‹ Examen critique des doctrines de la religion chrétienneChapitre 13 sur 96 · LE DEVIN BALAAM · texte numérisé non relu

LE DEVIN BALAAM

Le devin Balaam est prié par les Moabites de venir jeter un sort sur les Israélites, ch. 22, v. 5-7. Mais le Dieu des Israélites va le trouver la nuit, et lui défend d'aller maudire son

« en se baignant; si Toa n'est pas onctueux, en prenant de l'eau dans sa f bouche et en touchant une vache ou en regardant le soleil. «

124. » On purifie le sol de cinq manières, en le balayant, en l'enduisant u de bouse de vache, en l'arrosant avec de l'urine de vache, en le grattant, *» en y faisant séjourner des vaches un jour et une nuit. «

136. a Celui qui désire la pureté doit employer un morceau de terre avec » de l'eau pour le conduit de l'uriné; il doit en employer trois pour l'anus , a dix pour une main, la gauche, qui est celle dont il faut se servir pour cette tt purification, et sept pour les deux, ou plus s'il est nécessaire. »

137. « Cette purification est celle des maîtres de maison. Celle des novices

* doit être double, celle des anachorètes triple, celle des mendiants ascéti- » ques quadruple. «

145 . * Après avoir dormi, après avoir éternué, après avoir mangé, après I» avoir craché, après avoir dit des mensonges, après avoir bu et au moment a de lire la sainte écriture, on doit se laver la bouche, même étant pur. »

Le livre onzième contient divers genres de pénitences et d'expiations; comme ce sujet tient par plus d'un côté à celui qui vient de nous occuper, j'en citerai quelques stances : «

St. 72. a Le Brahmane meurtrier d'un Brahmane qu'il a tué sans le voua loir et auquel il était très supérieur en bonnes qualités , doit se bâtir une

• cabane dans une forêt et y demeurer douze ans, ne vivant que d'aumônes a pour la purification de son âme, ayant pris comme marque de son crime le a crâne du mort ou tout autre crâne humain au défaut du premier. «

78. » Au lieu de se retirer dans une forêt, le coupable qui subit la pénia tence de douze années, peut, après avoir rase ses cheveux et sa barbe, a s'établir auprès d'un village ou d'un pâturage de vaches ou dans un ermi-

l)euple, V. 8 Ci 12. Dieu faire en personne une pareille démarche auprès d*un sorcier! Celait, convenons-en, laisser celui-ci libre de se croire une grande influence sur les destinées

« tagc ou au pied d'un arbre consacré, n'ayant d'autre désir que de faire du » bien aux vaches et aux Brahmanes. •

79. • Là, pour sauver une vache ou un Brahmane, qu'il fasse sur le champ « le sacrifice de sa vie ; celui qui a sauvé une vache ou un Brahmane, expie k » crime d'avoir tué un homme de la classe sacerdotale. «

90. « Le Dwidja qui a été assez insensé pour boire, avec intention, de la « liqueur spiritueuse extraite du riz, doit boire de la liqueur enflammée; y lorsqu'il a brûlé son corps par ce moyen, il est déchargé de son péché. •

91. » Ou bien il doit boire, jusqu'à ce qu'il en meure, de l'urine de vache u ou de l'eau ou du lait ou du beurre clarifié ou du jus exprimé de la bouse de 1 vache, tout cela bouillant. «

99. « L'homme qui a volé de l'or à un Brahmane doit aller trouver le Hoi, m lui déclarer sa faute et lui dire : Seigneur, punissez-moi. «

100. • Le Ex)i, prenant une massue de fer que le coupable porte sur son « épaule , doit le frapper lui-même une fois ; par ce coup , le voleur, -qu'il » meure ou non, est déchargé de son crime. «

108. » Celui qui a commis le crime secondaire de tuer une vache par « mégarde, doit, s'étant rasé la tête entièrement, avaler pendant un mois des n graius d'orge bouillis dans l'eau, et s'établir dans un pâturage de vaches, - couvert de la peau de celle qu'il a tuée. *

110. « Qu'il suive les vaches tout le jour, et se tenant derrière elles, qu'il u avale la poussière qui s'élève sous leurs sabots ; après les avoir servies et « saluées, que pendant la nuit il se place auprès d'elles pour les garder. »

111. « Pur et exempt de colère, qu'il s'arrête lorsqu'elles s'arrêtent, qu'il y les suive lorsqu'elles marchent, qu'il s'asseie lorsqu'elles se reposent. •

116. «En outre, lorsque sa pénitence est entièrement accomplie, qu'il « donne dix vaches et un taureau, ou, s'il n'en a pas le moyen, qu'il abana donne tout ce qu'il possède à des Brahmanes versés dans le Véda. »

118. « Quant à celui qui a violé le vœu de chasteté, il doit sacrifier un âne

humaines. Cependant Balaam obéit, v. 13. Mais il est sollicité de nouveau par les Moabites , et cette fois Dieu vient lui dire de les suivre, v. 20. Balaam obéit encore k cet ordre qui était

I» borgne ou noir à Nirrîti, suivant le rite des oblatîons domestiques, dans

• un endroit où quatre chemins se rencontrent et pendant la nuit. »

122. « Lorsqu'il a commis cette faute, se couvrant de la peau de l*âne y sacrifié, qu'il aille demander l'aumône dans sept maisons en proclamant son « péché. »

131. » Si un Dwidja a tué à dessein un chat, une mangouste, un geai a bleu, une grenouille, un chien, un crocodile, un hibou ou une corneille, a qu'il fasse la pénitence prescrite pour le meurtre d'un soudra. «

133. « Que le Brahmane qui a tué un serpent, donne à un autre Brâh- » mane une bêche ou un bâton ferré ; s'il a tué un eunuque, qu'il donne une t charge de paille et un mâchaka de plomb. «

199. » Celui qui a été mordu par un chien, par un chacal, par un âne, par u des animaux carnivores fréquentant un village, par un homme, un cheval, « un chameau ou un porc, se purifie en retenant sa respiration. »

202. » Celui qui, étant très pressé, a déchargé ses excréments n'ayant pas a d'eau à sa disposition, ou l'a fait dans l'eau, peut être purifié en se baignant

• avec ses vêtements hors de la ville et en touchant une vache. »

205. « Celui qui a frappé un Brahmane, même avec un brin d'herbe, ou » qui l'a attaché par le cou avec un vêtement, ou qui l'a emporté sur lui dans 1 une contestation, doit calmer son ressentiment en se jetant à ses pieds, »

207. » Autant le sang du Brahmane blessé, répandu à terre, absorbe de n grains de poussière, autant de milliers d'années l'auteur de ce méfait restera « dans le séjour infernal. -

215. • Celui qui, maître de ses sens et parfaitement attentif, supporte un » jeûne de douze jours, fait 1^ pénitence appelée Parâka, qui expie toutes « les fautes. «

220. « Celui qui, imposant un frein à ses organes, pendant tout un mois, I» ne mange pas plus de trois fois quatre-vingts bouchées de grains sauvages, M n'importe de quelle manière, parviendra au séjour du régent de la lune. »

contraire au premier, et il part monté sur cette ânesse, qui depuis est devenue célèbre, v. 21. Mais voilà que Dieu est irrité contre lui ! Il envoie un ange qui effraie la bête. Celle-ci

223. » Trois fois le jour et trois fois la nuit, qu'il entre dans Teau avec ses

• TÔtements, et qu'il n'adresse jamais la parole à une femme, à un soudra ou

• à un homme dorade. «

224. » Qu'il soit toujours en mouyement, se levant et s'asseyaiit alterna-

• tivementy ou, s'il ne le peut pas, qu'il se couche sur la terre nue; qu'il soit

• chaste comme un novice, suive les mêmes règles relativement à la ceinture V et au bâton, et révère son maître spirituel, les Dieux et les Brahmanes. «

On est tenté de s'apitoyer sur la condition des dévots hîndoux, assujettis à des pénalités aussi rigoureuses. Mais, en poursuivant, on se rassure bientôt. Ils n'appliquaient cette pénalité qu'aux péchés publics. Ils avaient, pour les péchés secrets, quelque nombreux et quelque grands qu'ils fussent, une morale on peu plus facile, et l'on va voir qu'ils connaissaient fort bien la maxime de M. Tartuffe,

• Le ciel défend, de vrai, certains contentements ; « Mais on trouve avec lui des accommodements. «

(Molière, Tartuffe , acte 4, scène 5.)

St. 247. tf Je vous ai déclaré, suivant la loi, le moyen d'expier les fautes « publiques; apprenez maintenant quelles sont les expiations convenables « pour les fautes secrètes. »

248. • Seize suppressions de respiration en même temps que l'on récite les « trois grandes paroles, le monosyllabe Aum et la Sâvitri, continuées chaque

• jour pendant un mois, peuvent purifier même le meurtrier d'un Brahmane. »

251. » En récitant chaque jour seize fois, pendant un mois, l'Havichyantîya

• ou le Natamanha, ou en répétant intérieurement l'hymne Pôroucha, celui « qui a souillé le lit de son maître spirituel est absous de sa faute. «

252. « L'homme qui désire expier ses péchés secrets, grands et petits, doit

• répéter une fois par jour, pendant un an, la prière commençant par Ava ou « le Yatkintchida. «

broie le pied de son maître contre un mur, puis se couche sous lui, puis enfin répond aux coups de bâton, non pas en son patois, mais en pur dialecte hébreu, v. 22-50. (Voir aussi le verset 16 du chapitre 2 de la 2*^ épUre de Pierre.) Alors seulement Balaam aperçoit Fange qui lui reproche d'avoir fait justement ce que Dieu lui avait dit de faire, v. 51-53. Le devin reconnaît qu'il a eu tort. Il lui eût été, il est vrai, difficile de dire pourquoi; mais il n'en avait que plus de mérite à faire un

254. a Celui même qiû a commis beaucoup de fautes secrètes^ est purifié eu u récitant pendant un mois le Somârôdra ou les trois prières commençant par

• Ayrama, et en se baignant dans une rivière. »

256. « Le Dwidja qui ofi&ira du beurre clarifié pendant un an, avec les

• prières des oblations dites Sâkalâs, ou en récitant l'invocation dont le début

• est Nama, effacera la faute la plus grave. »

261. » Un Brahmane possédant le Rig-Véda tmit entier ne serait souillé u d^ aucun crime , même sHl avait tué tous les habitants des trois mondes et ti accepté de la nourriture de l'homme le plus vil. »

262. « Après avoir trois fois récité dans le plus profond recueillement une « Sanhitâ du Eitch, du Yadjous ou du Sâma, comprenant les Mantras et les

• Brâhmanas, avec les parties mystérieuses, un Brahmane est déchargé de K toutes ses fautes, »

Assurément les Brahmanes chrétiens ne se sont point entendus avec l'auteur qui a dressé ce tarif pénitentiel, dont on ignorait même l'existence aux plus beaux jours de la casuistique. Pourtant que de points de contact, que de ressemblances! Des historiens, des orateurs, des poètes, des philosophes même répètent encore aujourd'hui que toute sagesse et toute science, viennent de l'Orient. Pour moi, j'admettrais volontiers que toute erreur et toute folie en viennent, s'il ne m'était démontré qu'en fisiit d'extravagances l'esprit humain est, sous toutes les latitudes et dans tous les temps, très riche dé son fonds et rarement obligé de recourir aux emprunts, pour peu que certains précepteurs l'aident à exploiter ses propres ressources.

eO SECO?fDB PARTIE.

pareil avcQ. II ajoate que, puisque Dieu ne veut pas qu'il parte, il va donc rentrer chez lui, v. 34. Assurément on ne vit jamais volonté plus docile ni plus souple. Mais voilà que Tange lui ordonne de continuer sa route et de suivre les Moabites : ce à quoi Balaam se résigne encore, v. 35. Bien plus, dans les deux chapitres suivants, on le voit bénir par trois fois les Israélites, en présence même du roi Balac qui Tavait appelé pour faire tout le contraire et dont il brave la colère. Vous croyez que cette conduite le fera bien venir enfin des Israélites. Point du tout. Il est enveloppé dans le massacre qu'ils font des Madianites, et que je vais relater tout à l'heure. Tel fut en définitive le prix de ses complaisances pour ses bourreaux, complaisances, il est vrai, mêlées de perfidie, puisqu'il aurait donné aux femmes moabites le conseil d'exercer de coupables séductions sur les Israélites, ch. 24, v. 14, et ch. 31, v. 16. Cette histoire de Balaam est, comme ou voit, un chef-d'œuvre de bouffonnerie et de déraison.

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