‹ Examen critique des doctrines de la religion chrétienneChapitre 56 sur 96 · FUITE EN EGYPTE ET MASSACIIE DES INNOCENTS · texte numérisé non relu

FUITE EN EGYPTE ET MASSACIIE DES INNOCENTS

Matthieu et Luc, les seuls évangélistes qui parlent de la naissance et de l'enfance de Jésus, se contredisent à cet égard, non pas sur des circonstances ou des faits accessoires, mais sur des points de premier ordre. Il y a, dans l'Évangile de Matthieu, une

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« fût gouverneur de Syrie. » Herward {Nova, tara et exacte ad coIcuImm astronomiaim retocatœ chronologie, cap. 241, Munich, 1612) et après lui Keppler (De vero anno quo aternus Bei JiUns humanam naturam in utero benedicta virginis Maria assumpsit, cap, 11, Francfort, 1614) avaient déjà inierprêté de cette façon le texte de Luc. ïlpâroçy suivi d'un génitif, a bien quelquefois Tacception de ^pôrspoç (par exemple, Jean, ch. 1er, y. 15 et 30, et ch. 15, v. 18); mais ici cela ne paraît pas le cas, et je vais eu don* ner la raison.

(1) Joseph, Ibidem,

légende tout à la fois touchante et terrible; mais les faits dont elle se compose ne s'accordent pas avec la relation de Luc. Dans Matthieu, ch. 2, v. 13-16, aussitôt après Tadoration des mages, Joseph et Marie partent de Bethléhem et s'enfuient en Egypte, pour éviter la colère d'Hérode qui ordonne alors ce fameuK massacre des Innocents, sur lequel je reviendrai tont à Theure. Ils restent en Egypte jusqu'à la mort d'Hérode. Consultons maintenant Luc. Peut-être ne serait-ce pas se montrer bien exigeant que de lui demander de confirmer des faits aussi importants que le sont cette fuite et ce massacre. Mais au moins faut-il qu'il ne rapporte rien qui les contredise. On va voir s'il en est ainsi. D'après sa narration, ch. 2, v. 22-39, Joseph et Marie viennent publiquement au temple de Jérusalem, le qua-» rantième jour après la naissance de Jésus, afin d'accomplir les cérémonies prescrites par Moyse {Lévitique, ch. 12) pour la purification de la mère et le rachat de l'enfant comme premierné. Loin de se cacher pour remplir ces observances, ils les accomplissent ostensiblement, dans un temple fréquenté par la foule et où ils sont harangués par le vieillard Siméon et la pro* phétesse Anne. Assurément c'était faire beau jeu à la colère d'Hérode et rendre bien faciles les recherches de ses sicaires. Mais au moins, après ces cérémonies, Luc fera-t-il partir enfin la sainte famille pour rÉgypte?Pas le moins du monde. Il la dirige d'un côté tout opposé, en la faisant retourner tranquillement à Nazareth en Galilée, leur résidence habituelle. Cette circonstance s'oppose à la conciliation que l'on a essayé d'établir entre les relations des deux évangélistes, en disant que la présentation au temple, racontée par Luc, avait pu avoir lieu avant l'adoration des mages, racontée par Matthieu ; car, dans cette dernière hypothèse, les mages arrivant à Bethléhem, où se

passe la scène de radoration d'après Matthieu, n'y auraient plus trouvé la sainte famille, que Luc avait fait partir pour Nazareth aussitôt après la présentation au temple.

Disons maintenant quelques mots du massacre des Innocents. Il est copié en partie sur ces ordres d'extermination des enfants israélites, émanés du Pharaon, et qui accompagnent aussi la naissance du libérateur des Hébreux {Exode, ch. l'' et 2). Quoique partisan des Romains qui avaient permis à Hérode de régner, l'historien juif Joseph n'épargne pas assurément la mémoire de ce tyran, et, tout en lui laissant son surnom de grande raconte ses crimes dans le plus ample détail (1). Or il ne dit absolument rien de ce massacre de tous les enfants de deux ans et au-dessous, que Matthieu prétend avoir été exécuté dans Bethléhem et tout le pays d'alentour par les ordres d'Hérode. Outre que la narration de Luc, en contredisant, comme je viens de le faire voir, la fuite en Égjple racontée par Matthieu, contredit déjà par là même ce massacre qui en est le prétexte, est-il permis de supposer qu'une aussi abominable boucherie n'eût causé aucun émoi dans la Judée, n'eût laissé aucune trace dans ses annales contemporaines, et qu'un historien juif, qui vient peu de temps après raconter longuement et minutieusement le règne d'Hérode sans nous faire grâce d'aucun de ses crimes, soit publics soit privés, n'eût absolument rien dit de celui qui les surpassait tous en atrocité?

Matthieu prétend, v. 17 et 18, que le massacre des Innocents était l'accomplissement d'une prophétie de Jérémie. Quand on consulte le texte réel de cette prophétie, ch. 31, on voit que les

(1) Ibidem, livres 15, 16 et 17.

enfants sur lesquels pleure Rachel, au verset 15, ne sont pas morts mais absents et en captivité, et que la prophétie a précisément pour objet la promesse que Dieu fait de les rappeler de l'exil. Cela résulte manifestement de l'ensemble des versets iO-17. On se demande alors comment l'auteur de l'évangile qui porte le nom de Matthieu, a pu voir là une prédiction de massacre d'enfants, et l'on est forcé d'admettre qu'il s'est borné à en extraire ou à citer de mémoire le verset 15 isolément, et sans regarder ce qui était avant et après. On voit que cet évangéliste, qui aime à citer les prophéties de l'ancienne loi, n'est pas heureux dans les applications qu'il en fait. J'en ai donné d'autres preuves ailleurs (1).

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