LIVRES DU NOUVEAU TESTAMENT
Quand donc je nommerai les évangiles de Matthieu ou de Marc ou de Luc ou de Jean, je voudrai rappeler les dénominations sous lesquelles les chrétiens nous les présentent, et rien de plus. Je pèserai en elles-mêmes
et qui par conséquent devraient avoir le mieux connu lea actes et la dortrioe de Jésus, sont ceux qui s'éloignent le plus l'un de l'autre. L'évangile de M.itlhieu passe généralement pour le plus ancien des trois synoptiques : dans ce ca^, Marc et Luc le copieraient habituellement. M. Bruno Bauer prétend, contre l'opinion commune, que c'est au contraire celui de Marc qui aurait été écrit le premier» et celui de Matthieu le dernier : dans ce cas , ce serait Marc que Luc aurait copié, et Matthieu aurait copié Marc et Luc. Voir le livre de M. Bauer, intitulé Critique de P histoire évangéUque, et traduit eu français par M. Ewerbeck, dans le recueil qui a pour titre Qu'est-ce que la Bible d'après la nouvelle philosophie allemande f Paris, 1850. Sans prendre parti dans cette question de priorité, qui est pour nous sans intérêt, et saos prétendre que la simplicité soit toujours une présomption de priorité, je ferai remarquer que les compilateurs de légendes ont généralement plus de tendances & amplifier et à ajouter qu'à simplifier et à retrancher. Or l'évan- ^le de Marc, tout en contenant beaucoup de traits dramatiques et de réflexions particulièrement naïves, qui manquent dans les autres évangiles, mais qui sont tellement absurdes qu'il n'eût fallu aux compilateurs qu'une dose très-ordinaire d'habileté pour sentir la nécessité de les supprimer, cet évangile, dis-je, est habituellement le plus simple et le plus court. Par exemple, il n'a rien sur les matières des deux premiers chapitres de Matthieu, qui du reste n'ont pas toujours existé ; car saint Ëpiphane nous apprend qu'ils ne se lisaient pas dans la copie des Ëbionites , écrite en hébreu* (Karà vxptviwty livre I*', xora Efcuvoiwv^ 43, tome [*', Paris, 1622.) Vers la fin du iv siècle, les évangiles latins qui étaient entre les mains des chréliens, et je parle seulement ici des quatre qui étaient attribués à Matthieu, Marc, Luc et Jean, présentaient de telles diflérences, qu'il y avait, au dire de saint Jérôme, presque autant de versions que d'exemplaires. Rien n'est plus curieux que les détails consignés par cet écrivain dans sa Préface des évangites, adressée au pape Damase, sur l'état de ces livres à l'époque où il fit sa traduction sur le texte grec. (Tome !*<', Paris, 1693.)
Oii sait quelle prodigieuse dépense de stériles efforts et d'interprétations arbitraires ont faite, depuis près d'un siècle/ des théologiens allemands et, à leur exemple, quelques éci'ivains français de
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et je comparerai entre elles les relations de ces écriu sur les faits et les enseignements qu* ils attribaent i Jésus, et, malgré les quelques sages maximes de morale qu'on y trouve et qui ne leur appartienent point en
répoque acluelle, pour débrouiller le chaos des quatre crangile canoniques et faire le départ, impossible faute de données Tuiment historiques, de ce qu'il y aurait d'authentique dans un fœd évidemment légendaire. Je citerai particulièrement les Études cribque$ surl'évangileselonsaint Matthieu, par U. le pa^teurRéville^ Lejé? i862, les remarquables articles publiés par M. Michel Nicolas daas les numéros de septembre et décembre 1862, et avril et juin tS63 de la Revue germanique, et l'ouvrage intitulé Les ÈvangileSj \r pa^ tie, Paris, 1863, et où M. Gustave d'Eichthai a dépecé avec une louable patience et comparé entre eux les trois premiers éncgiles. Ce dernier écrivain donne la priorité à Tévangile de Malthieu , qui aurait été écrit pour les premiers chrétiens juifs, taiK& que ceux de Marc et de Luc l'auraient été spécialement et assez longtemps après pour les chrétiens gentils. Il indique un très-grand nombre de passages de ces trois évangiles , qu'il dit interpc^. Pour quelques-uns de ces passages, l'interpolation est assez ouer feste ; mais, pour le plus grand nombre, elle est loin d'être évidei :f. L'auteur est parti de la supposition de rédactions primitives é^^rtoutes les parties auraient été bien liées et bien conoordaDtf« cela fait, toutes les fois qu'il rencontre quelque contradiction, qut^.que non -sens, quelque point de fait ou de doctrine heurtant la raison ou le sentiment moral, il déclare qu'il y a interpolation. Mj ' pour qu'une telle fii^n de procéder fût permise, il faudrait trouvéquelque part et montrer ces prétendues rédactions primitives ^ parfaitement coordonnées, et apporter les preuves positives <ialtérations qui y auraient été successivement introduites. Â {^ les quelques interpolations dont M« d'Eichthai administre les pri* • vcs plus ou moins satisfaisantes, pour toutes les autres qu'il ^*â\pose gratuitement et selon les exigences d*un système de coDCt*iîtion arrêté d'avance, on est en droit de lui objecter que, s'il ada:'^ la possibilité que des chrétiens aient manipule les évangiles . point d'en faire ce qu'ils sont aujourd'hui, rien ne doit Tempèched'admettre également la possibilité que les premiers auteurs f^ aient fait eux-mêmes tout d'abord des œuvres au>si défectueu5«> par le fond et la forme, que celles qui nous ont été transmises s- i comme authentiques soit comme apocryphes. Celle objection, q.. ^ présenie constamment à l'esprit du lecteur sans qu'il y voie -*
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propre, ainsi qu'on en verra des preuves dans le résumé de cette seconde section, mais auxquelles je n'en rends pas moins, toutes les fols que je les rencontre, un sincère témoignage, j'espère faire sortir de l'évidence des contradictions et des erreurs dont ils regorgent, cette conclusion, qu'il est impossible de fonder sur de pareils livres un code religieux en harmonie avec la raison (1). Le docteur Strauss a achevé déjà d'enlever aux évangiles toute valeur historique. Je lui dois d'avoir aperçu entre les divers récits évangéliques plus d'une contradiction qui avait échappé à mes propres recherches. Mais, en acquittant la dette de ma reconnaissance, je ne puis m' abstenir de regretter que ce célèbre critique ait écrit les lignes suivantes dans la Préface d'un livre où il porte de si rudes
golulinn, Enlève à un travail, d'ailleurs méritant, la plus grande partie de sa valeur. L'israélite, le catholique, le disciple de Sdut- Simon et d'Auguste Comte, que il. (J'Ëichthal nous dit avoir élé successivement, rcparaisseal en elTet à chaque page de son livre et se donnent la main d'une (açoii louchanle; mais on y trouve plus rarement le philosophe. Pour mériter le litre de penseur vérllablemenl libre , il ne fallait pas payer trihul à cette déplorable faiblesse de beaucoup d'écrivains Je nos jours, qui, n'étant pluschrélicDS, non-seulement ne savent pas prendre te parti de le dire nettement, mais continuent de parler eu maintes renconlres comme s'ils l'étaient encore.
(I) Dès la Un du iv* siècle ou au plus tard dès les premières années
du v°, un évèque manichéen, Fauslc, déclarait ne rien savoir sur.
les véritables auteurs des écangiles, et reconnaissait franchemenl
que ces livres élaii>nl pleiris d'rrrfurs tl àii coiiir.iilii.-iiims. (àiiiil
Augustin, Cmtfrd FntMluin , livre 22, ch. 2, lome V 111, Paris, 1688.;
Après d'aussi formelles déclaralions, j'avoue qu'on avait le droit
de demander â Fauste sur quoi donc il fondait Bon chrlGlianisrae ;
car ilrejelait d'ailleurs l'Ancien Testament, ainsi (!>''" ' " '*"'
un curieux iiassage où il reproche rudement it
cdtbohques l'amalgame qu'ils faisaient des ti
loi avec les prétendues chasletps de la iiouvt
Les turplt>
coups aux fondements de la doctrine chrétienne :
M L*auteur sait que Tessence interne de la docinoé
M chrétienne est complètement indépendante de ses
*i recherches critiques. La naissance surnaturelle t
** Christ, ses miracles, sa résurrection et son asces-
« sion au ciel demeurent d'éternelles vérités, à ;«e/f '
« doute que soit soumise la réalité de ces choses en /â<
« que faits historiques (1). « Dans la pensée hégéliens
de Tauteur, cette étrange déclaration s'applique i:
reste à la doctrine mythique de l'humanité divinlK^
et personnifiée dans le Christ; car on sait quil^
comme la plupart d$ ses contemporains d*outre-Riù:
imbu de cette doctrine panthéistique dont le gn:
prêtre, conséquent à son principe de Tidentité cr
contradictoires, allait jusqu'à trouver que le chrisi
nisme est la plus parfaite des religions précisén.'^:
parce que c'est celle qui présente dans ses dogm^^
plus choquantes des contradictions. Immédiatenit^!
avant de proclamer ainsi Véternelle vérité de relati
auxquelles il s'apprêtait à ôter toute réalité historiy
Strauss venait de demander que le fanatisme et U i
des dévots n'intervinssent point dans la discussion i
comme pour les apaiser d'avance, il leur fait nue c -'^
cession vraiment exorbitante et directement opp. !
d'ailleurs aux conséquences auxquelles son livre al >
tit. Il a vu depuis comme les dévots de toutes les c :i
munions chrétiennes lui en savaient gré. Une gu^Tl
juste doit être précédée d'un manifeste clair et l'^
et il n'est pas bien qu'un auteur qui s*attaque aucli^i
tianisme ne le dise pas franchement et ne mâr I
pas droit à son but. On n'aura pas au moins pareil i
proche à me faire.
Parmi les contradictions et les erreurs que je sieJ lerai dans cette seconde section, et qui presque tcd
:*) Vie de Jésus, ïraduclion de BT. Liliré, Paris, i839 et 14*