CHAPITRE HUITlj^HE
agi
ment cette dernière objection , directement et sans avoir besoin de changer de méthode. Il commença par faire voir qu’il y avait une grande différence à mettre entre les Grecs , les Arméniens , etc. et les prétendus Réformés , en ce que les premiers reconnaissent que l’on doit croire tout ce qu’enseigne l’Église que Jésus-Christ a établie , quoiqu’ils se trompent en prenant une fausse Église pour la véritable ; au lieu que les Réformés soutiennent qu’on ne doit pas croire même la véritable Église et qu’elle peut enseigner l’erreur. Puis il ajoute :
a Après cette distinction , qui m’a paru néces- » saire , venons à notre difficulté. Distinguons » dans la croyance des Grecs , et des autres fauv » scs Églises, ce qu’il y a de vrai, ce qu’elles ont » de commun avec la vraie Église universelle ; » en un mot ,'ce qui vient de Dieu d’avec ce » qui vient de la prévention humaine. Dieu met V par son Saint-Esprit dans le cœur de ceux qui w sont baptisés dans ces Églises , qu’il y a un » Dieu , et un Jésus-Christ , et un Saint-Esprit. » Jusqu’ici , l’erreur n’y est pas ; tout cela est » de Dieu ; n’est-il pas vrai ? Il en convint. Ils » croient qu’il y a aussi une Église universelle ; » n’ont-ils pas raison en cela, et n’est-ce pas » une vérité révélée de Dieu qu’il y en a une en » effet ? J’attendis l’aveu , et après qu’il eut été » donné , j’ajoutai que les Grecs et les Éthiopiens » étaient disposés à croire sans examiner tout
39a EXAME\ d’iIîT OWTRAGE , ETC.
» ce que la vraie Eglise leur proposait. C’est ce » que vous n’approuvez pas , Monsieur : en cela » vous vous éloignez de tous les autres Chrétiens » qui croient unanimement qu’il y a une vraie » Église qui ne trompe jamais ses enfans. Moi, » qui crois cela avec eux , je compte cette a croyance parmi les choses qui viennent de » Dieu : mais voici où commencent les préven- » tions humaines. C’est que ce Baptisé, séduit » par ses parens et ses pasteurs , croit que » l’Église où il est, est la véritable , et il attribue » en particulier à cette fausse Église tout ce que » Dieu lui fait croire en général de la vraie. Ce » n’est pas le Saint-Esprit qui lui met cela dans » le cœur ; n’est-il pas vrai ? Il est vrai sans » doute. En cet endroit il commence à croire » mal. Ici donc commence l’erreur ; icd la foi » divine infuse par le baptême commence à » périr. Heureux ceux en qui les préjugés hu- » mains sont joints à la vraie croyance que » le Saint - Esprit met dans le cœur. Us sont » exempts d’une grande tentation , et de la » peine terrible qu’il y a' à distinguer ce qui I) est de Dieu dans la foi de leur Église , d’avec » ce qui est des hommes. Mais quelque peine » qü’aient les hommes à distinguer ces cho- » ses , Dieu les connaît et les distingue ; et il » y aura une éternelle différence entre ce que )* son Saint-Esprit met dans le cœur des Bapti- » sés , quand il les dispose intérieurement à
Digili^r-". hy Coogk
[chapitre huitième. agB
» croire la vraie Église , et ce que les préven- B tioiis humaines y ont ajouté en attachant leur B esprit à une fausse Église. Comment ces Dap- B tisés pourront démêler ces choses dans la B suite , et par quels moyens ils peuvent sortir B de la prévention qui leur a fait confondre B l’idée de la fausse Église où ils sont, avec la foi B de la vraie Église que le Saint-Esprit leur a B mise dans le cœur avec le Symbole , ce n’est B pas de quoi il s’agit ; et il suffit que nous B ayons vu dans tous les Baptisés une croyance B de l’Église qui leur vient de Dieu distinguée B de la pensée qui leur vient des hommes. Cela B étant, je soutiens qu’à cette croyance de l’Église B que le Saint-Ésprit nous met dans le cœur B avec le Symbole, est attachée une ferme foi ; B qu’il faut croire cette Église aussi fermement B que le Saint-Esprit , à qui le Symbole même B la joint immédiatement ; et que c’est à cause B de cette foi à l’Église que le Fidèle ne doute B jamais de l’Écriture, b
L’Auteur prétend que , dans cette réponse , Bossuet raisonna d’après les idées Chrétiennes encore dominantes chez les Protestans , mais qu’il n’entra nullement dans la question générale que le ministre avait touchée. Le lecteur eu peut juger. Quant à moi , je pense que la réponse de Bossuet ne pouvait être ni plus directe ni plus décisive. Il n’était nullement question entre lui «t son adversaire du principe de certi-
ag4 EX.VMEN d’un ouvrage, etc.
tude. Personne n’avait encore imaginé de faire une question de Religion de la recherche de ce principe. 11 ne s’agissait entr’eux que de la foi divine , et de part et d’autre on croyait que la certitude de la foi divine est fondée sur la véracité de Dieu. Voici à quoi se réduisait toute la question. Bossuet avait objecté aux Protestans l’impossibilité de faire , dans leurs principes , •un acte de foi sur l’Écriture -Sainte avant de l’avoir exaniinée ; d’où il concluait avec raison qu’un Chrétien baptisé à qui on présentait pour la première fois l’Écriture-Sainte , devait douter de la divinité de ce Livre , et par ce doute devenir infidèle à la foi infuse qu’il avait reçue dans le baptême. ministre , qui ne pouvait pas répondre à cette objection , essjiya de la tourner contre les Catholiques, et prétendit que le Chrétien baptisé à qui on proposait pour la première fois l’autorité de l’Église devait également douter jusqu’à ce qu’il fût convaincu qu’il devait se soumettre à cette autorité. Il est assez clair que ce que Bossuet avait à faire était de montrer que la rétorsion du ministre n’avait point de fondement ; et c’est ce qu’il fit trèsdirectement , en faisant voir qu’on ne peut raisonner du Chrétien baptisé à l’égard dé l’autorité de l’Église , comme ou doit raisonner du Protestant à l’égard de l’Écriture- Sainte. En effet le Chrétien baptisé dit dans le Symbole , Je crois V Eglise Catholique , mais il ne dit pas