‹ Examen critique des doctrines de la religion chrétienne (volume 2)Chapitre 76 sur 139 · TERRIBLE ARGUMENT DE JÉRÉMIE; SON MANÇH · texte numérisé non relu

TERRIBLE ARGUMENT DE JÉRÉMIE; SON MANÇH

mémoire; sa défection

Jérémie, rh. 2, v. 8-11, reprochant aux Juifs < donner leur Dieu, pour suivre le culte des idol^

un cela

(2) Le mérite de ce conseil appartient-u iccjac^uj^»» a *5 a contesté rauthenticité des 27 derniecs chapitres (40-6<

lemande si les idolâtres de Céthim et de Cédar aban-

tonnent ainsi lears faux Dieux. Les auditeurs auraient

m lui répondre : « En tenant opiniâtrement au culte

de leurs faux Dieux, ces idolâtres ont raison ou tort ;

sMls ont raison, nous faisons bien d*aller à eux et

d'adopter leur culte; s'ils ont tort, pourquoi nous les

proposez-vous pour modèles ? »» C'est en effet Ja per-

istance dans le bien, qui est une vertu et qui doit

cale être imitée, tandis que la persistance dans le mal

3t une impiété consommée, qui n'a absolument rien

9 recommandable, et qui ne peut jamais être proposée

)mme modèle.

Ch. 4, V. 10, Jérémie reproche à Jéhovah d'avoir

mwpè son peuple en lui envoyant, au lieu de la paix

l'il lui avait promise, la destruction par le glaive. Ce

proche ne se concilie pas avec ce que dit le prophète,

. 14, V. 13 et 14, et ch. 23, v. 16 et 17, que ce sont

ilement les faux prophètes qui trompent le peuple

lui promettant la paix au nom de Jéhovah. Loin

illeurs que Jérémie craigne de voir tirer le glaive

itre ses compatriotes, il fait souvent les vœux les

s fervents pour que les calamités de toutes sortes

nnent fondre sur eux. Quoi de moins pacifique, par

mple, que les versets 21 et 22 du chapitre 18, où il

plie son Dieu d'affamer les enfants, de rendre les

mes stériles et d'égorger les maris et les jeunes

lais voici un manque de mémoire encore plus éton-

t. Ch..7, V. 22, les Juifs croyant apparemment

' sfaire à tout en offrant des holocaustes et des vie-

îs, Jéhovah leur dit par la bouche de Jérémie:

uand j'ai tiré vos pères de la terre d'Egypte, je ne

ur ai 'point parlé d'holocaustes ni de sacrifices, je

à ce prophète, et soutenu quMIs avaient été écrits pendaotla . rite.

s tr. I

« ne leur ai nen prescrit à ce sujet il). *• Était-c? Jéhovali ou son prophète qui avait oublié les prescriptions des chapitres 13, 22 et 29 de Exode, 1, 2, 3. 4. 5, 6, 7, 12, 14, 15, 17, 22 et 23 àuLéritiçue, 15, 18. 28 et 29 des NombreSj 12 et 15 du Beuiérontme, oc bien ces livres n existaient-ils donc pas encore d: temps de Jérémie? Non-seulement Jéhovah y pre^n aux Israélites de lui offrir des victimes et des holvraustes, mais il revient sans cesse sur cet article. >. encore Jérémie se contentait de lui faire dire : -Ju n'ai pas seulement demandé des victimes à vos pères « je leur ai de plus prescrit ceci et cela », la lee»: pourrait absolument passer, quoique Tinsistance Dâîséabonde de la législation mosaïque sur la uécessit(> ' l'efficacité satisfactoire des sacrifices sanglant nécessairement amener le mal qui choque le prêt Jérémie lui-même, je veux dire la prédominance Tesprit d'observances légales sur Tesprit de morali 1 et de justice; mais faire dire au Dieu des Juifs : - ^1 « n'ai point parlé d'holocaustes à vos pères, je n'en ■ «» pas dit un mot »! c'est trop fort.

Nabuchodonosor, roi de Babylone, attaque la Judê Sédécias, roi de Juda, envoie consulter Jérémie. Cek ci répond peste, famine et carnage, ch. 21, y. 1-T Quoique cette consultation ne fût pas déjà très-projr

à rassurer ses compatriotes, néanmoins, si le proph-'

(l) Déjà dans le passage du chapitre \^% v. 11-14, imite' Racine, Ai je besoin du sang^ etc. (Alhalie, acle *% scène l Isaïe avait presque dit la même chose. Voir aussi les versets ^ du psaume 50 [49] et le verset 18 du psaume 51 [50] Dans Ât&> ch. 5, V. 21-23, Jéhovah se déclare également dégoûté des sâr fices des Juifs; mais là au moins le prophète ne lui fait point é qu'il ne leur en a point demandé. Il est digne de remarque <J les prophètes témoignent généralement du mépris pour les s»^ fices et les observances de la loi. Consulter encore Jérémie cb ch.^2,*V^?' ^*»- 6, V. 6 ; Michée. ch. 6, v. 6 et 7; et Malacb

PUOPHÈTES 183

s'en tenait là, il demeurerait dans son rôle. Et d'ailleurs pourquoi vient-on le consulter? Mais, après avoir jeté la terreur dans Tàme du chef, ilJiarangue le peuple dans les mêmes termes, et l'engage à fuir au plus vite et à passer à Tennemi, v. 8 et 9. Quand la patrie est en danger, descendre sur la place publique pour y donner au peuple de pareils conseils, n'est-ce pas ce que, dans toutes les langues, on appelle trahison? Mais peut-être Jérémie est-il égaré soit par un premier mouvement de peur soit même par un excès de tendresse pour ses compatriotes? Non. Il remplit sa mission froidement et avec constance : un agent secret de Nabuchodonosor n'eût pas fait mieux. Voyez plutôt, au ch. 27, v. 1-11, Jérémie poussant aussi à la défection les rois d'Édom, rie Moab, d'Ammon, de Tyr et de Sidon, par l'entremise des messagers qu'ils avaient envoyés à Sédécias, sans doute pour s'entendre avec lui sur les mesures à prendre afin de repousser l'invasion chaldéenne, qui menaçait la Syrie tout entière. Voyez-le, même chapitre, v. 12-17, presser les Juifs, de la part de Jéhovah, d'aller tendre le cou à Nabuchodonosor et de s'offrir d'eux-mêmes à la servitude. Entendez-le, cil. 38, V. 14-18, lorsque Sédécias le consulte encore secrètement, lui tenir le même langage. Les versets 19 et 20 nous apprennent que les suggestions du prophète n'étaient pas demeurées sans effet et que plusieurs de ses compatriotes avaient été se livrer d'eux-mêmes à Tennemi. Leur roi redoutait le ressentiment de ces traîtres; mais Jérémie essaie de le rassurer à cet égard. Nabuchodonosor vient assiéger Jérusalem, la prend, la pille et l'incendie. Le moment est venu pour Jérémie de toucher le prix de ses services. Nabuchodonosor ordonne ie faire ce qui! dira^ ch. 39, v. 11 et 12. On e comble d'attentions et de présents, ch. 40, v. 1-5 (1).

(i) Les présents que reçoit Jérémie sont transformés daiis la tra-

Notez que, tout en annonçant à ses compatriotes qu'ils allaient être emmçnés en captivité, il avait eu la précaution de se faire donner par Dieu l'ordre d'acheter la propriété d'un de ses parents, ch. 32. C'est alors qu'il s'assied assez commodément sur les ruines de Jérusalem et soupire ces poétiques lamentations, si connues sous le nom de jérémiades. Godolia, que les Ghaldéens, en se retirant, avaient préposé au gouvernement de la Judée, est assassiné, ch. 41. Les Juifs, craignant la colère des vainqueurs, veulent se retirer en Egypte. Ils consultent à ce sujet Jérémie, dont le crédit avait pourtant dû baisser extraordinairement depuis la prise de Jérusalem. Celui-ci les engage à rester, et leur déclare que, s'ils se retirent en Egypte, ils y périront tous, ch. 42, v. 9-17. Azarias et Johanan lui disent qu'il ment en se donnant pour l'envoyé de Dieu, quand il n'est que l'instrument des Chaldéens, ch, 43, V. 2 et 3. Les Juifs partent alors pour l'Egypte» emmenant avec eux Jérémie lui-môme, v. 5-7. Le texte ne dit pas s'il les suivit de gré ou de force.

Les auteurs juifs et chrétiens ont cherché à justifier la conduite de Jérémie du reproche de trahison. Selon eux, le prophète était persuadé que toute résistance de la part des Juifs était impossible et ne servirait qu'à prolonger les malheurs de sa patrie ; il faisait dès lors acte de bon citoyen en conseillant à ses compatriotes de se soumettre à l'ennemi, M. Cahen, tout en coave* nant que la politique de Jérémie lui a valu une réputation iquvDoque^ le proclame néanmoins un héros de patriotisme, qui fait à son pays le sacrifice de.sa réputation même. Il va jusqu'à dire que ce prophète est pour lui le type de l'homme fort, chanté par Horace, et qui demeure impassible au milieu des ruines de l'u-

duction latine eu simples petits cadeaux. Ce dimioutif ne se trouve nullement dansThébreu.

nivers (1). Ce n'est certes pas moi qui viendrai recommander ce que l'on appelle encore la gloire des armes, après avoir écrit un livre tout exprès pour démontrer que, dans presque tous les cas, cette prétendue gloire a été la chose la plus vide en même temps que la plus funeste (2). Cependant entendons- nous bien. La guerre, étant le plus affreux des fléaux, ne se justifie que par son absolue nécessité. Or la guerre défensive seule est d'une absolue nécessité. 11 suit de là que toute guerre offensive est criminelle et impie. On ne saurait donc jamais assez détourner les peuples et les individus de la guerre offensive, et je ne crains pas de dire que c'est faire preuve de supériorité d'esprit et de cœur que de braver au besoin dans ce but les préjugés populaires. J'espère qu'il ne s'écoulera pas beaucoup de temps sans que les nations civilisées comprennent et pratiquent enfin cette morale. Mais, si la guerre offensive est criminelle, ha guerre défensive est légitime; car c'est un devoir pour les peuples comme pour les individus de défendre leur vie lorsqu'elle est attaquée. Or telle était la guerre que les Juifs soutenaient contre Sabuchodonosor. Mais, dit-on, leur cause était désespérée. D'abord qu'en sait-on ? N'est-il pas arrivé maintes 'ois que la résistance énergique d'un petit nombre i'hommes, combattant pour leurs foyers contre de lombreux agresseurs, fût couronnée d'un plein succès? En second lieu, les Juifs étaient réduits à cette ilternative ou.de s'exposer à mourir en sauvant peuti tre leur pays, ou d'aller se livrer eux et leurs familles . l'esclavage, c'est-à-dire à une mort morale cent fois are que la mort physique. Or il n'y a qu'une àme vile

(^4) Ti^aduction nouvelle de la Bible , avant-propos du tome x, aris, 1840.

^2) De la guerre et des armées permanentes. Ce livre est publié 1 nouvelle édition en même temps que le présent ouvrage.

qui puisse choisir ce dernier parti. C'est pourtant ce que leur conseille Jérémie. Qu'on relise les passages que j'ai cités tout à Theurc, et l'on verra que c'est bien véritablement à l'infamie de la servitude \o\ontaire qu'il les pousse de toutes ses forces. AdmettoD? qu'en donnant un honteux conseil à ses compatriotes, il eût de bonnes intentions, et qu*en se trompant sur leurs véritables intérêts, il ne fût touché que de U considération des malheurs qui les menaçaient. Eli bien ! dans cette supposition, après le sac de Jérusalem, aurait-il consenti à être l'objet des faveurs publique^ de l'ennemi, en aurait-il accepté des présents qui devaient, aux yeux de tous, sembler le prix de sa trahison? Cette dernière circonstance seule ne suffiraitelle pas pour justifier le reproche de défection, inflig»^ à Jérémie ?

§3. — LANGAGE FIGURÉ D*ÉZÉCHIEL. RECOMMANDATION DE >T PAS OUBLIER LES PRÊTRES. SAGE DÊCL.\RATION

Ézéchiel parle presque toujours et fait parler tout le monde, Dieu compris, par figures ; et comme ces-figtres sont souvent inintelligibles, cela lui a valu, che: les Juifs et les chrétiens, la réputation du plus profoc' des voyants. Dès son premier chapitre, il se jette, tèic baissée et les poings sur les yeux, au milieu d"ui monde fantastique où le délire de son imagination m joue dans des enfantements monstrueux. Le dévergondage de ce chapitre ressemble aux extravagances d'uii rêve pénible, d'un véritable cauchemar. Le prophè^ voit, au milieu d un orage et dans une nuée touî^

PROPHèTES 189

en feu, quatre animaux dont chacun avait quatre ailes et quatre faces, une face d'homme, une face de lion, une face de bœuf et une face d'aigle (1). La plante de leurs pieds était comme la plante du pied d'un veau (2). Ils avaient des mains d'homme sous leurs ailes. Ces animaux, emportés avec impétuosité par l'esprit, ressemblaient à des charbons ardents. Au milieu d'eux couraient des flammes et des éclairs. Pendant qu'Ézéchiel est occupé à contempler ces animaux, il aperçoit tout à coup auprès d'eux des roues qui avaient l'aspect d'une chrysolithe, et qui apparaissaient comme si une roue eût été dans une autre roue. Elles étaient pleines d'yeux et d'une hauteur ef- . frayante. Elles suivaient partout les animaux. Audessus de la tète des animaux était un firmament, et au-dessus de ce firmament était comme une pierre de saphir, qui ressemblait à un trône^ et au-dessus de cette apparence de trône était une apparence d'homme. Ces monstres que vous venez de voir, devinez maintenant ce que c'était. Le dernier verset du P^ chapitre [1^^ verset du ch. 2] vous apprend que toutes ces figures étranges étaient l'image de la gloire de Jéhovah. De cette gloire sort une voix qui dit au prophète d'ouvrir la bouche et de manger tout ce qu'on lui présentera. Au même instant, une main lui présente un volume sur lequel étaient écrites des lamentations, ch. 2, v. 8 et 9. Ezéchiel ouvre la bouche et mange le volume, qui avait 1^ goût du miel, ch. 3, v. 1-3. Au ch. 10, V. 9 et 10, 'de Y Apocalypse, saint Jean fait un repas absolument de même nature. Les fictions délirantes crEzéchiel ne peuvent se comparer qu'à celles du so-

(i) Comparer avec les quatre animanx du chapitre 4, v. 7, de Y Apocal^se,

(2) Le grec n'a pas cette comparaison, mais il leur met des plumes aux pieds, v. 7.

li taire de Patmos, auxquelles elles ont prêté plasd'im trait.

Ch. 4, le prophète reçoit Tordre de figurer le site de Jérusalem. Parmi les divers symboles qu'il emploien à cet effet, il y en a deux qui sont particulièremei:! remarquables. D'abord il devra dormir sur son cîîc gauche pendant 390 jours consécutifs, et sur son c^t droit pendant 40 jours seulement, en tout 430 jour. V. 4-6 (1). Voici maintenant ce qui l'attend à sonrrveil : V. 12-15, Jéhovah lui ordonne de faire cuire st pain avec des excréments humains. Quelque docile qi: se soit déjà montré le prophète , il se récrie contre c: pareil ordre (2). Jéhovah ne fait ordinairement pasc: concessions. Cependant cette fois il prend pitié de répugnances de sou serviteur, et consent à ce qae It^ excréments humains soient remplacés par de lafientei^ bœuf. Qu'on ne croie pas que j'oublie ici l'engagemer que j'ai pris, au début de cette 1"^ section, denepo^^' juger les usages de cette antiquité orientale, si pndigue de gestes, d'images et d'expressions figurées d*après nos habitudes actuelles et les besoins d'oi^ civilisation qui demande avant tout au langage clar et précision et dont le goût est plus cultivé et plus à flcile. Mais en vérité, quand il s'agit d'aussi grossierniaiseries, qui nous sont données pour des communier tions divines, il est bien permis de les flétrir par '' ridicule, tout en tenant compte de la différence <if temps et tout en demeurant fidèle à une critique élevet impartiale. Dans le Discours priliminaire de satn-

(1) Dans le grec le verset 4 donne 150 jours, et h verset 5« donne 190. Séparés ou réunis, ces deux nombres ne coDCorssj pas avec les données du texte original. Le nombre du vers^' est également en désaccord avec celui de Thébreu.

(2) L'exclamation qui est un seul mot en hébreu et qmeïp'* ici un sentiment de répulsion et de dégoût, a été iwdue, d»*^

*ilgate, par celte risible oipressîon, a, a, a.

duction française de la Bible (1), Tabbé de Genoude , après avoir dit, ce qui est vrai, que, dans l'hébreu, Ézéchiel ne reçoit pas Tordre d'étendre sur son pain et de manger des excréments humains, mais seulement de faire cicire son pain avec ces excréments, ajoute qu'en traduisant ainsi on fait disparaître des repas du prophète ce qu'on pourrait y voir d'étrange, et s'étonne que Voltaire en ait fait des gorges chaudes. J'avoue que je m'étonnerais bien davantage si l'illustre rieur pût laissé échapper une aussi belle occasion. A s'en tenir aux textes grec et latin, qui lui étaient fournis par les chrétiens, Voltaire était autorisé à s'amuser fiux dépens d'Ézéchiel (2). Mais la vérité est que, dans le texte original, il n'est pas question de faire des tartines avec des excréments (3). L'abbé Guénée en avait léjà fait l'observation avant l'abbé de Genoude (4). Volaire aimait à. invoquer l'hébreu, quoiqu'il ne le sût >as : c'était une des faiblesses du grand écrivain. 1,'abbé Guénée, qui savait l'hébreu un peu plus que ^'^oltaire, avait la malice de placer, dans ses réponses, a discussion sur ce terrain ; il se procurait par là de petites victoires faciles, et donnait au colosse des coups l'épingle qui faisaient plaie. Voltaire l'avait mérité; 5ar il n'eut que très-tard le courage d'avouer qu'il ne savait pas l'hébreu, et cette connaissance ne lui était >as nécessaire assurément contre de tels adversaires, relie qu'elle est réellement , l'anecdote d'Ezéchiel est

(i) Paris, 1841.

(2) Les versets, 12 et 13, ainsi que rexclamation de dégoût, ui les suit immédiatement au verset 14, semblent dire qu'Êzé- Iiiel reçoit en effet l'ordre de couvrir son pain d'excréments hulains. L'auteur de la Vulgate, saint Jérôme, paraît l'entendre insi dans un passage d'une de ses lettres. ^Epistola 26, ad Marellam, de Onaso^ tome IV, Paris, 1706.)

(3) « Et tu le cuiras avec des excréments de l'homme. » 'h" heures de quelques juifs^ tome II, Paris, 178 i.

assez sale, et Voltaire y aurait encore trouvé unemiDe très-riche à exploiter. Pour triompher, comme le foiî les abbés Guénée et de Genoude, de ce que Dieu 9. serait borné à prescrire à un homme de faire caire scs aliments avec des excréments humains au lien de \i prescrire d'étendre ces excréments sur son pain, il fan: en vérité avoir le sens moral aussi obtus que less«F physiques. L'abbé Du Clôt a entonné le même chant i^ triomphe ; mais il ne s'est pas contenté de cela. Adf tant un conte cruellement inepte , et d'après lequ- Voltaire, expirant dans un accès de rage impie, aiirmangé ses excréments, il s'écrie avec autant de^.^ que de bonté d'àme : « Au reste Timpie a accomplit «^ même, en punition de ses dérisions sacrilèges, Yon:- « humiliant d'Ezéchiel , non pas de la* manière d*: « Dieu l'avait prescrit au prophète, mais de la manié: « révoltante dont il avait travesti cette action sToa*^ « lique. Ezéchiel a été vengé, lorsque, dans ses de « ni ers moments et dans ses convulsions frénétiques. M blasphémateur de la Bible a porté à sa bouche s « pas en vision mais réellement les ordures qu'iU* « supposées avoir été la matière du déjeuner dapr* « phète (1). »

Ch. 5, v. 1-4, Ezéchiel se rase tous les cheveni les partage exactement, à l'aide d'une balance, enrr parts (2). Il brûle la première au milieu de la ^i" coupe la seconde en petits morceaux, et jette latro"is> au vent. Il avait dû en réserver, on ne dit pas sur i tiers, une petite mèche qu'il lie à l'extrémité de ^ manteau, et dont il prend quelques poils pour les/ au feu. Or tous ces frais d'éloquence signifiaient, i apprend le verset 12, qu'un tiers des habitants de Jf" salem périrait de la peste et de la faim, un tiers p^'

(1) La sainte Bible vengée, tome V, Lyon et Paris, 1824.

(2) En quatre parla d'après le grec.

glaive, et que le dernier tiers serait jeté à tous les vents. Le texte n'explique pas la signification du petit paquet réserré. Ces quelques poils, placés en relief à Textrémité du manteau d'un homme complètement rasé, y étaient sans doute d'un pittoresque très-amusant pour les personnes frivoles; mais c'est leur signification sérieuse qu'on serait surtout curieux de connaître : il faut croire qu'elle était trop profonde pour des intelligences humaines. Remercions le prophète d'avoir ménagé nos forces.

Ch. 8, v. 1 et 3, pendant qu'il est assis dans sa maison, et qu'il fait la conversation avec des vieillards, l'esprit divin le saisit par les cheveux, l'enlève entre la terre et le ciel, et le transporte dans le temple de Jérusalem, où il voit, entre autres choses surprenantes, ch. 10, ces roues merveilleuses et cette gloire de Jéhovah, déjà décrites au l^^ chapitre.

• Ch. 16, v. 15-17, 24-26, 28-34; ch. 22, v. 11; et ch. 23, v. 1-20, sous prétexte de reprocher aux Juifs leur libertinage, Ézéchiel étale un luxe d'images lascives, qui efface ce que l'on avait vu jusqu'ici dans la Bible de plus hardi en ce genre. Pourquoi faut-il que partout ce soient les prêtres (Ézéchiel était de race sacerdotale, ch. 1^^, V. 3) qui en imaginent et qui osent en dire le plus sur cet article? Oolla et surtout sa jeune sœur Ooliba, qui figurent Samarie et Jérusalem, au 23® chapitre, ne sont plus des prostituées ordinaires; ce sont des bacchantes altérées de débauche et poussant jusqu'à la frénésie le débordement de la luxure. Les versets 25 et 26 du ch. 16 et le v. 20 du ch. 23 contiennent des détails indescriptibles dans notre langue.

Ch, 24, V. 3-5, le prophète reçoit l'ordre de proposer aux Juifs cette élégante parabole : Prends un pot, mets-y de l'eau et des morceaux de viande choisis, et fais bouillir le tout. On se demande comment ce*'

platitude de pot-=au-feu pourrait avoir un sens, et Ton apprend, aux versets 9 et 10, qu'elle signifie la ruine d'Israël. Mais peut-être les Juifs ne comprirent-ils pas plus que nous ; car Ézéchiel s y prend d'une autre façon, V. 15-24, pour leur dire la même chose. Sa femme meurt (1), et il semble même qu'elle meurt tout exprès pour le besoin de la circonstance. En effet il continue d'agir absolument comme si cet événement ne l'intê ressait pas ; il se montre en public avec son air de visage accoutumé et sans paraître le moins du monde affecté de son malheur domestique. A ceux qui s'en étonnent et qui lui demandent ce que veut dire une pareille conduite, il répond qu'il entend parla signifier encore la ruine de la maison d'Israël.

Ch. 44, V. 28-30 ; ch. 45, v. 1-5; dh, 46, v. 20 et 24: et ch. 48, V. 12, Ézéchiel termine ses prophéties en recommandant longuement aux Juifs de ne pas oubliei^ lorsqu'ils seront de retour de la captivité, les prescriptions de Moyse (2), relatives aux victimes grasses et sans tache, aux prémices des prémices destinées à nourrir les prêtres, qui n'ont d'autre partage que k» Seigneur. Les versets 20 et 24 du ch. 46 transforment à la lettre le femple en cuisines, et les prêtres en cuisiniers.

Plus j'ai dû être sévère dans cet article sur Ézéchiel, plus je regarde comme un devoir de dire, en terminant,- que ce prophète a pourtant, à mes yeux, un mérite sur lequel je reviens avec plaisir, mérite que j'ai déjà indiqué passagèrement (3). Il ose combattre expressément cette théorie biblique, d'après laquelle Dieu punit les hommes dans leurs descendants,

(1) La mention expresse qui est faite de cette mort au verset i H. manque dans le grec.

k2) Voir plus haut, ch. IV, ( 4.

V Chapitre Vni, $ 8.

ch. 18, V. 1-20. Il rejette le proverbe hébraïque, que les dents des fils sont agacées lorsque les pires ont mangé h raisin vert (1). Il déclare que chacun répondra devant Dieu de ses propres fautes seulement, que le fils ne portera pas plus Tiniquité du père que le père celle du fils, que le mérite du juste n'appartient qu'à lui comme l'impiété du méchant est propre à lui seul, V. 20. Rien assurément n'est plus simple que ces assertions, et il semble qu'il n'y ait pas grand mérite à proclamer de pareilles vérités. Mais, si l'on considère qu'elles sont diamétralement opposées aux doctrines habituelles et aux faits de la Bible, on est forcé de convenir qu'il fallait du courage à un prophète juif pour tenir ce langage, S'il est vrai, ainsi que le prétend Spinoza (2), que les Rabbins aient hésité à ranger le livre d'Ézéchiel parmi les livres canoniques, le chapitre 18 du prophète suffirait pour expliquer cette hésitation.

g &. — ÉLÉVATION DE DANIEL. STATUE D*0R. SIDRACH, MISACH ET ABD^NAOO DANS LA FOURNAISE. DANIEL DANS LA FOSSE AUX LIONS. LA CHASTE SUSANNE. IDOLE DE BELé DANJET. TUE LE GRAND DRAGON ET EST JETE DE NOUVEAU DANS LA FOSSE AUX LIONS (3).

Voici un autre prophète qui parlfe avec plus de clarté et plus de goût ; mais il en veut à la logique et marche

(i) Jérémie aussi avait osé, ch. 31, v. 29 et 30, protester contre oe proverbe, mais pour retomber à quelques pas de là, ch. 32, v..i8, dans le dogme dont ce proverbe était l'expression.

(2) Tyada/ttt /^o/oijrico-poftiiow, ch. 2, Amsterdam, 1610.

(3) Le livre attribué à Daniel est un de ceux dont Tautheniicité

intrépidement d*inconséquences en inconséquences. Daniel vient d'interpréter un songe du roi Nabuchodonosor. Celui-ci se prosterne alors devant lui , l'adore et ordonne qu'on lui offre des présents et des parfoms, ch. 2, V. 46. Un roi de Babylone se prosterner devant un des serviteurs de son palais» devant un captif! II déclare que le Dieu des Juifs est véritablement le Dieu des Dieux et le maître des rois; il met Daniel à la tète de tous les magistrats et de tous les fonctionnaires de l'État, et exalte en même temps ses trois compag^nons, Sidrach, Misach et Abdénago, v. 47-49. Voilà donc Nabuchodonosor désabusé de ses faux Dieux et faisant profession ouverte de judaïsme. Vous le croyez du moins, et j'avoue que c'est une conséquence évidente de ce qui précède. N'allez pas si vite : je vous ai prévenu que la logique n'avait rien à faire ici. Le 1«" verset du chapitre suivant nous apprend que Nabuchodonosor fait élever une statue d'or, haute de soixante coudées et large de six. Ne demandons pas où l'on prit la masse d'or qui entrerait dans un pareil colosse (1). Voyons seulement quelle apparence devait avoir cette statue, dans la supposition où elle représentait un homme, supposition vraisemblable mais que le texte, je le reconnais, n'autorise pas expressément. Puisqu'elle était haute de soixante coudées et large de six, elle n*ava;i donc en largeur que le dixième de sa hauteur. Or il s'en faut bien que ce soient là les dimensions relatives

est le plus vivement contestée par la critique. La rédaction de r^ recueil informe de légendes populaires ne semble pas pouvoir remonter au delà du règne d'Antiochus Ëpiphane. Les Juifs et lr$ protestants rejettent les deux derniers chapitres.

(t) On a dit que cette statue pouvait n'être pas d'or mats seulement dorée. Le texte dit une statue qui était cTor. Lorsqu'il s'agit d'une simple dorure ou de feuilles minces d'or , il y a une aulp^ «pression consacrée et qui signifie très-expressément recovreri

d OT,

de la forme humaine. La largeur moyenne du corps d'un homme, prisé aux hanches, est plus que le cinquième, et prise aux épaules, presque le quart de sa hauteur. La statue aurait donc eu une hauteur plus que double de celle qu'elle aurait dû avoir pour rester dans les proportions relatives de la forme humaine. On imagine l'effet que produirait une œuvre aussi ridiculement disproportionnée. Est-il supposable que jamais statuaire, je ne dis pas seulement de Babylone, mais de quelque pays que ce soit dans le monde, fût-ce chez le peuple le plus arriéré en fait d'art, ait moulé une pareille caricature? Les légendaires seuls, dans leur ignorance des choses les plus simples et les plus vulgaires, enfantent de tels monstres. On a supposé que le chiffre de 60 coudées mesurait non pas la hauteur propre de la statue, mais sa hauteur ajoutée à celle d'un piédestal d'une élévation à peu près égale à la sienne. Dans cette supposition que le texte n'interdit pas plus qu'il ne l'autorise, les dimensions de la statue, ramenées à 30 coudées de haut sur 6 de large, se rapprocheraient des proportions relatives ordinaires de la forme humaine. Resterait seulement la difficulté de l'exagération des nombres considérés absolument. Quoi qu'il en soit, le roi, que vous croyez si bon Israélite, ordonne, sous peine de mort, à tous ses sujets d'adorer la statue qu'il vient d'élever, v. 5 et 6. Sidrach, Misach et Abdénago s'y étant justement refusés, il entre en fureur, leur demande s'il est vrai qu'ils osent ne pas adorer la statue, et s'il est un Dieu qui les délivrera de sa main, v. 13-15. N'oublions pas qu'on lui faisait dire, à la fin du chapitre précédent, que le Dieu de Daniel était le Dieu par excellence et le souverain absolu. Mais, à propos de Daniel, où donc est-il, et pourquoi se trouve-t-il si complètement effacé par ses coreligionnaires dans un moment solennel où toutes les personnes constituées en dignité ont été

convoquées par le roi à une cérémonie de dédicace, V. 2 et 3, dans laquelle son premier ministre détail naturellement figurer au premier rang? Daniel s'e^t-il aussi prosterné devant la statue? S'il s j est refusé. pourquoi ne partage-t-il pas le sort de ses compagnoris ou ne s'interpose-t-il pas en leur faveur? Autant ce questions qui se présentent tout d'abord, et qui exigent d'autant plus impérieusement une réponse que cV. Daniel lui-même qui est censé nous raconter cette histoire. Je poursuis. Nabuchodonosor ordonne qu'où L les trois jeunes gens et qu'on les jette dans une fournaise ardente, qu'il avait fait chauffer sept fob plii^ que de coutume. Mais, ô merveille! le feu dévore lei exécuteurs de l'horrible sentence, tandis que SidracL Misach et Abdénago se promènent tranquillement ân milieu des flammes, où ils rencontrent un quatrième personnage, qui ressemblait à un flls de Dieu, v. 19-25 [19-23, 91 et 92] (1), Nabuchodonosor stupéfait les aipelle serviteurs du Très-Haut, et les engage à sortir de la fournaise. Ils attendaient pour cela les ordres di roi : à l'instant ils sortent des flammes en parfait é:a:. Satrapes alors de les entourer, de les contempler, e; de n'en pas revenir de ce qu'ils Ont conserv'é întar'> leurs cheveux et leurs hauts-de-chausses, v. 26 et :.'" [93 et 94]. Mais c'était Nabuchodonosor qu'il fallai: entendre chanter de nouveau les louanges du Dieu deî Juifs et ordonner à tous ses sujets, sous les peines Ie> plus terribles, de reconnaître avec lui la suprématie de ce Dieu, son merveilleux pouvoir et son règne étemei. V. 28-33 [95-100], Aussi la Bible fait-elle mourir cc

(1) Dans les versions grecque et latine , ils se promènent er chantant des cantiques. Cet embellissement ne se trouve pas daBr le texte original. Saint Jéiôme dit l'avoir pris dans la rersiob grecque de Théodoiion. iPrœfatio in Danielm, tome i'\ ParLv

roi en odeur de sainteté, après lui avoir toutefois infligé pour pénitence d'être chassé du trône, de manger de rherbe et de sentir ses ongles s'allonger en griffes, ch. 4, V. 28-34.

Au chapitre 5, grand gala à la cour de Baltassar : mille convives, sans compter les femmes, sont attablés. Dans un accès de gaieté sacrilège, le roi fait boire ses courtisans et ses concubines dans les vases sacrés quô son père Nabuchodonosor avait enlevés du temple de Jérusalem. Mais voilà qu'au milieu de l'orgie apparaît une main mystérieuse, écrivant sur la muraille ces mots célèbres Mané, Thécel, Phares. Le roi , saisi de terreur et sentant ses genoux s'entre-choquer, fait appeler tous les mages pour qu'ils aient à lire et interpréter l'écriture. Ceux-ci se déclarent impuissants non-seulement à l'interpréter mais même à la lire, d'où il faut conclure que, si les caractères étaient lisibles, ces savants Chaldéens n'étaient pas forts sur l'Idiome chaldaYque. Sur un avis de la reine, on fait appeler Daniel, qui adresse d'abord à Baltassar une petite remontrance où il lui remet en mémoire les mésaventures de Nabuchodonosor que Dieu avait fait si puissant qu'i/ tuait ceux qu'il toulait, v. 19, ce qui est manifestement l'un des buts principaux de l'établissement de la royauté et l'une de ses plus appréciables prérogatives, puis il lit et interprète ainsi les terribles mots : MANÉ ton rhgne a été compté, THÉCEL tu as été pesé et trouvé léger, PHARES ton royaume a été partagé et donné aux Mèdes et aux Perses, Alors le roi, fidèle à sa promesse, récompensa Daniel splendidement et fut mis à mort cette nuit-là même par les Mèdes et remplacé par Darius. Si j'ai mentionné ce conte fantastique, remis en honneur de nos jours par les inepties du spiritisme, c'est surtout à cause de la singularité de la conclusion. Il n'est pas ordinaire de voir les rois témoigner de la reconnaissance à ceux

qui leur font la leçon et leur prédisent des maUieurs: le fait était assez rare pour mériter d'être noté.

Passons' au chapitre 6. Darius élève aussi le prophète en dignité et veut le mettre à la tête de tous ses ministres. Mais les satrapes, les sénateurs et les juges, jalooi de son élévation, demandent au roi et celui-ci nefâii aucune difficulté de leur accorder un incroyable é&l par lequel il défend à ses sujets, sous peine d'être jet^ dans la fosse aux lions, d'adresser, pendant 30 jouis. aucune prière à qui que ce soit, Dieu ou homme, à c? n'est à lui Darius. Daniel continue de faire comme d^ coutume, trois fois par jour, ses génuflexions, en se tournant du côté de Jérusalem. Ces innocents exercif^ ne troublaient en aucune façon l'ordre public et n'avaient pas l'inconvénient de gêner la libre circulatiei des rues et d'extorquer aux passants des marques d^ respect ; car c'était dans sa maison même que Dain^^ s'y livrait. Mais les juges, qui l'épiaient, raperçoresfaisant ses dévotions et coururent le dénoncer an u- Celui-ci, qui aimait et estimait Daniel» aurait bie: voulu le sauver; mais il n'osait pas à cause dessatnpes. Il livre son serviteur favori, et lorsqu'on le Aescet: dans la fosse aux lions, il lui dit avec bonté : «T*- « Dieu que tu sers constamment te délivrera. » E.^-^ que Darius croit aussi au Dieu des Juifs? Mais, s'ii; croyait, il ne livrerait pas ce bon Israélite. Et poumque signifient ces paroles, si elles ne sont pas un ^^^ de foi? Continuons. Le roi rentre chez lui, se conrf sans souper, et ne peut pas dormir. Au point àù'y^il court à le fosse aux lions, et d'une voix larmoyas*' pose à Daniel cette question qu'on ne saurait se la^' d'admirer : « Serviteur du Dieu vivant, ton Dieu, ç- « tu sers constamment, a-t-il pu te délivrer des lions!- Daniel, touché de cette marque héroïque d'intértt poussant la reconnaissance jusqu'à ses dernières limita crie : «O roi, vis éternellement »», et assure quiljc'?

d'une santé parfaite. Darius, enchanté de ce que son ministre est invulnérable, ordonne qu'on le retire de la fosse. Il l'y aurait laissé sans doute s'il avait eu quelque membre de mangé. Mais que vont dire ces satrapes que Darius craint tant de désobliger? Il les envoie chercher et les livre aux lions qui les dévorent à l'instant. Il eût été plus simple, mais moins dramatique, de ne pas écouter d'abord leurs mauvais conseils, et de ne pas se faire l'instrument aveugle de leur cruelle jalousie. Ici le prince modifie d'une manière notable le caractère qu'on lui avait donné tout à l'heure. Il ajoute même au supplice des accusateurs un surcroît tout à fait biblique : au lieu de se contenter de punir les coupables, il punit aussi de mort leurs femmes et leurs enfants. Puis, pour couronner l'œuvre, il décrète que tous ses sujets devront trembler devant le Dieu de Daniel, qu'il appelle le Dieu vivant et éternel.

Ce roi est assurément un personnage bien extraordinaire, et il est dès lors naturel que nous tenions à être exactement renseignés sur son compte. Quel est donc ce Darius le Mède, que Daniel a donné pour successeur à Baltassar, roi de Babylône, v. 30 du chapitre 5 etTv. l^ du chapitre 6 [v. 30 et 31 du chapitre 5]? Grande question pour les érudits et grand embarras pour ceux d'entre eux qui veulent demeurer en bons termes avec l'orthodoxie. Je n'essaierai pas de les mettre d'accord; je me bornerai à leur soumettre quelques doutes. Daniel veut-il parler du fils d'Hystaspe, du Darius de l'histoire, qui, après Cambyse, régna sur les Perses et les Mèdes, réunis depuis Cyrus, et qui vint aussi assiéger Babylône révoltée? Cela est peu vraisemblable, car alors le prophète commettrait un énorme anachronisme. Quelque obscurité que présente l'histoire de cette époque, quelque système de supputation que l'on adopte, un point demeure incontesté, c'est que l'empire babylonien fut détruit par Cyrus et non

par Darius, qui ne régna pas même après Cyrus, mai? après Cambyse, fils de Cyrus. Il ne s'agit pas ici de faits imperceptibles et de nulle valeur, mais de trois grands règnes, sur la succession desquels au moins le doute est impossible. En vain dirait-on que Taut^'ur sacré ne daigne pas suivre l'ordre des temps, et qu'après Baltassar, son génie prophétique l'emporte de plein saut au beau milieu du règne de Darius, sans tenu" compte des intermédiaires. Je conviens très-volontiers que souvent les récits de la Bible ne présentent aucune connexion soit entre eux soit entre les parties dont ils se composent, et ne respectent nullement la succe?r sion des temps. Mais ici une preuve de Tintention bien formelle du prophète, de faire régner Darius avant Crrus, se trouve dans le verset 29 du ch. 6 [v 281, ot, mentionnant le? règnes de ces deux rois, il nomme d'abord celui de Darius puis celui de Cyrus le Perse, Je le répète donc, il est peu vraisemblable que Daniel se trompe au point de faire détruire le royaume de B> bylone par Darius, fils d'Hystaspe. Mais quel est donc ce Darius dont il veut parler, et qui ne se trouve que chez lui? Serait -CB ce prétendu fils d'Astyage, ce Cyaxare II, dont Xénophon seul fait mention, et qui aurait régné sur les Mèdes à la place de son père? Telle est l'opinion de Bossuet, qui soutient de plus que ce Cyaxare est le même qu'Assuérus (1). Cet illustre écrivain fait observer que, si l'on retranche du mot cyasart la première syllabe cy, le reste aœare est la même chose qvLassué^^s. Cela semble, sinon évident, du moins assez plausible. Mais il faudrait faire voir aussi, ce qui est un peu plus difficile et ce dont Bossuet ne se me: nullement en peine, comment le mot Darius est encore la même chose que cyaxare et assuérus. Ajoutez que

(1) Discoure m- rhisioirâ miveruUe, i^ parlte, 7« ëDooue lome vm, Paris, 1744. * » i > ' «poque,

Daniel, ch. 9, v. 1®% loin d'identifier Darius et Assuérus, en fait deux personnages distincts. Le sentiment de Bossuet sur Tidentité dû Darius de Daniel et du Cyaxare II de Xénoplion semble avoir été aussi celui de l'historien juif Joseph, dans un passage obscur et embarrassé, où, après avoir dit que Baltassar, la dixseptième année de son règne, tomba, ainsi que Babylone, au pouvoir de Cyrus, roi des Perses, et fut le dernier roi de la postérité de Nabuchodonosor, il ajoute immédiatement que Darius avait 62 ans lorsque, avec Tassistance de Cyrus son parent, il ruina Tempire de Babylone, et que ce Darius était fils d'Astyage, mais que les Grecs lui donnaient un autre noin (1). Joseph joue ici deux rôles. D'abord il connaissait trop bien les. historiens grecs pour nier que ce fut Cyrus qui mit fin à Tempire babylonien. Mais en même temps il veut conserver le récit de Daniel, et il ajoute en termes vagues et sans indiquer aucune époque, que Darius, fils (FAstyage, et à qui les Grecs donnent un autre nom (qu'il eût été bon de faire connaître), ruina l'empire de Babylone avec l'assistance de Cyrus son parent. Mais voyons donc s'il est possible que Daniel ait voulu parler, sous le nom de Darius, de ce Cyaxare que Xénophon donne pour fils à Astyage. On sait que, dans le système de Xénophon, Cyaxare II règne sur les Mèdes après son père Astyage, tandis que, dans le système contraire d'Hérodote, Astyage n'a point de fils et est immédiatement remplacé par son petit-fils Cyrus, qui Je dépossède. Or Daniel, loin de donner à Astyage un fils pour successeur, déclare expressément, ch. 13, V . 65, que ce fut Cyrus qui lui succéda. On voit que le prophète s'est chargé lui-môme de ruiner l'interprétation de saint Jérôme, de Rollin, de Bossuet et de tous

(4) iow<faïy* àpx»iù\oyioL ^ livreiO.ch. 41, tomel*S Amsterdam 1 72Ô.

les auteurs chrétiens qui admettent dans leur canon le chapitre 13 de Daniel, et; qui supposent à ce prophète l'intention de donner à Astvafire un fils nommé Darinâ, et qui aurait été en même temps son successeur. Mal* la question principale demeure : Qu'est-ce donc que et Darius le Mède, que Daniel seul mentionne, et qui renverse l'empire de Babylone?

Le chapitre 13 contient la légende si connue sous k nom de la chaste Susanne. Je me hâte de dire que cette légende est intéressante et morale, et que le fond et la forme en sont à peu près irréprochables. Je dis à p^ près ; car l'auteur paraît avoir pensé que le mérite à la chasteté croissait en raison du nombre des attaquer qu'elle avait à subir à la fois, et qu'ainsi il était bi^ plus ïiflBcile à Susanne de résister aux désirs impurs dé deux hommes qui la sollicitaient en même temps, qist si elle eût eu affaire à l'un d'eux seulement. En parei^ cas, la présence de témoins est au contraire une sauTe garde naturelle et une barrière infranchissable, je n<' dis pas seulement pour une femme aussi pure que Tes: supposée Susanne, mais pour toute femme qui conserverait encore quelque reste de pudeur. Mais les faise^ de légendes n'y regardent pas de si près, et quand i^ ont fixé leur but, ils y courent à travers toutes les iivraisemblances. Ici l'auteur, qui se proposait de fab ressortir la perspicacité du prophète Daniel, avait be soin de deux amants qui fussent en scène simultanément et qu'on pût ensuite mettre en contradiciio: entre eux. Pour cela il n'hésite pas à donner un d^ menti aux lois ordinaires du cœur humain, et il introduit deux hommes graves, deux juges, deux vieillards. qui déclarent eh même temps et en commun (v. 14 et^' leur honteuse passion à une femme vertueuse. Remarquons enfin que la pureté de Susanne eût brillé d'c éclat plus vif si elle eût été aux prises avec des jeunt^ gens plutôt qu'avec des vieillards. Mais cela eut déranît

le plan de Tauteur : il lui fallait des amants ridicules et dont la ruse et T expérience supposées pussent être mises en défaut par le jeune Daniel. A ces maladresses près, le chapitre 13 est un des beaux morceaux de la Bible. Quelque délicat que fût le sujet, les idées et le style sont chastes et contrastent avec les crudités que ' j'ai eu si souvent occasion de signaler ailleurs. Mais la légende de Susanne ne se trouve pas dans le texte chaldéen; saint Jérôme dit Tavoir prise dans la version grecque de Théodotion (1).

Le 14® et dernier chapitre est également tenu par les Juifs pour apocryphe. Saint Jérôme dit ne l'avoir trouvé non plus que dans le texte de Théodotion ; et, chose étrange, tout en traitant lui-même de fables ce qui s'y trouve rapporté de Bel et du dragon, il admet ces fables dans sa traduction, j9«rc^ qtœ, dit-il, elles ont cours dans tout VmiiverSy et parce qu'il ne veut point paraître aux yeux des ignorants avoir retranché une ffrande partie du litre reçu par les églises chrétiennes. Le roi dont il est parlé dans ces mots du premier verset, Daniel était le convive du roi, et qui n'est désigné par son nom dans aucun autre endroit du chal^itre, paraît être Cyrus, si du moins il est permis d'en juger par le dernier verset du chapitre précédent, où il est dit que Cyrus le Perse succéda a Astyage. Quel que soit ce roi, Daniel le fait encore plus stupide qu'il n'a fait Darius et Nabuchodonosor. En outre il fait les prêtres chaldéens plus imposteurs qu'ils ne pouvaient l'être. Il y avait à Babylone une idole nommée Bel. On lui offrait, chaque jour, douze mesures de fleur de froment, quarante brebis et six amphores de vin. Le roi avait pour cette idole une grande vénération et venait l'adorer régulièrement. Ayant demandé à Daniel, son convive, pourquoi il ne partageait pas sa dé-

(1) Prœfalio in Danielem, tome ^% Paris, 1693.

votion, celui-ci répondit qu'il n'honorait que le Dieu vivant. Cette expression vivant va donner naûssance à un jeu de mots et à deux anecdotes pleines d'iu\raisemblance. «* Est-ce que Bel, répliqua le roi, n'est pas - un Dieu vivant? Ne vois-tu pas combien il wangett « boit par jour? »» V. 1-5. Personne ne pouvait ignorer que les prêtres se nourrissaient, eux et leurs familles, à Babylone comme à Jérusalem, comme partout ailleurs, des offrandes déposées sur les autels. Il parait que le roi seul ne savait pas cela, et s'était imaginé que c'était la statue même de Bel qui consommait matérier lement la fleur de froment, les brebis et le vin qu'on lui apportait tous les jours. Daniel sourit et assure qu? Bel ne mange pas.. Le roi irrité fait venir les prêtres e: leur rapporte le propos du prophète. Ceux-ci, sans se déconcerter, prient le roi d'aller lui-raême déposera offrandes dans le temple, de fermer la porte, d'emporter la clef et de retourner le lendemain matin voir : Bel n'aura pas tout mangé et tout bu. Ils avaient pratiqué sous la table une entrée souterraine, parlaquele ils pénétraient secrètement dans le temple avec leo^ femmes et leurs enfants, et venaient dévorer les oifraudes. Le rusé Daniel, qui savait cela, va leur jour un bon tour. Le roi vient lui-même placer la pitac ' devant Tidole, et, avant de sortir, Daniel qui raccompagne, répand, en sa présence, de la cendre, au moy^s d'un tamis, sur le pavé du temple, v. 6-13. Les prétr»»j accompagnés de leur nombreuse lignée, arrivent lanu^l par leur trappe comme de coutume, mangent et b^i* vent, et foulent à qui mieux mieux les cendres inJi^ crêtes. Le soleil n'était pas encore levé que le roi ei trait dans le temple avec Daniel. Â la vue de la ta nette, il s'écrie que Bel est grand. Daniel sourit nouveau et montre au roi sur le pavé les traces i piétinements nocturnes, distinguant fort bien dans pêle-mêle les pieds des femmes et des enfants. Le

irrité de nouveau, fait venir les prêtres, leurs épouses et leurs fils, qui lui montrent alors leurs petites entrées souterraines. C'est pourquoi le roi les fit mourir et livra Tidole et le temple à Daniel, qui les détruisit» V. 14-21.

A la suite de cette histoire, le même chapitre 14 en raconte une autre qui ramène le jeu.de mots du Dieu rivant, et dont la fin est renouvelée du chapitre 6. Après ce que vient de faire le roi, il est naturel de supposer qu'il est entièrement désabusé du culte des idoles, et qu il n'en permet plus la pratique à ses sujets. Ne nous pressons pas de conclure. Il y avait un grand dragon qu'honoraient les Babyloniens, mais un véritable dragon, en chair et en os. Le roi dit à Daniel : ^ Maintenant tu ne peux pas dire que celui-là H n'est pas un Dieu rivant ; adore-le donc. »» Daniel soutient que ce dragon n'est pas le Dieu vivant, et, pour le prouver, il demande la permission, qui lui est accordée, de le tuer sans glaive ni bâton. Il fait cuire des gâteaux composés de poix, de graisse et de poils, et les jette dans la gueule du monstre qui en crève, v. 22-26. Les zoologistes d'aujourd'hui sont embarrassés pour déterminer les caractères de ce grand dragon et la place qu'il occupait dans la série animale. Ils appellent du nom de dragon un saurien de la famille des iguaniens, qui est d'assez petite taille, et qu'ils disent faible et craintif. Ils prétendent qu'il se nourrit d'insectes et qu'il serait peu friand de gâteaux composés de poix, de gi'aisse et de poils. Tel ne pouvait donc pas être le grand dragon des Babyloniens. Quel qu'il fût, il paraît qu'ils tenaient à lui par dessus tout. Tant qu'on n'avait fait que leur ôter leur statue de Bel, détruire leur temple, tuer leurs prêtres, ils avaient supporté tout cela bénignement. Mais faire mourir leur riragon! Ils s'ameutent, viennent trouver le roi, et le racuacent de le tuer s'il ne leur livre Daniel. Le roî

eut peur et leur livra son convive, v. 27-29. Le people jette le prophète dans la fosse aux lions où il demeure six jours. Nous savons déjà qu'il n'avait rien i redouter de ces bètes féroces. Mais il parait qu'il eoi faim. Or le prophète Habacuc, qui se trouvait en Jadée, avait fait avec du pain broyé un ragoût qu'il portait à travers champs à des moissonneurs. Il est ac;*osîpar l'ange du Seigneur, qui lui dit de porter son dins à Babylone et de l'offrir à Daniel, qui est dans la fosî? aux lions. Pendant qu'Habacuc s'excuse en disant qo^n'a jamais vu Babylone et qu'il ne sait pas où est 1' fosse dont on lui parle, l'ange le saisit (1) et le tranv porte à Babylone auprès de Daniel, v. 30-36. Leseftième jour , le roi se souvint de son ami, et vint à ' fosse dans l'intention de pleurer. Il croyait n'y pfc trouver que les os du prophète ; mais le voyant â55> tranquillement au milieu des lions, il le fait retirerla fosse, et y jette à sa place ses ennemis, que les lior^ dévorent en un clin d'œil, v. 39-41, puis il ^rdoK aux habitants de toute la terre dUatoir peur du Dit? de Daniel, v, 42 (2).

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