CHAPITRE HEDVièME. Z") l
peut le croire de foi humaine sur les preuves qu’on a de la Révélation , ou sur un témoignage digne de foi ; mais on ne le croira d’une foi divine que lorsque Dieu lui-même éclairera l’entendement d’une lumière surnaturelle , excitera la volonté et mettra la foi dans le cœur ; Dei enirn donum esê. Supposons un missionnaire prêchant chez des Infidèles ; ceux qui , frappés , des vérités qu’il leur expose , touchés de son zèle , de sa charité , convaincus par ses miracles , ajoutent foi à ses discours , n’ont pas pour cela seul une foi divine. Il la recevront dans le Baptême , ou avant le Baptême , s’il plaît à Dieu de la leur donner. Voilà ce que nous enseigne la doctrine Catholique. Dire que la certitude de l’acte de foi dépend d’un jugement de la raison individuelle , ce ne serait rien moins que soutenir une proposition hérétique. J’abandonne à qui cela appartient le jugement qu’on devrait porter d’une proposition qui énoncerait que le principe de foi ( divine ) réside dans la raison générale , ou que la certitude de la foi dépend de l’autorité générale , du consentement commun. Je n’ai garde de m’arroger le droit de qualifier la doctrine que je combats , il me suffit d’en faire voir la fausseté. Il me parait que l’Auteur combat une erreur imaginaire par une erreur réelle. Aucun Théologien C^atholique n’a jamais soutenu que la certitude de la foi dépendit d’un jugement de la raison individuelle ,
37a FXAMKîf d’d!C OCTRACE , ETC.
mille voix se seraient aussitôt élevées contre lui et il eût été condamné. La raison , soit individuelle , soit générale , ne peut jamais nous donner qu’une certitude humaine et naturelle , dont il n'est nullement question ici. On pourrait avoir une certitude entière et complète de la Révélation , et par conséquent y croire , sans ^ avoir la foi divine , cette foi qui est un don de Dieu et qui a toute sa certitude de Dieu. Combien d’ennemis de la Religion ont avoué au lit de la mort qu’ils n’avaient jamais douté de la vérité qu’ils avaient combattue ? Ils n’avaient pourtant pas la foi ( divine ) , et s’ils l’avaient reçue dans leur enfance , leur raison rebelle l’avait rejetée par suite de la perversité de leur volonté. Us avaient perdu la foi sans perdre la certitude. Les démons ont une certitude complète des mystères de la foi , mais ils n’ont pas la foi.
On peut juger de là combien est fausse la doctrine qui identifie le principe de certitude avec le principe de foi. L’idée de la foi emporte celle de la soumission de notre esprit , et d’une soumission volontaire et libre ; car , la foi étant méritoire , elle appartient plus à la volonté qu’à l’entendement. On peut être certain malgré soi, mais il n’y a pas de foi proprement dite , sans acquiescement de notre volonté. Qu’on ne s’imagine pas , au reste , que je contredise ici ce que j'ai dit ailleurs sur l’autorité de saint Thomas et
CHAPmiK HF.CV1ÀUZ.
de saint Augustin , que l’acte raisonnable de la foi, rationabile obsequium , est toujours précédé de quelque certitude (0 , « Non enim crederet , nisi » videret ea esse credenda. ( 1 ) « Nisi aliquid intel- » Ugat , nemo potest credere in Deum. » La foi infuse , comme le dit Bossuet , ne nous fait pas croire par enthousiasme et sans motif ; le Saint- Esprit, qui est dans le coeur de l’enfant baptisé , u’empéche sans doute pas le développement de la raison ; il le favorise au contraire et le dirige. C’est lui qui met les motifs de crédibilité à la portée de l’intelligence de l’enfant . et lui en fait sentir l’évidence à mesure qu’ils lui sont proposés. Si le doute ne peut pas avoir lieu , c’est précisément parce que la saine raison ne peut jamais être en contradiction avec la foi , l’une et l’autre ayant Dieu pour auteur. L’enfant ne comprend pas tout ce qu’on lui propose , mais ce qu’il comprend est en parfait accord avec ce qu’il croit. La foi et la raison sont en lui avant qu’il puisse en avoir l’exercice ; elles se développent simultanément , et, à proportion qu’elles se développent , il croit et voit ou comprend qu’il doit croire et que sa foi est conforme à sa raison. Il ne pourrait voir , ou s’imaginer voir le contraire , qu’autant qu’il se révolterait contre Dieu et qu’il refuserait d’écouter l’Esprit-Saint
(1) • C«r il ne croirait pas , s'il ne voyait qu'il Tant croire. >
(3) • Personne ne pent croire en Dieu , s'il ne comprend quel* < que chose. •
374 EXAMEN d'üN ouvrage , ETC.
qui parle à sa raison. (') In interiore homine » habitat veritas , intus habet unde non dubi- » tet. D Cette parole du . Sauveur , que nous n’avons d’autre maître que lui , Magister vester unus est , Christus , en qui se vérifiera-t-elle , sinon dans l’ame innocente en qui habite l’esprit de Jésus-CuRisT ? La parole qui nous propose des vérités est extérieure , personat foris ; mais celui qui nous en donne l’intelligence est en nous. « Doctor illuminât exteriàs per mi- » nisterium , catechizando ; sed Deus illuminât n interiàs baptizatos , preeparans corda eorum » ad recipiendam doctrinam veritatis , secundàm » illud : ( Joan. vr. ) Est scriptum in Prophetis, » Erunt omnes docibiles Dei. » ( S. Th. 3. q. 69 . art. 5. ad a. )
Cette analyse de la foi , très -certainement conforme à la doctrine Catholique , est aussi entièrement dans les principes de Bossuet , tout Cartésien qu’il est , et , je crois , de tous les Théologiens qu’il plaît à l’Auteur de désigner sous cette dénomination. Il semble donc que , puisque l’Auteur avait annoncé la prétention
(1) « La vérité habite dans llntérienr de l'homme. — U a en
• loi quelque chose qui l'empéche de douter. •
(a) • Le docteur éclaire extérieurement par l’exercice de son » ministère , en enseignant le catéchisme ; mais Dieu éclaire inté-
• rieurement cenx qui sont baptisés , en préparant leurs cœurs
• à recevoir la doctrine de la vérité , selon cette parole de saint > Jean : Il est écrit dans les Prophéties : Tous écouteront les leçons
• de Dieu. •
cemlPitke KEUvièim. 375
de redresser Bossuet et de donner des réponses meilleures que celles de ce Prélat , il fallait commencer par montrer ce qu’il y a de défecteux dans sa réponse à la difficulté du ministre. M. G. aime mieux supposer que Bossuet n’a pas su répondre , ou que , la souveraineté , l’indépendance , l’infaillibilité de la raison individuelle étant une chose admise des déux adversaires , il n’a pu répondre que sur ce principe absurde. Quiconque a lu la Relation de la conférence est en état d’apprécier celte supposition aussi injurieuse à Bossuet que contraire à la vérité. Nous savons que Claude, avec toutes les ressources d’un esprit subtil , et d’une vigoureuse dialectique , ne trouva rien de solide à opposer à son adversaire. Eût-il également rendu les armes à celui qui entre aujourd’hui en lice pour faire mieux que Bossuet ? J’en doute. Je pense que le lecteur qui n’a pas été scandalisé de voir l’Auteur s’unir à Claude contre Bossuet , ne peut pas l’être de me voir prendre la défense de Bossuet contre ce nouvel adversaire , et démontrer que Claude , après avoir remercié M. G. avec sa civilité ordinaire de la peiné qu’il a prise de répondre pour lui à Bossuet , n’aurait pas eu de peine à faire voir que les réponses suggérées par la nouvelle doctrine sont loin d’avoir la solidité qu’on voudrait leur attribuer. Je m’imagine l’entendre répliquer à M. G. à peu près en ces termes.
« Vous dites que , si le principe de certitude
376 EXA.uzir s’üir ouvracx , etc.
réside dans la raison générale , V homme ne peut jamais avoir aucune raison d'examiner si ce qu'elle atteste est vrai , de douter de ce qu’elle enseigne , puisque ce serait examiner si ce qui est .certain est vrai , douter de la certitude. Oh ! cela est iDdubitable. Si Bossuet avait dit qu’en supposant à l’Eglise une autorité infailli* ble et divine , il est inutile d’examiner si ce qu’elle atteste est vrai , il n’est pas permis de douter de ce qu’elle enseigne , assurément , nous n’eussions eu aucune contestation là-dessus ; mais il n’était pas bomme à mettre en avant une vérité si niaise , pas plus que je n’étais bomme à la contester. Il me paraît que la peine que vous prenez de prouver votre assertion est une peine perdue ; car s’il est possible de trouver un homme qui soutienne qu’on doit examiner si ce qui est certain est vrai et douter de la certitude , je n’y vois d’autre remède que d’envoyer cet homme aux petites maisons. Je vous prie de croire que notre controverse a été plus sérieuse et plus digne d’hommes ayant l’usage de la raison. Bossuet soutenait qu’on doit reconnaître dans la vraie Eglise ime autorité infaillible , une autorité divine dont on doit recevoir les décisions sans examen ; je disais , au contraire , que l’autorité de l’Eglise ne peut jamais être qu’une autorité humaine et faillible , après laquelle il est toujours {lermis d’examiner. Je disais de plus qu’en