‹ Examen critique des doctrines de la religion chrétienneChapitre 66 sur 96 · CRUCIFIEMENT ET MORT DE JÉSUS · texte numérisé non relu

CRUCIFIEMENT ET MORT DE JÉSUS

Selon Matthieu, eh. 27, v. 31-33, Marc, ch. 13, v. 20-22, et Luc, ch. 23, v. 26, pendant que Jésus se rend au lieu du supplice, sa croix est portée par un passant, nommé Simon, à qui les soldats imposent cette corvée sans qu'on puisse deviner pourquoi. Selon Jean au contraire, ch. 19, v. 17, c'est Jésus qui porte lui-même sa croix. Cette dernière version, qui se rapporte ici à un fait matériel, a donné plus tard naissance à une expression métaphorique, qu'on s'étonne de rencontrer dans les trois premiers Évangiles où elle figure au moins prématurément. Jésus dit que ceux qui veulent être ses disciples, doivent porter leur croix et le suivre. (Matthieu, ch. 10, v. 38, et ch. 16, V. 24; Marc, ch. 8, v. 34; et Luc, ch. 9, v. 23, et ch. 14, V. 27.) Or cette expression porter sa croix^ qui appartient à la langue de l'ascétisme chrétien, ne pouvait pas encore exister du temps de Jésus avec son acception secondaire, puisqu'elle n'a été prise que de son supplice par la croix. Je sais bien qu'on peut objecter que Jésus connaissait, en vertu de sa science divine, son futur crucifiement. Mais ce n'en est pas moins le faire parler d'une manière inintelligible pour les auditeurs, que de lui mettre à la bouche une expression symbolique, qui n'était pas encore faite de leur temps.

Les deux premiers évangélistes rapportent qu'arrivé au Golgotha, on présenta à boire à Jésus avant le crucifiement. D'après Matthieu, v. 34, le breuvage était composé de vin et de fiel, et Jésus, après en avoir goûté^ ne voulut pas le boire. D'après Marc, v. 23, le breuvage était composé de vin et de myrrhe, et Jésus le refusa simplement sans en goûter.

ri08 SECONDE PARTIE.

Chez Matthieu, y. 59-45, et Marc, v. 29-53, les voleurs cruciGés à droite et à gauche de Jésus, Tinsultent tous deux et preuneut part aux railleries que lui adressent les passants, les princes des prêtres et les scribes. Chez Luc au contraire, Y. 55-45, un seul de ces Yoleurs insulte Jésus et est repris par l'autre, qui témoigne les meilleurs sentiments et reçoit la promesse d*étre le jour même en paradis. Saint Jérôme s'était aperçu de cette contradiction. Il prétend que le bon larron commença aussi par blasphémer, mais qu'effrayé ensuite par les ténèbres et le tremblement de terre qui survinrent, il se convertit et crut en Jésus (1). Non seulement Luc n*a pas on mot qui autorise cette assertion, mais au contraire, aussitôt après qu'il a fait outrager Jésus par un des voleurs, il fait tenir à l'autre un langage absolument opposé. De plus, les trois évangélistes sont d'accord pour placer la scène des larrons avant celle des ténèbres et autres faits miraculeux dont je parlerai tout à l'heure. Ces faits ne peuvent donc pas être la cause d'un incident qui les a précédés. Remarquons du reste combien il est peu naturel que de malheureux crucifiés, qui endurent les horreurs de l'agonie, choisissent ce moment pour outrager un compagnon d'infortune et s'associer aux cruelles plaisanteries que lui adressent leurs bourreaux communs. Ce trait seul ne suiQrait-il pas pour proclamer que les narrateurs ne s'inquiètent pas même de la vraisemblance et qu'ils ignorent les

(1) K Non qubd discrepent evangelîa, sed qubd prîmùm uterque blasphéma- • Terit , dehinc , sole fugiente , terra commotâ saxisque diruptis et ingruena tibus tenebris , unus crediderit in Jesom et prîorem negationem sequeuti « confessione emendaverit. « (Commentaria, lib, é, in Maifkéei capui 27, tome IV, Paris, 1706.)

premières et les plus simples lois de la nature physique et morale de Fhomme?

Matthieu, v. 55 et 56, et Marc, v. 40, font assister au crucifiement, mais de loin, Marie-Madeleine, Marie, mère de Jacques le mineur et de Joseph, et Salomé , mère des fils de Zébédée. Luc, v. 49, y fait assister également de loin, toutes les connaissances de Jésus, sans désignation des personnes. Mais voilà que Jean, v. 25-27, dit y avoir assisté lui-même de près, et place au pied de la croix la mère de Jésus avec Marie dite de Cléophas et Marie-Madeleine. Ainsi donc Matthieu et Marc prennent soin de nommer des témoins de second ordre et regardant de loin, et ils ne font aucune mention de la mère et du disciple bien-aimé de Jésus, qui sont là, près de la croix, l'objet de ses touchantes paroles ! Ce n'est pas tout. Au nombre de ces témoins qui regardent de loin, ils nomment Marie-Madeleine que Jean met près de la croix. Enfin Luc, en représentant toutes les connaissances de Jésus comme se tenant à distance et se bornant à jouer un rôle de lâche curiosité, comprend nécessairement dans ce nombre le disciple bien-aimé, qui affirme au contraire avoir assisté son maître jusqu'au dernier soupir.

Au lieu de cette scène si attendrissante, décrite brièvement dans le quatrième Évangile, v. 25-27, et où le Christ, expirant sans proférer aucune plainte, s'occupe encore des êtres chéris qu'il laisse sur terre, et recommande sa mère à Jean et réciproquement, Matthieu, v. 46, et Marc, v. 34, lui font tenir ce langage, plein de découragement et presque d'incrédulité : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné (1)? » Il

(1) Cette exclamation est copiée du v. 2 du psaume 22 ( 21 dans le grec et

le latin) ^jnnTjj hdS ^Sk ^Sk

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faut remarquer que ces paroles sont les dernières que Matthieu et Marc mettent dans la bouche de Jésus. En cela du reste ils sont conséquents; car on a déjà vu qu'au jardin des Oliviers ils l'avaient représenté comme accessible à rabattement et même à la peur. Comme j'ai plus particulièrement ici pour but de faire ressortir les contradictions que présentent les récits évangéliques, je ne m'arrête pas à relever tout ce qu'il y a de choquant dans de pareils sentiments, prêtés à Jésus, sentiments dont devraient s'étonner les théologiens eux-mêmes, puisque, tout en disant que leur Dieu, se faisant homme, devait revêtir les douleurs et les infirmités de notre nature physique, ils ont grand soin de l'exempter des faiblesses morales de l'humanité.

Selon Matthieu, v. 45, Marc, v. 53, et Luc, v. 44, depuis la sixième heure du jour jusqu'à la neuvième où Jésus rendit le dernier soupir, c'est à dire depuis midi jusqu'à trois heures, des ténèbres se répandirent sur toute la terre. De plus, d'après Marc, V. 25, Jésus avait été mis en croix à la troisième heure du jour, c'est à dire à neuf heures du matin. Voyons maintenant la relation de Jean, v. 14. Vers la sixiènae heure du jour, c'est à dire vers midi, non seulement Jésus n'était pas encore en croix, mais il n'était pas même encore condamné à mourir. Pilate le présentait aux Juifs en disant : « Voilà votre « roi. » Il le leur livre ensuite. On le conduit alors au supplice et on le crucifie. Et tout cela se fait au milieu de ces profondes ténèbres que personne ne remarque dans le quatrième Évangile, pas même l'évangéliste , qui assistait au supplice, ainsi qu'on l'a vu plus haut! La contradiction peutelle être plus flagrante?

Ces ténèbres étaient miraculeuses comme tous les autres

faits curieux que rapporte Matthieu, v. M-S5; car elles ne pouvaient provenir d'une éclipse de soleil, la fête de Pâques correspondant k la pleine lune, époque où la lune étant en opposition avec le soleil est plus éloignée que jamais de l'occulter. M. Lamennais prétend qu'il y eut alors en Judée une éclipse totale de soleil (1). Il n'est plus guère permis aujourd'hui d'ignorer ce que c'est qu'une éclipse de soleil et à quelles conditions elle peut avoir Heu. Cela se voit encore pourtant, même chez de grands écrivains. La plupart des interprètes chrétiens, prenant dans leur sens naturel les expressions Sur toute la terre (2), soutiennent que les ténèbres se répandirent réellement sur toutes les contrées qui étaient alors éclairées par le soleil. Mais une objection naît aussitôt du silence complet que gardent les annales du genre humain sur un (ait qui surpasserait tous les autres prodiges , et dont la moitié de la terre eût été épouvantée pendant trois heures. Quelques interprètes, plus libres et plus prudents, restreignent considérablement le champ de cette merveille, en disant qu'elle n'eut lieu que pour le sol de la Judée. S'ils amoindrissent l'objection, ils ne la détruisent point; car l'historien juif Joseph ne parle pas plus du prodige que Pline le naturaliste ou que Tacite.

Matthieu, v. 50, et Marc, v. 37, font pousser à Jésus wn grand cri avant d'expirer. Luc, v. 46, lui fait prononcer en outre des paroles différentes de celles que lui attribue Jean, ¥• 50, qui se garde bien de lui faire pousser des cris; mais, comme chacun des deux derniers évangélistes, en lui attribuant

(1) Les Évangiles, note sur le v. 45 du ch. 27 de Matthieu, Paris, 1S46.

(2) 'Et? sroffay rijy *yîjv..

r»hi SECONDE PARTIE.

ces paroles différentes, les fait immédiatemeot suivre de lâ mort, il s'ensuit qu'elles doivent être les dernières et que par conséquent les deux narrateurs se contredisent.

§ 21. — ET^SEVELISSEMENT DE JÉSUS, ANGES ET FEMMES AU SÉPULCRE, GARDE DU TOMBEAU, RÉSLliREGTION.

Au dire de Matthieu, ch. 27, v. 59-61, de Marc, ch. 15, V. 4Cet 47, et de Luc, ch. 23, v. 53-55, le soir du crucifiement, Joseph d'Arimathée se contenta d'envelopper le corps de Jésus d'un linceul et de le déposer dans le sépulcre en présence de plusieurs des saintes femmes, et d'après Marc, ch. 16, V. 1 et 2, et Luc, ch. 23, v. 56, et ch. 24, v. 1^% ce fut seulement après le jour du sabbat, le surlendemain matin, que les femmes vinrent au monument dans l'intention d'embaumer le corps. Au contraire, d'après Jean, ch. 19, v. 38-42, le soir même du crucifiement, avant d'être déposé dans le sépulcre, le corps fut embaumé par Joseph d'Arimathée, assisté de ce pharisien Nicodème, aux questions ingénues et aux mémorables étonnements (ch. 3, v. 4), et qui avait apporté avec lui environ cent livres d'aromates. Ici il n'est plus fait mention de la présence des femmes, et lorsque, au chapitre suivant, v. 1", Marie-Madeleine vient au sépulcre, il n'est pas question d'embaumement. A propos de cette opération de l'embaumement, qui avait pour but de prései'ver le plus longtemps possible le cadavre de la corruption du tombeau, une question se présente naturellement : comment des disciples de Jésus eurent-ils la pensée de pratiquer une pareille cérémonie, quand ils devaient savoir,

selon ce qu'il avait prédit, qu'il ressusciterait dans trois jours? Cette connaissance n'était-elle pas au contraire un motif pour s'abstenir d'un acte qui devait leur sembler au moins inutile sinon une profanation de ce corps sacré qu'ils savaient hors des atteintes de la dissolution et qu'ils s'attendaient à voir prochainement rappelé à la vie? Il est vrai que nos adversaires peuvent contester le fait même de cette attente en s'appuyant sur un passage de Jean; mais il faut pour cela qu'ils affrontent cette autre contradiction que présentent les relations évangéliques. D'après Jean, ch. 20, v. 9, Jésus était déjà sorti du tombeau, que ses disciples ne savaient pas encore qu'il dût ressusciter. D'après Matthieu, ch. 26, v. 32, et ch. 27, v. 62 et 63, et Marc, ch. 8, v. 51, et ch. 14, v. 28, au contraire, Jésus avait prédit à ses disciples et les Pharisiens eux-mêmes savaient qu'il avait prédit sa résurrection.

Chez Matthieu, ch. 27, v. 60, le sépulcre dans lequel le corps de Jésus fut déposé comme dans un lieu de sépulture définitive et dont l'entrée fut fermée par une grosse pierre, appartenait à Joseph d'Arimathée, qui l'avait fait creuser récemment dans le roc. Chez Jean au contraire, ch. 19, V. 41 et 42, ce sépulcre, non seulement n'est point indiqué comme la propriété de Joseph d'Arimathée, mais est désigné comme un lieu de dépôt provisoire, choisi uniquement à cause de sa proximité du lieu du crucifiement, parce qu'on était arrivé au soir de la veille du sabbat, et que le temps manquait pour prendre d'autres dispositions.

Chez Matthieu, ch. 28, v. 1-6, un seul ange apparaît à deux femmes au milieu d'un tremblement de terre ; il leur apparaît assis hors du sépulcre, sur la pierre qui a servi à le fermer. Chez Marc, ch. 16, v. 1-6, un seul ange aussi ou plutôt un

jeune homme mais dans l'intérieur du monumeat, mais trois femmes et point de tremblement de terre. Chez Luc, ch. 24, V. 2-10, dctwp anges ou plutôt deux hommes et au moins dnq femmes, et point de tremblement de terre. Chez Jean, ch. 20, Y. 1 et 11-15, deux anges et une seule femme, et nulle mention de tremblement de terre.

Chez Marc, v. 1-3, lorsque les trois femmes au nombre desquelles est Marie-Madeleine, viennent au sépulcre, dans TinteDtion d'embaumer le corps de Jésus, il fait jour puisque le sokil est levé. Chez Jean au contraire, v. 1 et 2, Vobscurité régne encore lorsque Marie-Madeleine vient au sépulcre, et que, le trouvant vide, elle court avertir Pierre et Jean. On ne peut pas dire qu'indépendamment de la visite que, dans TÉvangile de Marc, elle fait au tombeau, pendant le jour et en compagnie de deux autres femmes, elle pouvait en avoir fait, pendant la nuit et solitairement, une première, qui serait celle dont il est fait mention au début de la relation de Jean ; car, si la visite relatée dans l'Évangile de Marc, eut été la seconde de Marie-Madeleine, ni elle ni ses compagnes, averties par elle de la résurrection de Jésus, n'auraient pu penser à aller l'embaumer, et elles ne se seraient point inquiétées, pendant la route, de savoir qui leur ôterait la pierre qu'elles supposaient devoir fermer encore l'entrée du sépulcre.

Matthieu raconte, à propos de la garde du tombeau, des choses étranges, dont les trois autres évangélistes ne disent mot, quoiqu'il s'agisse ici d'un des points les plus contestables. II prétend, ch. 27, v. 62-66, que les princes des prêtres demandèrent à Pilate et placèrent des gardes auprès du sépulcre, puis, ch. 28, V. 11-15, que quelques uns de ces gardes étant l'cnus annoncer aux princes des prêtres la résurrection de

Jésus, ceux-ci tinrent conseil et corrompirent les soldats, leur distribuant de fortes sommes d'argent et les invitant à dire qu'ils s'étaient endormis près du tombeau, et que, pendant leur sommeil, les disciples de Jésus étaient venus de nuit enlever son corps. Ce récit porte les caractères les plus manifestes de la fable. Il suppose en effet que les membres mêmes du sanhédrin crurent à la résurrection de Jésus ; car, s'ils n'y eussent pas cru, ils n'eussent pas manqué de traiter les gardes d'imposteurs ou de lâches. Or que le conseil du sanhédrin, composé de 72 membres pris parmi les plus éminents d'entre les Juifs, ait cru sur le champ à la résurrection de Jésus d'après le dire de grossiers soldats effrayés, cela est déjà inadmissible; mais ce qui l'est bien davantage, c'est que ces gardes et ces prêtres, croyant à la résurrection, au lieu d'en faire profession, aient tous, sans une seule exception, poussé l'infamie jusqu'à ce point que les uns se seraient laissé corrompre, et que les autres auraient acheté de faux témoins à prix d'argent, dans le but d'empêcher la divulgation d'un miracle auquel ils croyaient. Un pareil arrangement de faits et de circonstances suppose une ignorance complète des premiers ressorts qui font mouvoir la nature morale de l'homme. Est-il besoin après cela de relever ce prétendu silence de Pilate , que des prêtres qu'il détestait, promettent aux gardes d'obtenir de lui, et ce fait de soldats qui se chargent eux-mêmes de publier qu'ils se sont tous endormis auprès d'un dépôt confié à leur garde, et qu'ils Font laissé enlever, pendant leur sommeil, par telles personnes qu'ils désignent et qu'ils voyaient sans doute les yeux fermés? Les plus crédules d'entre les Juifs, à qui les soldats fussent venus faire un pareil conte, leur auraient dit : « Si vous dormiez, comment

« savez-vous que ce sont les disciples de Jésus qui Font « enlevé? » Celte réflexion ne pouvait manquer de venir à la pensée des membres du sanhédrin, et il est évident qu'en les supposant même capables de concerter unanimement une grossière imposture, ils ne pouvaient donner aux soldats une aussi absurde commission. On comprend que j'ai particulièrement en vue ici de faire voir combien le récit propre à Matthieu est malheureusement tissu, plutôt que de dire tout ce qu'il y a de déraisonnable dans le fait, considéré en lui-même, de la résurrection corporelle, dont j'ai eu à traiter spécialement ailleurs (1). Au reste les disciples de Jésus ne sont pas les seuls qui aient fait ressusciter leur maître. Longtemps auparavant, les disciples de Zoroastre avaient également fait ressusciter ce législateur religieux des Perses (2).

L'évangéliste termine le récit qu'on vient de lire en disant que le bruit de l'enlèvement du corps de Jésus par ses disciples s'est répandu parmi les Juifs jusqu'aujourd'hui (S). J'ai déjà cité plusieurs expressions qui décèlent dans les livres de l'Ancien-Testament des traits de ce genre (4). Matthieu est censé avoir écrit son Évangile six ans après la mort de Jésus-Christ. Or la manière dont s'exprime ici le narrateur autorise à penser qu'il écrit longtemps après l'époque où se seraient passés les faits qu'il raconte (5).

(1) Au chapitre 8 de la première partie de cet ouvrage, tome l'»-.

(2) De Pastoret, Zoroastre, Confucius et Mahomet, Ire partie, Paris, 17 SS.

(3) Mè'%|C/ T^^' (Tiffjiipcy ii/Jiêpxq^ v. 15.

(4) Ire section de cette 2e partie, ch. 5, § 6, et ch. 6, § 3.

(5) C'est ainsi, par exemple, que s'exprime Plutarque, lorsque, après avoir rapporté, plus de deux siècles après révénement, que Marius, campé sur les

II suit (lu témoignage des quatre évangélistès que Jésus serait mort la veille du sabbat, dans l'après-midi. Matthieu, ch. 27, V. 46-50, et Marc, ch. 15, v. 54-37, le font mourir vers la neuvième heure du jour, c'est à dire vers trois heures de l'après-midi. Il suit également du témoignage des quatre évangélistès qu'il serait ressuscité dans la nuit qui a suivi le jour du sabbat. Selon Marc, ch. IG, v. 2, et Luc, ch. 24, v. i^%.le corps n'était plus dans le sépulcre de très grand matin; il n'y était même plus, lorsquil faisait encore nuit, selon Jean, ch. 20, V. V\ Il résulte de là que Jésus serait demeuré mort pendant le dernier quart de la veille du sabbat, la nuit de la veille du sabbat, le jour du sabbat et une partie indéterminée de la nuit du sabbat, c'est à dire un jour et quart et moins de deux nuits, en tout moins de 39 heures. De plus le corps n'aurait pu rester pendant tout ce temps déposé dans le sépulcre, puisque, d'après Matthieu, ch. 27, v. 57, et Marc, ch. 15, v. 42, Joseph d'Arimathée aurait attendu le soir (1) pour venir demander la permission de l'ensevelir. Or ces résultats ne sont pas d'accord avec la prédiction très formelle, attribuée à Jésus. Selon Matthieu, ch. 27, v. 63, et Marc, ch. 8, v. 31, il devait ressusciter après trois jours (2) , c'est à dire après trois révo-

bords du Rhône, fit creuser par ses soldats un canal alimenté par les eaux du fleuve et qui débouchait dans la mer, il ajoute que ce canal porte encore son nom, 'Att èxeho'j rijv èToyu/xîxy en wuXxttsi (tome 1er, Tahç M.xpto<;, Paris, 1624.) Un historien de nos jours, qui rapporterait ce fait, pourrait dire de même que ce canal existe encore aujourd'hui en partie, et est appelé par les Provençaux le FoZy reste altéré du nom de Fossa Mariana, que lui donnaient les Romains du temps de Plutarque.

(1) '0-^«s' ^^ ye-joijièyyii (Matthieu). Ka2 Jfcfj; b'4fnq ysvcfx^vijq (Marc).

(2) W.rk rpeyç yj/xépaq.

lutions diurnes complètes ou 72 heures, puisque, d*après Matthieu, ch. 12, V. 39 et 40, et Luc, ch. il, v. 29 et 30, il avait prédit qu'il demeurerait dans le tombeau, comme le prophète Jonas était demeuré dans le ventre d'un cétacé, c'est à dire trois jours et trois nuits (i). On a prétendu qu'il ne s'agissait pas ici de trois jours complets ni de trois nuits complètes, mais seulement de portions de trois jours différents et de trois nuits différentes. Ce faux-fuyant même fait défaut, puisque Jésus, ainsi qu on Ta vu tout à Theure dans les relations évangéliques, n'est resté mort que pendant un quart de jour, un autre jour entier, et moins de deux nuits entières, et n'est même resté dans le tombeau que pendant un jour entier et moins de deux nuits entières. Matthieu et Luc contredisent donc le témoignage de Marc et de Jean et leur propre témoignage sur le temps effectif pendant lequel Jésus serait resté mort et enseveli. Le pape saint Léon a cru résoudre la difficulté, en disant que ce fut pour ne point prolonger la tristesse de ses disciples, que Jésus abrégea le temps pendant lequel il avait annoncé qu'il demeurerait enseveli, mais que d'ailleurs, s'il manque quelque chose au temps prédit, le nombre des jours se retrouve exactement (2). Ainsi, d'après cette explication,

(1) "ÇlrTTTEp '^.àp ^y ïa-y?.^ èv Tiff K:i>Ja rcv xifrcvi; Tpei.; ijfJLSpXi; xai rpEi; yuKTxç, oiJTa; sarai 6 ulà; 7cu àvSpùyrcv èv ry xapdla TÎjq f)iji; vpEÏ^ vùk7J^. (Matthieu.)

(2) « Ne turbatos discipulorum animos longa msestitudo cruciaret, denun- » ciatam tridai moram tàm niirâ celeritate breviavit ut, dùm ad integnun Il secuiidum diem pars primi novissima et pars tertii prima concurrit , et » aliquantum temporis spacio decideret et nihil dierum numéro deperiret. » {Sermo 69, cap. 2, tome 1er, Lyon, 1700.)

Jésus se serait ravisé et aurait fait fléchir les termes de sa prédiction, de peur de causer à ses disciples un chagrin auquel il n'avait donc point pensé au monaent de cette prédiction. On ne saurait mieux dire pour rendre évidente la contradiction des relations évangéliques. Lors même qu'on admettrait que des portions de jours pussent être prises pour des jours entiers, le Compte que fait saint Léon de ses trois jours ne serait pâs même ^xact, puisqu'il résulte des récits des évangélistes que Jésus n'est resté mort que pendant un quart de jour et un autre jour entier. Quant aux trois nuits, saint Léon n'en dit rien : il n'y avait pas moyen en effet d'appliquer ici son compte sophistique des trois jours; car, quoi qu'on fasse, on ne saurait trouver trois nuits dans deux nuits dont lune n'est pas même entière.

Ce serait ici le lieu de parler de l'excursion aux enfers, que la doctrine chrétienne fait faire à l'âme de Jésus-Christ dans l'intervalle de son ensevelissement et de sa résurrection. Mais aucun des quatre évangélistes n'a mentionné cette descente aux enfers ou aux limbes (4). Qu'étaient-ce que ces limbes, et quelle sorte d'existence y avaient les âmes des patriarches et des justes de l'ancienne loi, en attendant la visite de celle de Jésus? Ce sont des questions sur lesquelles les docteurs paraissent très peu renseignés et sur lesquelles ils ne veulent pas qu'on les presse, surtout depuis que la géologie, appuyée à la fois sur l'observation des faits et sur les lois mathématiques du rayonnement de la chaleur, a commencé à nous apprendre quelque chose de la constitution intérieure de notre globe. C'est là du reste un dogme qui a été inséré tardivement

<1) Pierre y fait-il allusion dans sa Ire Épître, ch. 3, v. 19 et 20 ?

(laQs les confessions de foi. Les deux plus anciens et plus célèbres symboles orientaux, celui du concile de Nicée, dressé en 325, et celui du concile de Constantinople, dressé en 581, et qui est à peu près le même que celui qu'on lit à la messe chez les catholiques, et le plus ancien symbole occidental, celui du premier concile de Tolède, dressé en 400, n'en disent pas un mot (1). Un théologien anonyme n'en a pas moins écrit cette assertion tranchante, qui ne témoigne guère de son érudition ecclésiastique : « La descente de Jésus-Christ aux enfers

« est une vérité de foi Cette vérité est appuyée sur Fauto-

« rite de tous les symboles les plus connus (â). »

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