CHAPITRE SECOND
ancien ou moderne , qui confonde la science avec la foi , ou qui nie que la foi soit une vertu? Ce ne sont pas ces Théologiens si dédaignés de l’Auteur qui confondent ainsi les notions. Le reproche de confondre la science avec la foi peut être adressé avec plus de justice à ceux qui soutienneut que l’autorité est l’unique principe de certitude , qu’il n’y a de certain que ce qui est de foi. En effet , concevons - nous une science sans certitude ? Et si la foi seule donne la certitude , elle seule ne fait-elle pas toute la science?
J’avoue que l’Auteur a , en commençant la section précédente , nettement distingué la science de la foi , et qu’ici encore il confirme cette distinction, en disant que l’homme qui par sa raison aurait la certitude de quelque vérité n’en aurait pas la foi , mais la science. Cela suppose évidemment que , dans l’opinion de l’Auteur , la science est autre chose que la foi, et qu’il peut y avoir quelque chose de certain qui ne soit pas de foi. Cette doctrine du disciple parait contredire celle du maître , mais ce n’est pas mon affaire. Je me borne à chercher à qui il en veut, contre qui il dirige ses raisonnemens , et j’ai peine à le deviner. Il paraît vouloir prouver que le principe de la foi n’est pas dans la raison individuelle , mais si ses raisonnemens s’adressent aux Théologiens Catholiques , il prend une peine bien inutile , car il ne trouvera aucun contradicteur. Qu’il accorde avec la même franchise
3o EXAMEN d’un OUVRAGE , ETC.
que le principe de la science n’est pas dans l’autorité , et on s’entendra facilement. Nous nous accorderons tous à dire avec saint Augustin qu’il y a deux principes de certitude , l’un de la science , qui est la raison , l’autre de la foi , qui est l’autorité. On lui accordera même plus qu’il ne demande, car on avouera que le principe de foi , non-seulement ne réside pas dans la raison individuelle , mais pas même dans la raison universelle, laquelle, tout universelle qu’on la suppose , est une raison créée , finie , faillible , défectible.
Mais une remarque bien importante à faire , c’est que la question qu’il s’agit de discuter est, non de savoir si le principe de foi se trouve dans la raison individuelle ; ce ne peut pas être une question , du moins entre Catholiques ; mais si la raison individuelle est dans l’impossibilité complète de parvenir jamais , sans le secours de la raison univpr.sellc, à la connaissance certaine de l’existence de la Révélation en général , ou de telle vérité révélée en particulier : c’est là , disje , la question qu’il s’agirait de traiter , et que les raisonnemens de l’Auteur n’effleurent même pas. Notre raison ne peut parvenir à la connaissance des vérités qui sont , proprement , l’objet de notre foi ; car ces vérités , comme l’enseigne saint Thomas , sont au-dessus de notre raison. Par exemple, le mystère de la très-sainte Trinité est au-dessus de la raison, soit individuelle , soit