‹ Examen d'un ouvrage intitulé: Des doctrines philosophiques sur la certitude dans leurs rapports avec les fondemens de la théologie par l'abbé GerbetChapitre 132 sur 152 · CHAPITRE ItEÜVlÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ItEÜVlÈME

a” Tai dit qu’on ne sait pas trop ce que l’Auteur entend par foi à l’Église. En effet , cette expression qui peut avoir un sens trèsjuste , est aussi susceptible d’une interprétation . qui ne le serait pas. Tpus les Théologiens s’en sont servis , et je m’en suis servi ihaoi-méme sans aucune difficulté , pour exprimer quel’Église est un des objets de notre foi. J’ai dit,; Je crois à r Église , , comme je dirai : Je crois à la com- *i raunion des Saints , je crois à la rémission de$ ^ péchés, à la résurrection de la chair, à la vie ’ éternelle; c’est-à-dire, que je crois que ce sont là autant d’articles qui me sont proposés à croire de foi divine. Je dirai encore ; Je crois à l'ÉgU se, c’est-à-dire , Je reçois les décisions de l’Église comme des oracles dictés par le Saint-Esprit. Mais ne perdons pas de vue que c’est du principe de. la foi qu’il est ici question , et nous concevrons qu’il est nécessaire d’apporter la plus grande précision dans les termes.. Cette précision , nous la trouvons dans le Symbole même de la foi. Après avoir dit : Credo in Deum Pa-

trem omnipotentem in Jesurn Christum Filium

ejus unicum in Spiritum Sanctum , nous di-

sons , non pas Credo in Ecclesiam , ni Credo Ecclesice , mais Credo sanctam Ecclesiam Ca-> tholicam. Nous croyons Dieu , nous croyons en Dieu , et nous croyons à Dieu , c’est-à-dire , que •Dieu est l’objet, le principe et le motif de notre foi ; nous croyons l’Église , c’est-à-dire , que

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l’Eglise et les autres articles du Symbole , en tant qu’ils se rapportent à Dieu , sont l’objet de la foi divine : mais nous croyons tout le Symbole sur le même fondement et par le même motif , qui n’est autre que la vérité première , comme dit saint Thomas, c’est-à-dire, Dieu luimême. Soutenir que nous croyons en Dieu sur l’autorité de l’Eglise , c’est dire une absurdité et renverser l’ordre de la foi. Saint Augustin a bien dit , et tout Chrétien doit dire avec lui , qu’il ne croyait à l’Evangile que sur l’autorité de l’Église ; mais on ne trotivera pas qu’il ait jamais dit que l’autorité de l’Église était le motif qui le faisait croire en Dieu. En effet, de qui l’Eglise tient-elle son autorité , si ce n’est de Dieu ? et j)our qui ne croirait pas en Dieu , quelle autorité pourrait avoir l’Église? H faut croire l’Église, avant de croire à l’Eglise; et par conséquent le motif qui nous fait croire l’Église ne peut pas être l’Église même.

3" doctrine Catholique nous enseigne que la foi est un don de Dieu , I)ei cnini donum est; cpi’elle est une vertu infuse , c’est-à-dire , une vertu que nous n’acquérons pas , mais que Dieu inet dans nos cœurs , n’exigeant de nous que certaines dispositions proportionnées à la capacité de chacun des individus qui la reçoivent. Vouloir assigner à la foi un autre fondement, un autre principe que l’action immédiate de Dieu sur l’amc du Eidèlc , c’est contredire la

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doctrine Catholique, Peu importe que l’on cherche ce principe dans la raison individuelle ou dans la raison générale, l’erreur est toujours la même , et elle consiste à donner un principe humain à une foi divine. Il est vrai que Dieu se sert communément d’un moyen extérieur pour amener l’homme à la foi et lui manifester les’vérités qui en sont l'objet; ce moyen peut être différent pour différentes personnes; mais, quel qu’il soit, c’est toujours Dieu qui lui donne l’efficacité et qui nous en garantit la certitude.

L’Auteur plein de confiance en sa méthode , entreprend de refaire la conférence de Bossuet avec le ministre Claude. Il se met sans façon à la place de ce Prélat pour donner de meilleures réponses aux difficultés du Protestant. C’est sans , doute une chose fort curieuse de voir un jeune Théologien faisant la leçon à Bossuet et lui enseignant comment il fallait s’y prendre pour répondre aux ProteStans. Plus l’entreprise paraît audacieuse, plus le succès en sera glorieux pour celui qui l’a formée , si elle réussit. Je me permettrai de faire mes réflexions.

Claude soutenait qu’il ne devait pas paraître si étrange qu’un particulier pût croire qu’il lui pouvait arriver de mieux entendre l’Ecritiire- Sainte que toute l’Eglise assemblée. Bossuet répondit en substance que Dieu ayant donné à son Eglise une autorité infaillible, ayant donné une mission divine à ses Apôtres , et ayant promis

356 "* EXAMEW d’o» ouvrage , ETC.

qu’il serait avec eux et avec leurs successeurs jusqu’à la fin des siècles , il était effectivement étrange au dernier point qu’un particulier qui n'avait aucune promesse semblable pût , en quelque cas que ce soit , s’imaginer qu’il en savait plus qu’elle et qu’il lui appartenait d’examiner et de redresser ses décisions. On voit que pour réfuter cette réponse , le ministre devait montrer que la vraie Eglise pouvait enseigner l'erreur , c’est-à-dire , être une fausse Eglise , que JÉsus-CnRisT n’avait pas promis une assistance perpétuelle à son Eglise enseignante, et que les Âpùtres avaient eu tort d’insérer dans Jeur Symbole , Je crois la sainte Église Catholique. Néanmoins cette réponse parait faible et insuffisante à notre Auteur, et voici la réponse triomphante qu’il y substitue.

B Sans doute , cela n’est pas étrange, cela est , D au contraire , souverainement raisonnable , si n le principe de certitude réside dans l’individu; » mais , s’il réside dans l’autorité , cette pré- » tention est plus qu’étrange , elle est un acte » de folie , puisqu’elle n’est qu’une révolte » contre la loi fondamentale de la raison. »

{^p. 1 98.) Nous savons que Claude ne trouva rien de solide à répliquer à Bossuet ; cette réponse de notre Auteur lui eût-elle également ou plus efficacement fermé la bouche ? Je n’oserais l’affirmer. S’il m’était permis de prendre la place du ministre , comme M. G. a pris celle de Bos-

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suet , voici ce que je me hasarderais de répondre : «t Je vous prie d’observer que la certitude dont » il doit être ici question est la certitude que » donne la foi divine. Or le principe de la cer- » titiide que donne la foi divine ne peut réskier » ni dans la raison individuelle , ni dans la rai- > son générale humaine , puisqu’une raison hu* 9 maine , que vous la supposiez individuelle ou » générale , ne peut donner qu’une certitude » humaine , ne peut être le principe que d’une » foi humaine. Cela étant , je vous demande si » l’autorité dont vous me parlez est une autorité » divine ou une autorité humaine ? Dans le pre- » mier. cas , votre réponse revient à celle de » Bossuet, et ce n’était pas la peine de le contre- » dire pour dire la même chose que lui d’une » manière plus embrouillée et plus obscure ; dans » le second cas, permettez-moi de vous appliquer » ce que vous avez dit d’un Prélat respectable : » Loin d' être satisfaisante , votre réponse n'at- » teint même pas la difficulté. »

L’Auteur j)rétend que le ministre objecta que s'il faut croire par voie d'autorité , il en a dû être aUisi dans, tous les temps. Je n’ai pas trouvé que -Claude ait fait cette objection , et l’on voit qu’il n’aurait pu la faire sans s’écarter de la question ; puisque la question entre les deux adversaires était uniquement de savoir si l’on est toujours obligé de se soumettre à l’enseignement de la vraie Eglise , et s’il ne peut pas arri-

358 EXAMEN d’üN ouvrage , ETC.

ver qu’on puisse préférer son propre jugemcDt à celui de l’Eglise universelle. 11 est vrai que , dans le cours de la discussion , Bossuet dit que, dans la vraie Eglise , il y a toujoure eu une autorité visible et parlante à laquelle on devait obéissance , et qu’avant Jésus-Christ il y avait la Synagogue; mais Bossuet n'ajoute pas ce que r,\uteur lui fait dire , .savoir , que sans cette autorité visible et parlante la foi serait impossible. Quiconque fait l’office de censeur doit savoir que son premier devoir est d’apporter une fidélité scrupuleuse à citer les propres paroles de l’Auteur qu’on a la prétention de redresser, et à ne point lui faire dire ce qu’il n’a pas dit <( Avant que la Synagogue existât, quel était, » demande l’Auteur , le moyen extérieur et cer-* 7> tain de se résoudre sur les doutes ? La Syna- » gogue pouvait-elle être pour la plus grande » partie du genre humain Cette autorité visible » et parlante , sans laquelle , de l’aveu de Bos- » suet , la foi serait impossible ? ou dira-t-on » que la foi était impossible à la généralité des » hommes ? Il est manifeste que la doctrine que » nous défendons peut seule satisfaire à cette dif- » ficulté , qui cesse d’enétre une, dès qu’on admet » qu’on doit croire aux vérités primitivement ré- » vélées, sur l’autorité de la tradition générale. » 'Ce qu’il y a de manifeste , c’est que l’Auteur n imaginé une difficulté qui n’a pas été faite , afin d’avoir une occasion de faire voir avec

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quelle facilité la doctrine qu’il défend répond à tout. Non-seulement celte doctrine résout les difficultés, mais elle les anéantit , les fait dis- ]>araitre et ceiser d'être. C’est vraiment merveilleux ; mais ce merveilleux même ne serait-il pas un peu suspect ? C’est bien ici qu’il est permis d’examiner avant de croire. Il est bon de voir où nous conduit cette doctrine qu’on veut nous faire adopter.

De ce que Bossuet avoue que , dans la vraie Église , il y a toujours . eu une autorité visible et parlante , un moyen extérieur et certain de se résoudre sur les doutes en matière de Religion , l’Âuteur conclut que cette autorité a dû exister en tout temps et en tout lieu; mais pour que cette conclusion pût être légitime, dans les principes de Bossuet , il faudrait que ce Prélat eût également avoué que la vraie Religion a toujours existé chez tous les peuples ; et je ne sache pas qu’il ait jamais fait cet aveu. La vraie Religion a toujours existé sur la terre , mais elle n’a pas toujours existé , et n’existe même pas encore aujourd'hui en tous lieux. Ensuite , après avoir supposé qu’il y a eu toujours et partout une autorité visible et parlante, l’Auteur conclut que cette autorité n’est autre que celle de la tradition générale. Je n’ai rien à dire contre la légitimité de cette conclusion ; mais de la fausseté de la pro|)ositiou déduite je tire un argument contre le princi|>e dont elle dérive.

36o • EXAMEIf d’oH OtTTBAGE, ETC.

La tradition générale ne peut pas être regardée comnae une autorité visible et parlante ; et assurément par ces paroles Bossuet entendait toute autre cliose que la tratlition. L’Ecriture- Sainte elle-même , contenant la parole de Dieu, qu’est-elle autre chose que la tradition écrite des vérités révélées ? Les Protestans ne refusent pas d’admettre cette autorité , mais Bossuet ne s’en contente pas. « Faites revenir Jésds-Christ » enseignant, prêchant, faisant des miracles, je » n’ai plus besoin de l’Eglise ; mais aussi , ôtez-moi » l’Eglise , il me faut Jésds-Christ en personne , » parlant, prêchant, décidant avec des miracles et » une autorité infaillible.Mais vous avez sa parole. » Oui, sans doute, nous avons une parole sainte » et adorable, piais qui se laisse expliquer et manier » comme on veut, et qui ne réplique rien à ceux » qui l’entendent mal. Je dis qu’il faut un moyen » extérieur de se résoudre sur les doutes , et que » ce moyen soit certain. » On voit ce que Bossuet entend par une autorité parlante et visible. Si cette autorité ne peut pas être la tradition écrite, elle peut encore moins être la tradition orale , qui est toujours plus susceptible d’altération et de fausse interprétation. L’autorité qui est indispensablement nécessaire dans la vraie Religion est une autorité gardienne incorruptible et interprète infaillible des traditions elles-mêmes ou des vérités révélées. Qu’est-ce qui constituait le Christianisme avant Jésds-Christ ? C’était ,

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CRAPJTRE HEUVtiME. 3Gl

selon vous, la croyance de la tradition générale. Les doutes en matière de Religion qu’on pouvait avoir besoin de résoudre , et dont la solution ' demandait un moyen extérieur et certain , ne pouvaient donc avoir pour objet que la tradition elle-même. Ainsi , c’était la tradition qui devait résoudre les doutes sur ta tradition. L’autorité , direz-vous , était le consentement commun.

Mais cela revient au même ; car la tradition ne pouvant être connue que par le consentement

commun, douter de la tradition, c’était douter

du consentement commun lui-même , et c’est pour résoudre ce doute qu’on avait besoin d’iin moyen extérieur et certain distingué de ce qui était l’objet du doute.

Donnons un exemple. A moins d’accorder l’infaillibilité non-seulement au genre humain en général , mais encore à chaque nation , et même à chaque individu , il pouvait et il devait arriver qu’il y eût diversité de sentiment entre les diverses nations ou entre les individus d’une même nation sur un point de la tradition , par exemple, sur l’immortalité de l’ame ; que l’on pensât d’une manière dans les Gaules , et d’une autre manière dans la Grèce , ou que dans les Gaules on fût divisé de sentimens sur ce dogme. De cette division devait naître le doute , et l’on demande quel était lé moyen extérieur et certain de résoudre ce doute. Dire que c’était le consentement commun , c’est une absurdité , puisque

3Gî EXiUtlEN d'o» ouvrage , ETC.

là où il y a division , il ne peut y avoir consentement commun. Dire que c’était le consentement du grand nombre , ce n’est point lever la difficnlté , qui consiste précisément à connaître quel est le sentiment du grand nombre , ce qui est souvent trcs-dilBcile dans un seul pays , et presque impossible pour la généralité des hommes , s’il s’agit de toutes les nations. Il faut donc une autorité chargée de cette recherche , et une autorité infaillible , qui ait ses ministres et ses organes connus chargés de publier ses décisions.

De plus , nous avons encore aujourd’hui les traditions générales du genre humain , on peut même dire qu’elles sont mieux connues qu’elles ne l’étaient autrefois ; nous avons en outre les traditions des Juifs contenues dans leurs livres ; nous avons les traditions écrites et orales des Chrétiens; nos Evangiles ne contiennent que la tradition des faits qui sont la base du Christianisme et la doctrine de son Fondateur ; enün nous avons aussi la raison humaine. Je le demande à nos nouveaux docteurs , avec tout cela pourrions -nous nous passer du tribunal de l’Eglise et de cette autorité infaillible et parlante que Dieu a conGéeà un petit nombre d’individus? Le Christianisme abandonné pour l’enseignement aux pères de familles et mis sous la sauve-garde de la raison générale , pourrait-il subsister longtemps ? Qu’ils répondent catégoriquement; nous

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