CHAPITRE HCITltME. 32Ê
Sans doute, on peut abuser de ce droit comme de tous les autres , et parmi les Apôtres euxmêmes saint Thomas en abusa ; mais l’abus que l’on fait d’un droit ne le détruit pas. II se trouvera des gens (jui diront : J’ai examiné les preuves que l’on donne de la Révélation , et elles n» me paraissent pas convaincantes. J’ai examiné les motifs qu’on apporte pour me faire croire à l’Eglise , et ils ne me persuadent pas. On demande ; Qui condamnera ces raisonneurs? I Æur propre conscience , et Celui qui sonde les replis du cœur humain. C’est à lui qu’appartient le jugement : Dominus est qui judicat. S’il se trouvait une raison humaine tellement constituée , que , cherchant la vérité de bonne foi , et faisant usage , pour la trouver, de tous les moyens intérieurs et extérieurs qui sont en son pouvoir , elle ne pût parvenir à la connaître , j’ose dire que l’individu qui aurait reçu une telle raison en partage , ne serait pas coupable de n’avoir pas connu la vérité. Mais nous savons qu’il n’en peut être ainsi , et que Dieu , qui veut le salut tle tous les hommes, donne à chacun les moyens qui lui sont nécessaires pour y parvenir par la connaissance de la vérité. (*)« Qui omnes homi- » nés vult saleos Jieri, et ad agnitionem veritatis M venire. » Oui , diront les partisans du nouveau
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système ; mais le moyen donné à tous de connaître la vérité est la foi en la raison générale. On en peut juger par ce que j’ai dit jusqu’ici et par ce que j’ai encoré à ajouter.
L’illustre Auteur de ce système a eu la candeur de faire cet aveu remarquable : « Les ob- » jections contre la certitude que chaque bomme » considéré individuellement et sans relation » avec ses semblables prétendrait trouver en soi, » peuvent , je le sais , se rétorquer contre la cer- » titude qui résulte du consentement commun. » [Essai, t. II./». 4u. ) Cette vérité est de toutes les vérités qui peuvent être contenues dans X Essai , celle que les adversaires du système de l’Auteur seront le mojns disposés à contester. Ils croiront pouvoir en conclure, et il me parait que ce n’est pas sans fondement, que ce système est un système de destruction et ne peut servir à édifier ; puisque , de l’aveu même de son auteur , il est battu en ruine par les coups qu’il porte aux autres systèmes. Mais peut-être voudra-t-on soutenir que , rétorquées contre le consentement commun donné pour unique principe de certitude , les objections qui se font contre la certitude de la raison individuelle ne conservent plus la même force. Je suis persuadé au contraire qu’elles sont beaucoup plus fortes contre le nouveau système , et j’en vais donner une preuve dans la question qui nous occupe.
M. (L prétend que si le ministre Claude avait
riIAPlTRE HUITIÈME.
SH tenir ferme sur le point décisif, son objection eût été insoluble dans les principes de Bossuet. Je crois avoir démontré le contraire et donné une solution très-plausible sans m’écarter de la doctrine de ce Prélat, ou plutôt en ne me servant que de ses argumeiis. Mais je vais faire voir que cette même objection devient vraiment insoluble si nous admettons le sentiment de l’auteur de VEssai sur le principe de certitude et le fondement de la foi.
En effet, pourquoi le ministre Claude prétcndait-il que l’enfant à qui l’on parle pour la première fois de l’Eglise, à un âge où il est en état de comprendre ce qu’on lui dit, n’est pas, dans les principes Catholiques , plus en état de faire un acte de foi divine sur l’autorité de l’Église Catholique, qu’il ne l’est, dans les principes Protestans , de faire une Æcte de foi sur la divinité des Ecritures qu’on lui présente ? C’est parce que, disait-il, « ce n’est pas l’affaire d’une petite » discussion de discerner quelle est la vraie » Église ; et avant qu’on soit en état de le savoir » par soi-même , on l’ignore , ou l’on a tout au J) plus une persuasion humaine fondée sur la foi » des parens. » Bossuet, comme nous l’avons vu, répondit , que c’est une erreur de s’imaginer qu’il faut toujours examiner avant de croire ; que, dans l’enfant, la foi infuse et le Saint-Esprit reçu dans le Baptême, sans exclure l’usage de la raison , proj>ortionné à son âge , suppléait à ce
3a8 rXAMEX d’üX OtJVR.VGK , ETC.
qui y manquait , et suffisait pour lui donner une certitude complète et divine de tous les articles du Symbole qu’on lui faisait réciter , et par conséquent aussi de cet article : Je crois J Eglise Catholifjue. Cette réponse , qui n’est que l’exposition de la croyance Catholique, ne souffre pas de réplique , et Claude vit bien qu’il essaierait en vain de la combattre. Voyons maintenant si la doctrine du consentement commun peut nous fournir quelque réponse plus claire et plus précise. H me semble qu’elle ne peut servir qu’à tout embrouiller.
C’est un principe fondamental du nouveau système, que la vraie Religion est incontestable- • ment celle qui repose sur la plus grande autorité visible. ( Essai , t. ii. préf. p. lxxiv. et 2"5 de l’ouv.) C’est fort bien ; je ne nierai pas cette proposition. Mais la question est de savoir quel parti pourra tirer de ce principe lumineux, l’enfant à qui l’on parle pour la première fois de l’autorité de l’Eglise. Je pourrais d’abord demander s’il a déjà la foi de ce principe et comment il l’a ? Ensuite, comment saura-t-il que l’autorité dont on lui parle est la plus grande autorité visible? Il le croira , je le veux bien ; mais sur quel fondement? Parce qu’on le lui dit; c’est-à-dire qu’il en aura , comme le dit Claude , une persuasion simplement humaine, fondée sur la foi de ses parens et des personnes qui l’instruisent. Assurément , le ministre ne faisait aucune diffi-