CHAPITRE NEUVIEME
sa faveur le consentcnaent de cent cinquante millions de sectateurs , plus ou moins. Je ne sais s’il y a un consentement aussi nombreux en faveur de la religion de Mahomet , mais on ne peut nier du moins que bien des millions d’individus ne s’accordent, ou ne consentent à la tenir pour la vraie religion et à regarder le Coran comme un livre divin. Un consentement moins commun , mais pourtant encore de plusieurs millions d’individus , atteste que le Messie n’est point encore venu ; et ce que ce consentement a do particulier , indépendamment du nombre , c’est qu’il est de ceux-là même à qui le Messie a été spécialement promis. Enfin , pour ne pas entrer dans une trop longue énumération , le peuple Chinois qui , à lui seid , forme une portion assez notable du genre humain , a une religion qui lui est propre , et il rejette également le culte des Catholiques , celui des Juifs et celui des Mahométans. Voilà évidemment bien des consentemens communs , et par conséquent bien des autorités opposées , entre lesquelles il faut choisir pour se soumettre à la plus grande.
» Comment donc pouvez-vous dire que tout ce qui est hors de la foi Catholique proteste contre le principe d’autorité ? Vous auriez raison si , par principe d’autorité , vous entendiez le pouvoir divin que Bossuet prétendait avoir été donné par Jésus-Christ à son Église ; car l’autorité divine est une , et on ne peut la trouver
38G EXAMEN d’en ouvrage , ETC. que là où elle est. Mais si vous abandonnez Bossuet pour chercher ailleurs le principe d’autorité , et si vous le placez , comme vous y êtes obligé par vos principes, dans le consentement commun , il est manifestement faux que tout ce qui est hors de la foi Catholique proteste contre le principe d’autorité , puisque chacun s’appuie naturellement sur ceux qui pensent comme lui , c’est-à-dire , sür le consentement commun favorable à sa croyance. Ainsi , par exemple , il est incontestable que le Mahométisme a en sa faveur le consentement commun tle tous ceux qui professent cette croyance , et ce consentement est une autorité.
» La question fondamentale reste donc toujours à résoudre : A quel consentement faut-il s’en tenir ? Quel consentement commun forme la plus grande autorité ? Il y aurait bien une autre question préliminaire assez importante, et ce serait de savoir si la plus grande autorité connue ou existante est nécessairement une autorité infaillible ; car si la plus grande autorité connue ou existante sur la terre n’était que le consentement de la huitième partie des hommes existans , il pourrait y avoir quelque doute. Que l’on dise : Ce que tous les hommes croient être vrai , est vrai , je le conçois et je ne ferai aucune difficulté d’admettre ce principe , puisque je crois moi-meme ce que tous les hommes croient ; mais pourrait- on admettre avec une