‹ Examen critique des doctrines de la religion chrétienne (volume 2)Chapitre 90 sur 139 · DURÉE DE SA VIE PUBLIQUE · texte numérisé non relu

DURÉE DE SA VIE PUBLIQUE

Matthieu, ch. 4, v. 12 et 17, et Marc, ch. l«f, v. lî ne font commencer les prédications de Jésus qna/f}'' l'arrestation de Jean-Baptiste. Jean au contraire a dej fait prêcher Jésus depuis quelque temps, lorsque* a chapitre 3, v. 23 et 24, il nous apprend que Jeâr.

(^) Dans la V paHio. ch. VI, Atiraclcê et ProphéUeê^ lame 1'.

Baptiste n*avait pas encore été jeté en prison. Il ne saurait exister contradiction plus manifeste. En voici une autre qui ne Test pas moins et qui porte sur un des points les plus graves. Diaprés les relations de Matthieu, Marc et Luc, Jésus commence et continue sa mission dans la Galilée ou aux environs, dans la' partie septentrionale de la Palestine, la plus éloignée de Jérusalem. Ce n'est que sur la fin de ses prédications et pour accomplir sa mission qu'il vient à Jérusalem. D'après la relation de Jean au contraire, Jésus Tient à Jérusalem peu de temps après le commencement de sa mission et les noces de Cana, ch. 2, v. 13 et suivants; il se présente au temple, d*où il chasse les vendeurs. C'est Jérusalem qui est le théâtre principal de ses prédications, de ses actes et de ses discussions avec les Pharisiens. Il y parait surtout aux jours de fête, qui attiraient une grande foule et où on le recherchait. On peut voir l'empressement de la multitude à. cet égard, v. 11 et 12 du chapitre 7.

Cette dernière contradiction a fait naître une question qui a fort embarrassé les interprètes : combien de temps a duré la vie publique de Jésus, celle qui doit être comptée depuis son baptême jusqu'à sa mort? Les trois premiers évangélistes ne mentionnant que la pàque qui coïncide avec son arrestation, semblent autoriser à borner le temps de ses prédications au court espace qui se serait écoulé depuis le baptême jusqu'à la pàque suivante, c'est-à-dire à quelques mois seulement. Mais le quatrième évangile contient à cet égard d'autres renseignements précis; il y est fait mention de trois fêtes de pàque au moins, placées entre le baptême ît la mort de Jésus, ch. 2, v. 13 ; ch. 6, v. 4 ; et ch. 1 1 , r, 55. Je dis au moins, parce que le chapitre 5, v. 1®*", e fait monter à Jérusalem pour y assister à une fête les Juifs, qui a été prise aussi pour une quatrième »àqae, quoique cela ne soit pas évident. Jean porterait

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donc à deux ans et quelques mois sinon à trois sbs passés la aurée de la vie publique de Jésus. Il y a dose sur ce point, entre les trois premiers évangélistesetU quatrième, une divergence que plusieurs auteurs tl ont appelée une contradiction formelle. Je me borne ï ' noter cette grave divergence entre les synoptiques et Jean, sans aller jusqu'à la qualifier de contradictic!! proprement dite : avec le docteur Strauss, qui certes en ces matières est un juge aussi sévère que W autre (2), je reconnais que le désordre et rincohérencdes narrations évangéïiques permettent de suppose! des événements et des années que n'auraient pas én^ mérés les trois premiers évangélistes, et qui auraien' pu absolument s*intercaler entre leurs récits. La co^clusion que Ton tirerait de leur silence dans la questi^ présente pour les mettre en contradiction avec le quatrième évangéliste, me semblerait donc trop rigoureuse et quelque peu forcée.

§6. — RELATIONS DE JEAN-BAPTISTE AVEC JÉSUS, ET DISPOSTTIOyc

PERSONNELLES DHERODfi, TETRARQUE DE GALILEE, A L Eâil^ DU PRÉCURSEUR.

D'après le premier évang^liste, ch. 3, v, 14, Jea:^ Baptiste connaît si bien Jésus, lorsque celui-ci se pn^ sente à lui, qu'il se refuse d'abord et par des motii d'humilité à le baptiser, et qu'il ne cède qu'aux \ti

(t) Voltaire en particulier, dans son Extrait des Jean MesUer, ch. f, tome VI, Paris, 1837.

(2) Vie de Jésus, tome !•% 2« section, ch. 3, J 57, traâiicUob i M. Liltré, Paris, 4839.

tances de Jésus. D'après le dernier évangéliste au contraire, ch. l®'^, V. 31, 33 et 34, Jean-Baptiste déclare formellement qu il ne connaissait pas Jésus, lorsque celui-ci se présenta à lui. On se rappelle que Jean- Baptiste était parent de Jésus, qu'il était le fils de cette Elisabeth chez qui Marie était accourue après la visite de l'ange, et qu'il avait déjà tressailli à l'état de fœtus, à l'approche seule de la mère de Jésus (Luc, ch. 1®^, V. 39-44). Ou n'a pas oublié qu'avant même que le Christ naquit, Elisabeth l'avait proclamé son Seigneur, qu'ainsi elle connaissait la mission divine de Jésus, mission qu'elle n'avait pu laisser ignorer à son * fils Jean-Baptiste. Il suit de là qu'il ne reste pas même, pour expliquer la contradiction où se place Tévangéliste Jean à l'égard de Matthieu et de Luc, la ressource de dire que c'est le caractère divin seulement de Jésus, et non sa personne humaine, que Jean-Baptiste prétendait ne pas connaître.

Autre désaccord entre Matthieu et Jean. D'après Matthieu, ch. 11, v. 13 et 14, et ch. 17, v. 10-13, Jésus permet à la foule et à ses disciples de croire qu Élie, dont le retour parmi les hommes devait précéder la venue du Messie selon la croyance juive, fondée sur la prédiction de Malachie (ch. 4, v. 5), est en effet revenu dans la personne de Jean-Baptiste. D'après Jean, ch. P^ v. 21, les prêtres viennent demander au Précurseur s'il est Élie, et il affirme qu'il ne l'est pas.

La cérémonie du baptême de Jésus donne lieu à plusieurs réflexions. D'abord le baptême que Jeàn-Baptiste conférait à ses disciples était une cérémonie de préparation à la venue du Messie, de purification, de pénitence, de confession même des péchés, comme il est dit expressément dans Matthieu, ch. 3, v. 2, 3, 6 et 11; Marc, ch. 1®^ v. 2-5; et Luc, ch. 3, v* 3 et 4. N'est-il pas absurde dès lors que la personne même

du Messie se prépare à se Yoir arriver, et que cà. qui, au point de vue chrétien, est Dieu en mèmemi qu'homme (1) et par conséquent exempt de toci souillure» vienne subir une cérémonie de pénit^&ce f de confession des péchés? En second lieu, après ^ Jean-Baptiste s*est donné pour le précurseur Aeiè^ et quil lui a reconnu expressément le caractèrt'' Messie (Matthieu, ch. 3, y. 13-17; Marc, ch. 1' Y. 7-11; Luc, ch. 3, y. 16, 21 et 22; et Jean,cli.U V. 29-34), on a le droit de s^étonner de ce quil u«^ joint pas à lui ou au moins de ce qu'il continne ^ rester sur- la scène publique et d'avoir des disci^^particuliers, et surtout de ce qu il lui envoie plus tr (Matthieu, ch. 11, v. 2 et 3; et Luc, ch. 7, v. 19 ei: des messagers chargés de lui adresser cette étmi question : « Es- tu celui qui doit venir, ou faut-il f^ » nous en attendions un autre? » Est-ce que lePr^ curseur, qui d*abord s'était si nettement prononcé ^: la mission divine de Jésus, aurait par la suite conçiii doutes à cet égard? Ou bien le message trahirait-ik' concert entre Jésus et Jean-Baptiste, qui, se vova: prisonnier, se serait impatienté de Tinaction d'un èciple sur le secours duquel il aurait compté poor ^ délivrance? Si ce message n'exprime ni le doute Timpatience, que peut-il signifier?

Voici une contradiction, petite assurément par s. objet, mais qui, émanant de Dieu même, met en c^

(1) C'est à ce point de vue du dogme chrétien que je me f^

lorsque, dans le cours de cette seconde section de la 2* partk

parle de la divinité de Jésus, n'entendant point par là que le»

teurs des évangiles, en lui attribuant une mission divine, £S

bien vérilablement voulu en faire un Dieu dans la rigoureuse i

ception du mot. Celte question, qui est plus que douteuse, au n>^

pour ce qui concerne les trois premiers évangélistes , a été tr^'

spécialement dans le IV" chapitre de la V partie de cet ouvras! tome I•^

CONTRADICTIONS ET DIVERGENCES ibl

son infaillibilité tout aussi gravement que 8*il s'agissait de choses plus relevées. Dans Matthieu, ch. 3, v. 11, Jean-Baptiste dit qu*il n'est pas digne de porter la chaussure de Jésus. Dans Marc, ch. l®', v. 7, et Luc, ch. 3, V. 16, il dit qu'il n'est pas digne de délier la courroie de sa chaussure. Porter la chaussure de quelqu'un ou se baisser, selon l'expression de Marc, pour en délier la courroie, sont deux faits qui, bien que provenant d'un même sentiment d'humilité, ne sont pas la même chose. La déclaration du Précurseur est habituellement traduite en français sous cette forme moderne de langage, délier les cordons de ses souliers, qui jure un peu avec la nature de la chaussure antique.

Enfin, en racontant l'horrible drame de la décapitation de Jean-Baptiste, Matthieu et Marc s'accordent bien sur les circonstances de la fête où, pour récompenser une jeune fille qui a dansé agréablement, la tête d'un saint homme lui est apportée en présent; mais ils ne sont point d'accord sur les dispositions personnelles d'Hérode Ântipas, tétrarque de Galilée, à l'égard de la victime. D'après Matthieu, ch. 14, v. 3-5, Hérode était irrité des représentations de Jean -Baptiste; il voulait le faire pénr, et il n'en était empêché que par la crainte de soulever le peuple. Marc au contraire, ch. 6, V. 19 et 20, n'attribue qu'à Hérodiade la pensée de faire périr Jean-Baptiste tandis qu'Hérode le considérait comme un homme juste et saint, le traitait atec égard, agissait souvent d'après ses conseils et V écoutait volontiers, Luc, ch. 3, v. 19 et 20, et ch. 9, v. 9, se contente de dire qu'Hérode fit incarcérer et décapiter Jean-Baptiste, mais sans rien dire de ces détails fournis par Matthieu et Marc, et relatifs à la danse de la fille d'Hérodiade et à cette tête sanglante, apportée sur un plat au milieu d'un festin, détails qui, il faut en convenir, ont bien un peu l'air de ces sortes d'ornementations qui sont du goût de la légende. L'historien Joseph

attribae à uii motif politique la mort de Jean-B^-^ qui, exerçant une grande influence sur le p avait éveillé les soupçons et les craintes da trnirelation, non plus que celle de Luc, ne confiriDeL contredit du reste la scène de Torgie royale 1 quatrième évangile n*a pas un mot sar Fabomi:^ meurtre du Précurseur.

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