CHAPITRE IIDlTllrME
remarquer que sa première proposition conditionnellë est évidemment fausse; car de ce qu’il faut examiner avant de croire , il ne s’ensuit nullement que le Catholique doive douter. Il y a même contradiction dans les termes ; car le Catholique est un homme qui croit, et Claude n’avait garde de le nier. Celui qui ne croit pas encore n’est pas Catholique. La proposition revient donc à celle-ci ; Si l’homme doit examiner avant de croire , celui qui croit (le Catholique) doit douter , c’est-à-dire , ne pas croire. Je laisse au lecteur à juger du mérite de cette proposition , mais la justice m’oblige à dire qu’il ne faut pas l’attribuer à Claude. Voici quel fut le dilemme du ministre. « Le Fidèle à qui l’on » propose l’Église , ou il la croit sans exami- » ner , ou il en doute ; s’il doute , il est Infidèle ; » s’il ne doute pas , par quelle autre autorité » est-il assuré ? L’autorité de l’Église est-ce une » chose évidente par elle-même , et ne faut-il » pas la trouver par quelque examen ? » Bossuet répondit que c’est une erreur de s’imaginer qu'il faut toujours examiner avant de croire ; qu’il ne faut pas raisonner des Chrétiens baptisés comme des Infidèles ; que le Fidèle , par le Baptême , a en lui la foi infuse et le Saint-Esprit ; que le premier acte de foi que le Saint-Esprit lui met dans le ccÈur est de croire , avec le Père , le Fils et le Saint-Esprit , la sainte Église Catholique , et que par conséquent , lorsqu’on
368 Ex&MEir d’cit ouvrage , etc.
lui propose l’Église , il la croit sur l’autorité du Saint -Esprit et de la foi déjà écrite dans son cœur, CO « SpirituDei w'w, » comme le dit l’Apôtre. Claude répliquait que cette maniéré d’expliquer la foi et de, croire l’Église sans examen autorisait chaque Chrétien à rester dans l’Église dans laquelle il avait été baptisé et qu’il croyait la vraie Église. Bossuet , pour résoudre cette difûculté , a encore recours au Saint-Esprit , qui enseigne la vérité et non l’erreur. Il ne prétend pas expliquer comment le Fidèle en qui la raison se développe peut distinguer ce qui est de Dieu , dans la foi dé son Église , d’avec ce qui est des hommes. Il ne le peut sans doute, par les seules forces de sa raison ; a mais, ajoute » le Prélat , quelque peine qu’aient les hommes » à distinguer ces choses. Dieu les connaît et les n distingue , et il y aura une éternelle diffé- 9 rence entre ce que son Saint-Esprit met dans 9 le cœur des Baptisés , quand il les dispose 9 intérieurement à croire la vraie Église , et ce 9 que les préventions humaines y ont ajouté , 9 en attachant leur esprit à une fausse Église. » Tout ce que dit ce grand Prélat à ce sujet est admirable et bien digne d’étre lu , mais je ne puis tout citer. Il me suffit de faire remarquer que Bossuet était persuadé’ que , dans la foi divine , tout est divin , et tout doit s’expliquer par la foi infuse et par le Saint-Esprit.
(i) • Par l'Esprit du Dieu tirant. •
CRAPITltZ IfEDVlàHZ. 36g
Notre Auteur est d’un avis différent. Dans sa doctrine , il n’est nullement question ni de foi infuse dans le Baptême , ni de Saint-Esprit. Il n’a aucun besoin de cela pour tout expliquer avec une merveilleuse facilité ; la raison générale lui suffit. Écoutons ses explications. Après avoir fait dire à Claude, comme nous l’avons vu , qu’il faut admettre que l’homme doit examiner avant de croire , ou qu’on est forcé d’avouer que toutes les croyances sont également vraies , il ajoute : « Alternative inévitable, a dès qu’on suppose que la certitude de l’acte de a foi dépend d’un jugement de la raison indivi- » duelle. Mais dans la doctrine opposée , cette B difficulté s’évanouit. Si le principe de certi- B tude réside dans l’autorité générale , l’homme B n’a et ne peut jamais avoir aucune raison B d’examiner si ce qu’elle atteste est vrai , de s douter de ce qu’elle enseigne. Cela serait B contradictoire , puisque ce serait examiner si B ce qui est certain est vrai , ce serait douter B de la certitude même, b
A la lecture de ce passage , une question se présente tout naturellement. L’auteur nous parle de ceux qui placent le principe de la certitude de l’acte de foi dans le jugement de la raison individuelle, et de ceux qui le placent dans l’autorité générale ; mais s’il se trouvait quelqu’un qui soutint que le principe de la certude de l’acte de foi ne réside ni dans le juge-
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ment de la raison individuelle, ni dans l’autorité générale, ouïe consentement commun', que lui répondrait-il ? Il n'a pas songé à ce cas , dont il parait n’avoir pas même soupçonné la possibilité. Â l’entendre , on s’imaginerait que la certitude de l’acte de loi dépend nécessairement de la raison individuelle , ou de la raison générale. Il a cependant lu Bossuet qui assurément n’appuie la certitude de la foi ni sur l’une ni sur l’autre.
11 y a plus. Je suppose que lorsque M. G. fait un acte de foi , il se sert de la formule ordinaire aux Catholiques et proposée dans les catéchismes , et qu’il dit ; Je crois... parce que vous I avez révéle , et qu étant la vérité même vous fie pouvez ni vous tromper ni nous tromper. On ne dit pas , il est vrai , parce que ma raison individuelle me prouve que je dois croire ; mais on ne dit pas davantage , parce que la raison générale m’ordonne de croire. Comment donc M. G. n’a-t-il pas vu que sa profession de foi est en contradiction manifeste avec sa doctrine, puisque tandis qu’il enseigne que le principe ou le motif de la foi est l'autorité de la raison générale , il fait profession de croire uniquement sur le motif du témoignage infaillible de Dieu. Et en effet, croire sur un autre fondement , quel qu’il soit , ce ne serait plus avoir une foi divine.
Mais , deniandera-t-on , sur quel fondement croit-on que Dieu a révélé telle vérité , ou en général que Dieu a révélé quelque chose ? On