‹ Examen d'un ouvrage intitulé: Des doctrines philosophiques sur la certitude dans leurs rapports avec les fondemens de la théologie par l'abbé GerbetChapitre 103 sur 152 · CHAPITRE HUITIÈME. aSg · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME. aSg

regardaient comme contenant la parole infaillible de Dieu. Néanmoins , comme les Juifs qui refusaient de se rendre à l’évidence des œuvres du Messie faisaient profession de croire à la divinité des livres de jNIoïse et de leurs autres Prophètes , Notre Seigneur , pour les convaincre par leurs propres principes , les renvoie à ces livres. « Scrutamini Scripturas , quia vos pua tatis in ipsis vitain œternarn habere ; et illœ » sont quee testimonium perhibent de me. »

( Joan. V. 3g. ) On ne dira pas , je pense, qu’en parlant ainsi Notre Seigneur semblait supposer que la raison primitive de croire en lui était la discussion des pa.ssages de l’Ancien Testament qui le concernaient.

Qu’y a-t-il donc d’étonnant que des Théologiens qui savent très-bien que l’autorité de l’Église est solidement établie indépendamment de l’Écriture , qui reçoivent cette Écriture divine des mains de l’Église , et qui disent de tout leur cœur avec saint Augustin que c’est sur l’autorité de l’Église Catholique qu’ils croient à la divinité du livre des Évangiles , se servent cependant de l’Écriture -Sainte pour établir les dogmes de leur croyance , et particulièrement le dogme de l’autorité de l’Église contre ceux

(i) < E\.ifnincz les Écritures , puisque tous croyez j tronrer • 1.1 vie éternelle ; ce sont encore clics qui rendent témoignage » de moi. •

a6o FXAMEJr d’lIT ouvrage , ETC.

qui les combaltent , partant d’un principe ad' mis des hérétiques , pour les forcer d’admettre un autre principe également certain, mais qu’ils ne reconnaissent pas , pour les convaincre ou les confondre par leurs propres armes ? Procéder ainsi , ce n’est point supposer que la raison primitive de croire l’Église dépende de la discussion de quelque passage de l’Écriture, c’est tout simplement imiter l’exemple que nous ont donné Jésus -CnRtsT lui -même , les Apôtres et tous les saints Pères. Nous venons de voir que Notre Seigneur prouve aux Juifs sa mission par les Écritures. Saint Paul réfute les objections des incrédules de son temps contre la résurrection des morts , et leur en prouve la possibilité , non -seulement par l’autorité de l’Écriture-Sainte , mais encore par des raisons naturelles. Faisait - il pour cela dépendre la croyance de ce dogme , ou sa certitude , de la force des raisons naturelles qu’il apportait pour prouver qu’il ne contredisait pas la raison ? Saint Augustin , prouvant par l’Écriture-Sainte le dogme du péché originel contre les Pélagiens , réfutant par l’Écriture-Sainte les erreurs des Manichéens , des Donatistes et des autres hérétiques , ne supposait pas que la croyance des dogmes Catholiques dépendît de la discussion des passages dont il se servait pour confondre ses adversaires; mais il savait que, selon la doctrine de saint Paul , « ToiUe écriture qui est

CUAPlTKi: HUITIÈMA.

» inspirée de Dieu est utile pour instruire , pour » reprendre , pour corriger et pour conduire

à la piété et à la justice.» (a. Tim. iii. i6, 17.)

Fondés sur cette autorité , saint Augustin et tous les saints Pères nous ont donné l’exemple de combattre les hérétiques avec cette arme puissante. Les Conciles généraux eux -mêmes ont appuyé leurs décisions sur l’autorité de . ( l’Écrilure-Sainte ; et dans le premier de tous les Conciles , lorsque saint Pierre eut décidé que les Gentils n’étaient pas tenus aux observances légales , saint Jacques confirma sa décision par , un passage de l’Écriture : (*) o Et huic concory> dont verba Prophetarum , sicut scriptum est,

» etc. » ( Act. XV. i 5 . )

Les novateurs du seizième siècle ont dû être combattus comme tous les hérétiques qui les ont précédés. Ils en appelaient à l’Écriture- Sainte , qu’ils regardaient comme Tunique règle de foi ; et tous les Théologiens qui les ont combattus leur ont prouvé par TÉcriture-Sainte elle-même la nécessité d’admettre une autorité , juge de l’authenticité des Livres saints et du sens des passages qui peuvent donner lieu à quelque contestation. Ce ne sont pas seulement les Théologiens Cartésiens qui ont adopté cette , méthode , mais ceux mêmes qui ont existé avant

(1) f Et celte doctrine »’accortlc avec les paroles des Proplièles :

» car il est écrit , etc. ■ ' . ■

a6a EXiMEN d’un ouvrage, etc.

Descartes. En effet , quel est le Tliéologien qui ait combattu plus vigoureusement ces hérétiques par l’Écriture-Sainte , que le célèbre Bellarmin ? Or je ne pense pas que l’Auteur veuille sérieusement mettre Bellarrain au nombre des Théologiens Cartésiens.

Mais les Théologiens Cartésiens, en prouvant l’autorité de l’Eglise par l’Ecriture-Sainte , semblent supposer ce que les autres ne supposent pas. — Je suis fâché de le dire, mais c’est l’Auteui* lui-même qui , évidemment, siqipose ce qui n’est pas. Sa prévention lui fait prendre des chimères |)our des réalités. Comme je le suppose de bonne foi , je vais lui indiquer un moyen bien simple de connaître la fausseté de ses suppositions. Qu’il prenne la peine de lire les Théologiens qui lui sont les plus suspects , et s’il trouve un Théologien Catholique qui n’enseigne pas que c’est à l’Eglise qu’il appartient de statuer sur le Canon des Livres saints , je l’abandonnerai à ses suppositions ; maiç si tous , usque ad unum , admettent ce point fondamental de la Religion Catholique, je dirai qu’il est injuste de les accuser de renverser la base de la Théologie Catholique. Il serait .sans doute à souhaiter que tous les hommes se soumissent , sans raisonnement, à l’autorité divine de l’Église ; mais comme cela n’a jamais été et ne sera vraisemblablement jamais , il ne faut pas exclure les preuves qui parlent à la raison et peuvent servir à laconvaiu-

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