CHAPITRE NEUVIÈSIE
nous sommes forcés d’en subir les conséquences , et d’admettre , avec l’illustre Auteur , qu’un principe , un fait quelconque est plus ou moins douteux , plus ou moins certain , selon qu’il est adopté , attesté plus ou moins universellement.
( p. 3o. ) C’est-à-dire , que le principe ou le fait que Mahomet est le grand Prophète de Dieu , que le Coran est un Livre Divin , est plus ou moins douteux , plus ou moins certain , selon que le nombre de ceux qui l’adoptent ou l’attestent est plus ou moins grand.
» Je sais bien que l’illustre Auteur de X Essai , qui n’est pas toujours parfaitement d’accord avec lui-même , a dit ailleurs que la certitude ne dépend pas du nombre des témoignages , mais de miUe circonstances , et , en particulier , du poids de chaque témoignage pris à part. (p. 5G. ) S’il en est ainsi , le nombre des témoignages n’ést plus la seule chose qu’il faille considérer , le consentement n’est plus l’unique principe de certitude ; il faut avoir égard aux mille circonstances , et mettre les témoignages dans la balance, pour en déterminer le poids. Je ne m’étonne plus de la nécessité d’un sérieux examen ; mais n’ai-je pas quelque sujet de m’étonner que vous persistiez à nier la nécessité de cet examen , si expressément reconnue par votre maître ?
» Vous raisonnez pourtant. Il est vrai que c’est uniquement pour prouver que l’on n’a aucun besoin de raisonner , et , par conséquent ,
3go FXAMKjr d’cx ouvrage , etc.
il ne s’agit que de se bien convaincre de la solidité de vos raisonnemens , pour être dispensé de raisonner le reste de sa vie. Mais c’est là le point de la difficulté. Vos raisonnemens sontils justes , concluans ? Voilà ce qu’il s’agit de constater , car tant que nous pourrons avoir quelque doute là-dessus , nous resterons dans la même perplexité. J’en ai assez dit pour vous montrer que je ne suis pas du tout convaincu ; mais je ne me contenterai pas d’opposer mes raisonnemens aux vôtres ; nous ne terminerions rien par cette voie , et puis vous pourriez toujours répondre que je suis Cartésien. Je veux vous opposer vos propres principes. J’adopte pour un instant avec vous le consentement commun pour notre juge et pour unique principe de certitude. Je dirai donc que nous ne pouvons être assurés de la légitimité de vos raisonnemens qu’autant qu’ils seront reconnus légitimes par le consentement commun ; or est-il bien certain que vos raisonnemens sont tels, qu’ils doivent être admis par le consentement commun ? Vous direz que vous ne prenez pour base de vos raisonnemens que des principes admis par le consentement commun , je le veux croire , mais cela ne suffit pas encore. Écoutez votre maître ; « Un principe supposé évidemment » certain , nous ne sommes assurés de la justesse » des conséquences que nous eu déduisons , que » lorsqu’elles sont elles-mêmes admises générale-