‹ Examen critique des doctrines de la religion chrétienneChapitre 91 sur 96 · AU CHRIST · texte numérisé non relu

AU CHRIST

Dans sa seconde Épîlre, v. 10 et 11, saint Jean recommande aux fidèles d'éloigner de leurs maisons celui qui n'y apporte pas la doctrine du Christ; il leur défend même de lui souhaiter le bonjour, parce que saluer un tel homme, c'est, dit-ïl, participer à ses mauvaises actions (1). Voilà encore un texte qui Justifie le fanatisme et l'intolérance religieuse, et qui figure très bien à la suite de ceux de même nature que j'ai notés dans les Évangiles. Lorsqu'un zélé Musulman ferme sa porte à celui qu'il appelle un chien de chrétien, ou qu'il détourne la tête avec horreur quand il le rencontre sur son chemin, fait-il autre chose que suivre ponctuellement, à son point de vue, ces règles de conduite? On doit remarquer que leur auteur est celui des disciples de Jésus, qui passe pour avoir reproduit le plus fidèlement, dans ses discours et ses actes, la bienveillance, la dou-

(1) M^ AjE/tt?<%yeTf aùri'j si,; otyJjiy kxi xxipçtu aura fiif >,6^ETe* o Xê^^'j *yàp aÙ7ùj xxtpstv Tcciwaveli rci; epyci; oùtcv Tci; 7rcyijpc7;.

ccur et la charité attribuées à son maître, et dont on trouve des témoignages non seulement dans son Évangile mais dans ses ÉpHres mêmes, notamment dans la première, cb. 2, v. 9-11; ch. 3, v. H, 14-16 et 18; et cb. 4, v. 7, 8, H, 12, 20 et 21, où il affecte presque de recommander Famour du prochain. Si cette recommandation comprend tous les hommes, elle' jure avec l'odieuse défense de recevoir chez soi et même de saluer ceux qui pensent en religion autrement que nous; si au contraire elle comprend seulement quelques individus choisis entre tous, elle est en opposition formelle avec la plupart des enseignements de Jésus, qui, loin d'établir une pareille distinction, va jusqu'à vouloir que l'on aime ses ennemis déclarés, ajoutant qu'il n'y a pas grand mérite à n'aimer que ceux qui nous aiment et à ne saluer que des frères (voir, entr'autres passages, Matthieu, ch. 5, v. 44-47, et ch. 22, v. 39; Marc, ch. 12, V. 31 ; et Luc, ch. 6, v. 27 et 32). Tout ceci est une nouvelle preuve de ce que j'ai dit au début de la seconde partie de ce livre, et que je suis encore plus autorisé à redire sur le point de la terminer, à savoir que l'on trouve dans la Bible tout ce que l'on veut y chercher, le pour et le contre sur toutes les questions et des armes pour tous les partis et toutes les causes.

Dans la discussion qui précède et qui porte toujours sur des textes que chacun peut vérifier, on a vu combien de contradictions et d'erreurs étaient répandues dans les livres du Nouveau Testament. Or ces livres sont le fondement même du christianisme, et comme la vérité ne saurait avoir Terreur pour fondement, on est forcément amené à reconnaître que la religion chrétienne, non pas seulement telle que ses docteurs Font faite, mais lors même qu'elle se composerait uniquement de ce qui est contenu dans les livres du Nouveau Testament, est radicalement fausse.

Est-ce à dire que je ne trouve rien que de mauvais dans ces. livres? Je crois avoir déjà donné de nombreuses preuves de mon entière impartialité à cet égard. J'en donnerai encore une, aGn qu'il soit surabondamment établi qu'en attaquant le christianisme, je le fais sans aucune prévention injuste, et que je ne méconnais point les mérites que peut avoir eus son auteur.

Dans Matthieu , on trouve de beaux préceptes de Jésus sur la réconciliation, ch. 5, v. 23 et 24, et d'admirables prescriptions contre l'hypocrisie et l'ostentation, ch. 6, v. 2-8 et 16-18; et ch. 23, V. 4-7, 13-15, et 23-28. Je traduirai ici le passage du chapitre 6, v. 2-8 :

« Lorsque tu fais l'aumône, ne sonne pas de la trompette « devant toi, comme font les hypocrites dans les Synagogues

4%i SECONDE PARTIE.

^ et dans les. rues pour être honorés des hommes. En vérité « je vous le dis, ils reçoivent leur récompense.

« Mais, lorsque tu fais Faumône, que ta main gauche ne « sache pas ce que fait ta main droite,

« Afin que ton aumône demeure secrète : et ton père, qui « voit ce qui est caché, te le rendra.

« Et lorsque vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites, « qui aiment à prier debout dans les synagogues et aux angles « des places publiques pour être vus des hommes : en vérité « je vous le dis, ils reçoivent leur récompense.

« Mais, lorsque tu prieras, entre dans ta chambre, ferme la « porte, et prie ton père en secret; et ton père, qui voit ce qui « est caché, te récompensera.

« Lorsque vous priez, ne vous répétez pas comme les « payons; car ils pensent que c'est par la multiplicité des « paroles qu'ils seront exaucés.

« Ne leur ressemblez donc pas; car votre père sait de quoi « vous avez besoin avant que vous le lui demandiez. »

Voici encore quelques versets du chapitre 23 :

« Ils (les Scribes et les Pharisiens) lient des fardeaux pesants « et difficiles à porter, et ils les mettent sur les épaules des « hommes; mais ils ne veulent pas les remuer du bout du « doigt, V. 4. »

« Malheur à vous, Scribes et Pharisiens hypocrites, parce « que vous dévorez les maisons des veuves, sous prétexte de « longues prières, v. 14. »

« Malheur a vous. Scribes et Pharisiens hypocrites, parce « que vous parcourez la mer et la terre pour faire un prosélyte, « et lorsque vous l'avez fait, vous le rendez deux fois pUis que « vous fils de géhenne, v. 15. t>

« Malheur à vous, Scribes et Pharisiens hypocrites, parce « que vous ressemblez à des sépulcres blanchis, qui au dehors « paraissent beaux aux yeux des hommes, mais au dedans sont « pleins d'ossements de morts et de toute sorte de pour- « riture, v. 27. »

Dans Luc, il y a trois belles paraboles , celle du Samaritain miséricordieux, eh. 10, v. 50-35, celle de l'Enfant prodigue, ch. io, V. H-32, et celle du Pharisien et du Publicain, ch. 18, V. 9-14. J'ai eu occasion déjà de mentionner cette dernière (1). La seconde serait justement en possession d'exciter un vif intérêt, n'était ce malheureux verset 16, qui en gâte tout le mérite : l'enfant prodigue, réduit à garder des pourceaux à la campagne , désirait se repaître de leur grossière nourriture, mais il le désirait en vain, parce que personne ne lui en donnait (2). On s'épuise inutilement à deviner ce qui pouvait l'empêcher d'en prendre lui-même sa part.

Voici la parabole du Samaritain miséricordieux :

« Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho. Il tomba « entre les mains de voleurs qui le dépouillèrent, l'accablèrent « de coups et s'en allèrent, le laissant à demi-mort.

« Or il arriva qu'un prêtre descendait par la même route, et « l'ayant vu il passa outre.

« De même un lévite, étant survenu là et l'ayant aperçu, « passa son chemin.

« Mais un Samaritain (un schismatique aux yeux des Juifs) « vint à passer près de lui, et l'apercevant il fut touché de « compassion.

(1) Page 380.

(2) Kat oùcTf/ç iMcu aÙTÙ.

ATA SBCONDE PARTIE.

c Et 8*approchaiit de lui, il pansa ses blessares, y yersant

< de Thuile et du vin, et le mettant sur sa monture, il le mena

< dans une hôtellerie et prit soin de lui.

c Et le lendemain il tira deux deniers et les donna à Iliôte-

< lier, en disant : aie soin de lui, et ce que tu dépenseras de

< plus, je te le rendrai à mon retour. »

Dans cette parabole, Jésus ne flatte pas les prêtres, pour lesquels il parait du reste, en maintes circonstances, avoir ressenti une grande aversion. Qu'eût-ce donc été s*il eût prévu ce que les prêtres chrétiens feraient en son nom? Braver les haines sacerdotales et les persécutions qu'elles suscitent, pour faire faire au monde quelques pas dans la voie du perfectionnement, c'est une sorte de courage bien autrement méritoire que celui dont on fait montre sur un champ de bataille en s'enivivant de carnage. La multitude n'a de louanges cependant que pour ce courage vulgaire et facile ; c'est pour lui qu'elle réserve toutes ses couronnes et tout son encens. Aussi les héros tels qu'il lui en faut se comptent-ils par milliers, tandis que l'on compte un Socrate, j'ajouterai et un Jésus quelque peu de renseignements vraiment historiques que nous ayons sur les actes réels de sa vie.

Enfin il n'y a rien de plus touchant que la scène de l'Évangile de Jean, où Jésus, après avoir lavé lui-même les pieds à ses disciples, leur donne de si beaux préceptes d'humilité et d'amour mutuel, ch. 13, v. 44, 15, 54 et 35.

La morale que lui attribuent les quatre Évangiles, choisis entre plusieurs autres, est généralement pure, je me plais à le répéter. Mais, s'il est permis de penser que les passages que j'ai notés, particulièrement aux §§ 4, 9, 16, 20, 21 et 23 du chapitre II, et qui contrarient cette assertion , lui ont été prêtés, il n'est

pas impossible non plus qu'ils lui appartiennent véritablement; car, étant homme, il a dû payer son tribut à Thumanité, soit en ne se montrant pas toujours d'accord avec luimême soit en mêlant des erreurs aux vérilés morales qu'il enseignait. M. Salvador (1) entreprend de démontrer que tout ce qu'il y a de remarquable dans la morale du Christ ne lui appartient pas exclusivement, mais se trouve déjà dans les doctrines esséniennes ou même dans les livres de TAncien Testament. Il prend comme résumé de la morale de Jésus le discours de la montagne d'après les textes de Matthieu et de Luc, et il rapproche de ces textes des citations bibliques ou des traditions et des enseignements qui avaient cours du temps de Jésus, et qui lui paraissent contenir les mêmes doctrines sauf l'exagération de la forme. Il s'étaie de divers textes de Philon qui prêche la fraternité universelle et la pureté de cœur qu'on doit apporter dans les actes de religion ; des doctrines des Esséniens sur la concorde, le serment et la chasteté; des recommandations tirées des livres juifs sur le bon accueil à faire à l'étranger, le bien qu'on doit faire aux ennemis mêmes et le pardon des injures; enfin des sorties d'Isaïe contre les riches, les jeûneurs et les prêtres hypocrites et trompeurs. M. Salvador conclut de toutes ces citations qu'il n'est pas un point de la morale de Jésus, qui ne fût connu et n'eût été prêché déjà chez les Juifs mêmes. Tout cela est incontestable. Pour me borner ici à un exemple éclatant, ce précepte , Tu aimeras ton prochain comme toi-méne , qui a été présenté si souvent comme le résumé de toute la doctrine morale et sociale de Jésus, se trouvait déjà au chapitre 19, v. 18,

(1) Jésus-Chriat et sa doctrine , tome 1er, c^. 6, livre 2, Paris, 1838, T. U. 28

du Lévilique (1), et lorsque les éyaugélistes Matthieu , ch. 22, V. 39y et Marc, ch. 12, v. 31, le mettent dans la bouche de leur maitre, ils le lui font rapporter à la loi mosaïque comme à sa source. On trouverait également, dans les livres des payens, un grand nombre de maximes parfaitement conformes à la morale évangélique : j'en donnerai tout à Fheure quelques exemples. Mais Jésus a-t-il connu le juif Philon, son contemporain, qui vivait à Alexandrie? A-t-il même été en relation avec cette secte de communistes Esséniens, établie plus près de lui, et dont la doctrine, telle que nous la dépeignent Philon et Joseph, présentait tant de points de ressemblance avec la partie ascétique de l'enseignement des Évangiles? Tout cela est possible mais incertain. Et quand cela serait constaté, s'ensuivrait-il que la doctrine morale, préchée par Jésus , ne fût pas la sienne, ou qu'on pût retrancher quelque chose du mérite de l'avoir prêchée? Non assurément. Ce que l'on peut dire, c'est que cette doctrine, dans ce qu'elle avait de vrai, n'était point une invention nouvelle, mais une application de quelques principes de la philosophie, application qu'appelaient enfin la décrépitude du paganisme et le progrès de l'esprit humain, mais qui devait être retardée pendant tant de siècles encore par le malheur des événements politiques. Il n'y a point de code religieux, point de livre de morale où l'on ne trouve quelques bons préceptes. Lisez les Lois de Manou, la Parole vivante de Zoroastre, les écrits de Confucius, de Lao-Tseu et de Mencius, le Koran de Mahomet. Vous y rencontrerez, à chaque page, comme dans les livres sacrés des chrétiens, à

(1) Voir, plus haut, page 351^ une note du § 4 du chapitre 2 de cette seconde section.

côté d'une foule de choses parfaitement déraisonnables, les maximes les plus sensées. Mais vîendra-t-il pour cela à la pensée d'un philosophe de se déclarer sectateur de Zoroastre ou de Confucius (1)? Je citerai cette belle stance du code moral indien, qui a plus de trois mille ans d'existence : « La résignation, l'action de rendre le bien pour le mal, la tem- « pérance, la probité, la pureté, la répression des sens, la « connaissance des Sâstras, celle de l'âme suprême, la véra- « cité et l'abstinence de colère : telles sont les dix vertus en « quoi consiste le devoir (2). » Il n'est pas jusqu'à la terrible religion des Druides qui n'ait exhorté les hommes à rendre le bien pour le mal (3). Certaines gens ne s'étonneront pas médio-

(1) Je soumets particulièrement cette question aux protestants unitaires d'Amérique et d'Angleterre, qui rejettent presque tous les dogmes chrétiens, et qui s'obstinent néanmoins à s'appeler chrétiens uniquement parce qu'ils lisent la Bible et qu'ils y trouvent de beaux préceptes, mêlés à une infinité de choses Qu'ils désavouent. Cet unitarisme, qui compte quelques disciples en France, y est pour le moment et sans que cela tire à conséquence, mis en vogue, dans certaines régions littéraires, par un traducteur des Œuvres sociales de Channing, M. Laboulaye, qui, dans son cours au Collège de France, ne laisse échapper aucune occasion de déclamer contre ceux qui refusent d'être avec lui mauvais chrétiens et pauvres philosophes.

(2) Lois de Manou, livre 6, stance 92, traduction de M. Loiseleur Deslongchamps, dans la collection des Livres sacrés de V Orient , publiée par M. Pauthier, Paris, 1842.

(3) Voici une des maximes que lui attribue l'auteur d'un livre ayant spé* cialement pour but de célébrer les mérites de la Bible : » There are three sorts « of men, a man to Grod, who dœs good/or evil; a man to man, who does » good for good and evil for evil; and a man to the de vil, who does evil for « good. » {The Book and its story, jpart, 1, chapt, 4, by L. N. R., Londres, 1857.)

crement en apprenant que la recommandation d'aimer son prochain comme soi-même^ qu'ils sont habitués à considérer comme une formule particulièrement chrétienne , était à Tusage d'un philosophe chinois , qui vivait au vi"" siècle avant notre ère. Voici ce qu'on lit dans Confucius : « La doctrine c de notre maître consiste uniquement à avoir la droiture c du cœur et à aimer son prochain comme soi-même (1). » C'est grand dommage qu'on ne puisse pas dire que le philosophe avait emprunté cette maxime à Jésus; mais on a la ressource de dire qu'il l'avait volée à Moyse. On rencontre dans les écrits de Confucius et de Mencius beaucoup d'autres maximes de cette nature, mais en compagnie d'une infinité de platitudes qui doivent confondre de la part d'esprits aussi élevés, si ce sont bien véritablement eux qui les ont écrites. Un auteur payen , qui a du reste trop bien parlé de la vertu et de la philosophie pour que nous lui pardonnions d'avoir été si opulent et d'avoir tant tardé à s'éloigner d'un monstre couronné, Sénèque (2), recommande, à chaque page de ses écrits.

(1) Lun-yu ou Entretiens philosophiques, livre 1er, ch. 4, art. 15, traduction de M. Pauthier dans la collection des Livres sacrés de VOrient,

(2) Tacite laisse planer sur sa mémoire de terribles soupçons au sujet de la mort d*Agrippine. (Annales, lib, 14, ar^, 7 et 11, Paris, 1842.) Mais on trouve, chez le même historien, un second témoignage, qui n'est guère d'accord avec le premier, et où il nous représente Sénèque recevant avec une fermeté stoïque l'arrêt de mort que Néron vient de lui faire signifier, consolant les amis qui l'entourent, et leur disant qu'il ne restait au cruel Néron, meurtrier de sa mère et de son frère, qu'à faire périr son précepteur : « Cui » enim ignaram fuisse sœvitiam Neronis? Neque aliud superesse, post

• matrem fratremque interfectos, quàm ut educatoris praeceptorisque necem

• adjioeret. « {Ibidem, liè,lb, art. G2.) En tenant un pareil langage, évidem-

le témoignage d'une bonne conscience, la soumission à la volonté de Dieu, la confiance en sa providence, la bienveillance pratique que nous devons à tous les membres de la famille humaine, toutes choses que Ton voudrait faire passer pour avoir été inventées par le christianisme (1). On a prétendu que

ment Sénèque reprochait à Néron l'assassinat d*Agrippine. Or il est diflBcile d'admettre que, dans ce moment solennel où il n'avait plus que quelques instants à vivre, il eût menti à sa conscience au point d'attribuer à Néron seul un crime dont il eût été notoire qu'il avait partagé la responsabilité.

(1) » Veri boni aviditas tuta est. Quid sit istud interrogas, aut undè u subeat? Dicam. Ea; bond conscientia, ex honestis consiliis, ex rectis actio- » nibus, ex contemptu fortuitorum, ex placido vitœ et continuo tenore unam » prementis viam. » {JSpistola 23, tome III, Strasbourg, 1809.) » Placeat » homini quidquid Deo placuit. « {Epistola 74, Ibidem.) « Quantulum est ci

H non nocere cui debeas prodesse F Membra sumus corporis magni. Natura

a nos cognatos edidit, quum ex iisdem et in eadem gigneret. Hœc nobis amou rem indidit mutuum et sociabiles fecit ; illa SBquum justumque composuit ; « ex illius constitutione miser iùs est nocere quam lœdi; ex illius imperio

* paratœ sunt juvautis manus. « {Epistola 95, tome IV.) » Quidquid nobis

* bono futurum erat Deus etparens nosier in proximo posuit. » {Epistola 110, Ibidem.) Il faudrait citer ici ces préceptes si délicats, que trace Sénèque, dans son traité De beneficiis, sur la pratique de la bienfaisance; mais il y aurait trop à citer. Voir particulièrement les 13 premiers articles du livre 2 de ce traité (tome II).

Quand j'appelle Sénèque un si.ut&ax pa^en, il est bien clair que cette expression veut dire simplement qu'il vivait dans un temps où le polythéisme était la religion officielle, mais nullement qu'il était lui-même polythéiste. Cette observation devra s'appHquer également aux autres auteurs payens que je vais citer après Sénèque, et qui ne croyant pas plus que lui aux Dieux du paganisme, quoiqu'il leur arrivât quelquefois d'en parler dans la langue du vulgaire, s'exprimaient habituellement en véritables déistes. Assurément Sénèque n'avait en vue ni un Jupiter adultère, ni un Mars batailleur, ni un

us SECONDE PARTIE.

Séoèque avait reçu des leçons de saint Paul et qu'il était chrétien. Cette assertion , contredite par une infinité de passages de ses écrits, n*a pas besoin de réhitation. Mais voici un autre auteur» Plutarque, qui parle magnifiquement du pardon des injures et de la bienfaisance exercée à Tégard des ennemis (1).

Mercure patron des yoleors, dans ces bonnes paroles sur les £aux biens : Aut ista bona non sunt qum vocantur, aut homo felicior Deo est, quoniam quidem qu« parata nobis sont non habet in usu Deus ; née enim libido ad illum, nec epularum lautitia, nec opes, nec quidquam ex his bominem inescantibus et vili voluptate ducentibus, pertinet. Ergb aut credibile est bona Deo déesse, aut hoc ipsum argumentum est bona non esse qus Deo desunt. • {Epintola 74.) Ce n'était non plus à aucun des habitants de rOlympe que pensait Cicéron lorsqu'il disait à Brutus ; » Arctè tenent accuratèque defendunt voluptatem esse summum bonum : quœ quidem mihi vox pecudum videtur esse non hominum. Tu, clim tibi sive Deus sive mater (ut ità dicam) rerum omnium natura dederit animum quo nihil est pnestantiùs neque diviniîis, sic te ipse abjicies atque prosternes ut nihil inter te atque inter quadrupedenj aliquam putes interesse? Quidquam bonum est quod non eum qui id possidet, meliorem facit? Ut enim quisque est maxime boni particeps, ità et laudabilis maxime, neque est ulium bonum de quo non is qui id habeat, honestè possit gloriari. Quid autem est horum in voluptate? Melioremne efficit aut laudabiliorem virum? An quisquam in potiundis Toluptatibus gloriando sese et prœdicatione effert? Atqui si voluptas, qo» plurimorum patrociniis defenditur, in rébus bonis habenda iion est, eaque quo est major eb magis mentem è suâ sede et statu demovet, profectb nihil est aliud benè et beatè vivere nisi honestè et rectè vivere. » (Paradoxon 1, tome 1er des œuvres philosophiques, Paris, 1828.)

(1) */Aoy fjièv tyàp oùx cuT« rà eu xotiiv KxXèv u^ cu<rxfàu rà fjuf rotéiv ^eofieyoV éx&pcv de Kai rà rtfjuùpixv yrapAXtTretu èv XMpâ Tapa(r%oyro^ èxieiKêi èart. Th de kxI Trrxtffavrt (TVfin'xSijaxvTa^ xsci detjUuri (wXXaCdfjLSvov, • xx} xxtŒtv èx&pou Ksû oixeioiç yrpxyfjCrXtrty èv %of^ *^vofjtêvGti^ (Txoudifv w/tf ko} TpoOvfLÎX'j èvdst^dfjLEvoy, ôç rtq oùjc kyœjrçt rîji eù/xevçixi^ oùdè èirmit

RÉSUMÉ DE LA SECONDE SECTION. 44l5

On n'a pas dit que celui-là eût été en relation dlntimité avec les fondateurs du christianisme : c'était un prêtre d'Apollon. Un autre payen; Épictète, qui, dans la condition de Tesclave, a su conserver la dignité et la liberté de l'âme, recommande éloquemment la résignation k la volonté de Dieu, le mépris des vanités de la vie, la nécessité de la pratique de la vertu, l'indulgence envers ceux qui nous offensent, la supériorité des bons exemples sur les beaux discours (1). Voici un philosophe

Tyy xpiftTTOTijTa ^ Két-^oç £? àJ^djxayToç ij <Tt<J'dpov Ke%AXKeurou fjiêKxivxv xxfJ'Icdf, {nôôç à/ riç ÔT ' èxôpm àfcAoTro, tome II, Paris, 1624;.)

(1) Voici quelques uns de ses enseignements ; ils nous ont été conservés par son disciple Amen : » Mj^cT^tow è^i fjLij^svhi ei'ryç, ort àTâ>>sxa aùrd^ àXX ' cTt kvê^uKX, Tô rxt<fhv àTsêavsv; àrsJ'ô^if, *H yuv^ à7rêBsafev\ à^àâôtf* T3 %wphy àfifpéôii -j ouKovy koI tovto &ve&6^\ ^kXkà, Kxx^q 6 âfe>Jiui£voç' t/ ê'è (TOI fjiêhçi Jià rhoq ae ô Mç àfnJTuffre '^ f^-Xpf ^' àyMà^ aç àXXorptoo aÔTou èTTt/xeXoVy ug ro'O ^xv^oxeiou ot TxphvTsg, (Tô rou 'Et/xti/tou iyxstpi^iov^ art. 11, Glasgow, 1758.) Q>xvxroq ytxt yy>^ icxl Teâvrx rk âWa rk J'eiva ^cuySfu-ux Tpè è^ôx^^fiav ëffra aoi xaô ' fj/xépxu ' /xxXkttx J'è TTXyTav BdvxTûç' x,xi oùJ'èv ovUtcotb r&iretvhv èvOvfiij<T^j ovte ayxv fV/5uf£ij(rEtg ri'Ag, (Ibidem, art 21.) Twy cTf CeXrhTUv ffct fxivofjcêvcav ovrag ixov âg UTTO tou Ô£ov TeTxyfiévog Bi; raÙTijv t^u rx^iv, 'Méfjcuifa'o de ott èky fjih èfjLfAEi'vigg Totg aÙTolg^ oî Karscye^Myreg (rou yrpôrspovy outoi ce ijTvepoy BxijfJiMovrai ' èku «^ ^"^T^jô^g aùray^ //«-AoDî/ ^po<T>^ij\Jj\i KxrayêKuTX, {Ibidem, art, 22.) Ilxy Trpxyfjcx <^o c%f/ }^kg^ r^v fity fop)jTify^ rijv de kfopnjToy, *0 àdeXfb; èky àeT/xJ, êytsvôsy aura fiSj T^dfjiJSxve^ on àdixel' xIti] *ykp \xSvi èffTty aÙTov où fopijrij' àXAà êxeiôey jxsiXXoy on àdsXfèg, en (Tvyrpofog^ Kxî AifJ'î/ ciùrà Ka$' o fopt^rSy ètrrty, ( Ibidem, art. 43.) Mif«fjt^oS (TOLirhy eÊTug fiXocofoy^ (i)jdè XdXst ro fro>ù iy ldt$iroug repl ray ôeapiffidTvy ' àVJt ypoist TÔ «TÔ ray ùewptjfzdTay, Otov èy avfjLTo&ia f^ijf^ y^êys Trâg de7 è(r6i€iyy àXXk Mte a><r del. {Ibidem, art. 46.)

Stoïcien , qui ne s'inspirait pas auprès des chrétiens y puisque l'histoire lui reproche de les avoir méprisés et même persécutés; sans cela elle n'aurait trouvé à reprendre daâs sa vie que son excessive bonté envers une épouse et un fils qui en étaient également indignes : Marc-Âurèle a écrit un beau livre de préceptes moraux qu'il pratiquait sur le trône , ce qui était plus difficile et plus méritoire que de les écrire (1). Je citerai encore deux philosophes payons, l'un du ii® siècle, Maxime de Tyr, qui voyait dans le désir de la vengeance la source principale des fléaux de l'humanité (2), l'autre du

(1) J'en prends quelques uns entre mille : *ftç iJcTif dùuxrou cvtcç è^ié'/:t Tov Siov^ bùry^ iKoara Totûy xjlï J'ixvceïffûcu* (jau e/ç êxvrlvy livre II, § 11 , Londres , 1697.) n5y fici awApf^et g aot eCxpfAOarov for/, a xo<rfiE, Où^éy fMt ^pon^pcuy oùJè oyl/t/iovy rb <tgi evKsupov, (Livre 4, § 23.) Mjjdiv^ fÂjTS TÙpiwov ixtjre MXov éavrày Kx^xdq, {Ibidem, ^Z\,) "AptŒToç rôsrc^ Tou à/iùysffÔM rà fiij è^ofiotsv^xi, (Livre 6, § 6.) *£v? TspTou xeû rpoaxyaraùou TCfi àvà ^fd^eui; jccn^asytxîjq fieraiSxiyery érl zpx^tv itotyayiKijy ^ trùy f£yiif£f Beov (Ibidem, § 7.) UdyTX àAAif Aci^^ f«-/TAt'x€TJti ko} j} dôyJ'effk; tepà .......

air)KXTxré7XJCTxt jkp kxî (rvyxSff/xft vh aù'èy xoV^cv. KofffMoq re fyàp h; Jû ardyray, kxI Qeàg etç tfix ^dyruy, kxî oMx fitXy k&ï vo/xoç èiç. (Liv. 7, § 9.) I^i^y àyùpdorcu fiXe7y xxî rcùç yrrxioyretq, (Ibidem, § 22.) ^iXy,(Tcy ro àvôférn^oy yévOi;' àKcXoô^tfffoy Seâ, (Ibidem, § 31.) VeXotov èart r^y fièy iêiiy KXKt'xy fjL^i fsùyay^ o kx} ^ùyxroy ïcri • ri]y cTf ray âXkùy (^eùyçiy^ orep àJ^jyxToy, (Ibidem, § 71.) Xfzxprxyayy êxvTfyt a/uiXprdyei ' o iJ/x67y, êxvTçy KXKc7, xxxày éxvToy tc/cSv. (Liv. 9. § 4.) AeT/xf/ yroXXdKti 6 fi^ TTctay r/, ov fji6./by Tctuy rt, (Ibidem, § 5.) '^Orxy TrpcdxoTrrigq êyri Ttyôç â/ÂxpTtçi^ eùlù; fjLBT:iiQkq èTTtXojii^cu u yrxpôfjLoioy â/uixprdyetç, (Liv. 10, § 30.) *HX/;cjfy è^ov^ixv €%£! ayûpuTOiy fjLif yrzteiv âXko vj orep fj[,ê\>^t o ©tô; èfrxiyiîyy kxî J'éxsffùxi irxy ky yàyDfi «yrcï h 0fô«? ! (Liv. 12, § 11.)

(2) Ka? Tc7 CxMlTXt rh Kxxèy kxX yrou ariJTeTM ; oôk oin^x OTt 7^y

IV® siècle , Thémistius, qui s'adressant à Yalens , un empereur chrétien, arien et persécuteur des catholiques, lui enseignait la philanthropie et la tolérance religieuse avec une puissance de raison qui n'a été surpassée dans aucun écrit soit ancien soit moderne (1). J'aurais voulu surtout citer Platon ; mais j'ai dû

TxuTifv àévAov xtusl^ wovijpixqy kcù ypxfsiç vo/ucov àpxéxaxo'J ry Trd^y ^-y ; tovto jàp à/xé>iet è<TTt Tè r&v xdXAi kccxSsv rcîq xvôpuToti vj^ijtTcifjLSvov, [ASjoç 18, 'E/ TÔy àJ'tXijdûLvra àvToJ'iKyjTéov^ Leipsick, 1774.) J'ai dit tout à l'heure que ces philosophes payens ne croyaient qu'à un Dieu unique, quoiqu'il leur arrivât quelquefois de nommer les Dieux du vulgaire . J'en trouve une nouvelle preuve dans ce passage de Maxime de Tyr : Ey Tocoùra eTjf ToXé/xco xxl (TTOurei kxI tfixf^ccyla , eux JJ'ott; âv èv xdvif yi ofiofcoyvov vofiov axt AJ^ov, ot/ <dehq iiç Trdyruu CoffiXeùç xxl frarijp^ xxi Oeol Tro^Xo}, Beou ^aiiteçj (Fvydpxovreç Ôecç, (Ao^oç 17, T/ 6 Seàg kxtx Tr^drava,)

(1) '^OcTtç ouv Kx} Twy krî yîjç Cxat>Jo)v où V^jijxxiotç fjcâvov aç Trxrijp Tpo(je>ij^ v&crcu^ «AA ' yf'fvf kcù ZkùBxi^^ oitroq èartv S rou Jièç Çjf AwTjyç, ko) ooroç 6 jxAay-

BpQzoq àrex^aq fiXdvOpcoroç de kx} fixffi>£Ùq kip'k&q^ cq fiijJêyx àvêpérov

oXcaq àXXoT/MOv rijq êxvrov rpovoîxq xoielrxi, (Et? rîjq eipvivvjqy OyiAfvri. IQe Discours y Paris, lôSé.) Le plus remarquable des Discours de Thémistius, adressés à Valens, est le 32e. Le texte grec de ce discours ne nous est point parvenu. Il en existe une ancienne traduction latine, attribuée à Andréas Duditiîis par le Père Petau, qui l'a accompagnée d'une traduction grecque. Je transcris les passages suivants de la traduction latine : « Intelligis enim non esse in Principum potestate subditos sibi » populos ad omnia quae velint cogère, sed esse quaedam ad quœ inviti nullâ » ratione compelli possint. Quo in génère cùm omnis virtus est, tùm verb H de cultu Deorum sensus atque judicium. Nam neque bonum virum per » vim queres efficere : est enim virtus habitus voluntarius. Neque cogère • possis ut id ullâ de re sentiam quod sentire nolo. Quse labore vel ministerio « corporis geruntur, ea imperari et per vim administrari possunt : mentis a agitatio quseque ex eâ pendent, notiones et habitus animi, libéra et soluta

Ulù SECONDE PABTIE.

y renoncer ))ar rimpossibilité de iaire un choix entre les innombrables pages'' où il met dans la bouche de Socrate les plus sublimes enseignements , entremêlés d*erreurs souvent exorbitantes. Le Koran, qui abonde en détestables préceptes, abonde aussi en admirables maximes. Par exemple , cette recommandation si sage, t Point de violence en matière de « religion; la vérité se distingue assez de Terreur. », a été écrite de la même main qui venait de tracer ces lignes

sanguinaires, « Tuez-les partout où vous les trouverez

« Combattez-les jusqu^à ce que vous n*ayez point à craindre c la tentation, et que tout culte soit celui du Dieu unique (1). »

* sunt. Ac corpore quîdem ipse ut faciam aîiquid quod non probem potes me

* fortassè cogère : ut libenter faciam nullateniis vis est tanta, nullse mins » tàm atroces, nulla tàm acerba suppUcia quse mepossint impellere Kon

* defuêre patrum memoriâ importuni principes qui banc vim afierre bomi- » num animis conati sunt, ut quam ipsi religionem accepissent, eam csterîs » ingratiis tcntarent obtendere; sed hoc unum effecerunt ut praesentis pœnœ » metu multos cogèrent tegere quod sentirent, neminem ad suam sententiam « traducerent. Ità non Deum quem illi volebant sed purpuram verebantur

» imperatoriam Sapienter igitur à te dccretum est ut quam quisque

u religionem probabilem duceret, ad eam se adjungeret in eoque animi sui » tranquillitate serviret. Neque bcec à te primîim lex excogitata est, sed H œqualis est vitœ hominum, et jàm indè ex omnium saeculorum œtemitate à - Deo sancita. Informavit enim Déus omnium mentes, quamvis agrestium et » barbarorum , notione suî , studiumque pietatis ità omnibus insculpsit ut » neque persuadendo neque cogendo ex animis exui poSsit. Rationem rero et

* viara quâ coli velit non prœscripsit, sed cujusque judicio et voluntati « permisit. Quocircà qui vim adhibet, pugnat cum Dei et naturœ lege ; qui « quam potestatem hominibus Deus tribuit, eam tentât adimere. « {Ad Valenteniy de Religionibus,)

(1) Chapitre 2, v. 187, 189 et 257, Traduction de M. Kasimirski, dans la

Je citerai encore cet excellent précepte dont beaucoup de chrétiens pourraient faire leur profit : « Une parole honnête, € Toubli des offenses vaut mieux qu'une aumône qu'aura « suivie un mauvais procédé. Dieu est riche et clément. « croyants, ne rendez point vaines vos aumônes par les « reproches ou les mauvais procédés comme agit celui qui « fait des largesses par ostentation (1). x> Je termine par cette citation : « Efforcez-vous de mériter l'indulgence du Seigneur

« et la possession du paradis destiné à ceux qui savent

« maîtriser leur colère et qui pardonnent aux hommes qui « les offensent. Certes Dieu aime ceux qui pratiquent le « bien (2). » Ces derniers versets ont donné naissance à une légende que les Musulmans apprennent aux petits enfants dès l'âge le plus tendre : Hassan avait un esclave maladroit qui laissa un jour tomber sur lui, pendant le repas, un mets tout bouillant. Craignant le ressentiment de son maître, l'esclave se jette à ses pieds et lui dit : a Le paradis est destiné à ceux « qui savent maîtriser leur colère. » Hassan répond : « Je ne « suis pas en colère. » L'esclave ajoute : « Et qui par- « donnent. » Hassan dit : « Je te pardonne. » L'esclave

collection des Livres sacrés de V Orient, publiée par M. Pauthier, Paris, 184:2. Quand je dis que ces recommandations si opposées ont été écrites par une même main, je n'entends point pour cela me prononcer sur la question débattue par les historiens, si Mahomet savait écrire, et s'il ne s'est pas contenté de dicter les diverses parties de ce recueil désordonné et plein de contradictions. Voir aussi, en témoignage de son fanatisme, les versets 7, 17, 40 et 68 du chapitre 8, les versets 5, 23, 74, 112 et 114 du chapitre 9, et le verset 4 du chapitre 47.

(1) Ch. 2, V. 265 et 266.

(2) Ch. 3, V. 127 et 128.

enhardi continue : « Dieu aime ceux qui pratiquent le bien. » Hassan ajoute : « Lève-toi , je te donne la liberté et quatre € cents pièces d*argent. » Les chrétiens ont assurément aussi^ dans leurs livres sacrés et leurs traditions orales, de fort intéressantes légendes; mais en ont -ils qui le soient plus que celle-là ?

Dans la première partie de cet ouvrage , j'ai abordé directement renseignement chrétien tel qu'il est formulé depuis des siècles et qu'il est encore aujourd'hui défini par l'autorité ecclésiastique, et j'ai démontré l'impossibilité pour une intelligence éclairée d'admettre ses dogmes fondamentaux. Dans la seconde partie, j'ai fait voir que ses monuments les plus anciens qui soient venus à notre connaissance, je veux dire les divers livres dont l'ensemble porte le nom de Bible, étaient dépourvus de toute autorité ; j'ai montré que les livres de l'Ancien Testament regorgeaient d'erreurs et de cruelles impiétés , et que les livres du Nouveau Testament, particulièrement les Évangiles, étaient remplis d'erreurs et surtout des plus choquantes contradictions. En résumé, après avoir fourni cette carrière de longue et pénible critique , je me crois autorisé , sans m'exposer à être taxé de présomption , à dire que , dans la première partie de mon

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