CHAPITRE QUATRIÈME. g
à la raison générale qui n'est ni une faculté ni deux facultés. Il est vrai que dans l'Essai., où l’on trouve continuellement les mots , raison publique , raison de la société , raison générale , raison humaine , raison universelle , ces expressions semblent quelquefois employées pour signifier une même chose , et qu’ainsi toutes ces raisons paraissent se confondre avec la raison individuelle ; mais le plus souvent elles sont mises en opposition , et par conséquent elles ne peuvent avoir une même définition.
Je trouve d’abord que la raison publique est le fondement et la règle de la raison particulière. ( t. Il , Préface. ) Ailleurs , il est dit que la raison de l’homme n’est que la raison de la société dont il fait partie , comme la raison de la société n’est que la civilisation, {^p. 102.) Si cette notion est vraie, la raison de l’homme , qui fait partie de la société , ou la raison individuelle , la raison de la société ou la raison publique et la civilisation sont une même chose , et tout cela doit être compris sous une même définition et signifier faculté de connaître et faculté de raisonner. Mais nous ne pouvons nous fixer à cette notion , car ailleurs il est dit que la raison générale est la raison humaine proprement dite. { p. i 4 o.) Or c’est précisément cette raison humaine proprement dite qui à chaque page de l'Essai est mise en opposition avec la raison particulière , la raison isolée , la raison individuelle. D’où il
96 examen d’cN OüVBAGE , ETC.
suit que la raison individuelle ne peut être appelée qu’impropre'ment raison humaine. Ainsi, puisque c’est la faculté de connaître et la faculté de raisonner qui constituent la raison particulière ou individuelle , il faut que la raison générale , la raison humaine proprement dite soit quelque chose de différent , ou même d’opposé. Mais qu’est-ce donc enfin ? Voici les définitions que j’en trouve, on peut choisir.
Nous venons de voir que suivant l’Auteur de ï Essai y la raison de la société n’est que la cwilisation. Il semblerait que la raison de la société ne doit pas être différente de la raison générale ; d’où il suivrait que la raison générale ne serait que la civilisation. Mais comme il est difficile de concevoir que tout ce que dit M. de La Mcnnais de la raison générale puisse s’appliquer à la civilisation je suis porté à croire qu’il distingue l’une de l’antre , quoiqu’il semble les confondre. Bornons-nous donc aux définitions que lui-méme donne directement de -la raison générale , et comptons.
1° « L’uniformité des perceptions et l’accord » des jugemens constituent ce que nous appe- » Ions raison générale ou l’autorité. » {^Défense y p. a 35 . )
a Le genre humain , comme l’enfant , et » plus que l’enfant, a la foi qui est toute sa rai- » son. » Essai ,p. 122.) • •
3" « Iæ Christianisme avant JjfsxJS-CiiRiST était