‹ Examen critique des doctrines de la religion chrétienne (volume 2)Chapitre 78 sur 139 · JONAS · texte numérisé non relu

JONAS

Le prophète Jonas reçoit de Jéhovah Tordre à'C à Ninive. Au lieu d'obéir, il descend au port de h] et s^embarque. Jéhovah suscite une tempête qui n^ gloutir le vaisseau. Jonas dormait d'un sommeil pT fond , quand le commandant vint le prier , non : d'aider à la manœuvre, mais d'invoquer son Dieu. Dieu de Jonas, en qui le commandant avait sans d très-grande confiance, quoique ces mots ton Dir torisent à penser qu'il en adorait un autre, cli. î V. 1-6. Les gens de l'équipage consultent le sort ] savoir qui d'entre eux pouvait être cause de Von: car évidemment quelqu'un en était cause : il n'y r/ mais d'orage en mer sans cela. Le sort, qui est, coii:on sait, toujours très-intelligent, désigne Jonas. leur raconte alors son escapade, et demande à ètiv j à la mer. Sa requête lui est accordée, et à l'instant ^ flots s'apaisent, v. 7-16. Pendant que les matelots fc

des vœux^ Jonas compose une amplification de rhéto* rique, dans le ventre d'un grand poisson (1), qui, rayant gardé trois jours et trois nuits, \ient le vomir entièrement sain sur le rivage, ch. 2. Hercule avait aussi séjourné dans le ventre d'un grand poisson, et comme Jonas en était sorti sain et sauf. En citant un passage où Théophy lacté jette auxpayens ce dilemme • Ou recevez notre histoire ou rejetez la vôtre, Bayle fait observer que Ton eût trouvé parmi les Grecs beaucoup de gens qui, placés ainsi entre l'histoire d'Hercule et celle de Jonas, n'eussent pas hésité à répondre : « Nous « les rejetons toutes deux (2). »• Le prophète prend enfin le chemin de Ninive , et vient annoncer aux habitants qu'ils périront dans quarante jours (3), ch. 3, v. 3 et 4. Le roi descend de son trône, ôte ses habits, se revêt d'un sac et s'assied dans la cendre. Il prescrit un jeûne universel, et ordonne que les hommes et les bêtes se couvrent de sacs comme lui et invoquent Dieu fortement, V. 6-8. Dieu ne put tenir aux cris de ces pécores, et renonça à faire ce qu'il avait dit, v. 10. Mais cela compromettait son prophète. Aussi celui-ci est-il irrité.

I) Le mot de la version grecque signifie un cétacéet parliculièrement une baleine. Le traducteur, voyant qu'il s'agissait d'un grand animal , n'a pas cru pouvoir le faire trop grand, et alors il a pris le plus grand de tous, qui était alors considéré comme un poisson. S'il avait eu les connaissances zoologiques, que ses contemporains, qui n'étaient pas inspirés comme lui, étaient trèsexcusables de n'avoir pas, il aurait su que les baleines sont conformées de manière à ne pouvoir pas avaler d'bomme , et que surtout il n'y en a pas dans les parages où se passe le fait en rjuestion. Saint Jérôme a évité ici ces méprises en traduisant exactement; mais, quand il a traduit l'évangile de Matthieu sur le ^rec, ch. 12, v. 40, il a converti à son tour en cétacé le grand poissou qu'il avait justement vu dans la prophétie de Jonas.

(2^ Dictionnaire hislorique, note B de Tartide Jonas ^ tome II , Rotterdam, 1720.

C3) Troi» jours seulement dans le grec.

ch. 4, V. P"". Il avait bien prévu tout cela, et c'est pourquoi il avait d*abord tourné le dos à Ninive et s'était dirigé vers la mer. Le voilà maintenant perdu de réputation, et il préfère la mort à la vie, v. 2 et 3. Mais Jéhovah réprime ainsi son orgueil : - Je n'épargnerais « pas Nivive, cette grande cité où il y a plus de cent «< vingt mille habitants qui ne satent distinguer leuf' « droite de leur gauche, et un grand nombre de bètes! - V. 11. Paroles pleines de raison. Cette fois je me range du côté du Dieu des Juifs.

§ 7. — MALACRIE

Dans la prophétie de Mala<:hie, Jéhovah nous apparaît sous les traits d'un être capricieux et colère. Au chapitre l®^ v. 2 et 3, il dit qu'il a aimé Jacob, mais qu'il a haï Ésati, précisément celui des deux fils d'Isanc que nous avons vu se conduire le plus généreusement (1). Saint Paul a copié ce passage de Jfa/aciu. saint JPaul qui se dit l'apôtre des gentils, et qui, en cette qualité, devait moins que personne redire un tel blasphème (2). J'ai déjà fait remarquer ailleurs (3) que les prophètes juifs témoignaient généralement du mé-

(i: Au ch. ^^ s 12.

(2) « Il a été écrit : J'ai aimé Jacob, mais j'ai haï Esaû. • (t.pitre aux Homains^ ch. 9, v. 13.) Gela est en contradiction avec 1«^ paroles du verset 20 du chapitre H de VÉpUre aux Hébreux, où il est dit qu'Isaac b&nit Jacob et Esaû , comme ces dernières paroles «ont en contradiction avec la narration du chapitre 27 de la Genèse, confirmée par le prophète Afalachie.

(3) Note de la page 484.

pris pour les observances légales: Sur ce point Malachie laisse bien loin derrière lui ses confrères. Au chapitre 2, verset 3, il met dans la bouche de Jéhovah la menace de jeter à la figure de ses prêtres la fiente des victimes qu'ils lui offraient et qu'il leur avait demandées pourtant avec tant d'insistance. Presque immédiatement après ces scènes passionnées et grossières, Malachie se livre à des réflexions tellement sensées qu'on ne pouvait s'attendre à les rencontrer en pareil lieu, v. 10 : « N'avons-nous pas tous un même père? N'est-ce pas « un même Dieu qui nous a créés? Pourquoi chacun H est-il traité par son frère avec perfidie? »» Le prophète aurait pu citer fort à propos de ces dernières paroles la conduite de Jacob à l'égard de son frère Esaii.

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