‹ Examen d'un ouvrage intitulé: Des doctrines philosophiques sur la certitude dans leurs rapports avec les fondemens de la théologie par l'abbé GerbetChapitre 43 sur 152 · CHAPITRE QUATRIÈME. gi · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME. gi

ne pouvez être certains que vous avez réellement vu on entendu ce que vous attestez , et par conséquent vous ne pouvez me donner une certitude que vous n’avez pas vous -mêmes.

— Mais nous sommes cent. — Fussiez-vous mille ou dix mille , c’est tout un. Le nombre ne change rien à la nature de vos sens , qui est de ne pouvoir en aucun cas vous donner la certitude. Si je n’ai point la certitude de l’existence d’un livre que je vois , que je touche , dont je me sers habituellement , je ne vois pas de témoignage qui puisse me donner cette certitude. Les sens des autres hommes sont de même nature que les miens , ils peuvent tous également porter faux témoignage. Le principe fondamental du nouveau .système , principe professé par M. G. est que tout ce qu'affirme une raison faillible peut être faux , comme tout ce qu'elle nie peut être vrai. J’en conclus , avec raison , à ce qu’il me semble , que tout ce qu’affirme une réunion quelconque de raisons faillibles peut être faux ; car une raison infaillible ne saurait jamais être le résultat de l’union d’un nombre quelconque de raisous faillibles. Il n’y a de raison infaillible que la raison infinie , la raison de Dieu. Mais les partisans du système ne peuvent rétorquer contre leurs adversaires les objections qu’on leur fait , car ceux-ci ont une tout autre idée de la raison faillible , et la regardent comme capable d’avoir par clle-mcme la certitude de plusieurs vérités.

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Pour éclaircir de plus en plus la matière , efforçons-nous de trouver ce que peut être cette raison commune ou universelle dont l’Auteur parle si souvent , sans en donner nulle part la définition. Et d’abord , qu’est-ce que cette raison qui se trouve dans chaque homme ? M. G.

a essayé de nous la faire connaître ; il nous a dit que ce mot raison exprime dans l’homme deux choses très-différentes , ce qui revient à dire qu’il y a dans l’homme deux raisons , tellement distinctes que l’une est essentiellement faillible , l’autre essentiellement infaillible ; l’une est une participation à la raison commune , l’autre est un com|>osé de jugemens individuels. Maintenant il s’agit de savoir si cette notion s’accorde avec celle que jusqu’ici on avait cru avoir de la raison dans l’homme. Si nous consultons saint Augustin et saint Thomas , nous trouverons que la raison est une faculté de notre ame , que nous tenons immédiatement de Dieu , comme notre ame elle-même , et que la lumière qui l’éclaire nous vient aussi immédiatement de Dieu. Mais nous avons vu que ces deux Docteurs de l’Eglise sont Cartésiens , et par conséquent justement suspects à l’Auteur ; puisons donc à une autre source. J’ouvre V Essai sur T indifférence en matière de Religion, et je trouve (f. n , p. 3.) que a par le mot raison , on désigne deux facul- » tés totalement distinctes et qu’il est dangereux » de confondre , la faculté de connaître et la

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