‹ Examen d'un ouvrage intitulé: Des doctrines philosophiques sur la certitude dans leurs rapports avec les fondemens de la théologie par l'abbé GerbetChapitre 125 sur 152 · FXAMKX P’UN OUVRAGE, ETC · texte numérisé non relu

FXAMKX P’UN OUVRAGE, ETC

l’autorité de Mahotuet et de l’Alcoran est la plus grande antorité ; fera-t-il un acte de foi divine sur cette autorité ?

Plus j’y réfléchis et moins je conçois de quelle utilité peut être l’autorité du genre humain, le consentement commun, à un enfant qui ne peut encore connaître que l’autorité de la trèspetite partie du genre humain , dont il est entouré. De bonne foi, peut-on croire que Bossuet aurait fermé la bouche au ministre Claude en lui disant que l’enfant Catholique croyait à l’Eglise sur l’autorité du genre humain ? N’aurait-il pas demandé ultérieurement comment l’enfant croyait à l’autorité du genre humain , sans la connaître , ou comment il la connaissait autrement que par le témoignage d’un petit nombre d’individus ? Mais supposons , contre toute vérité , contre l’évidence , que l’enfant à qui on parle de l’autorité de l’Eglise , connaisse le consentement commun , et que , sans cet examen sérieux que l’Auteur de VEssai reconnaît être nécessaire , il sache par le consentement commun que l’autorité de l’Eglise Catholique est plus grande que celle d’aucune autre Eglise , et la plus grande des autorités visibles; supposons que la certitude qu’il a de la prééminence de cette autorité sur toutos les autres soit égale à la certitude que nous avons de l’existence présente de la ville de Constantinople et de l’existence passée de la ville de

CIIAPITHE ntlTltME.

Bilbylonc; ce sera sans cloute beaucoup et peutêtre assez pour satisfaire le ministre Claude ; mais , si nous en croyons Bossuet , ce ne sera pas encore assez pour un Chrétien qui doit agir par le motif d’une foi divine. Pour ne pas contredire les principes de la croyance Catholique, il en faudra nécessairement venir a diré que l’enfant a reçu par le Baptême la foi infuse , et que la certitude cpi’il a que l’Eglise qui l’instruit est la vraie Eglise est une certitude divine fondée sur l’opération du Saint-Esprit dans son aine ; que le premier acte de foi c|ue cet Esprit- Saint met dans le coeur du Chrétien baptisé est de croire , avec le Père , le Fils et le Saint- Esprit , l’Eglise Catholique. C’est-à-dire qu’il en faudra revenir à la réponse de Bossuet, qui est la seule qui résolve la difficulté.

Mais dès qu’on est obligé d’avoir recours à la foi infuse et au .Saint-Esprit, qu’a-t-on besoin du consentement commun ? Qu’est-ce que ce consentement peut ajouter à l’opération intérieure de la grâce ? L’enfant fera sans doute usage de son intelligence autant que le lui permettront le développement de scs organes et ses connaissances acquises ; mais cet usage même sera dirigé par le Saint-Esprit qui est en lui , à moins qu’une volonté coupable n’y mette obstacle , et la certitude de l’acte de foi reposera essentiellement sur cette opération et cette direction du Saint-Esprit. Le vice essentiel du

33a EXAMEJf d’u» ouvrage , ETC.

nouveau système est tic chercher un fondement humain à une foi divine , et ce vice le fera rejeter de tous les Catholiques quand il sera mieux approfondi. On accuse des Théologiens de donner la raison individuelle pour fondement de la foi divine et surnaturelle , ce qui serait sans doute une erreur capitale , et on ne voit pas qu’on tombe dans une erreur tout aussi inexcusable , en assignant pour ce fondement la raison générale qui n’est pas plus un principe surnaturel que la raison individuelle.

Ces développemens , que j’ai crus nécessaires, mettront le Lecteur en état d’apprécier les fausses conséquences que l’Auteur que je réfute déduit d’une supposition fausse. Il suppose ( p. 1 84. ) comme un principe avoué de ses adversaires que Pacte de foi repose toujours sur des raisonnemens , et il en infère 1° Qu’un enfant peut suspendre son acquiescement à l’autorité de l’Eglise , jusqu’à qu’il soit en état de comprendre des raisonnemens ; que jusque là il ne sera tenu à aucun acte de foi divine ;

Que l'enfant qui croirait comprendre que ces raisonnemens ne sont pas convaincans et démonstratifs , devrait douter aussi eu vertu du principe même qui , dit-on , doit le déterminer à croire ; 3" Que , soit qu’il doute ou ne doute pas , il n’existe pour lui aucune obligation de s’interdire l’examen et le doute.

C’est à merveille , mais que l’Auteur me per-

CHAPITnE nCITifME. . 333

mette de lui demander à lui-même la solution de sa difficulté. Son maître l’a prévenu que toutes les objections qu’il ferait pourraient se tourner contre lui. Dans la doctrine à laquelle on donne le nom de doctrine d’autorité , c’est un principe incontestable qu’il n’y a d’autre principe de foi et de certitude que le consentement commun ; c’est un autre principe que la vraie Religion est incontestablement celle qui repose sur la plus grande autorité visible ; enfin il est également reconnu que la diversité des cultes prouve la nécessité d’un sérieux examen. Cela étant , l’enfant ne pourra avoir aucune certitude , ni par conséquent avoir aucune foi divine , jusqu’à ce qu’il soit en état de connaître le consentement commun , de savoir quelle est la plus grande autorité visible , de faire un examen sérieux pour savoir quel est tle tous les cultes celui qu’il faut admettre ; car il est manifeste qu’à ne considérer que le consentement commun , unique principe de foi , la condition de tous les enfans est la même , qu’ils aient ou n’aient pas reçu le Baptême , et que ce que ne peut pas un enfant Mahométan , l’enfant Catholique ne le peut pas davantage, l’un et l’autre ne connaissant d’autre autorité que celle des personnes qui l’instruisent. Que l’Auteur prenne la peine de donner à cette difficulté une solution claire et précise , ou qu’il démontre que mon induction n’est pas aussi rigoureuse que la

KX.VMKN D C?r OCVRACK , KTC.

sienne. J’ai de plus sur lui l’avantage qu'il ne peut nier les principes dont je la déduis, puisque je puis montrer qu’ils sont pris littéralement dans le livre même que les partisans de ce système ne peuvent refuser de regarder comme contenant le fondement de leur doctrine ; au lieu que je nierai absolument le principe qu’il suppose admis par les Théologiens qu’il combat , et par suite toutes les consécjuences qu’il eu tire.

Non-seulement les Théologiens Catholicpies ne disent pas que l’acte de foi repose toujours sur des raisonnemens , mais ils enseignent au contraire que l’acte de foi ne repose jamais sur des raisonnemens. C’est là un fait que quiconque a étudié la Théologie est inexcusable d’ignorer ; et si quelqu’un écrivait sur la Théologie sans l’avoir étudiée, il serait plus inexcusable encore. Bien loin que la foi d’un individu puisse en aucun cas reposer sur ses raisonnemens, elle ne repose meme pas sur les raisonnemens qu’on trouve qucUpiefois dans les délinitions des Conciles œcuméniques. On serait héiétique si l’on niait les vérités définies , mais on ne le serait pas si on niait seulement la légitimité de quelque raisonnement apporté en preuve. Les raisonnemens peuvent être nécessaires à ceux qui n’ont pas la foi , pour les y conduire ; mais, comme le dit saint Thomas cité plus haut, lorsque l’homme est parvenu à la foi , a il ne croit

Page 1