II
Du Cartésianisme par rapport au sujet de la Foi.
Le principe de l’Auteur , comme nous l’avons vu, est qu’il est de l’essence de la foi que le sujet de la foi soit faillible daus tout ce qui est révélé. Il continue de supposer que ses adversaires soutiennent l’infaillibilité de la raison in- .dividuelle. « Ce sont surtout , dit-il {p. 49- ) les » écrivains Catholiques attachés au Cartésia- » nisme qui ont été plus particulièrement con- » duits à placer dans la raison de chaque individu » un principe d’infaillibilité , sans lequel il leur » était impossible de trouver une base à la foi. » Toujours le Cartésianisme ! Et moi , qui ne suis point Cartésien , je répondrai toujours avec saint Thomas et saint Augustin qui ne l’étaient pas plus que moi. Mais , avant tout , tâchons d’écarter, s’il est possible , l’équivoque du mot infaillibilité , et d’y attacher un sens précis ; car il n’y a rien qui jette plus d’obscurité sur les i discussions que le vague des expressions. -
EXAMEN d’un OUVRAGE , ETC.
1 ° Un être infaillible par nature est un être qui , absolument et dans aucun cas , dans aucune hypo dièse , ne peut se tromper. Cette infaillibilité suppose la connaissance pleine et parfaite de toutes les vérités, et par conséquent elle ne peut se trouver que dans l’Être infini , c’est-à-dire , en Dieu. Dieu seul est naturellement infaillible , comme Dieu seul est naturellement immortel , impeccable.
1 ° Mais outre cette infaillibilité de nature, qui est incommunicable , il y a une autre espèce d'infaillibilité qui peut être communiquée à la créature , de même que l’immortalité , l’impeccabilité. Les Anges et les Saints dans le Ciel sont , dans un sens très-vrai , immortels , impeccables , infaillibles.
3° L’infaillibilité, soit naturelle ou essentielle, soit communiquée ou accidentelle, consiste dans l’intuition constante et assurée de la vérité ; comme l’immortalité consiste dans la possession constante et assurée de la vie, et l’impeccabilité dans la possession constante et assurée de la grâce sanctifiante. Je dis de la vérité , et non de toutes les vérités ; car l’intuition de tou-
tes les vérités ou de la vérité infinie ne peut appartenir qu’à l’Être infini. L’infaillibilité de l’être fini consiste , non à tout savoir , mais à avoir l’intuition des vérités qui lui sont connues.
4“ L’infaillibilité de l’être fini a ses degrés.