CHAPITRE TROISIÈME. 5g
puisqu’il est clair qu’on peut avoir l’intuition de plus ou de moins de vérités.
5° La certitude n’est pas la même chose que l'infaillibilité. En effet, l’infaillibilité emporte la certitude , mais la certitude ne suppose pas nécessairement l’infaillibilité. Autre chose est ne pas se tromper , autre chose ne pouvoir pas se tromper ; comme autre chose est savoir qu’on ne se trompe pas actuellement, ce qui constitue la certitude , et autre chose savoir qu’on ne peut pas se tromper , ou qu’on est infaillible. Mais , dira-t-on , celui qui a la certitude ne peut pas se tromper , car s’il pouvait se tromper , il ne serait pas certain qu’il ne se trompe pas ; il est donc infaillible , du moins sur ce point. Misérable sophisme. Sans doute , on ne peut pas se tromper , ayant la certitude , comme on ne peut pas mourir , conservant la vie , ni pécher , conservant la grâce. Dira-t-on que je ne suis pas certain d’étre actuellement en vie , par la raison que je suis mortel ? En quoi ma vie actuelle estelle opposée à ma mortalité ? Ma certitude actuelle n’est pas davantage opposée à ma faillibilité. On a beau posséder la certitude , la vie , la grâce sanctifiante , on n’est ni infaillible ni immortel ni impeccable , tant qu’on est dans un état où l’on peut perdre la certitude , la vie , et la grâce. Or tant que l’homme est sur cette terre d’exil et d’épreuve , il peut perdre ses certitudes, et celle qui vient de la foi plus que plusieurs
6o EXAHEIf d’ü5 ouvrage , ETC.
de celles qui sont fondées sur sa raison , puisque la première dépend de sa volonté , et qu’il en est d’autres qu’il ne peut perdre qu’en perdant l’usage de sa raison.
6® Il est donc faux qu’un esprit faillible de sa nature soit nécessairement un esprit qui peut se tromper en tout et toujours. Les Anges et les Saints dans le Ciel sont faillibles de leur nature , et ils ne peuvent se tromper en aucune chose. L’homme , dans l’état d’innocence , était faillible de sa nature, et cet état heureux , dont la conservation dépendait de sa volonté , lui assurait l’infaillibilité comme l’immortalité , e’està-tlire , qu’il lui fallait perdre son innocence pour devenir sujet à l’erreur et à la mort.
I.’homme , déchu de l’état d’innocence , a perdu le privilège propre de cet état, il peut se tromper et il ne se trompe que trop souvent ; mais il peut aussi ne pas se tromper, et il n’est point du tout contraire à sa nature d’étre assuré en bien des occasions qu’il ne se trompe p>as. H en est assuré , direz-vous , par la foi. Je l’accorde , mais pourquoi pas aussi par sa raison ? Démontrez donc que cela ne peut pas être.
7 ° La raison individuelle est une raison faillible , sans doute ; mais s’ensuit -il qu’elle soit par elle-même incapable de toute certitude ?
Une raison qui n’aurait en elle -même aucun principe de certitude serait par-là même une raison incapable de foi , ou du moins d’une foi