‹ Examen d'un ouvrage intitulé: Des doctrines philosophiques sur la certitude dans leurs rapports avec les fondemens de la théologie par l'abbé GerbetChapitre 48 sur 152 · CHAPITRE QUATRIÈME. I o · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME. I o

citées jiar M. G. « (*) Animœ mcdicina , qiuc divind » Providentiâ et ine/fabili beneficentiâ geritur , » gradatim distinctèque pulcherrima est. Dis- » tribuitur enim in auctoritatem atque mtionem. » Auctoritas fidem flagitat, et rationi prœparat » hominern. Ratio ad intellectum cognitionem- » que perducit. Quanquam n^ue auctoritatem » ratio penitns deserit , cùm consideràtur cui sit » credendum y et certè summa est ipsius jam » cognitæ atque perspicuæ veritatis auctoritas. > ( De.vera Religione , n° 45. )

paraît-il pas que ce passage , dont l’Auteur a détourné un lambeau en sa faveur, prouve précisément le contraire de ce que M. G. avance ? Pour que la raison puisse, nous conduire à l’intelligence et à la science , il faut de toute nécessité qu’il y ait dans la raison un principe de certitude ; car si elle n’avait pas en elle-même un principe de certitude , elle pourrait tout au plus nous conduire au doute , ainsi que l’enseigne l’auteur de l'Essai. Mais , dit-on , c’est

(i) • Rien de pins admirable que les degrés bien distincls par

> lesquels la divine Providence , dans son inGnie miséricorde ,

> opère la gnérison de l'ame. En elTet , on j remarque d'une

• part l'autorité , et de l'autre la raison. L'autorité requiert la

• foi , et prépare l'homme il la raison ; la raison le conduit à

> l'intelligence , ii la connaissance. Quoiqu'il dire vrai , la raison s ne laisse point l'autorité agir toute seule , puisque l'on considère s à quelle autorité l'on doit ajouter foi. Et certes , il n'y a point

• d'autorité plus grande que celle de la vérité clle-mcme mani-

• feslc et déjà connue, s

loG KXAMEir d’un ouvrage, etc.

l’autorité et la foi qui produisent la raison. Je sais que vous le prétendez ainsi ; mais il n'est pas question maintenant de ce que vous peusez, il s’agit de savoir ce qui est , et ce que dit saint Augustin. Sur quoi agit l’autorité , si ce n’est sur la raison ? Quel est le sujet de la foi , si ce n’est la raison ? L’autorité et la foi supposent donc la raison , et ne la produisent pas. La chose est trop évidente pour pouvoir être contestée par saint Augustin. Ce grand Docteur n’a jamais eu dans la tête les idées qu’on lui prête. Il ne dit pas que l’^torité produit la rais^U dans l’homme, comme on voudrait le donner à entendre ; il dit seulement que l’autorité prépare l’homme à la raison , ce qui est bien différent. Remarquez aussi que la proposition de ce saint Docteur n’est point une proposition universelle, et qu’elle n’a point l’extension qu’on essaie de lui donner.'ll n’a garde de dire que l’autorité est toujours nécessaire pour préparer l’homme à la raison , c’est-à-dire , aux connaissances que donne la raison et qu’elle seule peut donner. H n’établit la nécessité d’une autorité qui précède la raison , que pour les choses qui sont au-dessus de la raison et qu’elle ne peut atteindre * immédiatement. Je le ferai voir tout-à-l’heure , et le texte même l’indique assez clairement. Je commence par faire observer que saint Augustiii veut que l’autorité prépare à la raison, de telle, manière cependant que quelque usage dt; la

CIIAPITHE QÜATBii-ME. IO7

raison accompagne et précède l’autorité , puisque c’est à la raison qu’il appartient de discerner l’autorité qui a droit à notre foi : Quanquarn neque auctoritatem ratio penitus deserit , ciim cunsideratur cui credendum sit. Cette raisou qui discerne l’autorité n’est point une raison qui naisse de l’autorité. Et parmi les autorités, selon le saint Docteur , il n’y en a pas de plus grande que celle de la vérité manifeste et déjà connue de la raison : Et certè summa est ipsius jam cognitœ atque perspicace veritatis auctoritas.

J’ai djt que saint Augustin ne reconnaît pas la nécessité de l’autorité indistinctement pour toutesJes vérités, mais seulement pour certaines vérités qui sont au-dessus de notre raison ; et , si je ne me trompe , mon assertion est déjà prouvée par ce qui vient d’étre dit. Mais je la prouve encore par un autre passage du même saint Docteur , dont l’Auteur a également pris nu lambeau , pour en faire une épigraphe à son otivrage. Fera Beligio, nisi credantur ca quæ » qnisque posteà., si se bene gesserit dignusque » fuerit, assequatur, atque percipiaL, etorrudno » sine quodarn gravi emetoritatis imperio iniri rectè » nuUo pacto potest. »( De util. credendi , n“ a i . ) Nous voyons dans ce texte quel est le genre de

(1) ■ On ne peut en ancunc manière entrer dans la Traie * Religion , sans se soumeUrc au joug d'une autorité . et sans » croire ce que pins tard on obtiendra de comprendre si Tou > scu rend digne par sa condoile. »

Io8 EXAMEtî d’uW ouvrage, ETC.

vérité que , dans la pensée de saint Augustin , nous devons croire avant que nous puissions en avoir l’intelligence ou la science. Aucun Théologien Catholique ne pensera à contester que la vraie Religion nous oblige à croire des vérités dont la connaissance intuitive sera le prix de notre fidélité. Or , c’est là tout ce que prétend saint Augustin , et dans le livre De t utilité de la Foi , soit divine soit humaine ( car il y traite de l’une et de l’autre) , et dans le livre' Z)e la vraie Religion. Mais , je le demande à tout lecteur impartial , qu’a de commun cette doctrine admise sans contradiction par tous les Théologiens , Cartésiens ou non Cartésiens , avec le nouveau système dont le principe fondamental est que la foi est l’unique principe de certitude pour tontes les classes de vérités , qu’il n’y a de certain que ce qui est de foi , comme l’a dit l’auteur de VEssai ? C’est sans doute dans les livres cités , que ce grand Docteur de l’Église aurait dû s’expliquer clairement sur le principe de foi considéré comme unique principe de certitude , s’il avait professé Ut doctrine de nos réformateurs ; or , j’ose bien affirmer qu’on n’y trouve rien , absolument rien , qui indique que saint Augustin ait pensé que sans la foi on ne pouvait avoir aucune certitude , et qu’on y trouve au contraire une foule de passes qui prouvent le sentiment opposé. J’en ai déjà cité quelquesuns auxquels je pourrais en ajouter plusieurs

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