GOÉRISON MIRACULEUSE OPÉRÉE A DISTANCE
Matthieu, ch. 8, v. 5-13i et Luc, ch. 7, v. 1-10, racontent un fait de guérison miraculeuse opérée à dis* tance par Jésus dans la maison d'un centurion de CapliarnaUm. Le malade, qui dans Luc est appelé Vescfave du centurion, est désigné dans Matthieu par un mot qui signifie le plus ordinairement enfant, mais qui signifie aussi je/m^ esclaze, et que Luc emploie du reste également, au verset 7, pour désigner la même personne qu'il appelle expressément esclave dans les versets 2, 3 et 10. La plupart des interprètes, ayant égard à l'ensemble des circonstances identiques et surtout à la parfaite ressemblance de deux versets entiers (les v. 9 et 10 dans Matthieu, et les v. 8 et 9 dans Luc), pensent que les deux évangélistes veulent parler du même fait. Dans ::ette supposition, qui est en effet la plus vraisemblable, les deux narrations sont en contradiction sur un point important. D'après Matthieu, le centurion vient en personne trouver Jésus et réclamer son intervention
(1) Le Maistre de S«cy a mis, au lieu do la plaine y un lieu plu$ éni. Est^iCe pour diMimuler la coatradiclion ?
surnatarelle, v. 5. D'après Luc au contraire, le ce&tBrion envoie à Jésus des messagers, en déclarant qn il ne s*est pas cru digne de venir le trouver Ini-mène. V. 3, 6 et 7. Sur ce point donc, les deux récits, comparés Tun à Tautre, se contredisent.
Maintenant, si nous considérons isolément la relation de Luc, nous trouverons qu'elle n est pas plus d*accori avec elle-même qu'avec celle de Matthieu. Le çenttrion envoie à Jésus un premier message pour le prier de venir sauver son esclave. Jésus se met en marche. Mais, comme il approchait de la maison du centorict celui-ci lui envoie un second message pourriaTÎter^ ne pas se déranger davantage. Alors seulement il pr^ nonce, comme dans la relation de Matthieu, cesparo.â: devenues] célèbres, Jt ne suis pas digne que tu tÂÎr^ sous mcyn toit y et il se borne à demander à Jésus c mot sur l'efficacité duquel il compte pour la gnériÀ*^ du malade. Il est évident que le second message estes contradiction avec le premier et le rend absarde. Ca: si le centurion croit qu'un mot de Jésus, pronoDcêbi^ de la présence du malade, peut procurer miracnleiis^ ment la guérison, la distance à laquelle ce mot >en prononcée est indifférente, et il devait le demanda: tout d'abord, au lieu de prier Jésus de faire une cos:^ inutile et qu'il ne veut pas laisser achever.
Enfin, dans Matthieu, ch. 8, v. 5-15, la guérison i-^ serviteur du centurion de Gaphamatlm précède ce^ de la belle-mère de Pierre, tandis que, dans Luc, ct^ V. 38 et 39, et ch. 7, v. 1-10, la guérison du senit^:^ du centurion vient longtemps après celle de la be. r mère de Pierre. Puisque j'ai occasion de mentit:.: ■ ce dernier miracle, je ferai remarquer cette autre c:/ tradiction : dans Matthieu, ch. 8, v. 2, 3, 14 et 15. guérison du lépreux précède celle de la belle-mèr^ - Pierre. Dans Marc, ch. 1^, v. 30, 31 et 40-45, et U ch. 4, V. 38 et 39 et ch. 5, v. 12-14, c'est au coûtra:
la gaérison de la belle-mère de Pierre qui précède celle du lépreux.
§9. — MORTS REsssucrrÉs
Les morts que Jésus rappelle à la yie sont au nombre de trois, la fille de Jaïrc, le âls de la veuve de Naïm et Lazare. Ces résurrections, particulièrement celle de Lazare, figurent parmi les plus grands des miracles attribués à Jésus ; ce n'eût donc pas été trop du concours des quatre évangélistes pour témoigner sur un point de cette importance. Or leurs relations sont loin de présenter ce caractère d'unanimité. La résurrection de la fille de Jaïre est racontée par les trois premiers évangélistes (Matthieu, ch. 9, v. 18, 19 et 23-25; Marc, ch. 5, V. 22-24 et 35-43; et Luc, cli. 8, v. 41, 42 et 49-56), lesquels n'en ont pas été témoins, tandis que Jean, qui, d'après Marc, v. 37, et Luc, v. 51, serait le se al évangéliste qui y aurait assisté, est précisément celui qui n'en dit rien. La résurrection du fils de la veuve de Naïm est racontée par Luc, ch. 7, v. 11-15, lequel n'en a pas été témoin, tandis que les trois autres évangélistes, dont deux, Matthieu et Jean, y auraient assisté (1), n'en parlent pas. Enfin la résurrection de
(0 II résulte du verset 11 que Jésus était alors accompagné de ses disciples , au nombre desquels on sait qu'étaient-compris Matthieu et Jean. Est-ce par Inadvertance que les auteurs de la traduction anglicane {The holy Bible, Oxford, 1843) et de la traduction française protestante (La sainte Biblej Londres, 1842), au lieu de
Lazare est racontée par Jean seul, ch. Il, t. 1-44,
quoique Matthieu ait dû aussi en être témoin.
Voici maintenant une contradiction formelle. D'après Matthieu, v. 18, lorsque Jaïre vient trouver JHjss, il lui dit que sa fille est morte; il lui demande de venir b ressusciter, et lorsqu'ils entrent dans la maison, ils t trouvent déjà àe^joneiu'sdefvfe, v. 23, et par conséquent ces dispositions d'ensevelissement qui demandent un certain temps. D*après Marc, v. 23 et 35, et Lee, V. 42 et 49, au contraire, Jaïre, en abordant Jésus, \é dit seulement que sa fille est mourante, et lui demanda de venir Tem pêcher de mourir, ce qui n'est pas la même chose que de la ressusciter; c'est plus tard qu'il apprend lui-même la mort de sa fille, lorsqu'il revient à sa nui* son en compagnie de Jésus. Et comment lui annonce t'On cet événement? En lui disant qu'il est inutiie d'importuner davantage le maître, ce qui prouve as moins qu'il n'était pas sorti de chez lui pour aller soUi* citer une ressurrection.
Les relations évangéliques, qui représentent Jésus rappelant les morts à la vie, sont, pleines de naïvetés qui trahissent comme d'ordinaire la main de la légende. Eu voici plusieurs exemples. Lorsque Jésus entre daos la maison de Jaïre, il éloigne la foule des pensonnes présentes et ne garde avec lui que cinq témoins dont trois étaient de ses disciples (Matthieu, v. 24 et 25; Marc, V. 37 et 40; et Luc, v. 51). Pierre ressuscitant Tabitha, fait mieux encore que Jésus; il congédie absolument tout le monde {Actes des apôtres ^ ch. 9, y. 40). Quand on fait des miracles destinés à prouver aux hommes qu'on a une mission divine, loin de fuir la
dire simplement ses dtsnples, onl dit plusieurs de ses dhnplrsf Oa bien est-ce pour faiie* disparallrc la difticullé qui iiatt du silenct '*? Watihieu et de Jtan ? Ce dernier cas ne Beraîl plus une faute de duciion.maia une véritable fraude.
CONTRADICTIONS BT DIVERGKNCES 209
amière et la publicité, on doit au contraire appeler le •lus grand nombre possible de témoins, au moment où ésus s'apprête à ressusciter Lazare, le narrateur Jean, v. 33-38) le {-Ait frémir, se troubler et pleurer, je sont là des frais de mise en scène assez maladroits; ';ar Jésus, ayant Tintention de faire revivre son ami, lavait fort bien, v. 4, 11-15 et 23, quil réussirait, et )ar conséquent il n'avait pas à éprouver des sentiments lont d'autres spectateurs pouvaient seuls être animés. )u dira peut-être qu'il éprouvait et manifestait ces lentiments uniquement en tant qu'homme et non en ant que Dieu. Mais, puisque ses deux natures étaient étroitement unies, cela revient à dire qu'il agissait îomme s'il eût ignoré ce qu'il savait, c'est par consélucnt lui faire jouer la comédie. Au verset 44, Lazare lort de la grotte où il est en3eveli, et il en sort les neds et les mains liés, et le visage enveloppé d'un suaire, Fésus ordonne qu on le délie et qu'on le laisse aller. Si e mort ressuscité avait besoin d'être délié, c'était sur- ;out pour sortir du sépulcre, ou s'il avait pu en sortir es pieds et les mains liés, il n'avait pas besoin d'être lélié pour s'en aller. L'évangéliste prétend que les princes des prêtres, non contents d'avoir résolu de concert a mort de Jésus, v.47et 53, résolurent aussi celle de Lazare ressuscité, ch. 12, v. 10. C'est faire les ennemis ie Jésus maladroits et méchants bien au delà de ce qui 3st nécessaire à l'intérêt de la cause. Assurément ces princes des prêtres, qui appartenaient au conseil suprême de la nation, ne croyaient pas à la résurrection ie Lazare, et il était évident que le meurtre dont on leur attribue la pensée, loin d'empêcher la circulation îe ce qui se débitait à ce sujet dans la foule, n'eût fait ^ue venir en aide à l'imposture. Avec Lazare il eût *allu faire périr aussi ceux qui disaient l'avoir vu mort puis ressuscité, et tous ceux qui, ayant appris la merveilleuse nouvelle, la distribuaient au peuple. Enfin les
sujets, deux hommes et deux femmes» ressuscites r> : par Jésus soit par son disciple Pierre, disparaissex: subitement de la scène, comme si leur présence étar importune. J'ai fait yoir (1) Timpossibilité des mirade' proprement dits et par conséquent du fait de rappekr à la vie un homme bien véritablement mort. Mais ss> posons pour un instant ce dernier fait possible et mlise. Il donnerait la solution du plus grand de ton? Irf problèmes qui tourmentent aujourd'hui l'intelligence, i savoir quel doit être l'état de l'âme après la mor physique. Dans le livre qui sera le complément é: celui-ci, en partant d'un ensemble de faits psychologiques, aussi positifs qu'aucun des faits de Tordre matériel, j'espère démontrer que le principe qui sent, peoi? et agit en nous, survit à la mort du corps. Mais à eôiê de cette grande et fondamentale vérité naissent m^ foule de questions aujourd'hui complètement insolubles: on se demande ce que Tàme éprouve alors, ce qu'elle perçoit, ce qu elle fait, sous quelles formes s'accomplit le compte inévitable qu'elle doit rendre à la justice suprême de Temploi de la vie passée, de quelle mture sont les épreuves destinées à continuer l'œuvre de son perfectionnement, si elle anime un nouveau corps, et, dans ce cas, quel est le théâtre de sa nouTell<' existence, toutes choses dont nous sommes absoloment impuissants à nous faire maintenant aucune idée, faute d'expérience directe. Imaginons donc qu'us homme, s'étant trouvé, ne fût-ce que pendant quelques instants, dans un autre monde, revienne daQ5 celui-ci. De quelle curiosité empressée ne serait-il pa? l'objet de la part des autres hommes, et que de choses inouies , inattendues, extraordinaires n'aura-t-il pas à leur apprendre? Concevrait-on qu'il se refusât à ries communiquer à personne de sa science surnaturelle, et
1} r* partie, chapitre VI, lume I".
voit-on pourquoi il s'y refuserait? Comprendrait-on surtoat que les historiens qui transmettraient à la postérité le souvenir de ce fait merveilleux, ne dissent pas un mot des révélations qui l'auraient infailliblement suivi? Si le ressuscité n'avait rien à dire de ce qu'il aurait appris, et si les historiens qui rapporteraient sa résurrection, n'avaient aucune réflexion à faire sur cet inconcevable silence, ne serait-ce pas là une chose plus inexplicable encore que le miracle même? Or c'est justement ce qui a lieu pour les :j[uatre faits de résurrection rapportés soit dans les évangiles, soit dans les Actes des apôtres. Les résurrections de morts, en nombre indéterminé, que Matthieu seul, ch. 27, v. 52 et 53, dit être sortis de leurs tombeaux et être venus à Jérusalem se montrer à plusieurs personnes lorsque Jésus expira sur la croix, !es résurrections, dis-je, soulèvent les mômes diffiîultés avec plus de force encore, parce qu'elles coïnûdent avec un événement qui devait déjà mettre en ^moi la cité sainte et exciter la curiosité publique.