CHAPITRE IIUmÈME
été indigne du génie de Bossuet Son raisonnement était fondé sur le principe que les enfans reçoivent avec le baptême le Saint-Esprit et la foi infuse ; d’où il suit que le 'doute qu’ils aur raient sur quelque objet de foi , lorsqu’ils parviennent à l’âge de discrétion , serait une véritable infidélité. Ce principe est certain et d’une vérité absolue. Il était admis non-seulement de M."* de Duras et de beaucoup d’autres Protestans , mais du ministre Claude lui-méme , et Bossuet le força d’en faire l’aveu. Son argumentation avait donc une valeur absolue.
L’Auteur prétend ensuite que la question fut envisagée par les deux antagonistes sous deux points de vue différens ; que Bossuet disait : Cela n’est pas Chrétien , donc cela n’est pas raisonnable ; et Claude, Cela n’est pas raisonnable , donc cela ne peut pas être Chrétien. C’est encore là une assertion fausse et démentie par la relation que nous avons de la conférence. Il suffit de la lire pour être convaincu que jamais dispute ne fut plus précise ni mieux conduite. Notre dispute , dit Bossuet lui-méme , fut suivie et assez serrée. Or il en eût été autrement, s’ils avaient envisagé la question sous deux points de vue différens ; car ils auraient parlé sans s’entendre , ce qui est une source de confusion dans les disputes. L’un ne dit point , Cela n’est pas Chrétien , donc cela n’est pas raisonnable ; et l’autre. Cela n’est pas raisonnable, donc cela
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ne peut pas être Chrétien ; car il ne fut nuliement question entr’eux de concilier la raison avec le Christianlsrae. Tous deux supposaient comme certain que ce qui est Chrétien est raisonnable , et que ce qui n’est pas raisonnable n’est pas Chrétien. Tous deux admettaient sur ce point la doctrine de saint Thoinas qui dit : h) O Ea quœ naturaliter rationi sunt insita , vey> rissima esse constat , in tantum ut nec ea esse » falsa sit possibile cogitare , nec id quod Jîde » tenetur , cùm tam evidenter divinitus confîr- » matum sit , fas est credere esse falsum. Quia » igitur solum falsum vero contrarium est , ut » ex eorum definitionibus inspectis manifeste » apparet , impossibile est illis principiis quœ » ratio naturaliter cognoscit prœdictam verita- » tem fidei contrariam esse. » ( contra Gent. , lib. I. c. 7. )
Le ministre ne demandait donc pas à Bossuet s’il était raisonnable de croire à l’Église , pas plus que Bossuet ne lui demandait s’il était raisonnable de croire à l’Évangile ; mais comme
(1) « Les clioscs qui sont ntlarcllcmcnt imprimées dans la
• raison sont si manirestement vraies , qo'il est impossible de
• penser qu'elles soient fausses s et ce que l'on tient par la foi est
> si évidemment confirmé par le témoignage de Dlcn , qnlt
> n'est pas permis de le croire faux. Pois donc qne le faux seul
• est contraire au vrai , comme il paratt clairement 11 llnspection » de leurs définitions, il est impossible que la vérité de foi dont
> noos parlons soit contraire à ces principes que la raison connaît
> natnrcllcmcol. *
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