CHAPITRE SECOND. a
connaître certainement le sentiment commun quand on est incapable d’avoir la certitude de ses propres sentimens , c’est quelque chose de merveilleux , et qui , à des esprits ordinaires » peut paraître contradictoire. Mais peut-être que M. G. n’admet pas tous les principes de son maître ; je reviens donc à la notion qu’il a lui-même donnée.
Un esprit faillible est un esprit qui peut se tromper , du moins en quelque chose et dans quelque circonstance ou hypothèse ; cela est incontestable , et si l’Auteur ne veut pas dire autre chose , nous sommes d’accord. Mais , s’il entend, avec l’Auteur de V Essai, qu’un esprit faillible est un esprit qui.peut toujours se tromper , et en toute chose , je ne puis laisser passer cette définition. U est de la nature d’un esprit faillible de pouvoir absolument se tromper , car c’est là ce que signifie le mot même faillible ; mais il n’est pas de sa nature de n’avoir aucun moyen de se garantir de l’erreur , de ne pouvoir jamais avoir la certitude qu’il ne se trompe pas actuellement. Pour ne pas m’étendre à prouver par le raisonnement une vérité que je crois incontestable , je me hâte d’apporter des autorités , non celle de Descartes et de ses partisans , que l’Auteur récuserait , mais , à mon ordinaire , celle de saint Augustin et de saint Thomas.
a6 EXAMEN d’üN ouvrage , ETC.
« (') Approbare vera pro falsis , ut erret in- » \>itus , non est de natura instituti hominis , sed » pœna damnati. » ( S. August. de lib. arb. I. 3. c. i8. )
« (’) Adam quodam modo potuit mort, scilicet » si prias peccaret ; erat tamen quodam modo » immortalis , quia in actum potentia moriendi » non exisset , nis't priùs peccaret : i(a etiam » homo in statu innocentiœ consideratus poterat » quidem decipi, si priùs peccaret , non tamen » ante peccatum. » (S. Th. a. d. a3. q. a. art. 3.o.)
« P) In statu innocentiœ , non solùm non potuit » error esse , sed nec qualiscunque falsa opinio. » ( id. q. i8. de ver. art. 6. o. )
On voit que ces saints Docteurs n’avaient pas tout-à-fait la même idée de la faillibilité de la raison individuelle de l’homme que l’Auteur et les partisans du système qu’on nous donne pour être la doctrine de l’Église Catholique. Selon
(i) • Adopter comme Trai ce qai ett fanx , de maniire i se
• tromper , malgré les efforts de la volonté , telle n'était point s la nature de l'homme sorti des mains de Dieu ; c'est la peine ■ et le cliAtiment du péché. >
(a) I Adam pouToit mourir absolument , pnisqne la mort dorait
> être la peine de son péché ; mais dans an sens , il était immor-
• tel , puisque pourant mourir , il ne serait pas cffectircment
• mort si d'abord il n'arait péché ; de même l'homme , considéré
> dans l'état d'innocence , pourait bien errer , mais seulement
> dans la supposition qu'il eût d'abord commis le péché, s
(3) • Dans l'état d'innocence , il oc ponrait y aroir ni erreur
• ni même aucune espèce de fausse opinion. ■
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