CHAPITRE SECOND
eux , une raison finie est très-capable de certitude et même d’une certaine infaillibilité hypotliétique. Et ce n’est pas seulement de l’homme innocent que ces deux Docteurs affirment qu’il était en son pouvoir d’éviter l’erreur. Son privilège était de ne pouvoir errer tant qu’il persévérerait dans l’état heureux où il avait été créé , d’être infaillible comme il était immortel. Mais , selon saint Thomas , l’eiTeur , même dans l’homme déchu, n’est point exempte de péché , et par conséquent elle peut être évitée comme le péché même. « (0 Error manifesté » habet rationem peccati. Non enim est absque » prcesumptione quod aliquis de ignoratis senten- » tiam ferat , et maxime in quibus periculum » existit. » ( de mal. q. 3. 7 . o. ) Saint Augustin ne s’exprime pas aussi afiii'mativement ; il se contente de dire : Non fartasse omnis qui er-
rât peccat. ( contra Acad. 1. 3. c. 16 . aa. ) Mais le doute qu’exprime le saint Docteur prouve suffisamment qu’il était persuadé que , communément , l’erneur n’est pas sans péché , qu’elle est , comme le péché , un abus de notre liberté. Ces deux Docteurs de l’Église Catholique étaient donc bien éloignés de penser qu’il est de la nature d’un esprit faillible d’être sujet à l’erreur
(1) > L'erreur tient manifestement du péclié : car ce n'cst pas > sans présomption que l'on porte nn jugement sur des choses • qu'on ignore, surtout lorsque l'erreur n'est pas sans danger. •
(1) • Peut-être que tous ceux qui tombent dans l'erreur oc pèchent pas. •
a8 EXAMKN D’orr ouvrage , etc.
en tout et toujours, de n ctre jamais assuré qu’il n’erre pas actuellement.
L’Auteur ajoute : « Il est de l’essence de la foi B que l’esprit de l’homme , qui en est le sujet, B soit faillible par lui-même sur chacune des vé- B rites qu’il doit croire, b Cette assertion parait étrange. Si elle était vraie , il faudrait dire , ou bien que l’homme innocent ne pouvait pas avoir la foi , ou que saint Thomas et saint Augustin ont eu tort de dire que l’homme , dans l’état d’innocence , n’était point sujet à l’erreur , qu’il n’était pas faillible dans le sens que l’Auteur attache à ce mot. Pour lui , infaillibilité et certitude paraissent être des mots synonymes , ou du moins tellement corrélatifs , que la certitude suppose nécessairement l’infaillibilité , ce qui est contraire aux notions communément reçues. Il est clair que lorsque j’ai la certitude d’une vérité je ne me trompe pas, de même que lorsque je fais une bonne action je ne pèche pas ; mais ce n’est que par un abus de mots qu’on pourra dire que je suis infaillible ou impeccable ; puisqu’il est évident qu’autre chose est ne pas se tromper, ne pas pécher , et autre chose ne pouvoir pas errer, ne pouvoir pas pécher. L’Auteur dit que la science n’est pas la foi , que la foi est une vertu , que l’impossibilité d’errer n’est pas une vertu et ne peut pas constituer la foi , etc. Tôut cela est vrai sans doute , mais qu’est-ce que cela prouve ? Y a-t-il un seul Théologien Catholique ,