‹ Examen d'un ouvrage intitulé: Des doctrines philosophiques sur la certitude dans leurs rapports avec les fondemens de la théologie par l'abbé GerbetChapitre 128 sur 152 · CHAPITRE HÜITlilME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HÜITlilME

Tous les Protcstans actuels , ajoutez - vous , font profession de suivre les principes de Descaries. Ils déclarent hautement que c’est en vertu de ces principes qu’ils sont Protestans. Pour prouver cette assertion , vous citez plusieurs passages d’ouvrages composés par des Protestans. Je conviens du fait : et je n’y opposerai qu’un autre fait et une simple question. Le fait est, que les anciens Protestans ne pensaient pas sur ce point comme les Protestans actuels. Descartes ne rencontra pas chez eux moins d’adversaires que chez les Catholiques. On sait avec quel zèle le célèbre Voët combattit cette nouvelle méthode Philosophique , on sait aussi qu’elle ne fut point goûtée en Angleterre. Les Protestans n’avaient donc aucune idée de l’identité du principe du Cartésianisme avec le principe du Protestantisme. Voilà un fait qüi est tout aussi incontestable que le vôtre. Voici maintenant ma question : D’où est venue aux Protestans cette nouvelle lumière ? A quel génie bienfaisant en sont-ils redevables ? Pour répondre à cette question , il ne s’agit que de considérer à quelle époque ont été composés ces écrits dont vous extrayez les passages , la Revue Protestante , le Mémoire en faveur des Cultes , le Producteur , le Globe , etc. N’est-il pas vrai que tous ces écrits ont paru après la publication de V Essai sur l'indifférence en matière de Religion ? Et cette seule remarque suffit pour nous

34^ KX\MF\ o’uy OUVRAGK , ETC.

apprendre à quelle source les Protestans ont puisé l'heureuse idée de se faire un rempart du Cartésianisme. Il s’est trouvé des Catholiques qui leur ont dit : Les principes de Descartes admis par beaucoup de Théologiens Catholiques vous donnent gain de cause : et les Protestans aussitôt d’applaudir et de s’écrier : Nous sommes Cartésiens, nous ne faisons que tirer les conséquences des principes de Descartes adoptés par les Théologiens Qitholiques et par le célèbre Bossuet lui-même ; ils ne peuvent nous condamner sans prononcer leur propre condamnation. Rien de plus naturel. Quand nous avons affaire à des ennemis qui veulent bien plaider notre cause , nous n’avons garde de les contredire , ou de trouver leurs argumens mauvais.

Des Catholiques auront la gloire d’avoir invité les Protestans à se donner pour des Cartésiens plus conséquens que les Cartésiens Catholiques. Bossuet avait passé jusqu’à présent pour un adversaire redoutable aux Protestans , et les Successeurs de Saint Pierre eux - mêmes avaient

applaudi à ses succès ; mais actuellement que M. G. a prouvé à sa manière que Bossuet n’a pas su répondre au ministre Claude , et que M. de Pompignan a plus mal réussi encore avec le ministre de Genève , il n’est point douteux que les Protestans ne fassent à l’envi chorus avec lui , et ne s’empressent de répéter que ces tlcux Prélats n’ont point résolu les objections

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fies ProtestaiJS. Et comme personne , que je saclie , n’y a répondu autrement on mieux , les Protestans seront autorisés à dire que , de l’aveu des Catholiques, les objections dcsProteslans sont jusqu’à présent restées sans réponses, et par conséquent conservent toute leur force.

Mais quel sera le résultat de cette monstrueuse alliance de quelques Catholiques avec les Protestans ? Le voici : après s’ctre servis des arguinens des partisans du nouveau système pour combattre ceux qui refusent de l’admettre , ils se serviront des argumens des adversaires du système pour en démontrer l’absurdité. Après avoir dit , avec les défenseurs de la doctrine d'autorité , que les Théologiens Cartésiens ne peuvent , sans se contredire , combattre le principe du Protestantisme, après avoir fait observer judicieuseruent , avec l’inventeur du nouveau système , que quiconque ose affirmer qu’il existe , est Cartésien , ce qui donne une grande latitude au Cartésianisme ; il leur sera fort aisé de faire remarquer que les partisans de la doctrine d’autorité sont dans l’impossibilité de substituer une réjionse satisfaisante aux mauvaises réponses des Théologiens dits Cartésiens , puisque , pour le prouver , ils n’auront besoin que de l’aveu même de l’illustre Auteur qui reconnaît , avec candeur, que toutes les objections qu’il fait contre les principes qu’il combat peuvent se rétorquer contre sa propre doctrine.

344 EXAMEN d’iTN Otn'RAGE , ETC.

( Essai, t. II. P . 4‘J. ) Ainsi , il restera démontré que les objections des Protestans contre le Catholicisme sont absolument insolubles. *

Quelqu’un sera peut être tenté de croire que je dénature la pensée de l’Auteur de V Essai, lorsque je lui fais dire que quiconque ose affirmer qu'il existe , est Cartésien. Pour s’assurer que je n’exagère rien , qu’il ouvre la Défense de r Essai, il y trouvera que nul homme n’a par lui-même une certitude rationnelle de son existence , c’est-à-dire , une certitude telle que sa raison n aperçoive aucune possibilité que ce qui lui parait vrai soit faux , et que Dieu seul peut dire en se considérant lui-même , Je suis. Écoutons l’Auteur lui-même ; c’est le moyen le plus simple de s’assurer qu’on ne lui prête rien.

U Quelques personnes voudraient que nous » eussions admis que chaque homme , considéré » isolément , a au moins la certitude de sa pro- » pre existence , même avant de savoir que » Dieu est. C’est demander trop ou trop peu.

» Si l’on entend parler d’une certitude ration- » nelle , c’est-à-dire , d’une certitude telle que » la raison n’aperçoive aucune possibilité que » ce qui lui parait vrai soit faux , c’est trop de- » mander ; car Descartes lui-meme ne demande » pas davantage (’). Je suis , j'existe , voilà sa » première proposition ; et il est obligé de

(•) Peut - <lre faut - il lire ; Ne ilrmandc pas tant ; le feus semble l'euger , mais je u’osc faire aueuu changement au texte.

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