CHAPITRE HUITIÈAIE
parfait. Il a reçu la raison avec l’existence , la foi lui a été donnée surnaturellenient dans le Baptême de régénération. Prétendre que la foi doive se développer par le doute , serait tine absurdité tout aussi grande que de soutenir que la raison doit se développer par la folie ou par des actes contraires à la raison. Mais écoutons Bossuet , puisque c’est lui qu’il s’agit de justifier. J’ose dire que , pour sa justification , il suffit de le lire et de le comprendre.
a 11 ne faut pas s’imaginer que les enfans en » qui la raison commence à paraître, pour ne » savoir pas arranger leurs raisonnemens , soient » incapables de ressentir les impressions de la » vérité. On les voit apprendre à parler dans un » âge plus infirme encore : de quelle sorte ils » l’apprennent , par où ils font le discernement » entre le Nom et le Verbe , le Substantif et l’Ad- » jectif, ni ils ne le savent, ni nous , qui avons » appris par cette méthode , ne le pouvons bien » expliquer , tant elle est profonde et cachée. » Nous apprenons à peu près de même le langage » de l’Eglise. Une secrète lumière nous conduit » dans un état comme dans l’autre ; là c’est la » raison , ici c’est la foi. raison se développe » peu à peu , et la foi infuse par le Baptême en » fait de même. Il faut des motifs pour nous at- » tacher à l’autorité de l’Eglise ; Dieu les sait , et » nous les savons en général : de quelle sorte il » les arrange et comment il les fait sentir à ces
3l6 EXAMKir d’dw ouvrage, etc.
» âmes innocentes , c’est le secret de son Saint- » Esprit. Tant y a que cela se fait , et il est cer- » tain que c’est par là qu’il commence. Comme B c’est là le premier acte de Chrétien que nous B faisons , et que c’est sur ce fondement que B tout est bâti , c’est aussi ce qui subsiste tou- B jours. Viendra le temps que nous saurons B plus distinctement pourquoi nous croyons ; B et l’autorité de l’Eglise , de jour en jour, de- » viendra plus ferme dans notre esprit. L’Ecri- B ture même fortifiera les liens qui nous yatta- B client : mais il en faudra toujours venir à B l’origine, c’est-à-dire, à croire sur l’autorité de B l’Eglise. En quelque âge qu’on soit , c’est par B là que l’on commence à croire à l’Ecriture : on B continue aussi sur le même fondement , et B saint Augustin était déjà consommé dans la B science ecclésiastique quand il a dit , Qu’il ne B croirait pas à t Évangile , si F autorité de F Église » Catholique ne Fjr obligeait, b
Je ne connais aucun Théologien Catholique, Cartésien ou non Cartésien , qui n’enseigne la ^ même doctrine. Lorsque la raison de l’enfant est développée , et pendant quelle se développe il a les mêmes motifs' de croire l’Eglise Catholique que peut avoir un adulte quelconque ; et ces motifs font d’autant plus d’impression sur son esprit , qu’il a toujours cru ce qu’ils lui persuadent- j « Dieu , dit'Asncore fiossuet , ne manque pas
CQAPITRE HUITIÈME. 3 I 7
» de motifs pour attacher ses enfans à sou Eglise , » k laquelle il a donné des caractères si par- » ticuliers et si éclatans. Cela même, qu’elle est » la seule de toutes les sociétés qui sont au » monde , à laquelle nul ne peut montrer son » commencement , ni aucune interruption de » son état visible et extérieur par aucun fait » avéré, pendant qu’elle le montre à toutes les » autres sociétés qui l'environnent, par des faits » qu’elles-mémes ne peuvent nier ; cela même » est un caractère sensible qui donne une invio- » labié autorité à la vraie Eglise. Dieu ne man- » que pas de motifs pour faire sentir à ses en- » fans ce caractère si particulier de son Eglise. » M. de Pompignan ne s’est donc écarté , ni de la doctrine de Bossuet ni de celle de l’Eglise quand il a dit que « dès que la foi est volon- » faire et réfléchie , elle est nécessairement une » obéissance raisonnable. Dans les premières » années , elle est fondée sur des motifs pro- » portionnés au discernement des enfans qui » croient avec une certitude suffisante , quoi- » qu’avec moins de lumières. A mesure que la » raison se perfectionne et que les connaissan- » ces s’étendent , la foi devient plus éclairée , » les motifs qui l’inspirent plus convaincans , » les liens qui attachent au Christianisme plus n forts , etc. ». On voit que l’Evêque de Meaux et celui du Puy sont parfaitement d’accord , non-seulement entr’eux , mais avec tous les
,3l8 EXAME^ D'üK ouvrage , ETC.
Théologiens Calboliques. 11 n’en est pas un seul qui admette qu’il soit permis à un enfant Chrétien , à aucune époque de sa vie , de suspendre son assentiment jusqu’à ce qu’il ait mûrement examiné les motifs de sa foi.
L’Auteur dira-t-il que cette explication , loin d’étre satisfaisante , n’atteint même pas la difficulté ? Mais quelle est donc la difficulté ? Le point décisif , sur lequel le ministre Claude n’a pas su tenir ferme, pour avoir été trop étourdi, et sur lequel le Protestant de Genève et son second sont si fermes , n’est- il pas de savoir comment on s'y prend pour croire à F Eglise ? Or , si je ne m’abuse , je n’ai point éludé la difficulté, je l’ai résolue ; et je crois l’avoir fait dans les principes de l’Eglise Catholique, tels qu’ils sont connus et défendus par tous les Théologiens Catholiques. J’ai dit, avec saint Thomas , que les Infidèles adultes sont amenés à la foi en Jésus-Christ et à son Eglise par la raison naturelle , par le témoignage de la loi et des Prophètes , par la prédication des Apôtres et de leurs successeurs, et, plus que tout cela , quod plus est , par l’action intérieure de la grâce divine qui les attire et les éclaire. J’ai dit, avec le même saint Tliomas , avec Bossuet dont j’ai emprunté les paroles , et avec l’unanimité des Tliéologiens Catholiques , que l’enfant qui devient Chrétien avant d’avoir l’usage de la raison , reçoit dans le Baptême le Saint-Esprit