduction (1). Quant aux choses omises, et qui se trouvent seulement dans les Paralipomènes, il est à remarquer que lorsque l'Esprit-Saint, qui dictait les livres sacrés, omettait ainsi de dire certaines choses en leur lieu, il prenait soin d'en prévenir lui-même le lecteur. En effet, depuis le v. 7 du ch. 15 du 3® livre jusqu'au v. 5 du ch. 24 du 4* livre des Hois, cette naïve question est répétée une trentaine de fois : « Le reste des actes ^ de... n'est-il pas écrit dans le Livre des actes des

•^ jours des rois de ? »» Qu'est-ce que ce Livre des

actes des jours des rois? Les Juifs appellent de ce

(1) On ne finirait pas si on voulait relever toutes les répétitions des différents livres de la Bible , répétitions qui partout ailleurs sembleraient insoutenables aux admirateurs mêmes de ces livres. Je me contente d'en indiquer ici quelques-unes. Le 4* livre des Rois^ cb. 18, V. 17-37 ; ch. 19' et ch. 20, v. 1-6 et 9-19, est copié par le livre d'/tai^, ch. 36, v. 2-22; ch. 37; ch. 38, v. i-8, et !h. 39. Ce même 4' livre des Aoû, ch. 24, v. 18-20, et ch. 25, r. i-21 et 27-30, est copié par le livre deJérémie, ch. 52, v. 1-27 ;t 31-34, en présentant toutefois ces trois petites contradictions : à où le livre des Rois, ch. 25, mentionne un septième jour (v. 8), m chapiteau haut de trois coudées (v. 17), et cinq officiers de la our de Sédécias (v. 19), le livre de Jérémie mentionne un dùnème >ur (v. 12), un chapiteau haut de ctn^ coudées (v. 22) et sept fficiers (v. 25^. Enfin les 7 versets dont se compose le psaume 53 52], moins la seconde moitié du v. 6, copient 6 versets du saume iA [13].

même nom Tabrégé de Vhistoire hébraïque jusqu'au captivité, que Ton désigne aussi sous le nom de ckroniques ou de Paralipamènes. Or ce dernier ouvrage est communément attribué à Esdras. Ce qu'il y a de certain au moins, c'est que la rédaction n'en est pas donnée pour plus ancienne et doit même être tenue poor postérieure à celle des livres des £ois; car elle arrive jusqu'au règne de Cyrus, tandis que celle des £m$ 8*arrète à évilmérodach* En supposant donc que le Livre des actes des jours des rois, auquel l'auteur ouïes auteurs des deux derniers livres des £ois renvoient le lecteur, soit celui-là même qui nous reste sous ce noin. il s'ensuivrait que ces auteurs s'en référeraient à d^ écrits postérieurs aux leurs, et force serait alors de conclure de ces deux choses l'une, ou que la singulière question, que j'ai relatée tout à l'heure et qu*on rencontre si souvent dans les deux derniers livres des Bois, a été interpolée par de maladroits accordeurs de textes, ou que le prolongement des Paraiipomènes jusqu'au règne de Cyrus a été s^outé à l'œuvre qui ntm est parvenue et qui ne serait plus alors ce qu elle était originairement. Mais il n'est pas évident que le livre des Paraiipomènes soit celui auquel se réfèreni les deux derniers livres des Hois; car ce livre ne fait aucune mention de plusieurs rois, particulièrement des rois d'Israël, sur le compte desquels les deux livres des £ois renvoient au Livre des actes des jours des rois.

J'ai dit que les Paraiipomènes ne faisaient guère que répéter ce qui se trouvait déjà dans les livres précédents. Il y a des variations pourtant, il y en a même de très-fortes.

Voici d'abord une des divergences les moins impo^

tantes, et si je cite ce récit, c'est plutôt parce qu'il

montre au fond que la Bible fait la guerre à toutes le^

idées de raison et de justice. L'arche est conduite ti

-ocession sur un char. Oza, l'une des deux personnes

ROIS BT PAEALIPOMÀNES 131

chargées de conduire le char, voit Tarche près de tomber, et porte la main pour la soutenir. Tout bon Israélite en eût fait autant à sa place , et Ton ne saurait trouver la moindre apparence de mal dans un pareil acte, qui s'excuserait au moins par sa bonne intention. Or, pour ce fait seul, Jébovah frappe à Tinstant Oza de mort. Lorsque Taccident arriva, on était, d'après le chapitre 6, v. 6 et 7, du 2® livre des HaiSj près de Taire de Nacbon. D'après la version du chapitre 13, v. 9, du 1" livre des Paralipomènes, on n'était pas près de Taire de Nachon, mais près de celle de Chidon. Mais voici de plus graves contradictions.

Au chapitre 36, v. 11 et 12, de la Genèse, Éliphaz, fils d'Esatt, a 6 fils, Théman, Omar, Sépho, Gatham, Cénez et Amalech, et ce dernier est né d'une concu-^ bine nommée Thamna. Au chapitre 1^, v. 36, du !•' livre des Paralipomènes, il a 7 fils, Théman, Omar, Séphi, Gatham, Cénez, Thamna et Amalech : ici Thamna ii*est plus la concubine mais le fils d'Éliphaz, elle n'est plus la mère mais le frère d' Amalech.

D'après le chapitre 3, v. 3, du 2® livre des Xais, le second fils de David, né àHébron, d'Abigaïl, s'appelait Chéléab. D'après le chapitre 3, v. 1«' du l** livre des JParaUpomhies, il s'appelait Daniel.

Le chapitre 5, v. 13-16, du 2^ livre des HaiSi et le chapitre 14 correspondant, v. 3-7, du l*' livre des jParalipomènes, énumèrent les enfants de David, qui lui seraient nés à Jérusalem. Or les deux listes, ainsi qu'on le voit dans le tableau suivant, où elles sont en regard rone de l'autre, ne concordent pas entièrement :

2* LIVRE DK8 ROIS. 1*' UVRS DES PAHALIPOMÉICD.

Samua. Samua.

Sobab. Sobab.

Nathan. Nathan.

Salomon. Salomoii.

Jébabar. Jébahar.

Élisua. Ëlisua.

Éliphalet.

Noga.

Népheg. Népheg.

Japhia. Japbia.

Ëlisama. Elisama.

Élioda. Baaiiada.

Élipbalet. Ëlipbalet.

Le nom d*Élioda de la liste des Itois peut absolament être considéré comme celui de la même personne que la liste des Paralipomènes désigne sous le nom de Baaiiada, qui est du reste remplacé, au cb. 3, v. 8, par Ëliada. Mais le nom de Noga de cette dernière list« ne figure pas dans la première. Et puis il n'y a qu'un Ëlipbalet dans la liste des Hois et il y en a deux dans cellr des Paralipamènes . David n'aurait donc eu à Jérusalesi que onze enfants d'après la première liste, tandis qu'il en aurait eu treize d'après la seconde (1).

A Hélam, David taille en pièces sept cents chars syriens et 40,000 cavaliers d'après le ch. 10, v. 17 et 1^ du 2« livre des Jèois, sept mille chars et 40,000 /an tessins d'après le chapitre 19, v. 17 et 18, du P'' livre dt> Paralipomènes. L'abbé Guédier de Saint-Aubin décii:« que les sept cents chars du 2® livre des Jiois conteiiaie:^ chacun dix hommes, ni plus ni moins, et que le 1**^ U^t des Paralipomènes y en disant sept mille chars, vev dire les sept mille hommes qui y étaient contenus >!

(1) La version grecque énumère, dans la liste du 2* lÎTred^ Rois, viogt-quatre enfants nés à Jérusalem, ce qui s'explique pe^ être par le chapitre 3 du !•' liTre des ParaUpomèttes, où la 11-=des treize du chapitre 14 est reproduite, et où il est dit, v. 9, qu'.t ne compte pas les eufants des concubines.

(2) HUtoire «atfite,tome III, 2« note delà page 198, Paris, 174

Ces deux assertions, également gratuites, loi paraissent tellement évidentes qa*il ne prend pas la {)eine d'en fournir la preuve. Il ne dit mot de la contradiction relative aux cavaliers et aux fantassins.

D'après le chapitre 1 1, v. 27, et le chapitre 12, v. 18 et 24, du 2* livre des Itois^ Salomon était le second âls que Bethsabée eut de David. D'après le chapitre 3, V. 5, du 1" livre des Paralipomè7ies, il était le quatrième.

Le chapitre 23, v. 8, 9, 11, 18, 20 et 24-29 du 2* livre des Èois, et le chapitre 11 correspondant, v. 11, 12, 20, 22 et 26-47 du 1^' livre des Paralipomènes donnent chacun une liste nominative des grands officiers de David. Or on verra, dans le tableau suivant, où ces deux listes sont mises en regard Tune de l'autre, qu'elles sont en discordance sur plusieurs points :

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