‹ Examen d'un ouvrage intitulé: Des doctrines philosophiques sur la certitude dans leurs rapports avec les fondemens de la théologie par l'abbé GerbetChapitre 116 sur 152 · CHAPITRE HUITIÈME. IC · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME. IC

server la différence énorme qui se trouve entre le Chrétien baptisé dans son enfance et l'Infidèle. Pour celui-ci, il s’agit d’obtenir ce qu’il n’a pas, au lieu que pour le premier il n’est question que de conserver et d’affermir ce qu’il a. L’Infidèle peut , et souvent doit passer par le doute pour parvenir à la foi ; mais bien loin que le doute puisse jamais être nécessaire pour conserver la foi , il est manifeste que la foi se perd par le doutç volontaire , puisque croire et douter sont deux choses qui ne peuvent subsister ensemble.

Écoutons saint Thomas , mon oracle ordinaire, celui que j’ai pris constamment pour guide dans toute cette discussion , avec saint Augustin dont il suit lui-même la doctrine. Ce saint Docteur connaissait , sans aucun doute , aussi bien que nos Docteurs modernes , la tbéorie de la foi et son fondement. On trouve dans tous ses ouvrages Théologiques les notions les plus exactes à ce sujet; mais je m’arrête de préférence à son Commentaire sur le quatrième chapitre de l’Évangile selon saint Jean , où à l’occasion de la conversion des Samaritains , il explique les qualités que doit avoir la foi et la manière dont elle se forme dans l’homme adulte. ,

«Trois choses, dit-il; sont nécessaires à la » perfection de la foi. Il faut d’abord qu’elle soit » droite , ensuite prompte , enfin qu’elle soit » certaine. Primo ut sit recta , secundo ut sit )• prompta , tertio ut sit certa. La foi est droite

agS EXA.MKir d’üit oüyrage , ktc.

» ( elle est une vraie foi ) quand on obéit à la » vérité pour elle-même et non par un autre » motif ; et c’est ce que nous trouvons dans la » foi des Samaritains , lorsqu’ils disaient à la » femme : Ce n’est plus sur ce que vous nous » avez' dit que nous croyons, non propter loque- » lam tuam, mais pour la vérité même que nous » avons entendue. Or trois choses nous condui- » sent à la foi en Jésiis-CnnisT. Premièrement , » la raison naturelle :( Rom. i. ao. ) Invisibilia » Dei, a creatura mundî , per ea qucejactasunt, » intellecta, conjp/a'ü/î/M/-. Secondement, le témoi- » gnage de la loi et des Prophètes : ( Rom. in. a i .) » (>) Nunc autem sine lege justifia Dei manifestata » est ; testijîcata à lege et Prophetis. Troisième- » ment , la prédication des Apôtres , de leurs » disciples et de leurs successeurs :( Rom. x. 14.) » P) Quomodo audient sine prœdicante ? Mais » lorsque l’homme est conduit comme par la » main à la foi par ces trois moyens , il peut » dire que rien de tout cela n’est le fondement » ou le motif de sa foi , et qu’il ne croit ni sur » le fondement de la raison naturelle , ni sur

(t) «Ce qoî était inTisiblc en Dieu est dcTcan visible depuis

• U création du monde , par la connaissance que les créatures 9 nous en donnent. *

(a) • Mais maintenant la justice de Dieu , ii laquelle la loi

* (de Moïse) et les Prophètes avaient rendu témoignage i nous > est manifestée indépendamment de cette loi. •

(3) < Comment entendrontdls si personne ne prêche? *

CKàPITRE IlUITlàME.

» celui du témoignage de la loi , ni sur celui de » la prédication , mais uniquement sur le fonde* » dement de la vérité même : (Genes. xv. 6 .) » ^')Credidit yibram Deo , et reputatum est ilU » ad justiliam. La foi est prompte lorsqu’on » croit sans résistance , sans délai , comme firent j> les Samaritains , qui se convertirent à Dieu » dès qu’ils entendirent la parole divine. Nous » l’avons entendu , disent-ils , et nous croyons 9 en lui , nous savons qu’il est vraiment le Sau- 9 veur du monde : Ipsi enim audivimus , et scimus 9 qida hic est verè Sahator mundi. Nous le 9 croyons, sans avoir vu les miracles dont les 9 Juifs ont été témoins. Car quoiqu’une croyance 9 prompte à la parole des hommes puisse être » regardée comme une preuve de légèreté , comme 9 le dit l’Ecclésiastique (xix. 4 - ) ’• crédit

» dlo , levis corde est ; néanmoins la promptitude 9 à croire à la parole de Dieu est conforme à ce 9 que dit le Psalmiste ( xvii. 45 . ) : P) 7 /i audita 9 auris obedivit mihi. Enfin , la foi doit être cer- 9 taine; car celui qui doute, en matière de foi, 9 est Infidèle : (Jac. i. 6 .) Poslulet in fide nihil 9 hœsitans. Telle était la foi des Samaritains ;

(1) • Abraham crut ii la parole de Dieu , et h foi loi fat réputée > à justice. *

(3) • Celui qui ae presse de croire montre qu’il a le cœur » léger. »

( 3 ) • A l'instant où son oreille m'a entendu , il m'a obéi. ■

( 4 ) • Qu'il demande arec foi et sans hésiter. •

3oO EXAMEîT d’u» ouvrage , ETC.

» aussi disaient-ils : Nous savons; Et scimus. Car » on dit quelquefois que l’on sait ce qu’on croit, » (pour exprimer une foi certaine) comme ici. » La raison est que la certitude est commune à » la science et à la foi. Car, de meme que la » science est certaine , la foi l’est aussi ; elle l’est » même beaucoup plus , car la certitude de la 9 science est fondée sur la raison humaine qui 9 peut errer , au lieu que la certitude de la foi 9 repose sur la raison divine qu’on ne peut 9 contredire. U y a cependant cette différence » dans la manière d’avoir la certitude ; savoir 9 que la certitude de la foi s’obtient par une 9 lumière divine infuse que Dieu met en nous , 9 et que la certitude de la science s’acquiert par 9 la raison naturelle : Fides habet certitudinem 9 ex lumine infuso divinitus , scientia vero ex 9 lumine naturali. Car , de même que nous avons 9 la certitude de, la science par le moyen des 9 premiers principes , que nous connaissons na- 9 turellement , nous connaissons aussi les prin- 9 cipes de la foi par la lumière que Dieu met 9 en nous : (Ephes. ii. 8.) MGratid s(dv>ati estis 9 per fidem , et hoc non ex vobis : Dei enim 9 donum est. r>

Dans cette théorie de la foi , saint Thomas ne dit pas un seul mot de la raison générale , du consentement commun ou du plus grand noni-

(q) • Ij» grâce tou» .i «aiiTé» par la foi : et cela ne vient pa» de • TOU» , car c'cal nu don de Dieu. •

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