CHAPITRE QUATRIÈME. Il
ne reste plus que différence et opposition. A quoi peut servir l’identité des mots , quand les sentimens sont opposés ? Or aucun Théologien Catholique , que je sache , n’a pris le mot faillibilité dans le sens que l’Auteur et les partisans du nouveau système y attachent. En effet , l’Auteur, par raison faillible , entend «ne raison qui peut se tromper en tout et toujours , et qui ne peut jamais être assurée qu’elle ne se trompe pas actuellement , à moins qu’elle ne s’appuie sur la raison générale , et c’est là une notion qu’on trouvera difficilement dans les écrits d’un Théologien ou d’un Philosophe Chrétien qui ait vécu avant nos jours. L’illustre Auteur de VEssai est , si je ne me trompe , le premier des écrivains Chrétiens qui se soit exprimé de la sorte , du moins on n’a pu jusqu’ici citer aucun Auteur d’une saine doctrine à l’appui de cette déhnition ; elle n’a pu être puisée que chez les .Sceptiques. J’ai déjà exposé suffisamment la différence qui existe sur l’acception de ce mot faillibilité entre nos modernes réformateurs et leurs adversaires ; mais il ne sera peut-être pas inutile d’ajouter quelques réflexions pour justifier l’acception ancienne et commune.
L’infaillible et le faillible ne sont opposés que comme l’infini et le 6ni. L’infini est tout , mais il ne faut pas en conclure que le fini n’est rien. L’être infaillible sait tout , ne peut se tromper sur rien , mais n’en concluez pas non plus que
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Il6 FXAHCfr d’un ouvrage', etc.
l’être fallible ne sait rien , peut se tromper sur tout. Un être est 6ni par cela même qu’il ne possède pas toutes les perfections sans limites ; un être est faillible par cela seul qu’il ne sait pas tout , qu’il peut se tromper en quelque chose : mais gardez-vous de croire que l’être fini ne peut point posséder quelques perfections dans un degré plus ou moins élevé , ou que l’être faillible ne peut avoir des connaissances certaines en plus ou moins grand nombre , plus oïl moins élevées. L’être fini et faillible est un intermédiaire entre l’Être infini , l’Etre infaillible , et le néant. L’être fini , l’être faillible est donc -quelque chose, a quelque chose ; mais tout ce qu’il est , tout ce qu’il a , il le tient de l’Être infini et infaillible qui lui communique son être et ses perfections dans tel degré qu’il lui plaît , mais toujours dans de certaines limites. L’être fini ne peut jamais être infini , cela est évident; mais il peut présenter l’image , la ressemblance de l’Être infini , et c’est quelque chose. L’intelligence est tout aussi communicable que les autres perfections de l’Être infini , et l’être fini peut en être doué dans de certaines limites plus ou moins reculées. Mais de quelque degré d’intelligence qu’il soit orné , il sera toujours faillible , comme il sera toujours fini. Voilà la doctrine Catholique telle qu’on l’enseigne dans les écoles. D’où il suit qu’une intelligence faillible peut avoir en elle-même le principe de plus ou