‹ Examen d'un ouvrage intitulé: Des doctrines philosophiques sur la certitude dans leurs rapports avec les fondemens de la théologie par l'abbé GerbetChapitre 26 sur 152 · CHAPITRE TROISIEME. 5l · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME. 5l

» ratio investigare potest , fide tenenda prœcipe- B ret , ut sic omnes de facili passent divines cog- » nitionis participes esse et absque dubitatione B et errore. b

Je ne cherche pas si cette doctrine de saint Thomas peut ou ne peut pas se concilier avec les principes philosophiques de Descartes , mais je suis assure qu’elle n’a rien que puisse désavouer un Théologien Catholique. Tout y est incontestable. Il est certain que les connaissances que nous pouvons acquérir par notre Taison exigent du travail et du temps ; il est certain que mille obstacles nous détournent de l’étude qui peut seule nous procurer ces connaissances; il est certain enfin que dans la recherche de la vérité, et surtout des vérités qui nous imposent des devoirs , la faiblesse de notre entendement et la dépravation de notre volonté nous rendent sujets à bien des erreurs. Qui pense à nier cela ? Nous devons donc regarder comme un grand bienfait la Révélation , qui met à la portée de tous les hommes et fait connaître sans travail des vérités auxquelles notre raison pourrait atteindre par ses projires forces , mais avec de longs et pénibles efforts auxquels peu de personnes voudraient pu pourraient se livrer. Grâce à ce bienfait , un'ienfant , inslririt de son caté-

> auxquelles la raison peDt‘a'U,uindre', afin qnc tous puissent arnir

> facilement la connaissance de Dieu , s.'ms mélange de doute ni

• d'erreur. , ,

5a EXAMEN ü’üN OUVRAGE , ETC.

chismc , en sait aujourd’hui sur Dieu et sur son amc bien plus que n'en savaient les beaux génies de l’antiquité après de longues études et avec le secours de la raison universelle qui ne leur a pas manqué.

Voilà l’abrégé de tout ce que dit saint Thomas en ce chapitre , et on ne trouvera pas un Théologien Catholique qui songe à contredire une doctrine qui est enseignée dans tgutes les écoles. Mais cette doctrine s’accorde -t- elle également avec celle de notre Auteur ? Si cela était , nous serions bientôt d’accord ; mais il me semble voir entre ces deux doctrines une opposition manifeste, et je suis étonné qu’il ait cité, comme étant en sa faveur, une autorité qui le condamne évidemment. F.n effet , M. G. établit comme un principe fondamental ( />. a4 ) Qu’il est de l’essence de la foi que l’esprit de l’homme soit par lui-même faillible sur chacune des vérités qu’il doit croire , c’est-à-dire , comme il s’explique lui-même , que la raison ne puisse avoir par voie de démonstration la certitude d’aucune vérité révélée. Saint Thomas au contraire met en principe qu’il y a des vérités que nous pouvons connaître par notre raison , et qu’il est convenable que Dieu nous révèle , non pas précisément pour que nous puissions en avoir la connaissance, mais pour, ^uè;. cette connaissance nous soit plus’ fàcflè W 'if là portée de tout le, momie. L’d’ppbsltion ne saurait être

CnAPITBE TROISIÈME.

plus complète , puisque l’un dit : Nous ne pouvons avoir par notre raison la certitude d’au-' cune vérité ré^'éUte ; et l’autre : Dieu nous a révélé des vérités dont nous pouvons avoir la certitude par voie de démonstration, a Divina » providit clementia ut ea etiam quæ ratio in- » vestigare potest fide tenenda præciperet. » Qu’on juge par cet exemple du fond que l’on peut faire sur les citations que fait l’Auteur de quelques textes des saints Pères pour appuyer une théorie qui leur était inconnue.

J’ai dit que , dans le passage cité , saint Thomas , par la connaissance de Dieu qui constitue la perfection de l’homme, entend une connaissance bien plus étendue que celle de l’existence de Dieu , et la chose est assez évidente ; mais si quelqu’un en doute , qu’il entende le saint Docteur s’expliquer lui-même : «(*) Vltima perfectio » ad quam homo ordinatur , consisté in per- D fecta Dei cognitione ; ad quam quidem pen'e- » nire non potest nisi operatione et instructione » Dei', qui est sut perfectus cognitor. » (q. ilf. de fide , art. lo. )

Pour connaître plus à fond la doctrine de Saint Thomas sur la question présente , écoutons-le ex{)liquant lui-méme le plan de son ad-

(i) iLa plas haute pcrfectiooà laquelle rhgmmc doitparreoir » coDsislc dans la pleine connaissance de Dieu ; et U ne peut * TaUcindre que par l’opération et renseigueineul de Dieu qui » se coonait parfaileoicnl loi-même. »

54 EXAMEN d’un OUVRAGE , ETC.

miruble ouvrage contre les Gentils. C’est au neuvième cliapitre du premier livre qu’il expose la » ^ marche qu’il se propose de suivre. « Les vérités, dit-il , qui ont Dieu pour objet , se divisent en deux classes ; l’une contient les vérités que notre raison peut atteindre; l’autre , les vérités qui sont tellement au-dessus de notre intelligence que nous ne pouvons que les croire sur la parole de Dieu. Cette distinction , au reste , n’a pas lieu en Dieu , qui est la vérité simple et une ; mais elle est nécessaire pour expliquer les • deux manières dont nous pouvons connaître les choses divines. Si nous nous proposons de faire connaître les vérités qui appartiennent à là première classe , nous devons procéder par la voie de démonstration pour convaincre nos adversaires. «-Ad pritnee igitur veritatis manijestationem » per rationes demonstratwas , quibus adversa- » rius convinci potest , procedendum est. » Mais comme la seconde classe de vérités n’est pas susceptible de démonstration , au lieu de chercher à convaincre nos adversaires par des raisons , il faut nous borner à réfuter celles qu’ils apportent contre ces vérités ; car la raison naturelle ne peut jamais être contraire à une vérité de foi , comme cela a été prouvé au chapitre septième. Le moyen propre de convaincre les adversaires qui nient ces vérités , est l’autorité do l’hcrilure divinement confumée par les miracles. « Singularis rnodus co/mncc/idi adeersurium

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