‹ Examen critique des doctrines de la religion chrétienneChapitre 77 sur 96 · DÉFENSE QUE FAIT JÉSUS, DE DIVULGUER SES MIRACLES · texte numérisé non relu

DÉFENSE QUE FAIT JÉSUS, DE DIVULGUER SES MIRACLES

Si les miracles que les évangélistes attribuent k Jésus ont pour but de manifester sa divinité et de prouver qu'il est le Messie, pourquoi ces mêmes évangélistes, Jean excepté, lui font-ils répéter si souvent la défense de divulguer ses œuvres miraculeuses, et même d'annoncer qu'il est le Christ? On peut voir de nombreux exemples de cette singulière défense dans Matthieu, ch. 8, v. 4; ch. 9, v. 30; ch. 12, v. 16; ch. 16, V. 20; ch. 17, v. 9; dans Marc, ch. 1*^% v. 43 et 44; ch. 5, v. 43 ; ch. 8, v. 26 et 30 ; ch. 9, v. 8 ; et dans Luc, ch. 5, V. 14; ch. 8, v. 56; ch. 9, v. 21 (1). Le motif de la modestie ne saurait être allégué; car la modestie qui irait directement contre le but que les évangélistes attribuent à Jésus et auquel ils le font tendre, n'aurait point de sens. Ces observations n'autorisent aucune conclusion contre Jésus, qui était humble sans doute et ennemi de l'ostentation ; mais elles concluent contre le rôle que lui font jouer les évangélistes. Au reste la plupart des défenses que fait Jésus de divulguer ses miracles, sont accompagnées de circonstances qui trahissent le narrateur. Par exemple, c'est en présence d'une grande foule que Jésus guérit le lépreux à qui il recommande de n'en parler à personne (Matthieu, ch. 8, v. 1-4) ; les deux aveugles à qui il rend la vue et k qui il fait ensuite la même recom-

(1) On trouve cependant, dans Marc, ch. 5, v. 19, et Luc, ch. 8, v. 39, une recommandation contraire, adressée au démoniaque dont j'aurai à reparler bientôt, au § 20.

mandation, l'avaient mivi en criant, et à peine Font-ils quitté qu'ils s'en vont pallier la nouvelle de leur guérison (ch. 9, V. 27-31).

§ 7. — GL'ÉRISON d'un PAttALYTIOUE.

Matthieu, ch. 9, v. 2-8, rapporte la guérison d'un paralytique qu'on amène à Jésus et qui s'en va emportant lui-même son lit. Marc, ch. 2, v. 2-12, et Luc, ch. S, v. 18-26, rapportent le môme miracle, mais en ajoutant à la narration fort simple du premier évangéliste, des détails d'exécution auxquels personne n'aurait pensé. Jésus est dans l'intérieur d'une maison ; mais les abords extérieurs en sont tellement encombrés par la foule qu'il devient impossible aux porteurs du paralytique de l'introduire par la porte. Que faire donc? Attendre, direz-vous, que la foule se soit dissipée ou réclamer l'intervention du maitre de la maison ou de Jésus pour obtenir passage. Ce sont là des moyens trop peu dramatiques. Nos poiteurs montent le paralytique avec son lit, ne demandez pas par quelle voie ni par quelles poulies, sur le toit même de cette maison dont ils ne pouvaient pas approcher, puis ils le font descendre, toujours avec son lit, à travers le toit dans la partie intérieure où se trouvait Jésus. A la vérité les maisons de l'Orient ont des terrasses et des plates-formes et non pas des toits comme les nôtres; mais y faire parvenir un paralytique dans son lit autrement que par les passages intérieurs et ordinaires, n'en est pas moins une manœuvre difficile à comprendre. Enfin le récit du second évangéliste contient un incident tout à

fait inattendu : tandis que Luc se contente de dire que les porteurs descendirent le malade à travers les tuiles (1), ce qu'on peut absolument entendre de l'ouverture par laquelle on communiquait de l'intérieur a la terrasse, Marc nous les montre ejilevant la toiture et pratiquant une oumrlure (2), pour y faire passer le lit, sans s'inquiéter de savoir si cette démolition convenait au maître de la maison et surtout si elle n'était pas de nature à blesser les gens qui se trouvaient dans l'intérieur. Quand les apologistes chrétiens ont la bonne fortune de rencontrer dans les livres sacrés des autres religions des récits de cette force et même d'une force moindre, on sait quels beaux éclats de rire ils font entendre et si les plaisanteries comme .ils savent en faire tarissent.

Page 1