CHAPITRE HUmàME
» foi : » Je crois , comme je crois que Dieu est y » que cette Ectiture est la parole de celui en qui » je crois. Et je dis qu’il ne peut faire cet acte » de foi que par la foi qu’il a déjà à l’autorité » de l’Église qui lui présente l’Écriture. Il faut » ici , poursuivis-je , expliquer à fond , mais » simplement toutefois , dans quel ordre sont » instruits les Chrétiens de la vérité de l’Écri- » ture. Je ne parle pas des Infidèles , je parle » des Chrétiens baptisés; et, je vous prie , qu’on » remarque bien cette distinction. H y a deux » choses ici à considérer. L’une est , qui nous » inspire l’acte de foi par lequel nous croyons » l’Écriture-Sainte comme parole de Dieu ; et » nous convenons que c’est le Saint-Esprit : sur » cela nous sommes d’accord. L’autre chose à » considérer , c’est de quel moyen extérieur le » Saint -Esprit se sert pour nous faire croire » l’Écriture-Sainte ; et je dis que c’est l’Église. » Qu’ainsi ne soit , il n’y a qu’à voir le Symbole » des Apôtres, c’est-à-dire, la première inslruc- » tion que le Fidèle reçoit. 11 n’a pas lu l’Écri- » ture-Sainte , et déjà il croit en Dieu , et en Jésus- » Christ , et au Saint-Esprit, et l’Église univer- » selle. On ne lui parle point de l’Ecriture; mais » on lui propose de croire l’Église universelle » aussitôt qu’on lui propose de croire au Saint- » Esprit. Ces deux articles entrent ensemble » dans son cœur, le .Saint- Esprit et l’Église; » parce que qui croit au Saint-Esprit , croit aussi
aS6 EXAMXIf d’dIT ODVXAGE , ETC.
a nécessairement l’Église universelle que le Saint- » Esprit dirige. Je dis donc que le premier acte a de foi que le Saint-Esprit met dans le cœur » des Cbrétiens baptisés , c’est de croire avec le a Père , le Fils et le Saint-Esprit , l’Église uni- ■ versclle ; et que c’est là le moyen extérieur a par lequel le Saint-Esprit insinue dans les » cœurs la foi de l’Écriture-Sainte. Si ce moyen a n’est pas certain , la foi en l’Écriture sera par » conséquent douteuse. Mais comme le Catboa lique a toujours trouvé ce moyen certain , il » n’y a aucun moment où il n’ait pu dire : Je a crois » comme je crois que Dieu est , que Dieu a a parlé aux hommes et que cette Écriture est a sa parole. Et la raison pour laquelle il peut a faire d’abord cet acte de foi , c’est qu’il n’a a jamais douté de l’autorité de l’Église , et que a c’est la première chose que le Saint-Esprit lui » a mise dans le cœur , avec la foi en Dieu et » en Jésus-CnRisT. Quant à ce que vous me de- 1 » mandez , comment il croit à l’Église, ce n’est » pas là précisément notre question , il suffit a que nous voyions qu’il y croit toujours , puis- » que c’est la première chose que le Saint-Esprit » lui met dans le cœur , et que c’est le moyeu a extérieur par lequel il lui fait croire l’Écriturea Sainte , Écriture dont il* n’a garde de douter » jamais , puisqu’il n’a jamais douté de l’Église a qui la lui présente. Voilà , Monsieur , notre a doctrine ; et parce que cette doctrine n’est pas
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CHAJITaS nOITlàME. 387
» la vôtre , vous tombez nécessairement dans » l’inconvénient que j’ai marqué. Parce que » vous ne croyez pas l’autorité de l’Eglise comme » une chose qui ije peut manquer , on vous » marque un point où vous ne pouvez faire un » acte de foi sur l’Écriture, et où par conséquent » vous cessez d’être Fidèle. »
J’ai cru devoir transcrire ce passage en entier , malgré sa longueur , pour mettre le lecteur à même de connaître les principes des Théologiens dits Cartésiens sur la foi ; car Bossuet était Cartésien , de l’aveu de M. de La Mennais. ( Défense de l'Essai , Préface p. xi. ) Mais pourquoi notre Auteur , qui avait annoncé qi l’il voulait donner l’analyse de la conférence , ne dit-il pas un mot de cette réponse remarquable ? A-t-il craint qu’on ne la trouvât pas tout-àfait d’accord avec ce qu’il nous a si souvent dit des principes de la Théologie Cartésienne , avec l’accusation tant de fois répétée contre les Cartésiens , d’admettre l’indépendance de la raison individuelle , de donner pour principe de la foi le jugement faillible de chaque individu , de faire dépendre la croyance à l’Église de la discussion de quelque passage de l’Écriture , etc. ? A-t-il pensé que cette réponse d’un Théologien Cartésien faisait voir trop clairement qu’on pouvait très -bien soutenir le principe Catholique sur la foi , sans recourir au principe de la raison générale; que le baptême et le Saint-Esprit
a88 KXAMEiT d'üJÎ ouvrage , ETC.
sont très-suffisans pour mettre en nous le principe de la foi , sans avoir besoin de recourir au consentement commun ?
Le ministre Claude objecta que par cette réponse Bossuet ne satisfaisait pas à ce qu’il demandait sur l'Église , qu’il n^expliquait pas a comment nous commencions à y croire : car, «disait-il , le Saint-Esprit est le principe de » croire , et non le motif de croire ; qu’il fallait » donc que Bossuet expliquât comment nous » croyions à l’Église, et par quel motif ; et que » de la manière dont il en parlait , il semblait » qu’on y crût par enthousiasme et sans aucune » raison qui nous induisit à le faire.
» Je répondis sur cela , dit Bossuet , que je » ne prétendais pas qu’on crût à l’Église par en- » thousiasme; qu’il y avait, pour la reconnaître, » divers motifs de crédibilité que le Saint-Esprit « suggérait à ses Fidèles comme il lui plaisait ; » qu’il ne les ignorait pas , mais qu’il n’était » pas question d’en parler ici. Il s’agit de sa- • » voir , disais-je , si le moyen extérieur dont » le Saint-Esprit se sert pour nous faire croire » l’Écrit U re-Sainte n’est pas l’autorité de l’Église.
» Je ne parle pas gratuitement, quand je disque » c’est la première chose que le Saint-Esprit met » dans le cœur des Chrétiens baptisés ; car dès » le Symbole on leur parle de l’Eglise univer- » selle, et on la leur propose à croire,. sans leur » parler de l’Élqriture... » Au point où le Chrétien a