‹ Examen d'un ouvrage intitulé: Des doctrines philosophiques sur la certitude dans leurs rapports avec les fondemens de la théologie par l'abbé GerbetChapitre 108 sur 152 · CHAPITRE ‘ HÜITIKJre · texte numérisé non relu

CHAPITRE ‘ HÜITIKJre

mort de Jiisrs-CnRisT, un particulier qui aurait cru la divinité du Sauveur aurait mieux jugé que toute la Synagogue qui le condamnait ; d’où il concluait que ce n’est point une chose si étrange de soutenir qu’un individu peut quelquefois juger plus sainement que toute l’Église. A quoi Bossuet répondit qu’à cette époque il existait une autorité visible plus grande que celle de la Synagogue même , savoir celle de Jéscs- Ghrist, dont les miracles devaient convaincre les plus incrédules ; que l’autorité de la Synagogue cessait à ce moment même, et qiie cette défection avait été annoncée ; que la question entre le ministre et lui était de savoir s’il ne doit pas toujours existerdans la vraie Église un moyeu extérieur et certain pour terminer les doutes ; et que lorsqu’on avait sur la terre Jésus-Christ eji personne, dont l’autorité était la plus grande possible , il était bien inutile d’en chercher une autre. Claude ne trouva rien de solide à répliquer , et les Protestans doivent regretter qu’il n’ait point eu à ses côtés notre Auteur ; il lui aur»t suggéré une réplique victorieuse qui aurait fort embarrassé Bossuet , ou même l’aurait réduit au silence. Voici la substance de cette réplique.

« Bossuet reconnaissantla nécessité d’un moyen » extérieur certain pour résoudre les doutes en » matière de Beligion , est obligé de reconnaître » que ce moyeu a dû exister , non -seulement

2^6 r.XAMEIf d’uJT ouvrage , ETC.

» dans tous les temps, mais aussi pour tous les » hommes ; et il est clair que ce moyen ne pou- » vait pas être la Synagogue , qui était une au- » torité purement locale : d’où il suit qu’elle ne » pouvait être que l’antorité du genre humain. » Or plusieurs Théologiens soutiennent , avec » les Protestans , que cette prétendue autorité » du genre humain est essentiellement faillible, » et qu’elle a erré pendant plusieurs siècles ; » donc la nécessité d’une autorité perpétuelle et » universelle avant Jksus-,Christ est manifeste- » ment démentie par les faits , de l’aveu des » Théologiens Catholiques ( de l’aveu de vos » Théologiens), en même temps qu’elle est re- » connue nécessaire.' Donc l’argument pris de » l’autorité et dirigé contre le Protestantisme se » tourne avec une force invincible contre le » Catholicisme. » (p. i64 et iü5.)

L’Auteur est si émerveillé de cette réplique qu’il a imaginée , et il la trouve si naturelle , qu’il s’étonne qu’un homme aussi luibile que le ministre Claude ny ait pas songé. Son étonnement doit redoubler , s’il considère qu’un homme aussi habile que Bossuet lui-même était loin de songer à la possibilité d’une telle réplique , ou même à la possibilité d’une réplique quelconque qui eût quelque solidité. Âpres , dit-il , que j’eus dit ces choses , je sentis qu’il n’y avait rien à me répliquer. Lnfm ce qui doit porter l’étonnement de M. G au comble, c'est que ce n’est pas

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seulement dans la chaleur de la dispute que le ministre resta court ; il eut tout le temps de la réflexion , et si dans la relation qu’il publia de la conférence , il essaya de répondre au raisonnement de son adversaire , sa réponse , qui n’a rien de commun avec celle qu’on vient de lire, n’empêcha pas Bossuet de persister dans la persuasion que son raisonnement n’était pas susceptible de réplique. « Si je remarque , dit-il , » dans la conférence , qu’il n’y eut point de ré- » ponse à ce raisonnement , on sent bien que » c’est qu’en effet il n’y en doit point avoir. » M. Claude dit néanmoins dans sa relation qu’il » me répondit que les miracles de Jésus-Christ

» faisaient un des sujets de la question On va

» voir qu’en effet il vaut mieux se taire que de » dire de telles choses. » (^jRé/lexions sur un écrit de M. Claude. )

Pour moi j’ai aussi un sujet d’étonnement ; c’est de voir le ton tranchant et doctrinal , que prennent habituellement des hommes qui , s’ils croyaient à leurs propres principes , devraient se défier un peu plus de leur jugement individuel. Une objection qu’on trouve si naturelle , à laquelle un aussi habile homme que le ministre Claude n’a pas songé , non-seulement dans la chaleur de la dispute , mais après avoir eu tout le temps de la réflexion ; une objection si naturelle, dont le génie de Bossuet n’a seulement pas soupçonné la possibilité, me parait un peu

278 EXAMEN d’un OUVRAGE ^ ETC.

suspecte; et je ne crois pas que ce soit une lémérité de ma part de douter de sa solidité. Je ne pense pas qu’elle eût suffi pour fermer la Louche à Bossuet. Je ne sais ce qu’il aurait répondu ; peut-être se serait-il contenté de répéter 1

ce qu’il disait de la réponse donnée après coup par Claude , qu'il vaut mieux se taire que de dire de telles choses ; mais il me semble qu’il aurait pu répondre que le moyen extérieur de résoudre les doutes en matière de Religion , |

dont il reconnaissait la nécessité , se trouve nécessairement dans la vraie Religion , qui cesserait d’être vraie, si elle enseignait l’erreur; que par conséquent ce moyen a toujours existé partout (

où a existé la vraie Religion : mais qu’il n’est pas nécessaire de soutenir que la vraie Religion existe partout ; que cela devrait être , mais que la malice des hommes y a toujours mis obstacle; qu’avant Jésus-Christ il n’y avait d’Église professant la vraie Religion , que celle des Juifs ; qu’il pouvait y avoir et qu’il y avait en effet parmi les nations mêmes quelques adorateurs du vrai Dieu , mais qu’ils ne formaient pas d’Ëglise visible ; que les nations avaient perdu la foi , et avec elle le flambeau salutaire qui les éclairait Tout le monde du moins croyait ainsi du temps de Bossuet , et pour nous persuader aujourd’hui le contraire , il faudrait une autorité plus grande, un consentement plus commun que celui du petit nombre des partisans du nouveau système.

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