CHAPITRE HUITIÈME. 3oi
bre. Est-ce oubli ? Est-ce ignorance ? Est-ce omission coupable ? Il parle , il est vrai , de la raison naturelle, et la donne pour un des moyens qui nous conduit à la foi; mais cette raison naturelle n’est point la raison générale, la raison humaine proprement dite , comme l’appelle M. de La Mennais ; car il convient qu’elle peut errer , quœ falU potest , et on nous dit que la raison générale est infaillible. Mais ce qui est vraiment surprenant, c’est que , dans la doctrine de saint Thomas , cette raison qui peut errer est pourtant aussi capable de certitude , et qu’elle obtient cette certitude, non par le moyen d’une raison supérieure en laquelle elle croit, mais par la lumière naturelle qui est en elle et qui lui fait coniiaître les premiers principes ; de sorte que , toute faillible qu’elle est , elle a en ellemême un principe de certitude , et par conséquent n’est pas toujours et en tout sujette à l’erreur. Enfin bien loin de reconnaître un principe unique de certitude qui soit identique au principe de la foi , saint Thomas distingue expressément le principe de certitude de la science, du principe de certitude de la foi : (')« Fides ha- » bet certiludinem ex lumine infuso dwinilus , » scientia verà ex lumine naturali. » Assurément, si nos nouveaux Docteurs nous enseignent la vérité , saint Thomas enseignait l’erreur , et ce
(i) t La foi tire »a certitude d une lumière que Dieu répand • dans l'ame ; la science tire la sienne de la lumière naturelle. •
3oa EXA.MEÎT u’oir OUVRAGE , ETC.
Docteur de l’Église , appelé depuis des siècles l’Ange de l’école, a joui jusqu’à présent d’une réputation usurpée. Noii-seulement il n’a pas su comprendre que l'autorité du genre humain , le consentement commun est pour nous l’unique principe de certitude et le fondement de la foi , mais il n’a pas même mis cette autorité au nom* bre des moyens qui nous conduisent à la foi , moyens qu’il était, d’ailleurs, bien éloigné de regarder comme le fondement ou le principe de notre foi, puisqu’il croyait, suivant la doctrine de l’Apôtre , que la foi est un don de Dieu : Dei enim donuni est; et que lui seul peut la faire naître en nous. Sans doute s’il avait eu affaire à des adversaires tels que les Protestans , il aurait employé contre leurs erreurs , pour les ramener à la foi , les trois moyens qu’il connaissait, la raison naturelle, le témoignage de la loi et des Prophètes , et l’enseignement des Apôtres et de leurs successeurs; il aurait insisté, comme Bossuet , sur cet article du Symbole , Je crois r Église Catholique ; mais il n’aurait pas plus que ce Prélat senti la nécessité d’ajouter , Je crois le consentement commun ou du grand nombre , et M. G. l’aurait aussi trouvé en défaut.
Il est vrai que l’Auteur excuse Bossuet sur ce qu’il n’avait pas eu besoin d’entrer dans la question générale , pour arriver au but particulier qu’il s’était proposé. « Il avait promis , dit