‹ Examen critique des doctrines de la religion chrétienneChapitre 15 sur 96 · CAMPEMENTS DES ISRAÉLITES. ORDRE D*£XTERMINER LES · texte numérisé non relu

CAMPEMENTS DES ISRAÉLITES. ORDRE D*£XTERMINER LES

PEUPLES DE GHANAAN.

Le chapitre 33, v. 5-48, récapitule les divers lieux de campements des Israélites depuis la sortie d'Egypte. Ces stations sont au nombre de 41 et comprennent une durée de 40 années. Je vais en donner la liste, en mettant en regard le détail des divers renseignements relatifs à quelques unes de ces stations, et fournis précédemment par YExode et les Nombres. Ces renseignements de la deuxième colonne mentionnent 15 stations seulement ; ils ne concordent avec ceux de la première colonne que sur quelques points et présentent de nombreuses lacunes, qui, si elles ne constituent pas proprement des contradictions, jettent au moins beaucoup de confusion et d'incertitude sur la marche des Israélites :

Campements des Israélites.

Exode.

Soccoth

. . . Ch. 12, V. 37.

Etham

. . . Ch. 13, V. 20.

Magdalum

. . . Ch. 14, V. 2.

Mara

. . Ch. 15, V. 23.

Elim

Bords de la Mer Bouge.

Désert de Sin . . . .

. . Ch. 16, V. 1.

Daphea.

Alus

Eaphidim

. . Ch. 17, V. 1.

Désert du Sinaï. . . .

. . Ch. 19, V. 1 et 2

Nombres,

Sépulcres de concupiscence

Haséroth

Rethma.

Remmompharès.

Lebna.

Eessa.

Céélatha.

Sépber,

Arada.

Macéloth.

Tbabatb.

Tbaré.

Methca.

Hesmona.

Mosérotb.

Bénéjaacan.

Gadgad.

Jétébatba.

Hébrona.

Asiongaber.

Cadès

Hor . .

Salmona.

Phanon.

Obotb .

Jiéabarim

Dibongad.

Helmondéblatbaïm .

Abarim.

Pays de Moab, bords du Jourdain. Id. , v. 20 .

r'b.l0,v.lletl2,etcb. ll,v.84.

Cb. 11, V. 35.

Cb. 13, V. 27, et cb. 20, v. 1.

Cb. 20, V. 22.

Cb. 21, V. 4 et 10.

Id., V. 11.

Le verset V^ du chapitre 16 de Y Exode fait aller les Israélites d'Élim au désert de Sin , sans mentionner le campement sur les bords de la Mer Rouge. Le verset l^"" du chapitre 17 les fait aller du désert de Sin à Raphidim, sans mentionner les campements de Daphea et d'Alus. Les versets 11 et 12 du chapitre 10 et les versets 34* et 35 (54 dans le grec et le latin) du chapitre 11 des Nombres les font aller du Sinaï à la solitude de Pharan, appelée aussi les sépulcres de concupiscence, et de là à Haséroth; mais ensuite, au chapitre 13, V. 27, et au chapitre 20, v. 1 et 22, on trouve les campements de Cadès et de la montagne de Hor, sans que, dans les chapitres intermédiaires, il soit fait aucune mention des 18 lieux de campements qui sont comptés entre Haséroth et Cadès dans le chapitre 33 (1). Il faut remarquer que ces 18 stations comprennent l'espace de 38 ans, c'est-à-dire des 19/20 du temps pendant lequel les Israélites ont été errants, puisqu'il est dit qu'ils partent du Sinaï pour la solitude de Pharan le 20® jour du 2® mois de la 2® année, et qu'ils vont de Cadès à la montagne de Hor dans la 40'' année (ch. 33, v. 38) ; en sorte que le narrateur sacré nous laisse ignorer complètement ce que fit cette immense multitude dans le désert pendant un si long espace de temps. Les versets 4 et 10 du chapitre 21 les font aller de la montagne de Hor à Oboth , sans mentionner les campements de Salmona et de Phunon. Enfin les versets 11-20 les font aller de Jiéabarim au pays de Moab,

(1) Au Deutéronome, ch. 18, v. 6 et 7, il est fait mention des 4 stations de Moséra (Moséroth), Bénéjaacan, Gadgad et «Tétébatha; mm le verset 6 fait aller les Israélites de Bénéjaacan à Moséra, tandis que le ch. 33 des Nombres les fait aller de Moséroth à Bénéjaacan.

sans mentionner les campements de Dibongad, Helmondéblathaïm et Abarim, mais en mentionnant six autres stations, Zaredy Arnon, le puits, Matliana, Nahaliel et Bamoth, dont ne parle pas le chapitre 33.

Dans ce dernier chapitre, v. 51-56, Jéhovah ordonne aux Israélites d*exterminer les peuples de la terre de Chanaan où il promet de les introduire. Ces recommandations sont renouvelées plus loin dans le Deutéronomej ch. 7, v. 2, ch. 12, V. 2 et 3, ch. 20, v. 16 et 17, ch. 23, v. 6, ch. 23, v. 19, et ch. 31, V. 3-5. 11 y est expressément défendu de faire aucun traité avec ces peuples, de leur accorder aucune paix, et même d*en avoir aucune pitié. Ainsi voilà une guerre à toute outrance^ à feu et à sang, irréconciliable ^ commandée au peuple de Dieu. Je viens d'employer les paroles mêmes de Bossuet, qui, loin de désavouer cette horrible guerre, la cite au contraire pour Tédification de son royal élève (1). Attribuer à Dieu de pareilles choses, c'est attribuer à l'être infini en perfections, les goûts sauvages , le langage farouche et l'impitoyable cruauté de ces conquérants qui ont été les plus grands fléaux de l'humanité.

On croit pallier l'odieux de ces massacres, en disant que c'était ainsi que la guerre se faisait dans les temps anciens, et que les mœurs des Hébreux devaient se ressentir de la barbarie de leur époque. Singulière justification ! Si les Hébreux

(1) Politiqtie tirée des propres paroles de V Écriture sainte, livre 9, art. 1, proposition 2, tome VII, Paris, 1744. L'article 1» du 9« livre traite de la guerre et de ses justes motifs, et c'est au début même de ce qu'il a à dire sur les justes motifs de la guerre, que l'illustre prélat cite les prescriptions des chapitres 7 et 23 du Deutéromme,

nous étaient présentés comme tin peuple ordinaire, si surtout leur législateur religieux nous était donné poyr un simple mortel , personne ne s'étonnerait qu'ils eussent été de leur temps, et que la grossièreté des sentiments et de la morale d'alors se fût traduite dans leurs actes. Mais telle n'est pas la question, puisqu'il s'agit ici d'actes que l'on nous dit inspirés et prescrits par Dieu même; nous avons beau y ramener nos adversaires, ils feignent toujours de ne pas comprendre nos griefs à cet égard : « A tout prendre, dit l'abbé « Guénée, et à contempler l'histoire des Juifs comme l'histoire « de tout autre peuple, on trouvera que les uns et les autres « se sont conduits à peu près de même. Dans ces temps recu- « lés, le célibat était rare, la polygamie presque universelle : « la navigation n'était pas assez étendue pour nuire à la pro- « pagation ni pour mener des colonies dans les plages loin- « taines. Dès qu'un peuple se trouvait trop serré dans son « pays, il se jetait sur un autre et tâchait de s'établir : La « force et la violence employées par la nécessité étaient les seuls « droits que Von connût. Quel autre droit Virgile préte-t-il « à Énée, avec ses Dieux fugitifs, quand il détrôna Turnus, « ravit Lavinie et s'établit en Italie? Dépouillons son histoire « des prestiges enchanteurs de la poésie, et voyons ce qui « en reste. Romulus ne traita pas autrement les villages qui « bordaient le Tibre ^ que Moyse ceux d*Arnon et de Jaboc (1). » Soit. Qu'il demeure donc bien entendu, de l'aveu même de nos adversaires, que le peuple élu se comporta, sous la conduite de son Dieu, comme les autres peuples de l'antiquité, qui ne connaissaient en fait de droits que !a force et

(1) Lettres de quelques juifs, etc., tome P', Paris, 1781.

(» SECONDE PAITIE.

la tiolencey et que Moyse, à qui nous devons adjoindre son successeur Josué, fut, dans la PalesUne, ce que fut Romulos sur les bords du Tibre. Mais cela revient à dire que le Dieo dont le peuple hébreu était censé exécuter si ponetoellement les ordres sanguinaires, était un Dieu barbare « taillé de mains d^bommes et d^hommes grossièrement cruels. Les chrétiens ayant adopté ce Dieu là» il ne faut pas s*étonner en voyant juscju où vont ceux d*entre eux qui sont conséquents à leurs principes, en entendant, par exemple, Bossuet prononcer les paroles que je citais tout à Fheure ou encore célébrer en ces termes la révocation de Fédit de Kantes : c Épanchons nos cœurs sur la piété de Louis. Poussons jusqu'au ciel nos acclamations, et disons à ce nouveau Constantin, à ce nouveau Théodose, à ce nouveau Marcien, à ce nouveau Charlemagne, ce que les six cent trente Pères dirent autrefois dans le Concile de Chalcédoine : Vous avez aflcrmi la foi, vous avez exterminé les hérétiques; c'est le digne ouvrage de votre règne, c'en est le propre caractère. Par vous rhérésie n'est plus : Dieu seul a pu faire cette merveille. Roi du ciel, conservez le Roi de la terre : c'est le vœu des églises, c'est le vœu des évéques (1). » Sans remon-

(1) Oraison funèbre du chancelier Letellier, tome Vill, Paris, 1744. Plusieurs auteurs rapportent qu à l'époque de ses revers, le Bot de la ierre^Vateiminateur des hérétiques, se serait un jour écrié : « Comme Dieu me traite t après tmtt ce que fai fait pour lui! » Que ce monarque ait été souvent aveuglé par les adulations des poètes, des historiens et des orateurs sacrés eux-mêmes, cela n'est pas douteux; mais qu'il ait pu l'être au point d'accuser le Roi du ciel d'ingratitude et d'en parler comme il eût fait d'un potentat de ses voisins, à qui il eût rendu quelques services, cela me semble tellement délirant que j'aurais bien envie de tenir l'anecdote pour suspecte. Mais on

ter jusqu'aux Pères du Concile de Chalcédoine, tenu en 451 contre Eutychès, Bossuet aurait pu trouver plus près de lui de pareilles traditions de fanatisme religieux et en inspirer son éloquence. Il aurait pu citer, par exemple, les évêques de la province de Sens, assemblés à Paris en 1527 et 1528 sous la présidence du cardinal du Prat, digne précepteur et chancelier de François P'. Ces prélats, non contents d'anathématiser les réformés, invoquent toutes sortes de motifs, spirituels et temporels surtout, pour exhorter les princes chrétiens à renouveler contre les hérétiques et leurs écrits, les anciens édits d'extermination (1).

pourrait me demander où je place la limite du croyable quand il s'agit de Torgueil d'un Louis XIV,

(1) a Longum esset reliquorum principum, qui à fidei sinceritate defi- « cîentes pestifero hœreticorum contagio infecti sunt, miseriaâ enumerare et a calamitates. Longum itidem esset eorum felicitatem et gloriam recensere, a qui fidei catholicœ inconcussè adhérentes, hareticos tanguant capitales stus a eoTonœ hostes ad internecionem usque delevemnt, Hœc itaque attendentes, « pro nostri offîcii debito, christianos principes instauter fogamus et in a Domino exhortamur, si sus saluti consulere, si sua ditionisjura Ulibata a custodire, si in pace et tranquillitate subditas sibi nationes eontinere exop- » tant, potenti brachio fidem catholicam tueantur ao ejus bostes viriliter a satagant debellare. Id autem baud factu erit difficile ubi antiqua christiaa nissimorum principum in hareticos^ eorum libros etfautores edicta instauram huntur *, Quœ si salutaxi judiciorum severitate executioni demandentur, « nulla prorsùs hœreticorum monumenta, nuîli Itbri, nuîîa scripta in suis prom vinciis reperientur. « {Ad principes christianos exhortatio ut élaborent pro hareticis exterminendis , Concile provincial de Sens, Collection des conciles, tome XXXrV, Paris, 1644.)

* Dans une note du ch. i de la i" partie, j'ai donné quelques extraits de ces anciens édits des princes très chrétiens.

On entend souvent des gens mêmes qui ne croient pas aa christianisme, tenir ce langage : c A quoi bon rappeler les c erreurs d'époques qui ne peuvent plus renaître? Que sert c de s'indigner des crimes d'un fanatisme qui n'est plus de « notre temps? Est-ce que les lumières actuelles et l'adoucisse-

< ment général des mœurs permettraient même aux plus c exaltés et aux plus audacieux de nos jours, de renouveler

< les persécutions religieuses, et n'estril pas sage d'en couvrir c la mémoire d'un voile plutôt que de l'exlmmer comme un « avertissement donné à un siècle qui n'en a que faire? » Il y a, dans ce langage, une apparence de prudence, qui cache un grand fonds d'étourderie et une grande ignorance du corar humain. Le fanatisme religieux est essentiellement persécuteur; si on le laissait faire, il redeviendrait bientôt, malgré l'adoucissement général des mœurs, aussi cruel qu'il a pu l'être aux plus mauvais jours des temps de ténèbres. Oyez plutôt. Il se publie à Paris un journal , parfaitement vu à Rome, et dans lequel une partie du clergé de France trouve toute préparée sa suffisance quotidienne de théologie, de morale, d'histoire et de politique; ouvrez Y Univers religieux; vous y lirez ce qui suit, signé du rédacteur en chef : « L'hérésiarque, examiné c et convaincu par l'Église, était livré au bras séculier et puni « de mort. Rien ne m'a jamais semblé plus naturel et plus néceS' « saire. Plus de cent mille hommes périrent par suite de l'hé- « résie de Wiclef; celle de Jean Huss en fit périr plus encore; « on ne peut mesurer ce que l'hérésie de Luther a fait cou- « 1er de sang, et ce n'est pas fini. Après trois siècles nous « sommss à la veille d'un recommencement (1). » M. Louis

(1) No du 26 août 1851.

Veuillot transcrit ensuite ces paroles qu'il avait écrites en 1838 :

« Pour moi , ce que je regrette , je V avoue franchement , c'est

« qu'on n'ait pas brûlé Jean Huss plus tôt, et qu'on n'ait pas

« brûié Luther; c'est qu'il ne se soit pas trouvé quelque prince

« a^sez pieux et assez politique pour mouvoir une croisade

« contre les protestants. » Après cette citation , il ajoute :

« Ce que j'écrivais en 1838, je le pense encore. » Les abonnés

de X Univers n'ont pas senti le besoin de déclarer que telle

n'était pas l'expression de leurs propres pensées, de leurs

désirs et de leurs espérances ; et , si Ton ne tient compte que

des exigences de la logique, loin de blâmer leur silence, on

doit les en louer au contraire. M. Veuillot et ses adhérents

sont en effet les seuls catholiques de notre époque, osant

conserver la pure tradition théologique, qui a toujours été

essentiellement ennemie de la raison humaine et de toute

liberté d'examen. Mais que penser de la prudence de ceux

qui, ne croyant pas au christianisme, trouvent les mœurs trop

douces pour que, parmi les chrétiens d'aujourd'hui, il y en

ait encore qui rêvent de persécutions? Quand ils disent nos

avertissements intempestifs , ne jouent-ils pas à leur insu le

rôle de complices? Si les chrétiens conséquents pouvaient se

contenter de la liberté religieuse qui est leur droit aussi bien

que le nôtre, et que, décidés à vivre enfin en paix avec tous ,

ils vinssent à être inquiétés dans l'exercice de leur culte, oh !

alors je serais des plus empressés à réclamer pour eux cette

tolérance qu'ils n'ont jamais eue pour les autres, et à réprouver

toute récrimination pouvant réveiller les haines du passé. Mais

leurs dogmes s'opposent à ce qu'ils se contentent à ce prix,

et les condamnent à n'avoir jamais à la bouche qu'injures et

menaces contre la liberté religieuse : tel est aussi le premier

7i SECONDE PARTIE.

usage qu'ils ont toujours fait de cette liberté , aussitôt qu'elle leur a été assurée. II n'était donc pas inutile d'avertir le siècle actuel de se tenir en garde contre le retour du fanatisme.

§ 9. — LA VENGEANCE PARTICLXIÈRE, ÉRIGÉE EN DEVOm.

Cil. 35, V. 19-21, Jéhovah prescrit aux parents d'un homme assassiné ou mort par suite de blessures, d'égorger le meurtrier, aussitôt qu'ils le rencontreront. Il est difficile de concevoir rien de plus barbare qu'une pareille législation. C'est ériger la vengeance personnelle en devoir et replonger l'homme dans l'état sauvage. Un des principaux buts de l'état social, c'est d'empêcher les individus ou leurs familles de se faire justice, c'est de substituer l'intervention calme et désintéressée de la raison et de la force publiques aux ressentiments exagérés et aux passions trop souvent cruelles des particuliers. La r^le posée ici par le législateur des Hébreux est le renversement de toutes ces notions élémentaires de l'administration de la justice chez les peuples policés. Elle est du reste en contradiction avec le précepte qu'avait donné le même législateur, au ch. 19, v. 18 du Lévitiqtie, où il interdit la vengeance, pour la recommander ensuite un peu plus loin, au ch. 24, v. 19 et 20 du même livre.

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