‹ Examen critique des doctrines de la religion chrétienneChapitre 61 sur 96 · DESSÉCHÉ · texte numérisé non relu

DESSÉCHÉ

Matthieu et Marc représentent, chacun dans le même chapitre, Jésus chassant les vendeurs du temple et desséchant un figuier sur lequel il était venu en vain chercher des fruits. Mais ils se contredisent sur l'ordre de succession de ces deux

(1) ne/52 ipxw, livre 4, § 18, tome 1er, Paris, 1733

faits. D'après Matthieu, ch. 21, v. 12-20, la scène des vendeurs chassés du temple précède celle de la malédiction du figuier; d'après Marc au contraire, ch. H, v. 12-21, elle ne vient qu'après. Autre divergence entre les deux évangélistes : selon Matthieu, v. 20, le figuier se dessèche à l'instant même de la malédiction de Jésus, et ses disciples s'en aperçoivent sur le champ et en font la remarque; selon Marc, v. 19-21, c'est le lendemain seulement que le figuier est desséché, ou que du moins ils s'en aperçoivent et que Pierre le fait observer à Jésus.

Demandons-nous s'il est rien de plus déraisonnable que de maudire et dessécher un figuier, parce qu'on n'y trouve pas de fruits pour apaiser sa faim. N'est-ce pas là une colère d'enfant qui prétend punir un être privé d'intelligence et de liberté, ' parce qu'il ne le trouve pas docile à ses désirs et à ses caprices? N'est-ce pas dès lors un acte indigne d'un homme aussi sensé que Jésus le paraît ordinairement? Et comme si la chose n'était pas déjà assez extravagante par elle-même, Marc, V. 13, a soin de faire remarquer que ce n'était pas la saison des figues. On n'a donc pas ici, même en se plaçant au point de vue de l'enseignement sous forme d'action symbolique, la ressource de dire que, voyant un arbre ne pas remplir sa destination, et voulant prendre de là occasion de donner une leçon morale aux hommes dont la vie demeure stérile, il le détruisit par cette raison seulement qu'il ne portait pas de fruits, ce qu'il fallait dans tous les cas laisser faire au propriétaire. Ce dont on s'étonne surtout c'est que Jésus allât chercher des fruits là où il devait savoir, en sa qualité de Dieu, qu'il n'y en avait pas.

Notons enfin que Matthieu et Marc placent, aussi bien que

294 SECONDE PARnE.

En résumé, on c'est la même scène d'onction que les quatre évangélistes entendent décrire, et j'avoue que cela n'est point démontré rigoureusement, ou ce sont plusieurs scènes différentes. Dans le premier cas, les contradictions abondent. Dans le second cas, il faut admettre, non pas deux mais trois scènes, une pour Matthieu et Marc, une pour Jean et une pour Luc; mais alors on se heurte contre un concours de similitudes, qui ne se trouve pas dans les chances de la probabilité et qui doit alors paraître infiniment suspect.

Page 1