DES MADIANITES ET PARTAGE DU BUTIN
Ch. 25, V. 1-5, les Israélites, séduits parles filles de Moab, sont entraînés au culte de Béelphégor. Jéhovah fait pendre les chefs du peuple, et Moyse ordonne aux juges d'Israël de tuer tous les coupables. On voit, au verset 9, que cette tuerie avait déjà fait périr 24,000 Israélites, et qu'elle ne s'arrêta qu'après la scène racontée aux versets 6-8, et dans laquelle le petit-lils
du grand^prêtre joue ua rôle étrange (1). Est-ce assez de ces 24,000 morts pour apaiser la colère de Jéhovah? Non.
Maintenant qu'il s'est vengé des Israélites , il leur ordonne de se venger et de le venger lui-même des Madiauites, ch. 31, V. 2 et 5 (2). Mais ils se contentent de ravager et d'incendier les villes et les bourgs et d'égwger les hommes faits , et ils réservent les femmes, les enfants et les troupeaux, v. 7-10. Moyse, irrité de cette modération, leur ordonne de tuer tous les enfants mâles et toutes les femmes qui ont eu commerce avec des hommes; mais il prescrit de réserver toutes les vierges, v. 14-18. Puis, procédant au partage du butin et faisant d'abord la part sacrée, il donne à son neveu, le grand" prêtre Eléazar, 675 brebis, 72 bœufs, 61 ânes et 32 vierges, V. 28-41. Le reste est livré aux Lévites et au peuple, v. 42-47. Ainsi, indépendamment des massacres et des incendies dont il vient d'être parlé tout à l'heure, 32,000 vierges sont jetées avec les bêtes de somme à l'impudicité des Israélites! Et tout
(1) Saint Jérôme semble s*être proposé de rendre cette scène plus graveleuse encore qu'elle ne l'est déjà par elle-même, en introduisant dan? sa traduction les mots de scortnm, lupanar et in locis genitalibus, qui n'ont rien de correspondant dans le texte original. On remarquera que le fait du v. 6 se lit de trois façons différentes dans Fhébreu, le grec et le latin. Dans l'hébreu, un des enfants d'Israël amena la Madianite à ses frères. VnK"/K 3*1p^1
n^3^nDn"nKî dans le grec, il amena son frère à la Madianite, rpoaijyaye
rw àJ'e^èu aùrov yrpè; tjJv /xxJ'txvmy ; dans le latin enfin, il entra en présence de ses frères auprès d^une prostituée Madianite, intravit coram yratrièus suis ad scortnm Madianitidem,
(2) nin^T\Dp3j la venaeance de Jehovah, v. 3. Quelle heureuse
alliance de mots !
e± SECONDE PARTIE.
cela se tait par Tordre de Dieu, et est destiné à réparer le mal de la fornication de ces bêles féroces avec les femmes madianites!
Ces vierges, réservées uniquement parce qu'elles sont reconnues vierges, soulèvent plus d'une difficulté. Si Moyse ordonne le massacre des autres femmes madianites, c'est par ce motif qu'elles avaient entraîné les Israélites dans la fornication. Mais, parmi les femmes qui ne furent pas trouvées vierges, il pouvait y en avoir un très grand nombre qui ne fussent pas plus que les vierges, coupables de fornication. Cette manière de punir est donc aussi aveugle qu'atroce. On constata que 32,000 femmes étaient vierges. Supposons que, pour trouver ce nombre, il ait fallu en examiner seulement le double. Voilà 64,000 femmes soumises à une inspection qui devient ici un épouvantable supplice par les circonstances qui l'accompagnent! Se représente-t-on une armée de bandits procédant , fût-ce par l'entremise de leurs femmes, à une expertise dans laquelle, aujourd'hui encore, malgré les progrès de la science anatomique, des médecins légistes conçoivent des doutes et hésitent à se prononcer? Voit-on ces bandits égorgeant les victimes à mesure que l'on découvrait ou que l'on croyait découvrir qu'elles n'étaient plus vierges? Cela fait frémir d'horreur, et l'imagination épouvantée ne trouve de refuge que dans la pensée que toutes ces atrocités seraient d'une exécution impossible. Il faut remarquer que les chiffres indiquant les divers, objets du butin sont arrangés en nombre parfaitement ronds, tous exactement divisibles par mille; on reconnaîtra que cela était nécessaire, si l'on examine les détails du partage.