‹ Examen critique des doctrines de la religion chrétienneChapitre 51 sur 96 · MATHATIÂS ET SES FILS JUDAS ET JONATHAS · texte numérisé non relu

MATHATIÂS ET SES FILS JUDAS ET JONATHAS

Livre V% ch. 2, le roi Antiochus veut forcer les Juifs à adorer ses Dieux. Le Grand-Prêtre Mathatias répond que, quand toute la terre céderait à cette violence impie, lui et les siens sauraient y résister, v. 19-22. Belle réponse et noble résistance! La liberté de conscience est en effet le droit le plus saint, et il n'est pas de sacrifice qu'on ne doive faire pour le conserver intact. Jusqu'ici le refus du Grand-Prêtre est non seulement irréprochable, mais digne de louanges. Au même instant, un Juif s'avance pour sacrifier publiquement aux idoles.

(1) Le texte original du 1er livre des Machahées ne nous est point parvenu. Saint Jérôme dit l'avoir lu en hébreu : • Machabœorum primum librum m hebraicum reperi. Secundus grœcus est. » {Prafatio de omnibus libris vete^ rit Testamenti, tome 1er, Paris, 1693.)

tio

Mathatias farieux s'élance sur loi, et Tégorge sur Tantely v. 23 et 24. Tout à Theure nous pouvions supposer que le Grand- Prêtre voulait pour tous la liberté de conscience. Maintenant il ne la veut que pour lui ; ce n*est plus qu*un atroce fanatique. Des prêtres chrétiens ont invoqué cet exemple pour justifier leurs propres fureurs (1).

Ses fils Judas Machabée et Jonathas, si vantés pour leur pieux zèle, se montrent dignes de lui : ils incendient les villes ennemies et en massacrent les habitants, ch. 5, v. 28, 35, 44, 51 et 65; ch. 10, v. 84 et 85; et ch. 11, v. 61. (Voir aussi, au livre 2 des Machàbées , le chapitre 12, versets 16, 26 et 28. Le verset 16 est luxuriant de carnage.)

§ 2. — MÉPRISES mSTORIQUES.

Le chapitre 8, v. 6-8, nous apprend qu'Antiochus, surnommé le grand, aurait cédé Tlnde et la Médie aux Romains qui les auraient abandonnées à Eumène. Or Thistoire ne dit absolument rien de pareil. Lorsque Antiochus fut vaincu à Magnésie , il n*eut à céder aux Romains, pour en obtenir la paix, ni la Médie ni l'Inde, mais les provinces qu'il possédait

(1) « Mathatbias interfecit eom qui ad aram sacrificaturos accesserat. Qood « si antè adventum Christi circà Deuin colenduin et idola spemenda hœc pne* « cepta servata sunt^ qtmnto magis post adventum Christi? « (Decretnm dm gratianif totius propemodnm juris canonici eompendium^ tummorunque j^onHfi' cum décréta atque prajudicia , part, 2, catM, 23, qitast. 5, Frittcipes popidk parcere non debent, Lyon, 1560.)

dans TAsie-Mineure en deçà du Taurus, et ce furent ces provinces que les Romains donnèrent à Eumène, roi de Pergame, qui avait pris leur parti dans la guerre contre le roi de Syrie. Le Maistre de Sacy reconnait que Fin de et la Médie n'ont jamais appartenu à Eumène (1). Mais il ajoute : « II suffit pour la c vérité de Thistoire que Judas Teùt ainsi entendu dire. » Quoi! Il suffit à la vérité de Tbistoire qu'elle soit farcie de mensonges! Il suffit qu'un historien ait entendu raconter des fables pour qu'il soit autorisé à les transmettre à la postérité comme autant de réalités! Plaisante tbéorie! Elle ne serait pas tolérable si l'on essayait de l'appliquer à de simples mortels : comment oset-on l'appliquer à un écrivain que l'on nous donne pour inspiré de Dieu?

Aux versets 15 et 16 du même cbapitre, l'auteur sacré dit que les Romains avaient un Sénat composé de trois cent vingt membres, et qu'ils confiaient tous les ans le souverain pouvoir

(1) H s'exprime toutefois à cet égard d'une manière inexacte : « 11 ne paraît

• point , dit-il , que ni les Indiens ni les Mèdes aient jamais été soumis ni à

• Antiochus ni à Eumène, roi de Pergame et de Bithynie. » (La sainte Bible , notes, tome H, Paris, 1717.) H est vrai que ni les Indiens ni les Mèdes ne furent jamais soumis à Eumène. Mais il n'est point exact de dire qu'ils ne furent non plus jamais soumis à Antiochus. Les Séleucides comprenaient dans leur royaume la Médie et plusieurs contrées de l'Inde, conquises par Alexandre. Us voyaient toujours , il est vrai , ces pays près de leur échapper ; mais enfin ils y maintinrent assez longtemps leur puissance. Antiochus III en particulier, dans une de ses expéditions, avait rétabli son autorité sur ses provinces de l'Inde. Quant à la Médie, il l'avait reconquise sur le satrape Molon ; mais il la perdit de nouveau et pour toujours, ayant été obligé de l'abandonner à Arsace II. H ne la possédait plus quand il fut défait par les Romains, et ce serait au besoin, indépendamment du silence de l'histoire, une raison pour nier qu'il la leur eût cédée ainsi que le prétend l'écrivain sacré.

8BG0NDB PARTIB.

à tin seul homme à qui ils obéissaient tous , sans connaître jamais ni Tenvie ni la jalousie. Il est évident que cet auteur ignorait que les Romains, hors le cas très rare où ils créaient un Dictateur, élisaient sous le nom de consuls deiuc magistrats suprêmes et que cette élection causait fort souvent de très grandes discusions civiles. Il aura pris cette royauté annuelle et si paisible d'un seul homme à la même source que son nombre rond de trois cent vingt sénateurs. Voilà un écrivain qui est bien au courant, comme on voit» de l'histoire de Rontie A à» sa constitution politique ! II ne faut pas oublier qu'il écrit sous la dictée de l'Esprit-Saint.

§3. — COURAGE d'ÉLÉÀZAR, d'uNE FEMME JUIVE BT DE SES

SEPT FUiS.

Livre 2, ch. 6, v. 18-31, et ch. 7, le vieillard Éléazar, une femme juive et ses sept fils donnent un admirable exemple de courage, en allant à la mort plutôt que de faire un acte que défend leur religion. Cet exemple serait parfaitement beau s'ils se refusaient à faire une chose qui fût immorale de sa nature au lieu d'être aussi insignifiante en soi que le fait de manger du porc; car c'était à cela qu'Antiochus, au dire de l'historiaL sacré, voulait forcer les Juifs, ch. 6, v. 18, et ch. 7, v. l**". Mais, tout en regrettant de voir dépenser de la sorte autant de force et de résignation, on ne saurait, je le répète, s'abstenir d'admirer ce noble sacrifice, quand on considère abstractivement le principe dont il émane, je veux dire la volonté de conserver intacte la liberté religieuse. *

§ 4. — SUICIDE DE RÀZIAS.

Ch. i4, V. 37-46, Nicanor, général du roi Démétrius, envoie dans la maison d'un des principaux citoyens de Jérusalem, nommé Razias, des soldats qui ont ordre de l'arrêter. Celui-ci, se voyant sur le point d'être pris, se frappe lui-même de son glaive. Gomme il n'était pas encore mort, il se précipite du haut d'un mur sur les soldats, qui lui font place et le laissent arriver sur le sol la tête la première. Il respirait encore. Il se lève, s'arrache les entrailles, les jette de ses deux mains sur la troupe, et expire en invoquant son Dieu. Que l'on dise qu'en se précipitant sur les soldats et même en leur jetant ses entrailles dans un accès de rage plus burlesque encore que patriotique, il espérait tuer des ennemis et rendre par là service à son pays, et qu'en pareil cas le suicide est non seulement permis mais méritoire, je n'admettrais pas même cela. Mais quand il se donne lui-même un coup d'épée, ce n'est pas apparemment pour faire du mal aux ennemis et pour sauver son pays, à qui cet acte de démence est inutile et funeste. II y a bien là un pur suicide, parfaitement caractérisé, et que l'auteur sacré non seu* lement n'appelle point de son vrai nom de crime et ne flétrit d'aucun blâme, mais présente comme une belle action : /{ se perça lai-même de son glaive, vouiant mourir noblem£nt plutôt que ^étre soumis à des impies (i). Voilà donc l'auteur sacré qui

(1) *Tn'é9ij)cev êc(vr^ Ç'V^^> èuysvaç dfAcov àroôavetv ijjrsp toÏç â}jTi)ptotç vx-oxetptoç ^éfféeu, v. 41 et 42. Comparez à cette justification du suicide par la Bible cette recommandation de Gicéron : • Piis omnibus retinendus est ani- « mus in custodiâ corporis, nec injussu ejus à quo ille est vobis datus, ex homi-

su

justifie et honore le suicide, se faisant complice d'an cruel et immoral préjugé, et prenant sous sa recommandation un des plus déplorables égarements de Tesprit humain ! On sait que les Donatistes, lorsqu'ils se donnaient eux-mêmes la mort pour éviter de tomber entre les mains des catholiques, invoquaient l'exemple de Razias, et prétendaient en l'imitant s'élever à un haut degré de sainteté. Aussi saint Augustin, qui a écrit m livre contre les Donatistes, trouve-t-il répréhensible l'action de Razias (1). Mais, comme on pouvait lui objecter que ce jugement contredit le témoignage qu'il tenait pour divin, il prétend que l'écrivain sacré se borne simplement à rapporter le fait sans l'approuver (2). En présence du texte que j'ai cité tout à l'heure et qui est si manifestement un éloge, je vois, dans cette prétention de saint Augustin et dans la dissertation par laquelle il cherche à l'établir, beaucoup de rhétorique, mais je ne sais que penser de sa bonne foi.

« num vitâ migrandam est, ne munus humamufi assîgnatum à Deo defbgisse

• videamini. • {De Rejmblicd, lib. 6, § 8, tome V des Œavres philosophiques, Paris, 1831.)

(1) • Humilitatem inter manus inimicorum non valens ferre , tum fiam » iapientiœ sed insipientia dédit exemplum, non Clmsti martjribiifi sed Donati

• eircomcellionibiLS imitandum. • {Contra Gaudentium Donatistam^ lib. 1, cap, 31, tome IX, Paris, 1688.)

(2) u Istam verb ejus mortem mirabiliorem quàm pmdentiorem nanaTit

• quemadmodiim facta esset, non tanquàm facienda esset scriptura laadavît. * {Ibidem.) La même explication se retrouve dans une de ses Êjfitres : « Qoam- « vis homo ipse fuerit laudatus, factum tamen ejus narratum est non koda- « tum, et judicandum potiùs quàm imitandum. • {Epistola 204 j DukUiOt art, 7, tome II.)

LIVRES DIJ NOllVEAll TESTAMENT.

Les principaux livres du Nouveau Testament sont les quatre Évangiles, les Actes des Apôtres et les Épîtres de saint Paul. Je ne m'arrêterai pas longtemps sur les Actes des Apôtres ni sur les Épîtres de saint Paul ; mais j'examinerai en détail les quatre Évangiles, parce que ce sont les bases mêmes sur lesquelles on a prétendu asseoir la religion chrétienne. On voit que je ne veux pas user ici de l'avantage que la critique tire ordinairement de l'existence d'un très grand nombre d'évangiles qui avaient cours parmi les chrétiens des premiers siècles , et dont quatre seulement, ceux qui portent les noms de Matthieu, Marc, Luc et Jean, et qui sont en effet les moins déraisonnables sans être pour cela peut-être moins apocryphes, auraient été déclarés authentiques par un décret du pape Gélase P', rendu

dans un concile de 70 évêques assemblés à Rome, en Tannée T. n. 16

S46 SECONDE PABTIE.

4di (i). Je m'en tiens à ces quatre Évangiles, qui me sont fournis par nos adversaires mêmes. Je m'attacherai uniquement à leur valeur intrinsèque, laissant de côté, comme je Tai fait pour les livres de TAncien Testament, la question de leur authenticité (S). Quand donc je nommerai les Évangiles de

(1) Collection des conciles, tome X, Paris, 1644. On a élevé conize l'antbenticité même de ce décret, attribué au pape Gélase, de sérieuses objections.

(2) Les trois premiers, ceux de Matthieu, Marc et Luc, sont^ sur une infinité de points, de pures copies d'un même fond, ce qui leur a fedt donner le nom de synoptiques. Le quatrième, celui de Jean, est celui qui s'éloigne le plus des trois autres. Il est remarquable que Marc et Luc, qui n'auraient pas été apôtres, sont les évangélistes qui se rapprochent le plus de Matthieu, tandis que Jean et Matthieu, qui tous deux auraient été apôtres, et qui pu conséquent devraient avoir le mieux connu les actes et la doctrine de Jésus, sont ceux qui s'éloignent le plus l'un de l'autre. M. Lutzelberger soutient qu'il est impossible de démontrer l'existence des Évangiles avant le ii^ siècle, et que la plupart des prétendus faits évangéliques ne reposent que sur des traditions d'une origine plus que suspecte. Il appuie toutes ces assertions sur des considérations du plus grand poids. Voir son livre intitulé Jésus surnommé le Christy traduit en français par M. Ewerbeck, dans le recueil qui a pour titre Qu* est-ce que la Bible é^* après la nouvelle philosophie allemande F Paris, 1850, recueil où l'on peut regretter que le traducteur ait fait figurer d'autres écrits qui sont loin d'avoir la même valeur. Voir aussi, dans le même recueil, la Critique de V histoire évangélique par M. Bruno Bauer, également traduite en français par M. Ewerbeck. L'Évangile de Matthieu passe généralement pour le plus ancien des trois synoptiques : dans ce cas, Marc et Luc le copieraient habituellement. M. Bauer prétend que c'est au contraire celui de Marc qui aurait été écrit le premier, et celui de Matthieu le dernier : dans ce cas, ce serait Mt^urc que Luc aurait copié, et Matthieu aurait copié Marc et Luc Sans prendre parti dans cette question de priorité qui est pour nous sans intérêt, et sans prétendre que la simplicité soit toujours une présomption de

SECONDE SECTION. 2i7

Matthieu ou de Marc ou de Lue ou de Jean, je voudrai rappeler les dénominations sous lesquelles les chrétiens nous les présentent, et rien de plus. Je pèserai en elles-mêmes et je com-

priorité, je ferai remarquer que les compilateurs de légendes ont généralement plus de tendance à amplifier et à ajouter qu'à simplifier et à retrancher. Or rÉvangîle de Marc, tout en contenant beaucoup de traits dramatiques et de réflexions particulièrement naïves, qui manquent dans les autres Évangiles, mais qui sont tellement absurdes qu'il n'eût fallu aux compilateurs qu'une dose très ordinaire d'habileté pour sentir la nécessité de les supprimer, cet Évangile, dis- je, est habituellement le plus simple et le plus court. Par exemple, il n'a rien sur les matières des deux premiers chapitres de Matthieu, qui du reste n'ont pas toujours existé ; car saint Épiphane nous apprend qu'ils ne se lisaient pas dans la copie des Ébionites, écrite en hébreu : 'ESpxtKoy de rovro

KXkDÎkrii/ jj de àpxif roïi repi aùroî^ èuxjjsXiou t%f/ ort iyévsTo èv

TÔiq ijfiépMq 'Hpâdov rov ftw/At'oj; rijç ^loudoÛAq^ ijXSsv 'lûjayyj^^ CxTrul^ay ÇâTFruTfiA fjLSTXvoixq èv Tw ïcfcTiyj/ TroTXfjià, (Kara atpeaéay. livre 1er, xarà *1^avahv, 13, tome 1er, Paris, 1622.)

Vers la fin du ive siècle, les Évangiles latins qui étaient entre les mains des chrétiens, et je parle seulement ici des quatre qui étaient attribués à Matthieu, Marc, Luc et Jean, présentaient de telles différences et de telles altérations, qu'il y avait, au dire de saint Jérôme, presque autant de versions que d'exem- *plaires. Eien n'est plus curieux que les détails consignés par cet écrivain dans sa Préface des Évangiles, adressée au pape Damase, sur l'état de corruption dans lequel ces livres étaient tombés à l'époque où il fit sa traduction sur le texte grec. En voici quelques extraits : » Novum opus me facere cogis ex » veteri, ut, post exemplaria scripturarum toto orbe dispersa, quasi quidam » arbiter sedeam, et quia inter se variant, quœ sunt illa quœ cum grœcâ conm sentiant veritate decemam. Pius labor sed periculosa prœsumptio judicare de m cœteris ipsum ab omnibus judicandum, senis mutare linguam et canescentem m jam mundum ad initia retrahere parvulorum. Quis enim doctus pariter vel m indoctus, cùm in manus volumen assumpserit, et à saliva quam semel imbia bit videbit discrepare quod lectitat, non statim crumpat in vocem, me fal-

parerai entre elles les relations de ces écrits sur les faits et les enseignements qu'ils attribuent à Jésus, et, malgré les quelques sages maidmes de morale qu'on y trouve et qui ne leur appartiennent point en propre, .ainsi qu'on en verra des

ET sarium, me clamitans esse saorilegnm, qui audeam aliquid in yeteribna » libris addere, mutare, comgere P Adversùs quam invidiam duplex causa « me consolatur, qubd et tu, qui summus sacerdos es, fieri jnbes^ et renim « uou esse quod variât etiam maledicorum testimouio comprobatur. Si enim • latinis exemplaribus fides est adhibenda, respondeant guibuê; tôt enim sutU u exemplaria pane quoi codiceê, Siii autem veritas est quœreuda de plunbus, » cur non ad grsecam originem revertentes, ea quae vel à vitiosîs inteipretibus » malè édita, vel àpnesumptoribus imperitis emendata penrersiùs, vel àlibra- « rîis donnitantibus aut addita sunt aut mutata, corrigimus ? . . . . De noTO « nunc loquor testamento, quod grsBCum esse non dubium est^ excepto apo* « stolo Matthœo, qui primus in Judsâ evangclium Christi hebraicia littens u edidit. Hoc certè cum in nostro sermone discordât et in diverses rivulcHrum u tramites ducit, uno de fonte qusrendiun est. Prœtermitto eos codices quos « à Luciano et Hesycliio nuncupatos paucorum hominum asserit perversa « contentio, quibus utique nec in toto veteri instrumento post septuaginta « interprètes emendare quid licuit nec in novo profuit emendasse, cùm mul- « tarum gentium linguis scriptura antè translata doceat falsa esse qu» addito u sunt. Igitur hsc prœsens prsefatiuncula pollicetur quatuor tantùm evana gelia, quorum ordo est iste, Matthœus, IVIarcus, Lucas, Joannes : codioum u grsecorum emendata collectione, sed veterum, qua ne mnltùm à leciùmù u laiinœ consnetudine discreparent , Uà calamo temperavimug ut bis tantùm a quae sensum videbantur mutare correctis, reliqua manere pateremur ut

u fuerant Magnus siquidem hic in nostris codicibus error inolevit, dùm

u quod in eâdem re alius evangelista plus dixit, in alto quia minus puiaveriui, u addiderunt, vel dùm eumdem sensum alius aliter expressit, ille qui unum è u quatuor primum legerat, ad ejtis exemplum cœteros quoqtte œstiniaverit emenil dandos, Undè accidit ut aptid nos mixta sint omnia, «(Tome 1er, Paiis, 1693.)

preuves dans le résumé de cette seconde section, mais auxquelles je n'en rends pas moins, toutes les fois que je les rencontre, un sincère hommage , j'espère faire sortir de l'évidence des contradictions et des erreurs dont ils regorgent, cette conclusion, qu'il est impossible de fonder sur de pareils livres un code religieux en harmonie avec la raison (1). Le docteur

(1) Dès la fin du ive siècle ou au plus tard dès les premières années du ve, un évêque manichéen, Fauste, déclarait ne rien savoir sur les véritables auteurs des Evangiles, et reconnaissait franchement que ces livres étaient pleins d'erreurs et de contradictions : » Nec ab ipso scriptum constat nec ab » ejus apostolis, sed longo post tempore à quibusdam incerti nominis viris, a qui ne sibi non haberetur fides scribentibus quse nescirent, partim aposto- * lorum nomina partim eorum qui apostolos secuti viderentur, scriptorum » suorum frontibus indiderunt, asseverantes secundîim eos se scripsisse quae » scripserint. Qub magis mihi videntur injuria gravi affecisse discipulos « Christi, quia quœ dissona iidem et repugnantia sibi scriberent, ea referrent a ad ipsos, et secundùm eos hœc scribere se profiterentur evangelia quse tana tis sint referta erroribus, tantis contrarietatibus narrationum simul ac » sententiarum ut nec sibi prorsùs nec inter se ipsa conveniant. « (Saint Augustin, Contra Faustum, lib. 32, cap, 2, tome VIII, Paris, 1688.) Après d'aussi formelles déclarations, j'avoue qu'on avait le droit de demander à Fauste sur quoi donc il fondait son christianisme; car il rejetait d'ailleurs l'Ancien Testament, ainsi qu'on le voit dans ce curieux passage où il reproche rudement mais avec raison aux catholiques l'amalgame qu'ils faisaient des turpitudes de l'ancienne loi avec les prétendues chastetés de la nouvelle : « Hœc » ergb causa est undè nos pariim accipimus testamentum vêtus : et quia eccle- » sia nostra, sponsa Christi, pauperior quidem ei nupta sed diviti, contenta tt sit bonis mariti sui. Humilium amatorum dedignatur opes, sordent ei tes- /* tamenti veteris et ejus auctoris munera, famœque suse custos diligentissima, a nisi sponsi sui non accipit litteras. Vestra sanè ecclesia usurpet testamenu tum vêtus, quse ut lasciva virgo, immemor pudoris, alieni viri et muneri- 1 busgaudet et litteris. « {Ibidem , lib, 15, cap, 1.)

iSO SECONDE PARTIE.

Strauss a achevé déjii d'enlever aux Évangiles toute valeur historique. Je lui dois d'avoir aperçu entre les divers récits évangéliques plus d'une contradiction qui avait échappé à mes propres recherches. Mais, en acquittant la dette de ma reconnaissance, je ne puis m'abstenir de regretter que ce célèbre critique ait écrit les lignes suivantes dans la Préface d'an livre où il porte de si rudes coups aux fondements de la doctrine clirétienne : « L'auteur sait que l'essence interne de la doctrine « chrétienne est complètement indépendante de ses recher- « ches critiques. La naissance surnaturelle du Christ, ses « miracles, sa résurrection et son ascension au ciel demeurent « d'éternelles vérités^ à quelque doute que soit soumise la réalité « de CCS choses en tant que faits historiques (1). » Dans la pensée hégélienne de l'auteur, cette étrange déclaration s'applique da reste à la doctrine mythique de l'humanité divinisée et persoonitiée dans le Christ; car on sait qu'il est, comme la plupart de ses contemporains d'outre-Rhin , enivré de cette doctrine panthéistique dont le grand-prêtre, conséquent à son principe de ridentité des contradictoires, allait jusqu'à trouver que le christianisme est la plus parfaite des religions précisément parce que c'est celle qui présente dans ses dogmes les plus choquantes des contradictions. Immédiatement avant de proclamer ainsi Yéternelle vérité de relations auxquelles il s'apprêtait à ôter toute réalité historique, Strauss venait de demander que le fanatisme et le zèle des dévots n'intervinssent point dans la discussion, et, comme pour les apaiser d'avance, il leur fait une concession vraiment exorbitante et directement oppo-

(1) He deJéms. Traduction de M. Littré, Paris, 1839 et 1840.

sée d'ailleurs aux conséquences auxquelles son livre aboutit. Il a vu depuis comme les dévots de toutes les communions chrétiennes lui en savaient gré. Une guerre juste doit être précédée d'un manifeste clair et loyal , et il n'est pas bien qu'un auteur qui s'attaque au christianisme , ne le dise pas franchement et ne marche pas droit à son but. On n'aura pas au moins pareil reproche à me faire.

Parmi les contradictions et les erreurs que je signalerai dans cette seconde section, et qui presque toutes sont énormes, il s'en trouve quelques-unes qui au premier abord paraissent de peu d'importance, et si je n'en prévenais le lecteur, il pourrait me reprocher de m'être attaché à des critiques qui lui sembleraient minutieuses. Elles seraient minutieuses en effet s'il s'agissait d'auteurs ordinaires, sujets aux inadvertances et aux faiblesses de l'humanité. Mais il ne faut pas oublier qu'il s'agit ici d'écrivains qui nous sont donnés pour inspirés par FEsprit-saint, pour les interprètes de la volonté divine. Leur parole est donc la parole même de Dieu, la communication qu'il a daigné faire de sa pensée par leur intermédiaire, de telle sorte qu'il n'a pas pu permettre qu'ils apportassent dans son œuvre la moindre altération, puisque cette altération retomberait naturellement sur lui-même, qui parlait par leur bouche. Or Dieu, qui est la vérité et la science absolue, ne se trompe pas plus d'une seconde que d'un siècle, de l'épaisseur d'un cheveu que du diamètre du soleil. Il ne saurait donc y avoir de sa part de petites contradictions, d'erreurs légères, d'imperceptibles fautes, d'oublis pardonnables, de défaillances peu dignes d'être relevées : tout ici est grand comme son auteur et d'une importance aussi immense que la perfection des attributs divins. Cette considération capitale ne doit

2o2 SECONDE PARTIE.

jamais être perdue de vue : c'est pour cela que, bien que je l'aie déjà touchée ailleurs, je m'y suis arrêté de nouveau et que j'y reviendrai encore. Voilà ma réponse et aussi, j'espère, ma justiQcatiou auprès du lecteur qui croirait voir, dans ce qui va suivre, quelques critiques de peu de conséquence.

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