CHAPITRE NKÜIvèME
pgale confiance cet autre principe : Ce que la huitième partie des hommes croit être vrai , est vrai ? Il faudrait du moins y mettre la restriction , à moins qu’une autre huitième partie des hommes ne croie le contraire ; car deux sentiraens opposés ne peuvent pas être vrais. Mais je n’insiste pas là-dessus ; car , votre maître ayant dit que l’homme est toujours obligé d’obéir à la plus grande autorité qu’il lui soit possible de connaître , vous me répondriez que nous devons croire sans preuves , ou supposer que ,1a plus grande autorité connue est infaillible. Supposons donc , c’est une méthode fort commode. Mais enfin , à quel signe recounaî Irons-nous la plus grande autorité , sans avoir besoin d’examiner , comme vous le prétendez ? Ou comment examinerons - nous sérieusement, comme le veut votre maître, sans raisonner? Car c’est un dogme de votre doctrine , que par le raisonnement on ne peut pas connaître la vraie Religion.
» Il semble que le moyen le plus simple et le plus conforme à vos principes .serait de compter les voix ; car si c’est le consentement commun qui fait autorité , c’est une con.séqiience nécessaire que la plus grande autorité réside dans le consentement le plus commun , c’est-àdire , dans celui qui réunit le plus grand nombre de suffrages. Mais il se présente une difficulté qui paraît sérieuse , et c’est qu’il s’ensuivrait que la vérité elle-même serait soumise aux va-
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^88 EXAMEIT d’uJT OUVRAGE , ETC.
nations que peuvent subir les nombres. Par exemple , je suppose qu’il soit bien démontré que le nombre actuel des Catholiques soit plus grand que celui des Sectateurs de toute autre Religion , il s’ensuivra que la Religion Catholique a en sa faveur le consentement le plus commun , la plus grande autorité , et que par conséquent elle est la vraie Religion. Mais si par le fait elle n’avait pas toujours été , ou si elle cessait d’étre , comparativement , la Religion du grand nombre , il faudrait bien aussi admettre qu’elle n’a pas toujours été ou qu’elle peut cesser d’étre la vraie Religion. Or la supposition n’est pas absurde ; car il serait difficile de prouver que dans les premiers siècles de son existences ses Sectateurs fussent constamment plus nombreux que ceux de toute autre Religion; et aujourd’hui encore, s’il arrivait que , des six ou sept cent millions d’individus qui ne sont ni Catholiques ni Mahométans , cinquante ou soixante millions embrassassent le Mahométisme , ce qui ne présente rien d’impossible, il se trouverait que ce serait le Mahométisme qui , à son tour , serait la Religion du grand nombre , qui pourrait faire valoir en sa faveur le consentement le plus commun , la plus grande autorité , et par conséquent une autorité infaillible. Voilà où nous conduit le grand principe de l’autorité générale , du consentement commun , unique fondement de nos certi Unies. Ce ])riucipe adopté,