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compte d'Alain, on raconte que la veille du jour où il s'était engagé à expliquer en public le mystère de la Trinité , il aperçut \in enfant sur le bord de la Seine,
3ui s'amusait à porter de l'eau ans un trou fait dans le sable.
m Que prétendez-vous faire, mon enfant , lui dit le docteur? — Je veux que toute la rivière entre dans ce trou. — Et quand croyez - vous que vous en serez venu à bout ) — Plutôt ojue vous n*ayez expliqué le mystère de la Trinité, comme vous vous y êtes engagé. » Cette réflexion déconcerta le docteur, honteux de s'être trop avancé pour faire une vaine parade de sa science. Il monta cependant en chaire ainsi qu'il l'avait promis ; mais ce fut pour congédier son auditoire par cette gasconade : Sufficiat voùis vidisse Alanum. II faut mettre dans la même catégorie son entrée à Citeaux , en qualité de frère convers, pour y être employé à la garde des troupeaux, et le rôle merveilleux qu on lui fait jouer au concile de Latran.
Tout cela est destitué de dates, de preuves et même de vraisemblance. Ce ne fut que deux siècles après sa mort qu on ajouta aux trois premiers vers de son épitaphe, les quatre qui la terminent, et après qu'on eut imaginé la fable qui en faisait un frère lai.
Il est représenté sur son tombeau, tenant un chapelet à la main , chose inconnue de son temps. Il est étonnant qu'Alain , auteur de tant d'écrits qui durent lui donner, de son vivant, une si grande célébrité , fût si peu connu au xv- siècle, où. toutes ces fables ont été inventées. Pour expliquer le silence de nos historiens à son
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sujet, on va le chercher en Angleterre. Gervais, moine de Cantorbéry, dans le xne siècle, dit ue maître Alain, de chanoine e Béuévent, se fit moine de la cathédrale de Cantorbéry; que le 6 août 1 1 79, cinq ans après son noviciat, il en fut nommé prieur à raison de son mérite, ët qu'il était Anglais, ce qu'on explique en disant qu'il pouvait être né à Lille d'une famille anglaise, ou parce qu il résidait en Angleterre. Raoul de Diceto s'exprime^ sur Alain de la même manière que le moine Gervais. Les mêmes historiens nous apprennent que dès l'année n84, Alain justifia la haute idée que ses confrères avaient conçue de son mérite , par la fermeté avec laquelle il soutint les droits de son chapitre contre les prétentions des évêques de la province, et contre le roi lui-même, à l'occasion de l'élection d'un archevêque de Cantorbéry. Mais le roi et le nouvel archevêque , redoutant son opposition au nouveau projet qu'ils avaient conçu pour enlever le droit d'élection aux moines de la cathédrale , se concertèrent pour le destituer et le transférer à TwVsbury , dans le Glocestershire , dont il fut nommé abbé.
Dès ce moment il n'est plus fait mention de lui dans 1 nistoire.
Pour ne faire qu'un même personnage de maître Alain, et d'Alain, prieur de Cantorbéry, on s'autorise surtout du Commentaire sur les prophéties de Merlin. L'auteur de ce commentaire^ qui est incontestablement le docteur universel , se dit né à Lille en Flandres. On ajoute que les trois premiers livres de ce commentaire supposent qu'il a été
composé en Angleterre , puisqu'ils ne sont , à proprement parler , qu'une histoire des rois d'Angleterre jusqu'à Henri II ; que Tes mànuscnts des œuvres d'Alain ne sont nulle part aussi multipliés qu'en Angleterre , soit qu'il les eût composés en Angleterre ou dans quelque ville de deçà la mer, soumise à la domination anglaise ; qu'ayant éprouvé des désaerémens dans son abbaye de Twksbury , il finit par s'en démettre pour repasser en France, et se retirer à Cileaux ; que sa dénomination de insulis l'aura fait confondre avec l'évêque d'Auxerrc, de même nom que lui , et comme lui cistercien. Les <Buvres de maître Alain ont été recueillies à Anvers, en i654, par les soins de dom de Wisch.
Dette édition ne renferme pas tous ses ouvrages imprimés. En \oici la notice : I. Encyclopedia , ou Anti-Claudianus , deqfficio viri boni et perfecti. C'est un poëme ou roman moral, divisé en neuf livres , appelé Encjrclopedia , parce que 1 auteur y entre dans un grand détail sur les procédés des sciences et des ârts ; et Anti- Claudianus , parce que c'est une imitation, mais en sens inverse, du poëme satyrique de Claudien contre Ruffin. Claudien , afin de rendre odieuse la mémoire du ministre de Théodose , suppose un complot des vices pour bannir de l'empire le règne de la vertu , et il en prend le modèle dans Ruffin. Alain , au contraire , imagine un concert de toutes les vertus pour chasser les vices de la terre et faire cesser la dépravation des hommes. Ce plan , mélange bizarre de philosophie , d'érudition, d'imagination et des
préjugés du temps, offre cependant une conception vaste. La versification en est facile et beaucoup meilleure que celle de la plupart des poètes du xne siècle.
C'est de tous les ouvrages d'Alain celui oui lui donna le plus de célébrité parmi ses contemporains.
Il était même devenu classique au xme siècle , où il eut des commentateurs, tels que Raoul de Longchamp et Adam de Labassée, qui T'abrégea et l'enrichit de digressions morales. Ces deux commentaires n'ont jamais été im—
Srimés. L'ouvrage le fut sans nom 'auteur, à Bàle, i536; Venise, i582; Anvers, 1621 ; puis dans la collection de D. de ^Wisch. Le grand d'Aussy a donné, sur un manuscrit de la bibliothèque dn roi, la notice d'une traduction libre de VAnti-Claudianus en vers français, qu'il met beaucoup au-dessus de l'original. L'auteur en a retranché beaucoup d endroits, surtout ceux qui ne contiennent que des détails scholastiques. Il y a ajouté des morceaux de sa façon , et en a embelli , corrigé et resserré le plan. H. De planclu naturœ ad deum, ou Enchiridion de rébus \natura>. C'est un conte moral contre la dépravation du monde , mêlé de vers et de prose, faible imitation du Traité de la consolation philosophique de Boëce, dont il n'approche ni pour le fond ni pour le style. Cependant Barthius en fait un grand éloge. Allatius en pre-
?>arait une édition avec des notes, orsque la mort l'interrompit dans son travail. III. Elncidalio super cimiica canticonim , tout en l'honneur de la sainte Vierge, pour laquelle l'auteur trouve dans ce livre des allégories tant
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DÎenque mal amenées. TV. Dearte donne son édition, nue t). de preedicatorîâ. Ce sont des esquisses Wisch reçut les deux derniers de de sermons sur presque tous les la bibliothèque de Cileaux , et sujets de morale. Son objet était qu'il les publia en forme d'npcle réformer les défauts des prédi- pendice dans la seconde édition cateurs de son temps ; mais il au- de son Bibliotheca Cisterciensis. rail dû commencer lui-même par L'ouvrage e9t dédié, Amantis— réformer ses propres sermons, simo ( al. reverendissimo) domino dans lesquels il n emploie près- suo IVillelmo, Dei gralid Monque jamais l'Ecriture sainte qu'en tispessulani nrincipi. L'auteur un sens allégorique. V. Deux n'y prend d autre qualité que proses riméesj Vu ne sur l'incarna- celle de magister AU anus Et il tion, l'autre sur la faiblesse de la déclare que le motif de sa dédinature humaine. VI. Doctrinale cace, c'est que ce prince de Montaltum. Ce sont des pensées déta— pellier était le seul des souverains chées sur différons textes de PE- d'alors qui fût éminemment recriture, à l'usage des prédica- vêtu des armes de la foi chréteurs. VII. Doctrinale minus. Ce tienne , et <jui , au milieu des sont des paraboles qui renfer- tempêtes qui agitaient l'Eglise , ment des maximes de morale et n'eût jamais abandonné la barautres vérités , rendues d'une que de saint Pierre. Le nom de manière spirituelle, envers élé- Guillaume fut comme héréditaire giaques , distribués en distiques , dans la maison de Montpellier quatrains , sixains , etc. Cet onus- jusqu'à la fin du xn6 siècle. Parmi cule fut imprimé à Lyon en 1491 , ces princes , Guillaume VI, Guilin-8°, 1601 , avec le Commen- laume VII et Guillaume VIIT , taire de Mathieu Bonhomme, furent toujours dévoués au saint» LeipsicV, i5i6; traduit en vers siège, et ne furent jamais sus— français, avec des commentaires pects dans leur croyance. Mais moraux. Paris, i536, in-16. VIII. comme cet ouvrage ne fut cora- XJn Opuscule sur les six ailes des posé qu'après le concile de La— Chérubins y attribué à saint Bona- tran , en 1 i^c), où Alain avait été venture, imprimé parmi les œu- chargé par le pape d'écrire convres du docteur Séraphique, mais tre les hérétiaues qui y avaient moins complet que dans celles été condamnes, il est vraisemd'Alain. IX. Liber pœnitcntialis , blable que c'est à Guillaume VIII, dédié, dans plusieurs manuscrits, mort en 19.09. , qu'il le dédia, par maître Alain à Henri deSully, Alain s'était lié particulièrement archevêque de Bourges , qui oc- dans ce concile avec Errtiengaud, cupa ce siège depuis 1184 jus- abbé de Saint-Gilles , auquel il a ou en 1200. X. Dejide calholicâ. aussi dédié un de ses ouvrages C'est un excellent traité de con- manuscrits. Or, cet Ermengaud troversc en quatre volumes con- gouverna le monastère de Sainttre les albigeois , les va 11 dois , les Gilles jusqu'à environ 1 iq5. Voilà juifs et les mahométans. On n'en comment Alain aura tait controuve que les deux premiers li- naissance avec ce prince si zélé vres dans les œuvres d'Alain. Ce contre unehérésie qui faisait alors ne fut que deux ans après avoir les plus grands ravages , sans être
obligé, comme l'abbé Lebeuf, de le faire naître ou à l'Ile dans le comtatVenaissin, ou àl'Ile-Jourdain , près de Toulouse, ou à l'Ile- Médoc, dans le Bordelais, pour réserver à Alain d'Auxerre le privilège exclusif d'être né à Lille en "Flandres. XI. De arte, seu articulis fideicatholicœ , mis au jour par dom Bernard Pez. Cet ouvrage , divisé en cinq livres , et où l'auteur suit la méthode des géomètres , est dédié à un pape du nom de Clément , ce qui paraît devoir s'entendre de Clément III , qui occupa le saint-siége depuis 1187 yusqu'en 1191. XII. Alani magni de insulis doctoris universalîs explanalionum in prophetiam Merlinï Ambrosii Britanni libri septem. Ce commentaire fut publié à l'occasion des événemens extraordinaires qui se passaient alors en Angleterre, et clans lesquels on croyait reconnaître l'accomplissement des prophéties de JVIerlin. L'auteur y fait preuve d'une grande saçacité , d'une connaissance fort étendue de l'histoire et même des sciences physiques et naturelles. Casimir Oudin et l'abbé Lebeuf l'attribuent à Alain d'Auxerre, parce que l'auteur dit qu'il était né à Lille en Flandres. Mais ils ne font pas attention que cet auteur ait que dans son enfance le comte Thierri d'Alsace prit possession du comté de Flandres, ce qui eut lieu en 2 1 28 , et ne peut s'accorder avec les époques connues de la vie d'Alain d'Auxerre , et s'accorde très-bien avec celles de la vie de jnaître Alain : ajoutez que le Vmêmc auteur dit que Henri II régnait en Angleterre à l'époque oii il écrivait son ouvrage ; qu'il jiomme par leurs noms et dans
l'ordre de leui; naissance les enfans de ce prince, Henri, Godefroy et Jean. Or, ce dernier, selon la chronique de Robert de Mont- 1110 util , naquit en 1167. Il faut donc qu'Alain ait écrit postérieurement à cette année et avant la mort d'Henri II, arrivée en 1 189, et même avant celle d'Henri, son fils aîné, en n83, puisqu'il ne parle pas de la guerre que les en- Fans firent à leur père cette année là , quoique son texte lui en fournisse l'occasion. 11 faut conclure de ces circonstances et de quelques autres, que l'ouvrage fut composé dans l'intervalle de 1 174 & 11 79. Lebeuf prétend que l'auteur dit qu'il était alors moine de Citeaux, ce qui déciderait la question en faveur d'Alain d'Auxerre , qui à cette époque s'était démis de son évéché , et résidait à Clair-* vaux. Mais observez que l'auteur parle bien de son ordre , sans désigner toutefois auel était' cet ordre. Or, puisqu à cette même époque on trouve un maître Alain moine de Cantorbéry , de l'ordre de Saint-Benoît, qui se trouvait établi dans le pays où. se passaient les événemens qui donnèrent lieu à l'ouvraçe, pourquoi aller chercher un evéque qui avait vieilli non dans la carrière des sciences, mais dans l'exercice de son mw nistère?Cene fut que long-temps après que maître Alain se retira à Citeaux. XIIT. Vie de saint Tho~ mas de Cantorbéry, dont on a publié des extraits dans le Quadrilogue que le P. Lupus a placé à la tête des lettres du saint archevêque. Cette Vie est d'Alain , moine de Cantorbéry, à qui Casimir Oudin attribue d'avoir recueilli et mis en ordre les lettres du saint prélat. XIV. Dicta Alani
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de lapide philosophico , germai la préface de son g* vol., pag. vi ,
nico id tomate, latine reddita per ou le t. i/}". Juslum à Balbian Alostanum. Cet
ouvrage, inséré dans le Theatrum Jeapt ALARY naquit à Tou-
chimicum , paraît être d'un autre louse ; sou père était président au
Alain, comme on peut le conjec- présidial de cette ville. Comme il
turer de ce qu'il avait été com- avait laissé à son fils, en mourant,
Dosé en allemand. Il existe encore quelques affaires épineuses , celui-
beaucoup d'écrits du docteur ci fut obligé de venir à Paris pour
universel , mais qui n'ont pas vu les poursuivre au conseil du roi.
Je jour , et qui vraisemblable- Dans la vue de rendre utile et
ment ne le verront jamais. La fructueux un séjour qui devait