DROITS DES PRÊTRES ET DES LÉVITES
Le livre des Nombres est, comme le Létitique, plein de détails nauséabonds de sang, de chair et de graisse. Les prêtres sont de véritables bouchers , mais vivant somptueusement de leurs boucheries, des prémices de toutes sortes et des dîmes des dîmes. On peut voir de curieux détails à ce sujet dans le
Lévitique, eh. 6, v. 26 et 29, eh. 8, v. 31, eh, 10, v. 13 et 14, et ch. 27, v. 30 et 32. Mais le chapitre 18 des Nombres est la grande charte qui règle à cet égard les droits des prêtres, V. 9-19, Ils auront tout ce qui est consacré à Dieu, tout ce qui lui est offert en expiation des péchés, tout ce qu'il y a de meilleur dans l'huile, le vin et le froment, toutes les prémices des fruits de la terre , tous les premiers-nés des bêtes et des homme». Ces derniers partageront avec les animaux immondes le privilège d'être rachetés au poids du sanctuaire; mais les premiers-nés des animaux purs, tels que le bœuf, la brebis, la chèvre, etc., devront nécessairement être immolés; on en fera couler le sang sur l'autel, et l'on en brûlera la graisse, parce que Jéhovah aime beaucoup l'odeur de la graisse brûlée. Ce goût étrange du Dieu des Juifs a été partagé , comme on sait , par beaucoup d'autres Dieux. Pour achever ce tableau , il ne faut plus qu'un trait, et Moyse n'aura garde de l'omettre. Il a l'air de délaisser sa propre tribu et cherche à nous apitoyer sur la condition qu'il lui réservait. Il déclare immédiatement, V. 20, et il répète plus loin, au Deutéronome^ ch. 10, v. 9, et ch. 18, V. 1 et 2, que les prêtres et les lévites n'entreront point en partage de la terre promise avec les autres Israélites , parce que Dieu est leur héritage. Au lieu de recevoir, comme chacune des autres tribus, un douzième des terres, qu'il eût fallu cultiver, ils ne posséderont rien, ils ne recevront rien, absolument rien que le dixième au moins du revenu le plus pur de tout le pays, les morceaux réservés dans les sacrifices, et les prémices des fruits, c'est-à-dire qu'en réalité ils auront le produit, le plus abondant, le plus fin, le plus succulent de la terre promise, et cela sans être obligés de prendre la peine de la cultiver. A ces avantages ajoutez que la tribu de Lévi possédera 48 villes et
leurs alentours (Nombres, ch. 35, v, 2-8, et Josué^ ch, 21, V* 2, 39 et 40). A n'en juger que politiquement, il faut convenir que cette législation de Moyse à l'égard de sa tribu n'était pas maladroite. En n'assignant point de terres aux prêtres et aux lévites, en les distribuant parmi les autres tribus, et en les faisant vivre grassement du culte même, il les intéressait au maintien et à la perpétuité de ce culte par un lien très fort, celui des nécessités et des commodités de la vie matérielle. Non seulement il leur suffisait d'être sensuels pour avoir du zèle, mais plus ils étaient sensuels plus ils devaient avoir de zèle (1).
(1) Four être juste, on doit reconnaître que les prêtres juifs ne sont pas les seuls qui se soient fait la part la meilleure dès cette yie périssable. Les priTiléges exorbitants qui leur étaient attribués à cet égard sont mesquins à coté de ceux de la caste sacerdotale de Tlnde. Qa'on en juge par cet extrait des Lois de Manon (Traduction de M. Loiseleur Deslongchamps, dans la collection des Livres sacrés de f Orient, publiée par M. Pauthier, Paris, 1842. Dans sa préface de l'édition de 1833 , M. Loiseleur dit avoir souvent ajouté au texte de Manon le commentaire d'un savant scholiaste indien, de Eoullouka) :
Livre 1*% stance 93. « Le Brahmane est de droit le Seigneur de toute cette création, »
99. «Le Brahmane, en venant au monde, est placé au premier rang sur a cette terre; souverain Seigneur de tous les êtres, il doit veiller à la consera vation du trésor des lois civiles et religieuses. •