‹ Examen critique des doctrines de la religion chrétienneChapitre 48 sur 96 · OSÉE · texte numérisé non relu

OSÉE

Le prophète Osée emploie comme Isaïe et Ézéchiel des allégories et des pantomimes impudiques. Il se fait donner l'ordre d'épouser une femme de mauvaise vie, ch. V\ v. 2. Il figure les infidélités d'Israël et son retour à Dieu sous l'image d'une femme adultère, qui court après ses amants, mais qui ne ks trouvant pas et ne sachant que devenir, se décide, par ce motif, à revenir chez son mari, ch. 2, v. 4-9 (v. 2-7 dans le grec et le latin). Enfin, pour signifier que Jéhovah aime les Israélitel, quoique ceux-ci recherchent les Dieux étrangers, le saint homme se condamne de nouveau à aimer une femme adultère, ch. 5, v. 1 et 2. Le Maistre de Sacy prétend que cette femme adultère était la femme même d'Osée, celle qu'il

(1) Ce verset 42 n'existe pas dans le grec. Il a été retranché du latin de la Bible polyglotte de Paris, tome IV, 1629, ainsi que de l'édition des œuvres de saint Jérôme par lea bénédictins, tome 1er, Paris, 1693. Je ne le trouve pas dans un manuscrit latin, présumé du n.^ siècle, inscrit au catalogue de la bibliothèque Mazarine, sous les n*"' 1 et 2.

avait déjà épousée au chapitre i^, ei que le prophète reçoit iei de Dieu Tordre de la reprendre malgré ses adultères {i). D*abord le texte n'autorise point cette interprétation ; il porte simplement, y. 1^ : c Et Jéhovah me dit encore : va, aime une c femme qui a un amant et qui est adultère (2). » Afin de plier le texte aux exigences de son opinion, Le Maisti:e de Sacy traduit ainsi : c Allez et aimez encore une femme adul- « tère (3). » A-t-il espéré qu'une fraude consistant simplement dans la transposition d'un petit mot« passerait inaperçue? En second lieu, le verset 2 renverse la supposition de Sacy. Voici ce verset : a Et je Tachetai quinze pièces d'argent et un homer « et demi d'orge (4). » Cette femme adultère, que le prophète

(1) La sainte Bible y notes, tome II, Paris, 1717.

(3) Le mot Hl^J me semble se rapporter tout naturellement à la première proposition. Et Jéhovah me dit encore. J'admets toutefois qu'on ait pu le rapporter au second verbe "ïl /, devant lequel il se trouve ; c'est le parti qu'ont

pris les traducteurs de la Bible anglicane : • Said the Lord unto me, go yet, • love a woman beloved, etc. • (The holy Bible, Oxford, 1843.) Mais, pour le rapporter au verbe SHK dont il est séparé par un autre verbe, il faut vou-

ioir de propos délibéré commettre une infidélité.

(4) nniw '^ Dnjnr "ibm st»D i\yy rwnrii »^ msw

Saint Jérôme a traduit fTlSNl par ces mots Etfodi eam. Cela ne présente

aucun sens. *12K signifie bien quelquefois /oeftV; mais il signifie aussi emU,

acçimivit, comme on peut le voir ailleurs, par exemple au JDeutéronome, ch. 2,

V. 6 (£)D33 DnKD T\2T\ D^D, vous leur achèterez de Veau àprixâ^ar-

gent), et c'est manifestement le sens qu'il a ici. Le grec est plus exact que le latin, sauf une certaine quantité de vin, qu'il fait figurer au marché et qui

se fait donner Tordre d'aimer, n'est donc pas sa femme puisqu'il en loue ou en achète les feveurs à prix d'argent et de denrées, et qu'on n'est pas obligé apparemment de procéder ainsi pour vivre avec sa propre femme. En vain invoque-t-on l'usage Israélite, dont on trouvé plusieurs exemples dans la Bible, et eu vertu duquel on achetait véritablement la femme que Ton épousait. Cela ne peut pas se dire ici d'Osée. Dans la supposition que nous combattons, il ne se marierait pas, puisqu'il ne ferait que reprendre la femme qui lui appartenait déjà. S'il l'avait achetée, il n'avait pu le faire que lors du mariage mentionné au chapitre 1^'; mais il n'avait pas à Tacheter une seconde fois. Reste donc une seule explication possible, celle de Tachât d'un commerce criminel avec une femme adultère.

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