‹ Examen critique des doctrines de la religion chrétienneChapitre 58 sur 96 · VOCATION DES .APOTRES · texte numérisé non relu

VOCATION DES .APOTRES

D'après Matthieu, ch. 4, v. 18-22, et Marc, ch. V% v. 16-20, Jésus marchant sur le bord de la mer de Galilée , aperçoit Simon (Pierre) et André dans une barque, puis Jacques et Jean dans une autre barque ; il les appelle et leur propose de

(1) ^ou^Mxij àpx:iioX(y)tXj livre 18, ch. 5,

les faire pécheurs d'hommes. Ceux-ci abandonnent leurs filets et le suivent (1). La relation de Luc, ch.* 5, v. i-11, contient déjà des variantes assez considérables. Outre Tincident de la pèche miraculeuse, qui lui est propre, elle ne parie pas d'André. Mais cela n'est rien encore auprès de la contradicUon suivante. D'après l'Évangile de Jean, ch. i**, v. 35-42, Jeao-

(1) On sait que de ce choix des premiers apôtres, pris parmi des pêcheurs, venait le rôle considérable que les mots et les images àepoissoM et à& pêche ont joué dans les idées et les représentations symboliques des premiers chrétiens, représentations qu'on retrouve dans des monuments anci^is et qui eonserrent une sorte d'empreinte payenne. Je donnerai pour exemple ce jeu d'esprit puéril, qui faisait voir, dans les lettres dont se compose le mot IXBTS, Poino», les initiales des cinq mots formant l'inscription suivante :

Les mots dont se compose cette inscription figurent, avec addition da mot 'Lraupq^ dans l'acrostiche suivant, qu'Eusèbe, évêque de Césarée, donnait pour une prédiction de la venue du Christ lors du jugement dernier, prédiction qui aurait été faite par la sibylle Erythrée, prêtresse d' Apollon. Chacun des 34 vers qui forment cet acrostiche, commence par une des lettres successives de ces six mots IHSOTE XPEILTOS, eEOT TIOS, SOTAP,

STATPOS. Je citerai ici, malgré son étendue, ce curieux monument du savoirfaire théologique :

>^^p^Ta yàp x&ày, xpheoj^; aiffietoy or iffTM' S^f/ ^'o'jpx'A^v CsurtXeùç at&crj 6 /lé^XaJU^ XAoipxx yrxfdju nxffay xpfyxi kx} xétTfLov ârxyrx, 0\povTxi «Tè 5f3y fiêpofreç frarroï ko} irivrot, Hv^/TTcv /bcercc rw kyiov stI répfix xp^^^to^ i< xpKc^Spcv ' \{,vxà<; r' àuipûy ên^î CJjfixrt Kpn/et'

Baptiste, accompagné de deux de ses disciples, leur dit en apercevant Jésus : « Voici Tagneau de Dieu. » Aussitôt ces deux disciples quittent leur maître et suivent Jésus, qui les emmène dans sa demeure. Les détails de la narration sont tellement précis et circonstanciés que Févangéliste donne Theurc

>iép(Toq or âv Kore x6(r/Mç oXoç kcû ctyutv^A jévi^TM, *^t\puJ7t r'itJ^Xa €poTo) )cxt Tr^othov oarxvrx^ m»xaùff^ êk To TTVp y^Vf oùpetvôv iftfè ùdXxffiav ^Xveùav^ fifÇy rs ttùXxi; etpKTÎjç oui'sLo, i^àp^ yroTE wouffa vtKpatfy èq è)^£u^êptov fdoç ^Çet' H oui âyh'Ji;^ k'Afiovq re rd xvp aîa<7tu è>ié}^Et' OTToax rîi xpc^xç ëXa9€v^ tStb ^dvrx >MXij(T€t' l^rij^a ykp X^foevrx Seoç fUkrrîjpatu ivot^ei' ^pijyoi r'èx xxuroy itrraij xaà Cpuyfiè; b^évrav, tTixX£i\Let aêXxi SieXiov, i(Trpùv re '^^opitxi'

oùpxvh êiXfety M'-^i ^^ ^^ f^yyoç iXstTXt, t^\I^Ô7e$ êk fdpxyyaç^ è}^ J'v'i^fixrx CouvSiv, t^xfjo^ ê'oùxén hiyphv èv àvBp&zotJi fetviireu, *H0'A TOfif repoli ifftûu' kcû irxffx BdXxffva OÙK eIç x>mv $$€/* *fi yàp fpjx^èitrx mpmr/^^ Muv mtycCfç worafici re ^ax^dt^evreq lehl^vaty. MiX7i>Ç J"' oùpxyôky ^injy roXù ôpjyov àfifffeif Opùouffx fiùffoi fJxUiv Kûû xijfiarx uSfffAov. Hxprapôey xaàç de^si roté jxix %€woî«'flf tt^^ovaw ^hrl Cîj/ix Beov Gàffik^eç âirayrsç, ^eù(T€ê ê'oùpttv6)&f TOTXfdç Tfupii i^ ye Bekv» lAijfAX ^ rci irSre irxffi Cporolç Àpt^bcsTov^ olov Hô ^ôXoy £v marolç ri Képxç rè roéoùfiivov larxi* >vi'p&v èixnCéav ^oa^ TrpociMfifjM re kSœ/mv^

i^J'xffi ywr/Çoy iruroùç iv ê&^itx irtyxti* T. II. 18

même de cette rencontre : « Il était environ la dixième heure. > Or Tun de ces disciples de Jean-Baptiste, qui suivent Jésus, était André; il rencontre son frère Simon, et lui dit : « Nous avons trouvé le Messie », et il amène Simon à Jésus. Certes voilà des relations qui ne se ressemblent guère. On

oÎtos' ô vw ^poypxfeU ^v àxpoartxtcii 060,' ^ftoy M»ny/3, àédvaroi; CcuriXeùq xa&ùv |ye%'^/c£ây.

(fixct>Jai 'RovtTxxvriyou >Jyo<;^ ch. 18, Paris, 1678.)

On lit, en regard de ces vers grecs, la traduction latine suivante, ^lement en 34 vers acrostiches hexamètres, qui commencent successivement par une des lettres des six mots JESUS CHEISTUS, DEI FILIUS, SERVATOR, •CRXJX, et qui ne le cèdent pas au modèle comme tour de force :

«Hudicii signura tellus sudore madescet.

b^ cœlo tune rex veniet per secla futurus, oocilicet ut totum praesens dijudicet orbem.

<^isurique Deum infidi sunt atque Mêles, OQublimem in came humanâ, sanctâque catervâ oinctum, completo qui tempore judicet omnes.

|3^rrida tune tellus dumis silvescet acutis.

^ejicient simulacra homines aurique metalla.

HHnfemi portas facto simul impete rumpent wquailentes mânes et purâ luce firuentur.

Hetros atque bonos index tum flamma probabit. -<oce latens facinus quod gessit quisque loquetur, coubdola que humani pandentur pectoris antra. Uentum stridor erit, gemitusque et luctus ubique. tejt sol astrorumque chorus percurrere cœlum t-Hjisimul absistent : lunœ quoque flamma peribit.

notera de plus que les lieux sont absolument différents. D'après Tévangéliste Jean, les choses se passent sur les bords du Jourdain où Jean-Baptiste exerçait son ministère, tandis que, d'après Matthieu, c'est sur les bords de la mer de Galilée ou lac de Génésareth, c'est à dire à une assez grande distance

»^undo ccraentur valles consurgere ab imo.

Mn terris nihil excelsum spectare licebit.

tr^ataque planities montes œ^uabit : et œquor Mntactmn rate stabit : adustaque Mmine tellus. c^nà deûcîet âagrans ciun fontibus amnis.

twtridula de cœlo fandet tuba flebile carnem, Goupremum exitium lamentans fataque mondî.

fe^t subito stygium chaos apparebit hiatu :

^eges divinum stabunt cuncti antè tribunal. « <jndaque solfurese descendet ab sethere flammœ. {>c cuncti in terris homines mirabile signum H^unc cernent oculis, sanctis optabile signum. Omnibus id justis vitœ est melioris origo :

Cursus vesani dolor atque offensio mundi :

oollustrans undis bis seno in fonte fidèles.

^egnobit latè pascentis ferrea virga.

dnus et œternus Deus, hic servator et idem Xhristus, pro nobis passus, quem carmina signant.

On peut voir, dans [saint Augustin (De Civiéate Dei, lib, 18, cajp, 23, tome VII, Paris, 1685) et dans les Oracles Sibyllins (Xçii'jfjict ^t^Xhxxoï édition de M. Alexandre, livre 8, vers 217-250, et 2e partie, pages 228-236, tome 1er, Paris, 1841 et 1858), ce même acrostiche, soit en grec soit en latin, mais avec de nombreuses et considérables variantes. Saint Augustin ne le donne qu'eu latin, en 27 vers au lieu de 34 et sans addition du mot Crux; il fait observer que ce nombre 27 constitue un cube ternaire, et il attache à cette découverte une importance telle qu'il n'a pas voulu laisser à la postérité le

de là que Jésus rencontre ensemble les deux frères Simon et André. On notera de plus que Jean, révangéliste qui raconte de la sorte la vocation d*André et de Simon, est ce même apôtre qui, d'après les trois autres évangélistes, aurait assisté à la vocation de ces mêmes Simon et André sur le lac de Génésareth, et qui aurait été appelé en même temps avec son frère Jacques. Trouverait-on un juge qui osât fonder un jugement de rintérét le plus mesquin sur le dire de témoins oculaires qui raconteraient les faits de cette façon?

Les récits de Matthieu, ch. 10, v. 2-4; Marc, ch. 3, v. 16-19; Luc, ch. 6, v. 14-16; et Jean, ch. 1*% v. 45-50, présentent d'autres discordances sur le choix des apôtres. Indépendamment de ce que Jean nomme Nathanaël, qui ne figure point dans la liste des trois autres évangélistes , Luc (voir aussi les Actes des apôtres, ch. 1^, v. 13) nomme Jude, fils de Jacques, dont ne parlent pas les deux premiers évangélistes , et d'un autre côté, il ne nomme pas Thaddée, qui figure dans leur liste. Gomme il n'est pas parfaitement évident qu'en nommant Nathanaël , Jean entende pour cela l'introduire dans le corps des apôtres, la première difficulté n'est pas très considérable. Mais il n'en est pas de même de l'autre. Thaddée est formellement appelé apôtre dans les deux premiers Évangiles, et Jude

soin d'en faire le calcul : « Qui numerus quadratum temariam solidum reddit. « Tria enim ter ducta fiunt novem. Et ipsa noyem si ter ducantur nt ex lato •> in altum figura consurgat, ad viginti septem pervenimit. » Dans le mot I%é{),* il trouve un symbole mystique du Christ, et voici Texplicatioii qu'il en donne : • In quo nomine mysticè intelligitor Christus, eb qubd m hujus nuv* « taKtatis abysso velut in aquarum profunditate vivus hoc est sine peocato « esse potuerit. •

SECONDE SECTION. — CHAPITRE PREMIER. â8l

Test également dans le troisième. Les docteurs disent que le même apôtre pouvait avoir deux noms, puis partant de cette possibilité comme d'un fait avéré, ils disent, dans leur énumération des apôtres, Thaddée ou Jude, Jude ou Thaddée. Mais, pour donner plusieurs noms au même personnage , il ne suffît pas qu'il ait pu les avoir, il faut encore qu'il soit établi qu'il les avait réellement, comme, par exemple, cela est dit expressément de Jacob, qui s'appelait encore Israël {Genèse, ch. 52, V. 27 et 28, et ch. 35, v. 10), de Pierre, qui s'appelait encore Simon , Barjone et Céphas , et de Thomas , qui s'appelait encore Didyme (Matthieu, ch. 4, v. 18, ch. 10, v. 2, et ch. 16, V. 17; Marc, ch. 3, v. 16; Luc, ch. 6, v. 14; et Jean, ch. 1*', v. 40 et 42, ch. 20, v. 2 et 24, et ch. 21, V. 2.). Or rien absolument dans les Évangiles n'autorise à aflirmer qu'un des apôtres ait eu les deux noms de Thaddée et de Jude. Il faut noter enfin que cet apôtre Jude, que Luc appelle fils de Jacques, se dit lui-même, dans YÉpître catholigue qui lui est attribuée, v. 1®S frère et non pas fils de Jacques (1).

(1) "X<J^?^ài cT^ laxâSou. Personne, je ne pense, n'arguera de ce que, dans rÉvangile de Luc comme dans les Actes des apôtres, il est simplement désigné

par les mots îovJ'xç laxu^cv. Qui ne sait que, dans les expressions de ce genre, le grec sous- entend habituellement le mot uid^ ? Il sous- entend aussi, il est vrai, mais rarement le mot «cTeAjô,', et ce qui prouverait au besoin que ce n'est pas ici le cas, c'est que Matthieu, Marc et Luc désignent ainsi l'apôtre Jacques, fils de Zébédée, et l'autre apôtre de même nom, fils d'Alphée, Tax«- Coç rou Ze^eJ'Mcu^ Ixica^o; S tgïj kXfxloUj *Ijcxijfo<; kXfxio'j,

§ 8. — GUÉRISON MlRACtXEUSE, OPÉRÉE À DISTANCE.

Matthieu, ch. 8, v. 5-13, et Luc, ch. 7, v. 1-iO, racontent un fait de guérison . miraculeuse, opérée à distance par Jésus dans la maison d'un centurion de Gapharnaum. Le malade qui, dans Luc, est appelé Vesclave (1) du centurion, est désigné, dans Matthieu, par un mot qui signifie le plus ordinairement enfant (2), mais qui signifie aussi jeune esclave, et que Luc emploie du reste également, au verset 7, pour désigner la même personne qu'il appelle expressément esclave dans les versets 2, 3 et 10. La plupart des interprètes, ayant ^ard à Tensemble des circonstances identiques et surtout à la parfaîte ressemblance de deux versets entiers (les v. 9 et 10 dans Matthieu, et les v. 8 et 9 dans Luc), pensent que les deux évangélistes veulent parler du même fait. Dans cette supposition, qui est en efiet la plus vraisemblable, les deux narrations sont en contradiction sur un point important. D'après Matthieu, le centurion vient en personne trouver Jésus et réclamer son intervention surnaturelle, v. 5. D'après Lnc au contraire, le centurion envoie à Jésus des messagers, en déclarant qu'il ne s'est pas cru digne de venir le trouver luimême, V. 3, G et 7. Sur ce point donc, les deux récits, comparés l'un à l'autre, se contredisent.

Maintenant, si nous considérons isolément la relation de Luc, nous trouverons qu'elle n'est pas plus d'accord avec ellemême qu'avec celle de Matthieu. Le centurion envoie à Jésus

(1) Acv>.o;.

un premier message pour le prier de venir sauver son esclave. Jésus se met en marche. Mais, comme il approchait de la maison du centurion, celui-ci lui envoie un second message pour l'inviter à ne pas se déranger davantage. Alors seulement il prononce, comme dans la relation de Matthieu, ces paroles devenues célèbres, Je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit, et il se borne à demander à Jésus un mot sur l'eflicacité duquel il compte pour la guérison du malade. Il est évident que le second message est en contradiction avec le premier et le rend absurde. Car, si le centurion croit qu'un mot de Jésus, prononcé hors de la présence du malade, peut procurer miraculeusement la guérison, la distance à laquelle ce mot sera prononcé est indifférente, et il devait le demander tout d'abord, au lieu de prier Jésus de faire une course inutile et qu'il ne veut pas laisser achever.

Enfin, dans Matthieu, ch. 8, v. 5-15, la guérison du serviteur du centurion de Capharnaiim précède celle de la bellemère de Pierre, tandis que, dans Luc, ch. 4, v. 38 et 39, et ch. 7, V. 1-10, la guérison du serviteur du centurion vient longtemps après celle de la belle-mère de Pierre. Puisque j'ai occasion de mentionner ce dernier miracle, je ferai remarquer cette autre contradiction : dans Matthieu, ch. 8, v. 2, 3, 14 et 15, la guérison du lépreux précède celle de la bellemère de Pierre. Dans Marc, ch. 1^% v. 30, 31 et 40-45; et Luc, ch. 4, V. 38 et 39, et ch. 5, v. 12-14, c'est au contraire la guérison de la belle-mère de Pierre qui précède celle du lépreux.

S84 SECONDE PARHE.

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