‹ Examen critique des doctrines de la religion chrétienne (volume 2)Chapitre 75 sur 139 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

g l«r .^ P.UIURESDES FILLES DK SION. MUPITÉ D*ISA1E. FORMULE CABALISTIQUE. BONS CONSEILS DONNÉS AUX JEUNEURS

AU chapitre 3, y. 16-24, Isaïe, décrivant les allures indécentes des filles de Sion, donne une longue liste des objets qui entraient dans leur toilette : en voyant tout cet attirail de joyaux, de parfums et de vêtements, on dirait qu Isaïe a voulu peindre certaines femmes d'aujourd'hui. Un tel débordement du luxe oriental dans la nation juive au temps d'Ézéchias nous rejette

(I) Pour ce qu'il faut penser de la prophétie considérée en ellenfième et dans son principe, voir la dissertation spéciale du cba* pitre VI de la 1" partie de cet ouvrage, tome P'i Je ne roe propose pas ici de discuter la valeur intrinsèque des prédictions des prophètes Juifs ; sur ce points je m'en tiens à la dissertation suslile, à laquelle je renvoie le lecteur»

loin de cette simplicité antique dont nous avions en à noter plus d*un bel exemple dans ses livres sacrés. Ce passage d*Isaïe est un de ceux qui ont causé le plus d*embarras aux interprètes anciens et modernes. Us traductions sont toutes fort différentes. Il faut reconnaître qu'il y avait une extrême difficulté à déterminer avec précision la nature des ornements décrits par lt> prophète et à trouver dans d'autres langues qae la sienne des expressions exactement correspondaut^. Voici, comme spécimen, la version d'un traducteur français : •• L'Éternel a dit encore : Parce que les fiDes « de Sion se sont élevées et ont marché la goi^e étec- « due et en faisant des signes des yeux, et qu'elles ont « marché à petits pas, faisant du bruit avec les pieds, •• l'Éternel enverra la gale sur la tète des filles de Sm « et il découvrira leur nudité. En ce temps-là le Sei- « gneur ôtera l'ornement des sonnettes, les agrafes, les M boucles, les petites boites, les chaînettes, les papU- « lotes, les atours, les jarretières, les rubans, les boite « de parfums, les pendants d'oreilles, les anneaux, le' «* bagues de senteur qui pendent sur le front, les man- •• telets, les écharpes, les voiles, les poinçons, les mi- •• roirs, les crêpes, les tiares et les couvre-chefs. Et il « arrivera qu'au lieu des odeurs aromatiques, il v 2ivr^ « de la puanteur; et au lieu d'être ceintes elles seron' M débraillées; et au lieu de cheveux frisés, elles auroQ' « la tête chauve, et, au lieu de ceintures de cordor. « des cordes de sac, et, au lieu d'un beau teint, un teint « hàlé (1). » Sont-ce bien là les noms français à donner à tous les détails d'ornements et de costumes féminins. qu'Isaïe avait en vue? Je me récuse complètement e:: pareille matière ; mais j'avoue que je ne' vois pas là de quoi faire entrer Dieu en fureur ni même de quoi envoyer, en échange de leurs colifichets et de leurs par-

Ci) Lasahitc Bible, Londres, 1842.

fums, la gale, la nudité, l'infection et la calvitie à de pauvres créatures, communément moins coupables que les hommes qui les corrompent.

Le plus élégant des prophètes, celui qui passe pour avoir été de race royale, Isaïe se montre nu en public, afin de figurer la dévastation de TÉgypte et de TÉthiopie, ch. 20, v. 2-4 : il en avait, disait-il, reçu l'ordre de Jéhovah. Parmi les allégories, qui ne sont pas le fruit direct d'une inspiration divine, on peut en imaginer de plus décentes et de meilleur choix. On ne dit pas si cette grossière pantomime fut trouvée de bon goût. Ce qu'il y a de certain, c'est que, chez tous les peuples civilisés, de pareils actes sont taxés d'immoralité ou au moins de folie. On a cherché à écarter la circonstance qui blesse le plus la pudeur, en disant que le texte sacré ne parlait point d'une nudité absolue. Qu'on lise donc les versets 3 et 4, où il est dit que les Égj'ptiens et les Éthiopiens seront menés en captivité dans l'état honteux où avait marché Isaïe. Qu'on lise aussi un passage d'une lettre où l'auteur de la Vulgate, .saint Jérôme, dit qu'Isaïe ne rougit pas de se montrer nu (1). Ces expressions disent assez nettement qu'il s'agit ici de l'espèce de nudité que ne permet point la pudeur.

Ch. 28, après nous avoir appris que les prêtres et les prophètes juifs étaient ignorants et ivrognes et qu'ils couvraient leurs tables de leurs vomissements, V. 7 et 8, Isaïe ajoute à ce tableau de mœurs, v. 10, une sorte de formule cabalistique, qu'il répète au v. 13, et à laquelle il serait difficile d'attacher une signification quelconque. En voici la traduction littérale : « Précepte sur précepte, précepte sur précepte, règle « sur règle, règle sur règle, un peu ici, un peu ici. •» Le tt-aducteur grec, ne comprenant sans doute rien à

(I) Epistola 26, ad MarceUam, de Onaso, tome IV, Paris, 1706.

T. H. Il

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cela, a pris le parti dy substituer d'autres paroki B*en éloignent très-notablement, et dont voici la 'r. daction : •« Attends oppression sur oppression, e>; « rance sur espérance; encore un peu, em\-n^ « peu (1). »» Sans être d'une parfaite lucidité, qnifl s*attend pas à rencontrer chez les prophètes» cela laisse au moins pénétrer; mais ce n'est plus une ri duction.

Le chapitre 38 contient le cantique d'aoTivi.^ grâces d'Ézéchias, dont la vie vient d'être prolongt^ raculeusement. Aux versets 18 et 19, le pieux roii un langage matérialiste et d'ailleurs conforme à la raie mosaïque, mais en contradiction avec le vern du chapitre 26.

Au chapitre 58, v. 5-7, Isaïe donne aux jeûner son temps le fort bon conseil de nourrir ceux qu faim et de couvrir ceux qui sont nus, plutôt qi faire des contorsions de tête et d'étaler le sar cendre (2).

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